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EN QUOI LES IDÉES THÉOLOGIQUES DE L'ÉPÎTRE A DIOGNÈTE SE RAPPROCHENT ET S'ÉLOIGNENT DE CELLES DU NOU- VEAU TESTAMENT.
On a pu voir par les nombreux passages auxquels nous avons renvoyé, combien d'idées et d'expressions notre auteur a de communes avec le Nouveau Testament$. Pour lui comme pour Paul Dieu est l’auteur
1C£. Rom. 8, 48; À Cor. 7, 31; 2 Cor. 4, 17; 2 Thess. 1, 5.
OPA Corn 19,22: 2 Cor. 19,4; 2 Thesste, TE
#Cf. Matth. 10, 28 pp. ; Rom. 8, 13; 1, 32; 5, 21; 6, 28.
#Cf. Matth. 24, 25; 4 Cor. 15, 51-55; 1 Thess. 4, 16, 17.
8 Cf. Matth. 3, 12 pp.; 25, 41.
6 Nous disons le Nouveau Testament; mais dans là comparaison que nous allons faire, nous n'avons en vue que les principaux auteurs et surtout Paul qui, comme on à pu s’en apercevoir, est le
plus fréquemment cité.
du salut: le Logos ou Fils de Dieu , en est le médiateur, et l'homme le réalise en l’acceptant. Ce salut à pour source la bonté de Dieu qui, dans l'apôtre, est la grâce ; il est résolu et décrété dès le commencement du monde. L'histoire de l'humanité est divisée en deux périodes , celle qui a précédé et celle qui suit l’envoi du Logos : ce sont ces deux époques que Paul appelle, l'une l’ancienne économie ou la loi, l’autre la nouvelle économie ou l’évangile. La période qui précède l’envoi du Logos est aussi caractérisée par luniversalité du péché dans les hommes, du péché qui à pour cause la chair et pour effet la mort. Les hommes n’ont aucun mérite à faire valoir, puisqu'ils n’ont pas fait ce qu'ils devaient faire , et, s'ils ne veulent pas devenir les objets de la juste colère de Dieu , il ne leur reste qu’à accepter avec reconnaissance ce qui leur est offert gratuitement. La rédemption s'opère, en partie du moins‘, par l'intermédiaire du Fils de Dieu, qui est donné en rançon pour nous, le saint pour les iniques, J’innocent pour les coupables, le juste pour les injustes, l'incorruptible pour les corruptibles, l’immortel pour les mortels ?. Nous sommes justifiés et réconciliés en lui seul, c’est-à-dire, sans doute en nous unissant intimement avec lui par la foi, de manière que sa
Il est dit plus haut que «Dieu prit lui-même nos péchés», en vertu de sa puissance et de sa bonté. Cette phrase semblerait rendre inutile le concours du Fils de Dieu dans la rédemption.
* Il y a ici l'idée de la substitution; mais l’auteur ne dit point en quoi cette substitution à consisté. Plus haut il a bien reconnu que nous méritons la mort, mais il ne dit pas maintenant si c’est en mourant à notre place que le Fils de Dieu nous a rachetés.
* L'idée de la foi comme se rapportant à Christ, ne se trouve qu'ici (voy. p. 23, note 1): Ailleurs elle est regardée comme ayant
justice et ses mérites nous soient appropriés : «Quelle «autre chose que sa justice aurait pu couvrir nos pé- «chés ? Dans quel autre que dans le seul Fils de Dieu, «nous, coupables et impies, pouvions-nous être justi- «fiés ? O doux échange! à insondable dispensation ! «Ô bienfait qui surpasse tout ce que l’on pouvait cattendre! ! Quoi! liniquité de plusieurs a été cachée «dans un seul juste, et la justice d’un seul justifie «plusieurs injustes !» Ce passage, admirable de chaleur et de vie, est en tous points d'accord avec la doctrine de Paul. Enfin, comme dans l’apôtre, la conséquence naturelle de la rémission des péchés est la joie et l'espérance : la joie de se sentir aimé par Dieu, et l'espérance de jouir bientôt de la félicité céleste. Le résultat pratique de la foi chrétienne ici-bas est l’amour, Pamour envers Dieu, qui se réalise par l’amour envers tous les hommes, même envers ceux qui nous persé- . cutent et nous font du mal ?.
Notre auteur a aussi quelques points de contact avec
Dieu pour objet : c’est un organe particulier qui nous permet de voir Dieu sous un autre aspect (émederfe dia miorews, À uovn Osov ideiv ouyxeywpnta); c’est la disposition de l’âme d’après laquelle nous le considérons comme notre nourricier, notre père, etc.; c’est la confiance en sa bonté (éBouAnÜn mioveusrv fac tn ponotorart aûrou, aûrov fyetoler tpopea, matepa, x. tr. À.). Plus loin, c’est la foi des chrétiens, l’acceptation des doctrines que l’auteur à exposées (raurny xat ou nv mioriv....).
.! Cf. Rom. 11, 33-86.
2 Cf. Gal..5, 6. Après que le salut s’est opéré, le Fils de Dieu disparaît. Il n’est point question de devoirs à lui rendre : l’auteur dit seulement qu'il faut aimer et imiter Dieu. L'idée de l'Église n’exisle pas dans notre épitre ; il ne peut pas par conséquent être parlé de ce que le chrétien doit faire par rapport à elle.
l'Évangile de Jean. Ainsi que cet Évangile, il considère Dieu, dans son essence, comme inaccessible à l’intelligence humaine, et croit que les hommes ne peuvent le connaître s'il ne leur est révélé !. Selon l'Évangile comme selon l'Épitre le Logos est avec Dieu dès le commencement; il est Créateur, il est Fils unique de Dieu, il est comme Dieu?; il est la Vérité envoyée aux hommes. Enfin dans les deux auteurs l’objet du salut est la vie *.
Cependant malgré ces ressemblances, que la comparaison des passages cités fera voir encore plus nombreuses, il existe entre l’Épitre à Diognète et les principaux auteurs du Nouveau Testament des différences sur quelques points de doctrine qu'ilimporte d'examiner ici.
Elles portent principalement sur la personne et Pœuvre du Sauveur. Mais nous en remarquons une déjà dans la manière de concevoir la manifestation de Dieu. L'Épitre, avons-nous dit, est d'accord avec le qua- : trième Évangile pour distinguer le Dieu abstrait, insaisissable, invisible, du Dieu concret, manifesté, visible, du moins à l'œil de la foi. Mais elle n'entend pas de la même manière cette manifestation. L'Évangile dit : «Personne n’a jamais vu Dieu : le Fils unique qui est
PCM EM. 0, 16.
? L'Évangile va un peu plus loin, il dit : « Le Logos était Dieu» Gear eos àv 6 Xoyos, Jean 1, 1).
* Ce terme cependant a dans lépitre un sens moins profond. Il paraît désigner plutôt la vie future, la vie éternelle, comme l’indique du reste l'expression synonyme «entrer dans le royaume de Dieu.» Le &kndws èv oëgave Env (ch. 10), nous semble vouloir parler d’une vie vertueuse, sainte, divine, mais n'ayant rapport qu'à la conduite morale de l'individu.
dans le sein du Père, nous l’a révélé!. » Ainsi Jean enseigne positivement et clairement que c’est le Logos qui a révélé aux hommes ce Dieu insaisissable de sa nature, ce Dieu dont le Logos lui-même possède les attributs. L’Épiître déclare au contraire que Dieu lui-même s’est montré, s’est manifesté soi-même, et cela par la foi qui peut seule le voir.
Évidemment on ne voit pas ici la nécessité du Logos comme révélateur de Dieu. La foi, dont il est question, semble être une simple disposition du sentiment religieux, selon laquelle on envisage Dieu, non plus comme un être abstrait et incompréhensible, relégué aux extrémités de l'univers, mais comme un Père tendre et miséricordieux qui veut le bonheur de ses enfants. Paul est bien plus d'accord avec Jean, lorsqu'il appelle le Fils l’image du Dieu invisible ?. Nous n’insistons cependant pas trop sur cette différence, parce qu’il peut se faire que notre auteur ait voulu dire que Dieu s’est montré soi-même en envoyant le Logos, conformément à cette idée de Jean : « Celui qui m’a vu a vu mon Père.»
Les différences qui portent sur la personne et l’œuvre du Sauveur sont bien plus importantes.
Une première remarque qui a frappé déjà quelques théologiens est la suivante. Comme dans Jean le Sauveur est appelé le Logos (6 Loyoç), la Vérité (5 aan%eua), le Fils unique ( 6 véog wovoyerng), et comme dans Jean et dans Paul à la fois, il est appelé le Fils de Dieu (6 wéog tou Osow), le bien-aimé (o &yarntos), le Sauveur (0 ow- T9); mais nulle part dans toute l'Epitre ne se trouvent
1 Jean 1, 18.
29 Cor. 4, 4; Col. 1, 15.
8 Jean 44, 95 cf. 8, 19; 12, 45.
les noms de Jésus (Inoovç), Christ (yo10t0oç), Ghrist Jésus (yo1otog ‘Inoouc) où Seigneur (xuo106) !, noms qui reviennent si fréquemment non-seulement dans le Nouveau Testament, mais dans tous les auteurs du second siècle et des siècles suivants. Qu'est-ce à dire ? notre auteur a-t-il pu oublier le nom de Jésus-Christ, ce nom dont l'apôtre Paul aimait tant à se glorifier, ou bien ne l’a-t-il pas plutôt omis à dessein ? Il ne nous semble pas quant à nous, qu'il soit possible d'exposer les principales doctrines du christianisme, sans nommer au moins le fondateur de cette religion.
Mais si le Sauveur ne porte pas, dans l'Épître à Diognète, les noms si connus et si populaires dont nous avons parlé, il est aussi un sauveur d’une tout autre nature que celui qui nous est représenté dans le Nouveau Testament. Il occupe, il est vrai, un rang fort-élevé, égal ou presque égal à Dieu. «Il n’est ni un serviteur, çni un ange, ni un chef quelconque, mais il est l'artisan «et le créateur de toutes choses ; celui par lequel Dieu «a fondé les cieux et renfermé la mer dans ses limites ; « celui dont tous les astres observent fidèlement les mysctères; celui qui a fixé la marche du soleil et la lon- €gueur des jours, et auquel la lune obéit la nuit, quand Qil lui ordonne de répandre sa clarté; celui enfin au- «quel tout a été assujetti, et par qui tout a été disposé et « déterminé : les cieux et ce qui est dans les cieux, la
On trouve ch. T: {va dovnowvrat vov xvptov, mais il s’agit de Dieu lui-même et non du Sauveur, comme le pronve un passage semblable du ch. 40 : ème ro un äpvncacOut Oeov. Dans les deux passages il est question de Dieu qui, dans ce dernier, est désigné comme celui qui a envoyé aux hommes son Fils unique (Grossheim, loc. cit., p. 14, note 60).
«terre et ce qui est sur la terre, la mer et ce qui est dans «la mer, le feu, l'air, l’abime, l'univers entier. Voilà le «Sauveur qui nous fut envoyé. » Paul et Jean applaudiraient sans doute à ce magnifique tableau; ils admettent aussi la préexistence du Christ et lui donnent un rang non moins élevé. Mais ce Logos, ce Christ qui réside avec son Père dans le séjour de la gloire, revêt la chair, selon eux, à un jour fixé et descend sur la terre, il s’incarne, il se fait homme. Il n’y a rien ici qui nous fasse penser à un semblable fait. Il est bien dit: «Il l’a envoyé comme Dieu », mais il n’est pas dit : «Il l’a envoyé comme homme. » On comprend dès'lors pourquoi notre auteur ne donne pas au Sauveur le nom de Jésus, pourquoi il dit que Dieu a voulu létablir « dans les cœurs des hommes.» Non, nous n’avons point ici le Jésus de Nazareth qui vécut, enseigna, souffrit et mourut parmi les hommes, étant, comme dit Paul, «en forme de chair de péché », c’est-à-dire dans une chair semblable à celle des hommes !. Il est bien dit que Dieu envoya le Logos pour persuader, pour appeler, pour aimer. Ce passage semblerait faire allusion à la vie ferrestre de Jésus-Christ. Nous n’y voyons rien cependant qui prouve l'humanité du Sauveur : il a pu faire tout cela sans avoir un corps, et de la même manière qu'il s’est établi dans les cœurs des hommes.
Le Sauveur étant ainsi considéré, nous ne nous étonnerons plus de ne trouver un mot ni de ses souffrances, ni de sa mort, ni de sa résurrection. C’eût été trop abaisser l'artisan, le créateur et le maître de Punivers que de le faire passer par de si tristes épreuves. Il
1Rom.8,3; cf.Phil. 2, 1; Héb. 2, 17,4, 15.
est bien donné comme rançon pour les hommes, mais ce n’est pas sans doute, ainsi que l'entend l’apôtre Paul, en subissant la mort à leur place. Ge dernier va même plus loin : il dit que «Jésus-Christ étant en forme de Dieu , étant égal à Dieu, s'est anéanti lui-même en prenant la forme de serviteur et en se faisant semblable aux hommes; qu'il s’est abaissé lui-même et a été obéissant jusqu’à la mort, même jusqu'à la mort de la croix.» Cette idée d’un état d’abaissement, d'inanition, non-seulement est étrangère à l’auteur de notre épitre, mais elle est tout à fait contraire à son point de vue.
Il nous semble même que dans sa conception le Logos pourrait être supprimé sans que le salut fût manqué pour cela. En effet, les hommes ne connaissent pas Dieu, mais 1l se montre soi-même, il vient lui-même se faire connaître. Les hommes ne peuvent obtenir la vie, parce qu'ils sont pécheurs, mais Dieu prend lui-même leurs péchés. Sa bonté et sa puissance lui permettent d'accomplir le salut à lui seul. Il est vrar qu'on peut toujours dire que le Logos étant au fond identique avec Dieu, ils ne sont ni n'agissent jamais l’un sans l’autre.
Une lacune fort importante qui nous a frappé, c’est que dans notre épilre 1l n’est pas question du Saint- Esprit, ni comme personne, ni comme influence. Le passage où 1l est dit que Dieu a voulu fixer le Logos dans les cœurs des hommes, semblerait faire penser que le Logos lui-même en tient la place et en remplit les fonctions. Du moment, en effet, qu'il se trouve