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(Marc 6,3 ; Matth. 13,55) Jacques et Jude sont deux des quatre frères de Jésus, tandis qu'aucun des autres Jude ou Judas figurant dans le N. T. n’est présenté comme le frère d’un certain Jacques (ou réciproquement). 5) Jacques, mentionné uniquement à titre de père d’un des douze apôtres, lequel, d’après les listes de Luc 6,16 ; Actes 1,13, s'appelait aussi Jude.
Contrairement aux épîtres pauliniennes (sauf l’épitre aux Philippiens), à 1 et 2 Timothée, à 1 et 2 Pierre, celle de Jacques ne donne pas à son auteur le titre : &méotooc. Mais, en le qualifiant d'esclave de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, elle se rencontre avec Tite I, 1, Soùnos Oeod, d’une part, avec Romains 1,1; 2 Pierre ï, 1, Sodroc ’Incoù Xptoroù, Philipp, 1, I, Soddot Xp1070ù ’Incoÿ, et Jude, v. I, ’Inooù Xptoroù JodAoc, d'autre part. La juxtaposition des deux Maîtres n’est attestée qu'ici et dans la, formule paulinienne : (4x) Dieu, notre Père et le Seigneur J.-Ch. (Romains 1, 7, etc.). On ne saurait discerner là un désaccord conscient avec Matth. 6,24 ; Luc 6, 13. En fait, un chrétien sert l’un et l’autre, comme le Juif sert Dieu et son Oint, roi ou Messie. Cf. Ps 2,2; 1 Chron. 29, 20. Aussi bien, chacun des auteurs d’autres épîtres néo-testamentaires qui se qualifie d’« esclave de Dieu » fait-il suivre ce titre de celui d’« apôtre de Jésus-Christ » (sauf dans Philipp. 1, 1, peut-être parce que, tout en s’associant Timothée comme signataire de sa lettre, Paul n’entend pas lui attribuer la dignité d’apôtre ?). Aoùlos est l’exact corrélatif de Küptoc, notions qui ont pénétré des croyances orientales dans le syncrétisme hellénistique. L’initié aux mystères, en devenant l’« esclave » de son dieu, lui consacre toute sa vie. Cf. APULÉE, Metam. 11,6. DEISSMANN, Licht v. Osten“, p. 87, 271 ss., 277. REITZENSTEIN, Hellenist. Mysterienrelig. 1910, p. 66, 78.
Sodhoc Oeod (xupiou) peut s'appliquer à n'importe quel fidèle ou élu : Actes 4, 20, cf. 23, etc. ; les Septante l’attestent aussi bien que le N. T. : Esaïe 42, 19 ; 65,9 ; (JOSÈPHE, Antiq. 11, 4, 4, 6) ; 1 Corinth. 7, 22 ; 1 Pierre 2, 16 ; Apoc. johan. x, 1b; 7,3 ; 19,5 ; 22,6, etc. Mais cette expression s'emploie aussi pour honorer des personnalités célèbres : les patriarches (notamment Jacob, voir ci-après) ; — Moïse, Daniel 9, 11, G9 ; Malach. 3, 22 ; Apoc. johan. 15,3, etc.; — David, 1 Rois 8, 24, etc.; Ezéch. 34, 23; 37, 245S.; 1 Macchab. 4, 30 ; — les prophètes, Amos 3,7; Jérém. 7,25; Daniel 9, 10, GÔ; Apoc. johan. 10,7 (cf. x, 1 a). On se demandera donc si notre auteur se donne comme un simple fidèle, ne se distinguant pas parmi les esclaves de Dieu et du Christ, ou si ce mot le désigne, d’après lui, comme prophète : quoique, en général, le contenu de l’épître apparaisse plutôt comme l’œuvre d’un docteur, cf. 3,1, le ton des apostrophes aux riches, par exemple (5, 1-6), pourrait favoriser cette interprétation ; ou, enfin, s’il s’identifie à Jacques, frère du Seigneur, renommé comme un esclave de Dieu spécialernent éminent. Les exégètes qui acceptent cette attribution traditionnelle de
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l'épître donnent nécessairement à SoÿAos le sens honorifique, déjà adopté par Didyme, Œcumenius et Théophylacte. Mais, à le supposer établi, cela n’écarterait pas du même coup l'éventualité d'un écrivain s’appropriant le nom du frère du Seigneur, car les mœurs littéraires de l’antiquité chrétienne et, plus généralement, du monde civilisé à cette époque ne comportaient aucun scrupule à l'endroit de la pseudépigraphie. Cf. 1 et 2 Puerre; 2 Clément rom. épîtres de Pierre et de Clément à Jacques au début des homélies ps. clémentines, etc. Autre hypothèse (WiNDIscH?) : l’auteur s’intitulerait SobAoc Oeod par analogie avec le patriarche dont il porte le nom, Jacob ; cf. Genèse 32, 10 ; Esaïe 4x, 8, etc.
Les mots xai Kupiou ’Inooù Xpiotoë, que Luc OSIANDER (t 1604) suspectait déjà, sont tenus pour une interpolation par SPITTA ; ’Incoù Xp1orod seulement par MASSEBIEAU. Ces auteurs retranchent de même fu&v ’Inooù Xotoroù dans 2, 1 ; les deux gloses, estiment-ils, auraient été introduites pour adapter à l’usage des chrétiens un ouvrage primitivement juif. Nous discutons cette théorie, p. 251 ss. Les témoins du texte ne lui offrent pas d'appui.
Pour l'emploi de xbptoc, in consultera l'ouvrage capital de BousseT, KYPIOZ XPIZTOZ, ?r1921, ainsi que von Bau- DISSIN, Kyrios als Gottesname im Judentum und seine Stelle in der Religrionsgeschichte, 1926-29 (édité par O. EIssFELD), 4 vol. et E. von DoBscHüTz, Kbotoc ’Inoodc, Zeitschr. f. d. neutest. Wissenschaft, 1931, p. 97 ss.
Déjà, nous l’avons indiqué, la salutation épistolaire de l’apôtre Paul s’énonce, « de la part de Dieu et du Seigneur Jésus- Christ. » Ceci correspond à un enseignement paulinien fondamental ; cf. 1 Corinth. 8,6 (résonance liturgique ?). Il semble qu'il en était de même dans le christianisme apostolique primitif. On remarquera en tout cas l’antériorité de ces formules par rapport à la triade : Père, Fils, Esprit, qui n'apparaît pas avant Matth. 28,19 (2 Corinth. 13, 13 n’a pas la même portée). Cf. À, SEEBERG, Der Katechismus der Urchristenheit, 1903, p. 66.
Les destinataires sont désignés ainsi : raïc JoÔexa quAaic Tai ëv th Atoonooû. Littéralement, l’épître s’adresserait au judaïsme extra-palestinien. Cette Gxonopt (dissémination, éparpillement, terme attesté chez PLUTARQUE) juive, dont la formation a été étudiée récemment par A. CAUSSE. Les dispersés d'Israël, Paris, 1020, ainsi que par ROSEN et BERTRAM, Juden und Phônizier…, Tübingen, 1929 (voir également WicLiAm Lops. Les Juifs en É gypte à l'époque ptolémaïque et romaine, Paris, 1925), comprenait au Ie" siècle, dans les régions les plus diverses de l'Orient et du bassin de la Méditerranée, plusieurs millions d'individus, établis surtout dans les villes commerçantes ; Jean 7, 35 y fait allusion ; cf. 11, 52; voir aussi Actes 2, 5, 9-11. C’est dans leurs synagogues que Paul, ses compagnons de voyage et, sans doute, d'autres missionnaires, Apollos par exemple, entreprirent d’abord de prêcher l'Évangile.
Déjà l'antiquité israélite, puis et davantage encore tout naturellement, la littérature juive postexilique parlaient des tribus de la « dispersion » : Deutéron. 28, 25 ; 30, 4 ; Jérém. 15,7 ; 29 (36) ; Ps. 147,2 ; Judith 5, 19 ; 2 Macchab. x, 27, etc: Dans l'apocalypse syriaque de Baruch, les chapitres 78-87 revêtent la forme d'une lettre aux « neuf tribus et demie résidant aux bords de l'Euphrate » ; l’auteur indique auparavant (77, 17-19) qu'il a écrit en même temps aux deux (autres) tribus'et demie exilées à Babylone. Parmi les déportés se trouvent, en effet, des représentants des douze tribus palestiniennes, ayant chacune pour ancêtre éponyme l'un des « douze patriarches », fils de Jacob. Tribus et diaspora ont donc une signification fixée dans la tradition. Cf. rù SwÿexdouAov, Actes 26, 7; 1 Clém. rom. 55,6; — HERMAS, Simal. 0, 17; — Protév.
de Jacques 2, 1, 3, etc. — L'emploi du mot œuAn est attesté au rer siècle avant J.-Ch. pour les tribus sacerdotales d'Egypte : papyrus.
Mais les destinataires de notre épître attendent « la parousie du Seigneur » (5, 7-9) ; Dieu les a « fait naître de la Parole de vérité » (1, 18) ; ils doivent être jugés d’après une « loi de liberté » (2, 12 ; cf. 1, 25). Ces indices, qui pourront se préciser au cours du commentaire, joints aux deux mentions de, Jésus (I, 1; 2, 1), doivent en tout cas laisser ouverte la possibilité, où même la vraisemblance, d’une destination extérieure au judaïsme, chrétienne par conséquent. Aussi bien, les disciples de Jésus, à leur tour comptèrent-ils de bonne heure des frères « dispersés » : Actés 8, I, 4; II, 10.
Un moyen terme, assez naturellement suggéré par « les douze tribus de la diaspora », admettrait que l’auteur s'adresse à des convertis d’origine juive. Ainsi se prononcent, entre autres, Heinrici et l'abbé CHAINE. Dès après la mort d’Étienne, nombreux furent les judéo-chrétiens qui cherchèrent de lointains refuges, en Syrie ou au delà, et s’expatrièrent sans retour. Sous la plume de Jacques, frère du Seigneur, une sorte d’encyclique aux communautés de ces dispersés-là pourrait évidemment s’intituler : « aux douze tribus de la diaspora ». Néanmoins, quel que soit l’auteur, il semble que, d’un mot au moins, il aurait précisé, en les nommant, qu'ils sont dispersés pour leur foi. C£. z Pierre I, x : « aux élus expatriés ».
Le judéo-christianisme de ces « tribus » n’est donc pas démontré. L'idée du véritable Israël, appliquée par Paul à l'ensemble des chrétiens, sans spécifier leur origine juive ou paienne (Galates 3, 7-9 ; 6, 16), mais en les considérant comme les héritiers des promesses faites à Abraham et à sa descendance (Romains 4; Galates 4, 21-31); par opposition à l’« Israël selon la chair » (1 Corinth. 10, 18), et comme devenus ainsi « la vraie circoncision » (Philipp. 3, 3), exerce nettement son influence sur 1 Pierre 2, 9. Elle apparaît même dans l'apocalypse johannique : 2,9 ; 3, 9 (voir aussi 7, 5-8) ; on le remarque d'autant plus qu’en
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général cet ouvrage ne dépend guère du paulinisme. Rien n'oblige à écarter d'ici 4 priori une conception analogue, quand bien même Giaoxopt ne comporte que par un sous-entendu possible l’idée complémentaire, plus précise chez Paul et dans 1 Pierre (voir aussi Hébr. 13, 14), qui attribue à l’Israël spirituel ici-bas éparpillé, expatrié (Hébr. 11, 13 ; 1 Pierre, 7 ; 2, 11) une patrie céleste (Galates 4, 26; Pmlipp. 3, 20). DIBELIUS estime avec vraisemblance qu’outre notre texte, Actes 26, 7, 1 Clém. rom. 55, 6 et Protévang. de Jacques x, 3 suffisent à indiquer la facilité avec laquelle l'expression : « les douze tribus » pouvait à son tour être appliquée aux chrétiens, le nouvel et véritable Israël. Voir encore HERMAS, Simil. 0, 17, I. — Il y a apparemment corrélation entre le nombre des « douze » (apôtres), Marc 3, 13 ss. et parall., et celui des tribus d'Israël : Matth. 19, 28 ; Luc 22, 30.
Sans doute, l’absence de toute caractéristique positive, spécifique, des destinataires comme chrétiens reste assez embarrassante. Mais elle ne contraint pas à écarter simplement l’ensemble du verset, seul texte d’allure strictement épistolaire dans tout l'ouvrage, comme une addition ultérieure (HARNACK, J. Weiss). Ce verset tient étroitement au suivant ; cf. ci-après : xatoetv-yaxpav. Au surplus, l’auteur pouvait-il juger explicite et suffisante la désignation : « les douze tribus de la diaspora », en raison de la portée spirituelle qu’il lui attribuait. Il devait s’être formé alors un véritable style biblique, très compréhensible d'emblée pour des chrétiens ; une expression comme : éxAexrÿ xvpia (2 Jean, v.x, cf. v. 13; 1 Pierre 5, 13), et l'emploi des noms de Balaam et de Jézabel dans Apoc. johan. 2, 14, 20, viennent à l’appui de cette hypothèse. Ne peut-on pas citer aussi l’acception donnée par notre auteur lui-même à uoryaAtdec (4, 4) ? Un copiste ou glossateur, plus tard, eût-il partagé cette inspiration et gardé cette sobriété ? On nous permettra d’en douter.
xaipeuv (sous-entendu : Aéyer), salutem (dixit) est la formule de salutation habituelle dans le grec classique (cf. Acies 23, 26). On sait que Paul ne l’emploie pas ; il associe yapts at sionpvn (pour ce dernier terme cf. Jacq. 2, 16), combinaison plus riche et spiritualisée, qui semble bien originale, car les recherches de WETTER (cf. aussi DEISSMANN, Licht v. Osteni, p. 311, n. 4) n'ont pas établi indiscutablement pour cet emploi de yxpuç un emprunt aux cultes hellénistiques ; voir par contre Acies 15, 40. La formule paulinienne fit école, mais, chez les pères apostoliques, xaioeiv où rhsiora yaioeuv reparaît çà et là, notamment dans les lettres d'IGNACE, tandis qu'ailleurs l’on voit se former des variations composites. Le simple yaioew employé par des chrétiens ne se retrouve dans le N. T. qu’au début de la lettre des « frères apôtres et presbytres (de Jérusalem) aux frères d’Antioche, de Syrie et de Cilicie, d’entre les païens » (Actes 15,23). Cf.2 Macchab. 1,1,etc. Il est attesté comme formule parlée dans 2 Jean, v. I0S. Voir aussi Matth. 28, 9, atpere, dont Paul fait une exhortation :
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2 Corinth. 13, 11 (l'influence soit de yæipeiv, bonjour, soit de ydpte se discerne peut-être là, en ce que l’apôtre voulant achever sa lettre sur quelques impératifs où se condense l'essentiel du but poursuivi, le premier qui se présente spontanément sous sa plume est yaipere ; quatre autres le suivent, eipnvebere vient le dernier ; cf. yhpuc nat elphvn) ; Philipp. 2, 18 ; 3,1 ; 4,4; xaipe, Marc 15, 18; Maïth. 27, 29 ; Jean 19, 3; Luc x, 28.
D'après LucIEN, Laps. inter salut. 3, cf. SUIDAS, s. v., xabpeuv passait pour avoir été employé une première fois par Cléon annonçant à Athènes la prise de Pylos en Messénie. — Cf. G. A. GEBHARDT, Untersuchungen zur Geschichte der griechischen Briefes 1. Dissert. Heidelberg, 1903. EXLER, The form of the ancient greek letter. Washington, 1923.
« L'Hébreu, dont les ancêtres étaient nomades, souhaite la paix (comme l’Arabe) ; le Grec, à qui la nature sourit, souhaite la joie ; et le Latin, pratique, souhaite la santé, salue. » (CHAINE, p. 3). Il ne faudrait pas trop presser ces distinctions, car il s’agit toujours de bien-être ou de bonheur ; $&lôm, en particulier, a un sens des plus larges dans l’A. T. De tous les termes considérés, seule la y&pus paulinienne imprime à la salutation un caractère profondément religieux, que l’apôtre ait ou non en vue les assemblées cultuelles où ses lettres seront lues ; cf. LIETZMANN, Gesch. der alten Kirche, 1, 1932, p. 154.
Un adversaire de Luther, le cardinal DE VI10 DE GAËÈTE, a mis en doute l’attribution traditionnelle de l’épître à « Jacques, frère du Seigneur », spécialement à cause de cette salutation « profane » (1532 ; cf. ARN. MEYER, p. 8, n. 2).
La formule liminaire se distingue donc par une allure archaïique : les douze tribus, salut. Considérée isolément, elle tendrait à placer Jacques avant Paul. Mais, alors même que d’autres indices viendraient appuyer cette observation, on n’en saurait rien conclure er ce qui concerne l'identité de l’auteur : est-ce personnellement à Jacques, frère de Jésus, que les Actes attribuent la rédaction de la lettre où figure yæipeiv (Actes 15, 23) ? Pareille supposition ne trouve aucun appui dans les textes.
Notons enfin qu’on rencontre dans Jacq. 5, 13, un verbe, ed0vuet, dont l’usage dans les formules hellénistiques épistolaires de salutation ou d’entrée en matière (papyrus, etc.) est assez répandu, coordonné à yaipeuv, quoique yatpeuv xt bytaiverv y revienne plus fréquemment encore.