‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 17 sur 103 · LS II · texte numérisé non relu

LS II

une définition de repaouéc, se retrouve, identique, dans 1 Pierre 1,7. Voir ci-après, p. 145. Soxiuov n’est pas employé ailleurs dans le N. T. Substantif, il désigne le fait (et le moyen) de la mise à l'épreuve. Adjectif neutre pris substantivement, il exprime le résultat de l'épreuve : ce qui a été éprouvé. Cf. Prov. 27, 21. Les textes recueillis par DEISSMANN (Bibelstud. p. 259 ss.; Neue Bibelstud. p. 86 ss.) apportent un appui décisif pour cette interprétation. Voir aussi Berlin. Gr. Urk. 4, 1065, 6 (97 après J.-Ch.) : GRÉyELV aTov Tuuhv govotou Joxuei[o]u uvaiaiov ôxr. Etc. On trouve Soxiuuov en rapport avec retodteofar dans PLUTARQUE, Apophth. Laconica, p. 230 b et dans ORIGÈNE, Exhortatio ad martyr. 6 : Joxiutov oùv a Éeraorhprov Th nods Tr Dev &yérnc VOHLOTÉOV AUiv Veyovévar Tv cTnxôTa netpaouév. Les épreuves ont réalisé cette vérification de la foi (en Dieu) ; elle en sort épurée, inébranlable, comme un métal de bon aloi, et se montre à l’œuvre en produisant la patience.

ratepyälouu est classique depuis Hérodote. Attesté onze fois dans les Septante, il se rencontre chez Paul (spécialement Romains 5, 3, voir ci-après), dans Ephés. 6, 13 et dans t Pierre 4,3. Les snscriplions et papyrus l’'emploient aussi, par exemple avec la nuance : cultiver. xard est intensif; cf. &oyd£ouar, Jacq. I, 20; 2,0.

Üropoviv. « La patience est la vertu humaine par excellence. » (B. CouvE, Vers le soir, 1907, p. 46). « Patience est une espreuve [= une preuve] aux saincts, que Dieu donne vrayement le secours qu'il a promis quand il est mestier. » (CALVIN, Instit. chrét. 3,8, 3). Quoi que puisse suggérer plus loin (5, 11) l'exemple de Job, ou, d’une manière générale, l’A. T., qui ne possède aucun terme désignant spécialement la patience et qui la considère surtout comme la certitude de voir finalement cesser les souffrances du peuple de Dieu, elle n’a ici rien de passif (cf. 5, 7; Sirac. 2,4; 1 Corinth. 13, 4, et surtout l’ärdberx ou ürouovh des Stoïciens ; BoNHÔFFER, Eprktet und das N. T. Giessen, 1911). L'auteur conçoit plutôt la patience comme cette force agissante et virile que 4 Macchab. x, 11 met en parallèle avec rÿ &vdpix ; voir aussi 9, 30 ; 17, 12; Jubilés 17, 17 ; 10, 8; Testam. de Joseph 2, 7 : « dans dix épreuves il me trouva Séxtuov ; dans elles toutes je fis preuve de uœxpobvuix (cf. Jacg. 5, 7), car celle-ci est d’un grand secours et la ürouovh donne des biens en abondance » ; 10, 1: «combien la patience est active ! (xurepydterau) ». Ps. de Sal. 2, 40: OT YpnoTèûs Ô xUproc Toi ÉrixXAOUUÉVOLS TOY ÉV ‘ÜToOUOV}. À mesure que l’on endure l'épreuve avec intrépidité (cf. 1, 12), on acquiert constance et fermeté morale (yxprepia ; ZWINGLI disait : Tapfermütigkeit). Cette patience en actes devient persévérance et même courage ; cf. v. 4; — Apoc. johan. 2, 3 : « tu as ôrouovhv, tu as tout supporté pour mon nom sans te lasser. » C’est apparemment de la théologie juive qu'est venue à notre auteur l’idée de l’éducation virile par les épreuves : sans elles il n’y aurait point de constance avérée. Le fait ne se discute pas ;

il est acquis. Aucune considération eschatologique n'entre ici en ligne de compte, alors que l'apocalypse synoptique, par exemple, s’y réfère expressément : Marc 13, 7 ss. CT; HERMAS, Vas. 4, 2,5; 3, 4. Rien ne rappelle non plus le profond mysticisme paulinien ; « j'achève les souffrances du Christ », Coloss. 1, 24. Cf. déjà dans 1 Thessal. 1, 3, uwmuovebovrec… tic brouovñc Tic Axidoc roù Kupiou x. +. À., et le v. 10; voir aussi 1 Corinith. 13,4; 2 Corinih. T0: 6, 4, 6. L'auteur, ici, ne dépasse pas les considérations de simple morale, (Cf. 1 Thessal. 5, 14). Il ne manque pour autant ni de souffle, ni de persuasive puissance. On pourrait rapprocher quelque peu de son inspiration celle de 2 Timot. 4, 2 : ëv r&oy uaxpobvuia, xai GiBo«yn, puisqu'aussi bien, au chapitre 3, 1 ss., il se donnera pour un dÔaoxxÀoc.

4. La déduction graduée s'achève en exhortation, ce qui ramène le ton du v. 2, tandis que Romains 5, 3-5 ne s’écarte pas de la forme affirmative pure et simple. 3é n’est pas adversatif mais conditionnel : l’auteur tient à préciser comment il importe de comprendre la patience du v. 3 ; les épreuves qui ne produiraient qu'une patience insuffisante manqueraient leur but ; ce qu'à son tour la patience met en œuvre doit être parfait, épyov réderov yérw. La reletbors ou teneornc (cf. Coloss. 3, 14; Hébr. 6, 1), faite d’intégrité morale, tient visiblement au cœur de notre écrivain ; Cf. I, 25 ; 3, 2. téhstov Épyov, cf. Jean 17, 4 ; IGNACE aux Smyrn. 11, etc. ; CLÉMENT d’ALEX. Sérom. 4, 14, 3. Voir aussi Jubilés 23, 10. PHILON, de somn. x, 131, p. 640 : buyn... tehstwOeïoot ëv 40h06 &perüv. Cette perfection, que l’éthiquestoïcienne décrivait de son côté, Jacques la veut active, soit pour les vertus, soit pour l'individu lui-même, auquel il va aboutir expressément, car il ne saurait s’attarder à détailler l’Épyov téAetov 1n abstracto, à la manière, par exemple, des « fruits » de l'esprit qu’énumère Galates 5, 22 ; voir aussi 2 Corinth. 6, 4, ëv dnouovÿ roAÀ x. T. À. ; 2 Pierre 1, 5-7 ; 1 Thessal. 1, 3, Épyov Tñc miotewc x. +. À. (xaAoù £pyov, dans 1 Timot. 3, 1, caractérise l’épiscopat). Donc, en souffrant vous conquérez la patience ; il importe qu’elle déploie intégralement son dynamisme ; vous ne le posséderez que si vous parvenez vous-mêmes à la perfection. On discerne ici quelque affinité avec la conviction de l’auteur de l’épître aux Hébreux 10, 36 : « vous avez besoin de patience pour accomplir la volonté de Dieu... ». (Cf. Jacq. x, 12). Voir encore Coloss. I, II, eic rüäouv ÜTOHLOVAV.

Îva re TÉAerot xai GAGXAnpOL, Ëv undevt Asunôuevor. L'accent repose essentiellement sur les deux premiers termes, le parallèle de forme négative qui les suit n’ajoute rien à l’idée, mais amplifie la phrase et en arrondit la chute. réAetor (cf. I, 17, 25; 3, 2; — 2,22), hommes parvenus à la maturité (papyrus : hommes ou animaux adultes), d’où : parfaits aussi au point de vue psychique et moral. Pythagore distingue les vrio: et les réaetor. Si, plus loin, cette perfection humaine apparaît contrariée par la nature

(« nous bronchons tous », 3, 2), ici, la relativité n’en est aucunement soupçonnée. Cf. Sirac. 44, 17 ; Sag. de Sal. 9, 6; Matth. 5, 48 comparé à Luc 6, 36 ; Matth. 10, 21 ; — POLYCARPE aux Phlhipp. 12, 3. L’'« homme parfait » d'après Ephés. 4, 13, est celui qui a atteint « à la stature du plérôme du Christ » ; cf. Coloss. 1 P20 52 A0 4012: Les initiés aux mystères hellénistiques, uoorau, ne sont nulle part appelés rénetor, mais parfois rerekcouévor, TeheoUelc, Telobuevor. Cf. KENNEDY, Sf. Paul and the Mystery Religions, p. 130 ss.

0À6xANpos insiste : intact, intégral, pourvu de tous ses éléments (cf. l’hébreu fémim, Ezéch. 15, 5). On trouve ce mot chez les Septante, chez PHILON (par exemple en rapport avec äuwuov, de spec. leg. 1, 283, p. 265), JOSÈPHE et divers écrivains classiques depuis Platon. Cf. 1 Macchab. 4, 47 ; 4 Macchab. 15, 17 (edoéfeux) ; 1 Thessal. 5, 23, dont se rapproche curieusement un texte magique : Papyr. de Londres 121, 590 (11° siècle après J.-Ch.), DLXPUAXOGE pou Td cu Tv Vuyhv 6A6xAnpov. De son côté Eprc- TÈTE, 4, 1, 151, écrit : « J'ai des égards pour mon corps; j'attache un grand prix à le tenir intact » (6A6xAnpoy œdrd é#yerv). Dans le Poimandres, fragm. 6, les néon to 0co5 sont 6A6xAnpc. Voir encore 6hoxAnpia, Actes 3, 16, 1ntegritas (en l’espèce, guérison complète), PLUTARQUE, papyrus (parfois : prospérité).

Pour l'association des deux termes, déjà avec le sens : moralement irréprochable, cf. PHILON, de Abr. 47, p. 8 : à uèv yo: réheroc (Noé) 6A6xAnpoc ÉE &pxns (en opposition à Aépyos et à ëxurhc). Voir aussi Coloss. 4, 12 : téAetot xai rer AnpopopuévoL.

On remarque une insistance aussi vive dans 1 Timot. 4, 15 : « prends cela à cœur, donne-t’y tout entier... ».

êv undevt Aeurmouevor. Cf. Sag. de Sal. 9, 6. Des six textes du N. T. qui emploient Asirwo (proprement : laisser), trois se trouvent dans l’épître de Jacques : I, 4, 5; 2, 15. À la voix moyenne et pourvu comme ici d’un complément avec év, ce verbe est attesté dans une inscription de 97 ou 96 avant J.-Ch. : Sammelbuch Gr. Urk. aus Ægypten, ed. PREISIGKE, p. 620, 6, un certain temple ne compte pas parmi ses prérogatives le droit d'asile ; il en est privé, Aeireofar dE ëv r@ un eivat äoudov. En comptabilité, Asirouar se dit d’un solde débiteur (papyrus).

Dibelius note ici très opportunément une proposition stoïcienne de la compilation de STOBÉE (2, 7, 11, éd. WACKSMUTH, p. 98) : révra DE rdv xaAdv aa &yaldv &vdpax TÉAetoy elvar Aéyouot SuX To undemäc änoneineobar dperic. Mais notre ëv pndevi est plus absolu encore.

Les v. 2-4 présentent une analogie étendue avec Romains 5, 3-5 d’une part, 1 Pierre 1, 6-7 d’autre part. Peut-on reconstituer entre ces textes une filiation quelconque ?

Dans Romains 5, 3-5, la forme de l’élocution est, comme ici, celle d’une chaîne de conséquences successives : « … Nous nous

réjouissons dans les affictions, ‘sachant que l'affiction produit la patience, la patience la vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance ; 5or, l'espérance ne déçoit pas. »

Toutefois, l'analogie morphologique ne permettrait pas de conclure à une dépendance d’un côté ou de l’autre, car rien n'était plus répandu que ce raisonnement déductif et rebondissant dans les habitudes littéraires ou oratoires vers le début de l'ère chrétienne. Nous en relèverons divers exemples à propos de /acq. 1,15. Les rencontres verbales seraient-elles plus décisives ? Nous ne nous arrêtons pas à xarepydtero, soudure naturellement indiquée entre les anneaux de la gradation. Ce verbe usuel n’a, en somme, pas plus de poids que eidéres — yivwoxovrec. Par contre, üroyrovf figure des deux côtés comme premier résultat de l'épreuve, puis vient Soxiuh — Soxtuov. Mais ce dernier terme n'occupe pas le même rang dans l’énumération :

Romains Jacques

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