‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 19 sur 103 · DE LA PRIÈRE INACCESSIBLE AU DOUTE I · texte numérisé non relu

DE LA PRIÈRE INACCESSIBLE AU DOUTE I

L'un de vous manque-t-il de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous sans réserve et sans récriminer : elle lui sera donnée. $Mais qu’il [la] demande avec foi, sans douter, car celui qui doute ressemble aux flots de la mer que le vent soulève et agite. Qu'un tel homme ne s'imagine pas recevoir du Seigneur quoi que ce soit, Bcet homme à l'âme partagée, inconstant dans toutes ses entreprises.

5. Pour toute transition, l’auteur greffe son nouveau développement sur la répétition du verbe, Asimetar, cf. v. 4 : eumôuevor. Cela rappelle le passage de yuipeiv à y&ox, v. 1-2. Ici comme dans 2, 15 Acixeodu est construit avec le génitif (gén. separahionis) ; c’est attesté chez des écrivains très tardifs, tel Libanius au IVe siècle (cf. F1ELD, Notes, p. 235) ; l'emploi d’une préposition (v. 4) ne s'était donc pas entièrement maintenu pour les compléments de ce verbe. A la rigueur, une coordination moins superficielle pourrait s’entrevoir, si l’on supposait qu'après avoir exposé comment par la patience il faut atteindre à l’humaine perfection, l’auteur voulait envisager le cas où, aux prises avec la souffrance, tel ou tel de ses lecteurs resterait impuissant à s'élever jusqu’à ce but suprême : alors il faut prier. Mais nous ne retenons pas cette hypothèse, car elle ne peut justifier l'intervention de l’idée de copix. — Ei tic, cf. I, 23.

Cette sagesse, qui a silentio n’est pas plus que celle de Paul la copiax Toù ai&vos robrov, 1 Corinth. 2, 6 (cf. 2 Corinth. ï, 12, èv oopix oaxpivh), ne prétend pourtant pas conduire aux extases des mystiques. Cf. Ephés. 1, 17-19 (nvebdux cogixc). Elle tient de beaucoup plus près à la notion hellénique qui pénétra puissamment dans le judaïsme, comme l’atteste avant tout le livre de la Sagesse de Salomon. Cf. aussi Odes de Salomon 24, 9, « ils manquaient de sagesse, ceux qui s’élevaient dans leur cœur. » Notre auteur la définira explicitement : 3, 13-17. Ici on voit seulement qu'il la tient pour nécessaire, et qu'il ne la fait pas consister en une attitude ou un ensemble de qualités intellectuelles, susceptibles de se cultiver sans recourir à Dieu. C’est la discipline de l'existence entière que la sagesse (qui vient d'en haut, 3, 17) doit conditionner, puisque c’est en priant qu’on l’obtient. Cf. Sirac. 51, 13 ; Coloss. 1, 9 ; IGNACE à Polyc. 1, 3. Elle comprend, écrit

HaAucK (p. 43), « la juste connaissance de Dieu et la pieuse maïtrise de la vie. » (Cf. Sirac 19, 20). Dans Coloss. 4, 5, une exhortation à « marcher avec sagesse » fait suite à la recommandation des prières persévérantes, v. 2-4, mais sans en être la conséquence formelle. j airelro rapà (cf. Actes 3, 2) roù duSévroc Oeod. D’emblée l’exaucement de la requête est déclaré certain. Cf. Matth. 7, 7-8, 11 ; Luc II, 9, 10, œiveite, xal Jofñoerar div. Voir aussi PHILON, de migr. Abr. 121, p. 455, 6ox d’äv un edpioxn Tup Éavr& (6 Dixauoc), Tdv pévov réurAoutoy œireitar Dev 6 dE Toy odpavoy dvoléxs Ünouvpdv du6pet nai éruvéper Tù dyala po. Dieu ne se conçoit que comme celui qui donne; telle est sa nature même. Cf. PLUTARQUE, Quomodo adulator ab amico internoscatur, p. 63 f (xapiteodou) ; Job 32, 8 ; Prov. 2, 6, Yahvé donne la sagesse (voir aussi 1 Rois 3, 12; Sirac. 6, 37, etc.), HERMAS, Préc. 9, 8. Il s’agit donc, en somme, pour Jacques comme pour Paul, de la « sagesse de Dieu », 1 Corinth. x, 18-27, mais Paul éprouvait le besoin d’en préciser tous les aspects.

En rejetant räoiwv &mA&s à la fin, l’auteur veut certainement mettre en relief l'étendue des dons divins. La &rA6rnc (cf. 4, II, p. 165) est primitivement la simplicité (cf. &peornc, Actes 2, 46); l’adverbe (kapax du N. T.) comporte souvent cette signification, par exemple dans la langue juridique : Papyr. d'Oxyr. 2, 237, VI, 21, 186 après J.-Ch., &Ao ddixnua sic adrov amAwc, tout autre délit contre lui-même. Etc. HERMAS, Préc. 2, 4, 6 : simplement. De là, netteté, sincérité, droiture, bon caractère; parfois : mesure, modération. Toutes ces nuances distinguent le patriarche Issahkar dans son Testament : 3, 3, 4, 8, etc. Voir aussi Testam. de Ruben, 4, de Lévr, 13, de Siméon, 4, de Benjamin, 6 ; Oracles sibyll. 2, 122. Cf. BOUSSET, die Religion des Judentums?, 1906, p. 480 ss. A. CAUSSE, L'idéal ébionitique dans les Testaments des douze Datriarches, Congrès d'Hist. du Christianisme, 1, 1928, p. 56 ss. Paul connaît la érA6rnc candeur (2 Corinth. 11, 3; Coloss. 3, 22; Cf. Ephés. 6, 5), mais il emploie ailleurs le même mot à propos de la collecte qu’il a entreprise : 2 Corinth. 8, 2; 9, 11, 13; cf. Romains 12, 8 ; c’est alors la libéralité, la générosité. Cf. Odes de Sai. 27, « Le Seigneur est ma largesse » (celle que je reçois). Enfin, de l’idée de simplicité on voit dériver aussi facilement : absence de réserve, de restriction, d’arrière-pensée ; cf. HERMAS, Préc. 2, 4, ämAüc un0èv Gioxpivov rive SG à un 0 ; 2, 6; Simil. 9, 24, 2 (sans aïigreur), 3. Ici la précision : un éôvedtCwv vient appuyer cette dernière interprétation.

xat uh ôveudCovroc. Donner et retenir ne vaut. Deutéron. 15, 10. Dieu ne donne pas à contre-cœur. Cf. HERMAS, Préc. 0, 3, uvnoixaxoc ; — Sirac. 4I, 22, « après avoir donné, ne le reproche pas » ; 20, 14-15 ; 18, 15-18. Si, à notre gré, la seule supposition de reproches — le mot peut facilement s'étendre à des injures, de violentes manifestations d’hostilité, cf. Marc 15, 32; 1 Pierre

4, 14; papyrus, — venant de Dieu et annulant après coup ses bienfaits, supporte mal le moindre examen, il n’en allait apparemment pas de même pour Jacques et ses lecteurs ; l’écarter n'était pas superflu. Cf. PLUTARQUE, Quomodo.…., p. 64 a, räox uèv yap Ovadlouévn ydpis Éray0hc Hal dyaprc Hal oÙx dvexth. Didaché 4, 7 — Barnabas 19, 11, où Sioroeuc Sodvar oùdÈ GiSobc voyyÿsets. — Pour l'emploi de x dans une proposition conditionnelle, cf. 1 Timot. 5, 21; Tite Z, 6.

On ne peut s'empêcher de rapprocher ärAûs xai wh ôverilovroc de : TéAetor xxt 6A6xAnpot, év undevt Aeutômevor, V. 4. Ces définitions par insistance, appuyant le positif sur le négatif, pourraient bien trahir l’habitude de l’enseignement oral et en garder l'empreinte. Voir de même v. 6, 27 (xaÜaxpà xat äuiavroc); 3, 17. Nous en trouverons d’autres indices : I, 22 ; 2, 24 ; 3, 10; LOS NTO:

xai dofnostar adt&. Le xai consécutif, assez rare chez les écrivains classiques, équivaut presque à : donc, après l’argument décisif contenu dans la caractéristique de la manière dont Dieu exauce et donne. Cf. 4, 7, 8 a ; Matth. 5, 15 ; 8, 8; Luc 10, 28. Voir aussi Ps. 2, 8. — HERMAS, Simil. 5, 4, 8, aiteirar map” adrod obveoty xai AaufBavez. EPICTÈTE, Diss. 2, 20, 4, mioteuoov pot xai &pesAn0non. L'efficacité de la prière sera encore affirmée, en termes aussi simples que saisissants, presque au terme de l’épître 5, 16 b.

La rencontre en partie littérale avec Maith. 7, 7 (cf. Jean 16, 24 et subsidiairement 1 Jean 5, 14 5.), si elle n’en prouve pas l’utilisation directe par Jacques, permet du moins de constater une parenté d'esprit, d’où résulte en tout cas une présomption défavorable à l'hypothèse d’un auteur juif.

« Remets-nous nos dettes ».. Mais aussi : « rappelle-nous nos dettes ! ».. Rappelle-nous nos dettes, 6 toi, la souveraine Grâce ! qui donnes généreusement et sans reproche. » (Vesllez! janvier 1935, P. 15).

6. aireiro dt. L’exaucement est certain ; toutefois la prière ne se présentera pas à Dieu d’une manière quelconque. Il y a à la fois gradation : qu’il demande, mais èv rioter x. +. À. (cf. v. 4: la patience, mais la patience pleinement efficace) et délimitation de la pensée.

Deux conditions sont requises de l'homme qui prie; les négligeât-il, Dieu resterait celui qui donne (le principe posé au v. 5 est absolu), mais le requérant n’en prendrait pas conscience.

Condition positive : ëv more. C’est essentiellement dans 2, 14-26 que l’auteur laissera saisir ce qu'il entend au juste par foi. Il n’y a pas lieu de faire intervenir ici cette discussion, comme le croient SPITTA, BEYSCHLAG, RoPEs. La pensée est claire et indépendante des morceaux suivants. Sans nous approprier la déclaration un peu simpliste de DIBELIUS : « Il n'y a pas de « théologie » dans l’épître de Jacques », il sera prudent de ne pas

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