‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 21 sur 103 · CONDITION PRÉCAIRE DU RICHE I, O-II · texte numérisé non relu

CONDITION PRÉCAIRE DU RICHE I, O-II

9Que le frère d'humble condition se glorifie de son élévation. 1Owant au riche, qu'il se glorifie de son humiliation, car il passera comme ia fleur de l'herbe. Le soleil s’est levé avec le vent brûlant, et 1l a desséché l'herbe dont la fleur est tombée : c'en est fait de sa belle apparence. Ainsi se flétrira le riche au milieu de ses entreprises.

De nouveau, on a attribué ici à l’auteur tout un choix de transitions savantes à l’envi, mais sans appui dans le texte. Cf. DIBELIUS, p. 69 (qui les écarte) ; CHAINE, p. 13, intitule 9-11 : application pratique (de 2-8). Tout au plus, l'assimilation du « frère d’humble condition » à l’homme qui traverse honorablement les épreuves (v. 2-4 ; cf. v. 12), proposée par ROPES, a-t-elle pu exister dans l'esprit de notre moraliste, mais il ne la formule pas. Aussi bien ne mentionne-t-il que brièvement ce personnage qui a toute sa sympathie, pour l’opposer à celui qui absorbe maintenant son attention, le riche, v. 10-11. Il ne serait pas impossible de conjecturer qu’insensiblement la menace dont il va frapper ce dernier lui soit venue à la pensée alors que déjà il

caractérisait comme blâmable l’irrésolution décrite au v. 8. Mais ceci supposerait élucidée l'interprétation des v. 10-11 et resterait en tout cas inexprimé.

Quoi qu’il en soit, les v. 9-11 forment bien à leur tour un ensemble indépendant. Si les finales des v. 8 et 11 présentent une analogie de construction : ëv näoas rois OÛotG AÙTOÙ — Èv raie ropelauc adro, la rencontre ne dépasse manifestement pas la portée d’une tournure de langage ; eût-elle été employée avec intention, elle n’établirait pas plus de cohésion interne entre les deux développements que yatpewv et yaxpt entre les v. z et 2 ou le verbe Asirw entre les v. 4 et 5.

9. xavyäoûw è. Ce n’est pas l’idée de joie, quoi qu'en pense CHAINE, en discernant ici un rapport avec le v. 2, qui domine dans le verbe xxvydoua. Elle y est comprise assurément, mais elle n’en épuise pas la signification. Cf. Mifhallél, Jérém. 9, 22 s., etc., se glorifier (en bonne ou en mauvaise part). Ce terme, classique et bien attesté un peu partout dans la xouwr, est familier à Paul. Cf. DEISSMANN, Die neutesiamentiiche Formel « in Christo Jesu », Marburg, 1802, p. 64 s. Les Septante comme le N. T. l’emploient avec év; cf. Jacq. 4, 16. Voir aussi xuraxavyätar, 2, 13.

ô adehpds © rametvdc. Le premier article manque dans le ms. B. Il est indispensable ; cf. à SE mæAobouoc, V. 10. rumervôc, qu’on rencontre au sens de : vil (parallèle à &yevéc) dans Papyr. d'Oxyr. 1, 79 verso, 181-192 après J.-Ch., correspond plus d’une fois dans les Septante à ‘éni, ‘änäw ; ici comme dans la piété juive ce mot comporte certainement un sens religieux (voir aussi EPICTÈTE 3, 2, 14 ; 4, I, 2). Cf. Jacg: 2, 5. — A. CAUSSE, Les pauvres d'Israël, Paris et Strasbourg, 1922. JACQUES MARTY, Les chapitres 56-66 du livre d'Esaïe, Paris, 1924, p. 28, 75, 178. W. SATTLER, Die Anawim im Zertalter Jesu Chrish, Tübingen, 1927. Etc. L’humilité qualifie moins une condition sociale qu’une disposition intime, celle des « silencieux du pays », bien caractéristique notamment de l’évangile de l'enfance dans les récits de Luc 1-2 : Ülocev runeuvouc, I, 52. raneivéc tient à la fois de Tévnc Ou rTwy6c (Jacq. 2, 2) et de rpabc. Voir le verbe, 4, 10. Aussi l'élévation, év r& über (cf. 1 Macchab. 10, 24) adro, n’est pas conçue comme un passage à la fortune, rappelant, par exemple, le sort final de Job ; ce n’est pas non plus, ici, l’accès au bonheur de l’au delà (cf. v. 12; Luc 16, 23, 25) ou du Royaume de Dieu (Matth. 23, 12; Luc 14, 11; 18, 14; cf. Matth. 18, 4). Si l'on remarque que xavydorw, sous sa forme impérative, tend plutôt à définir, discriminer ce dont il est licite de se prévaloir et de se glorifier, on en rapprochera Jérém. 9, 22 s. : « que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, nile fort de sa force, ni le riche de sa richesse, mais qu’en ceci l’on se glorifie : avoir de l’intelligence et me connaître... dit Yahvé », ce que Paul adaptait sous cette forme (1 Corinth. 1, 31) : 6 xavyœuevos èv Kvpio xavyéofu. Que notre auteur trahisse ou non quelque réminiscence analogue

(cf. x Clém. rom. 13, 1, qui base des exhortations morales sur Jérém. 9, 23-24), il invite en tout cas l’humble comme le riche (v. 10) à distinguer entre l'apparence et la réalité, à rejeter l’une et à s'attacher à l’autre : de l'élévation à la vie supérieure qu’on se glorifie ; de tout ce qui la compromet ou l’entrave qu’on ait bien soin de s’abstenir. Voir encore Sirac. 10, 22.

10. 6 SÈ rAovotos s'oppose à 6 rureuvoc. Mais il est difficile de déterminer si l’auteur applique au second terme comme au premier la désignation : à ädenpéc. Est-elle ici sous-entendue, ou volontairement écartée par l'absence d’un uév au v. 9? Le parallélisme : ëv r@ Über adrod — ëv + ruxauwvooe «droÿ (cf. par exemple Ps. 147, 6 ; — Or. Gr. Inscr. Sel. 383, 201, milieu du 1e siècle avant J.-Ch., donne le sens : affaiblissement) fait plutôt penser qu'il est également rigoureux en ce qui concerne les personnes, Il y aurait donc, en ce cas, parmi les « douze tribus de la diaspora », des riches appartenant apparemment aux mêmes communautés locales que leurs frères « humbles ». Mais le ton des v. 10b-I1, constamment sévère et menaçant, conviendrait-il envers des « frères » ? (Cf. &yarnrot, v. 16, 19, etc.). Voir cependant 4, 11.

D'autre part, qu’il faille ou non chercher ces riches parmi les destinataires directs de l’épître, qu'ils soient ou non chrétiens (cette question se posera de nouveau plus loin, 2, 6-7 ; 5, 1-6), comment comprendre ëv rÿ rarevooe. (cf. Luc 1, 48; Philipp. 3, 21) adtod ? En dépit de l'explication quisuit, 10b-11x, xt. +. À, une alternative flagrante se dresse. Ou le sort final du riche, son abaïssement, doit être effectivement envisagé par lui comme excellent : qu’il s’en glorifie, exactement dans le même esprit que l’humble fidèle réconfortant son âme à contempler la perspective opposée. Ou cette déchéance, beau sujet de fierté vraiment, ne peut que le désespérer ; n'est-ce pas là le langage du sens commun ? Dès lors l’auteur userait à l'intention du riche d’une froide et implacable ironie : qu’il se glorifie autant qu'il le voudra, il n’en court pas moins à sa perte. (Cf. BÈDE : per 2rrisionem, que Grece ironia vocatur, dicium esse constat.)

A J’appui de la première interprétation, on fait observer qu’en somme le riche n’est pas présenté ici comme moralement condamnable ; sa condition est périssable, ses biens ont la fragilité d’une fleur, sa prospérité va disparaître : l’auteur l’affirme, le constate en toute objectivité, sans y insérer aucun jugement. Si ailleurs il accuse les riches d’avoir commis des fautes extrêmement graves (2, 6-7 ; 5, 1-6), l’indépendance de ses développements successifs ne permet pas d’invoquer ces textes pour attribuer également ici à sa pensée une hostilité expresse contre les riches, qu'il frapperait d’un verdict impitoyable. Qui sait si, en leur prescrivant de se complaire à l’humiliation (tel Job d’après la description minutieuse du Testam. de Job. 32 s. : ’Axodoure oùv rod xAxvÜuoû rod Exo5 ümoSeukvbovroc tot raoiv Tov mAodrov rod 106... ), d'accueillir

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avec empressement l’inévitable &rwAeia, il ne laisse pas une porte ouverte à l'espérance, puisque, devenu un raxewvéc, l'ancien riche devra, logiquement, s'appliquer le v. 9 et par conséquent « sera élevé » ; cf. 4, 10. y

Ces arguments seraient probants si la sentence s’arrêtait avec le parallélisme : riche comme humble, que chacun se glorifie du renversement de sa position actuelle. Mais c'est le sort du riche qui, visiblement, préoccupe l’auteur par-dessus tout. Il n’a pas éprouvé le besoin de définir l’« élévation » du « frère d’humble condition » (v. 9). Au contraire, voici maintenant, pour l’« humiliation » du riche, qu'il développe une comparaison dont l’ampleur ne va pas sans surprendre quelque peu un lecteur attentif des morceaux précédents, au style nerveux et précis. Cf. v. 6 b, image beaucoup plus sobre. Admettra-t-on que si, positivement, le riche était invité à tirer gloire d’un sort pareil, la sentence en resterait à la perspective de la flétrissure ellemême, uæpavOoero, v. II ? Du moins l’apôtre Paul, quand il prend pour objet de glorification sa seule &obevetx (2 Corinth. II, 30 ; 12, 10), y découvre-t-il une force supérieure, la Süvauc du Seigneur. Rien d’analogue ici. On n’échappera pas à l’impression d’un paradoxe.

Subsidiairement, il semble dès lors que les riches visés, qu'ils appartiennent ou non en principe à des communautés chrétiennes, ou encore que certains d’entre eux seulement ou tous se disent chrétiens, ne sont pas considérés comme tels par l’auteur, qui discerne en eux un tout autre esprit. Ceci deviendrait certain si l’on rattachait aussi radicalement que Dibelius l’épître de Jacques au courant de la piété juive défini à propos du v. 0. Mais cette explication séduisante simplifie peut-être trop la situation ici supposée.

L'image s'élève sur une citation de l’A. T., dépourvue de la référence usuelle, « comme il est écrit » : ôr &c &v0oc y6prou napehebtoerat. &v0oc yéprou, cf. Esaïe 40, 6, kesîs hassädè, G : 6 àv0oc y6prov, comme la fleur du champ, ou fleur d’herbe (Ps. 103 [102], 15 : &vloc rod &ypod. Voir aussi Job 14, 2). *Avoc est inconnu des auteurs du N. T., sauf ici et deux fois dans 1 Pierre +, 24, qui cite plus littéralement Esaïe 40, 6-7. On sait que Matth. 6, 28 et Luc 12, 27 spécifient : non les fleurs en général, mais les lis, rà xpiva. Cf. Sylloge 039, 11 : undè &vôex rappépnv (èv Tù ispév). y6ptoc désigne d’abord le terrain où l'herbe pousse (HOMÈRE, etc.), d’où, depuis HÉSIODE, l'herbe elle-même (G : hésir, ‘èsèb). Voir encore Sirac. 14, 18; Eroubin (Talmud babylonien), 54 4.

rapeñebosrar ne vient pas du texte cité, mais l’idée équivaut bien (cf. Ps. 00, 5b-6), peut-être en la renforçant encore, à celle de tomber (nébél sis), parallèle dans Esaïe 40, 7 à yâbé$ hésir, et qui va figurer ici au v. 11, xai éEpavev rdv yéprov. Passer, finir, disparaître, cf. Marc 13, 31. Se dit aussi, tout naturellement,

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