PES
comme déjà dans Jérém. 2, 3, perd toute attache avec l’idée d'offrande, de sacrifice (cf. Exode 22, 29 s. ; 23, 19; Deutéron. 18, 4, etc.), qui subsiste au contraire dans Apoc. johan. 14, 4 (voir aussi Didaché 13, 3 ss.) et n’est pas sans présenter quelque affinité avec l’usage fiscal d’ärapyñ dans divers papyrus : prélèvement, taxe, etc. L'auteur et ses lecteurs ne dispensent pas le reste de l'humanité d’accéder tôt ou tard à la nouvelle naissance : ils y sont seulement parvenus les premiers ; cette antériorité n’est pas un privilège. (Israël, au contraire, le premier-né entre les peuples, était uni à son Dieu par une relation toute spécifique). On rapprochera plutôt de ce sens de « prémices » les textes pauliniens qui emploient le même mot. Romains 11, 16, usant de deux images, parle d’une part des prémices (du gâteau pascal) et de la pâte (entière), d'autre part des racines et rameaux d’une plante. Ailleurs &rapyñ désigne les premiers convertis de l'Asie, Romains 16, 5 ; de l’Achaïe, 1 Corinth. 16, 15. 1 Clém. 70m. 42, 4 S'exprimera de même. Qu'on se rappelle en outre les prémices, Romains 8, 23, ou « arrhes », &op«b&va, de l'Esprit, 2 Corinth. 1,22; 5,5 ; cf. Ephés. x, 14 ; 4, 30. Si l’épître de Jacques n’étend pas, comme Paul (x Corinth. 15, 20, 23 ; cf. 2 Thessal. 2, 13 ; — 1 Clém. rom. 24, 1) et comme Apoc. johan. 14, 4, cette conception jusque dans le domaine de l’eschatologie, l’affinité n’en reste pas moins claire ici. Mais elle ne permet aucunement de conjecturer que les destinataires de l’épître seraient les judéo-chrétiens convertis avant les pagano-chrétiens, ainsi que le croient ceux qui l’attribuent à Jacques, frère de Jésus. De quelques lecteurs qu’il puisse s’agir, la qualité de « prémices » leur convient, en regard du vaste entourage d’inconvertis au milieu desquels ils vivent, mais dans quel pays et depuis quand sont-ils eux-mêmes nés de nouveau, pas un mot ne le laisse entrevoir. Cf. encore Hébr. 12, 23, éxxAnota rmowrotoxov. Rien n’est plus étendu que l'expression rüv atod xriouaTov. Le sens actif de xrioux, fondation, établissement, attesté dans la xown comme chez les écrivains classiques a laissé place, les quatre fois où le N. T. emploie ce mot (1 Timot. 4,4; Apoc. johan. 5, 13 ; 8, 9 et ici), au sens passif : créature. Cf. Sag. de Sal. 9, 2; 13, 5. La vie nouvelle doit donc pénétrer non seulement tous les hommes mais l’ensemble des créatures ; le salut est universel. Paul décrivait pathétiquement cette espérance sans limite : Romains 8, 21 ss. Sur un ton plus didactique, la perspective prend ici autant d'envergure.
Un auteur juif eût-il partagé ces vues ? Sans doute, l'idée de nouvelle naïssance était, nous l’avons constaté, trop généralement répandue pour qu’elle suffise à faire reconnaître un chrétien. Mais en outre, elle semble, en l’espèce, familière déjà aux destinataires de l’épître : on leur rappelle que Dieu leur a accordé ce « don parfait »; on ne les invite donc plus à le rechercher ; on ne le leur définit pas de plus près. D'autre part, le
judaïsme ne fournit aucune expression décisive de cette notion universaliste du salut, qui fait des convertis déjà acquis les prémices de toutes les créatures. PHILON déclare seulement que, si son peuple peut à bon droit s'appliquer la qualité d'érapyn T&@ rouTÿ xai ratoi (de spec. leg. 4, 180, p. 366), c'est une compensation à sa dispersion parmi les hommes. Ce texte n’envisage pas la conversion du reste de l’humanité. L'Assomption de Moïse x, 125. dira de même : creavit enim orbem terrarum propter plebem suam et non cœpit eam inceptionem creaturæ et ab imtio orbis terrarum palam facere. Bref, notre v. contient des indices, assurément de peu d’ampleur, mais assez nets pour nous permettre de discerner à la base de la pensée, essentiellement moralisante, de l'écrivain, une conception religieuse vivifiée par les mêmes espérances qui s’épanouissaient soit dans le mysticisme paulinien, soit partout ailleurs où avait pris racine la prédication évangélique. — Cf. la rœavyeveota et l’évaxaivoors x. tr. À. de Blé, 3,5:
Le développement est-il achevé ? L'auteur laisse-t-il à ses lecteurs le soin de conclure : puisque Dieu nous a fait accéder à la naissance nouvelle, puisqu'il voit dès lors en nous les prémices. de toutes ses créatures, comment supposer que de lui pourrait venir la moindre tentation ? (v. 13). La conclusion va tellement de soi qu’en la formulant, l'effet saisissant de ces graves déclarations eût plutôt risqué de s’affaiblir.