‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 30 sur 103 · ACTA, NON VERBA I · texte numérisé non relu

ACTA, NON VERBA I

19 Écoutez, mes frères bien-aimés. Que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère, car la colère de l’homme n'accomplit pas la justice de Dieu. *Dépouillez donc toute souillure, tout reste de méchanceté, et accueillez avec douceur la parole plantée en vous : elle a Le pouvoir de sauver vos âmes. 2Mettez en pratique la parole ; ne vous bornez pas à l'écouter ; vous vous. abuseriez. En effet, si quelqu'un écoute la parole et ne la met pas en pratique, il ressemble à un homme qui observe dans un miroir son propre visage : 4] s’observe, puis il part et oublie aussitôt quel il est. Celui, au contraire, qui se penche sur la loi parfaite, celle de la liberté, qui y persiste et devient non pas un auditeur oublieux mais un homme d'action, celui-là trouvera le bonheur dans son achion même. *S1 quelqu'un croit être religieux, qui ne tient pas sa langue en bride mais se livre à l'illusion, vaine est la religion de cet homme. ?7V'oic1 quelle est la religion pure et sans tache devant Dieu, le Père : visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse ; se garder exempt de la souillure qui vient du monde. :

10. “love (cf. Ephés. 5, 5 ; Hébr. 12, 17), apostrophe, nouvel appel à l’attention (cf. v. 16 ; 2, 5; EPICTÈTE, Manuel, 29, 7, radrax émioxebat), n'a pas la pleine valeur d’un impératif. En français, style parlé, ne dit-on pas couramment : « vous savez », dans le sens de : voici ce dont il s’agit. La conjonction dé est également assez peu accentuée, presque explétive; elle se rapprocherait de : donc, plutôt que de : mais, ou encore on pourrait l’assimiler à 611. Le ms. À l’a placée immédiatement après tore ; en tout cas elle ne peut pas s’y opposer. Quant à bore, c’est une correction qui tend à rattacher le v. 19 au v. 18, et qui entraîna la chute de dé (K, L, P, cf. Pechuitto). L'auteur aime à imaginer un dialogue familier ; parfois, plus explicitement, il formule même la réponse ou l'objection de son interlocuteur supposé ; cf. 2, 16, 18 ; 4, 13. C’est l’un des traits qui apparentent son œuvre à la diatribe (6püre, méuvnoo, x. T. À.).

&ÿeXpot pou &yarnrot. Cf. v. 2, 16.

Suit une sentence à trois termes qui seront développés non pas tour à tour mais en se combinant sous plusieurs aspects dans les v. 20-27. CLADDER (Zeiischr. für kathol. Theologie, 1904, p. 37 ss.) y trouve le triple thème exposé dans l’ensemble de l’épître. Théorie originale, qui fait de tout ce qui précède un

préambule et qui exige une série de recoupements on ne peut plus arbitraires. l

Éorw Où, cf. Matth. 5, 37. näc ävôpwnoc, pratiquement, vise : vous tous, mes frères bien-aimés, sans cesser de s'appliquer indistinctement à tout homme quel qu'il soit. L'auteur pose des règles générales. Cette expression a quelque chose de sémitisant.

raxdc sis rd &xobaar, Bpadbds els Td AxAjoou, ces deux premières règles, rigoureusement parallèles, se complètent en s’opposant l’une à l’autre ; adjectifs et verbes sont également des contraires. Pour l'emploi de l’infinitif précédé de la préposition eiç (quant à), cf. XÉNoOPHON, Cyrop. 1, 3, 1, etc. La xowñ tendait plutôt à faire de cette tournure une proposition complétive ; cf. Matth. 20, 19 ; Romaïns x, 11, 13 ; Berlin. Gr. Urk. 651, 7, etc.

raydc, hapax, est classique depuis HOMÈRE. Cf. ëv rayer, Luc 18, 8; Romains 16, 20; Apoc. johan. 1, 1; 22, 6; tv rayiotny 1 Macchab. 11, 22; stèle de Rheneia, DEISSMANN, Licht v. Ostent, p. 353 s., 359. Bpa«dbs n’est guère plus usité dans le N.T. où, en dehors d'ici, on ne le trouve qu’une fois au figuré, Luc 24, 25, Boudeïc rh xaodia. Les papyrus, inscriptions, ostraca, emploient souvent l’adverbe correspondant, en particulier quand il s’agit de désigner des gens incapables d'écrire. Exemple : Papyr. du Fayoum 97, 37 (78 après J.-Ch.), Éypadev dép [adr]où Poudéc (sc) yedpovroc. — PHILON, de conf. ling. 48, p. 412, disait : Poxddc oopekñoot, Tayds Babar. D’autres combinaisons des deux adjectifs ou adverbes sont attestées chez ARISTOTE, THÉOGNIS, Ps. ISOCRATE ; Cf. DIBELIUS, p. 106, note.

Les deux verbes sont, au contraire, des plus usuels. AxA£w, qu'on retrouvera plus loin, 2, 12; 5, 10, fut à l’origine une onomatopée ; il se distingue nettement de Aéyw, dire, qui fait porter l'attention sur le contenu des paroles auxquelles il s'applique, tandis que Aaxñéow désigne uniquement l’émission du langage. Il faudrait vraiment faire violence à une expression aussi générale pour s'arrêter à l'interprétation parfois proposée qui trouve ici censuré le zèle excessif de certains convertisseurs.

« Ecouter vaut mieux que parler » compte parmi les thèmes familiers à la sagesse antique. Sous mainte forme, il figure dans les sentences égyptiennes (PTAH-HOTEP, AMEN-EM-OPÉ), chez les philosophes grecs populaires, dans l’enseignement des rabbins, etc. Cf Prov. 10, 19; 13, 3; 17, 27: 20, 20; Ecclés: RUE Sirac. 20, 5-8 ; 4, 29 ; 5, II : « Sois prompt pour écouter, mais ne te presse pas pour répondre. » Pirké Abôt x, 15, 17; 5, 18, le bon élève est « prompt à entendre, lent à oublier. » — Cf. Jacg. 3, 1-10.

Troisième règle, rattachée aux précédentes par la répétition de Bpadbc, mais plus spéciale : Bpadbc eis dpynv. C’est encore un thème fréquent dans la littérature gnomique et philosophique. Exemples : Ecclés. 7, 9; Prov. 14, 29; 15, 18; 16; 32: Pirké A d6t 2,10; 5, 11; — Matth. 5, 22; Coloss. 3,8; Ephés. 4, 26, 31;

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