‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 44 sur 103 · TO · texte numérisé non relu

TO

Car, dès le v. 14, la « foi » est apparue comme n'ayant pas besoin d’une définition théorique ; il importe uniquement à l’auteur qu’on n’en sépare jamais les œuvres. « Moi » et « toi » équivalent en somme pour lui à : l’un, l’autre ; tel, tel. Son adversaire supposé pose en principe : toi (l’un), tu as la foi; moi (l’autre), j'ai les œuvres. — Il n’en est rien, riposte-t-il ; la répartition n’est pas si simple ; de la foi on ne peut conclure à la réalité des œuvres ; les œuvres seules démontrent celle de la foi,

L’addition de deux pronoms, oov entre #oywv et x&yo (C, Y, 1175, texte reçu) et pov à la fin du v. (A, W', texte reçu), tend à faire porter l’accent sur les personnes.

Que l’auteur écarte ainsi une argumentation réelle, ou qu'il l’ait imaginée à l’égal des dialogues de la diatribe, il entend réduire à l’absurde le point de vue par lui condamné, à savoir la possibilité de séparer la foi des œuvres. Il en triomphe d’autant mieux qu'il a, à force de concision, rendu dès l’abord cette position insoutenable.

2° L’affirmation du contradicteur pourrait être plus brève encore : où rioriv éyetc, « tu as bien la foi » (E. MÉNÉGOZ, Séance de rentrée de la Faculté de Théologie prot. de Paris, 1885, p. 7), ou : «tu as la foi, n'est-ce pas ? » (VON SODEN). — « J'ai aussi les œuvres (cf. xai —= aussi, 2, 19 ; 3, 3, 4, 6), réplique aussitôt l’auteur, montre-moi etc. ».

Cette interprétation manque de vraisemblance. « N’as-tu pas la foi ? » serait exprimé sans u% : est-ce que vraiment l’auteur aurait économisé jusqu'à cette particule ? La clarté du style lui importe davantage le plus souvent. D'autre part, ce bon écrivain commencerait-il une phrase par x&yw ? Enfin, à supposer même cette prompte interruption affirmative : certes, j'ai la foi, — il ne peut poursuivre qu'en prêtant à l’autre exactement ce qu’il revendique pour lui-même : x&y& Epyx ëyew. Nous sommes donc ramenés soit à la première hypothèse, soit à supposer une lacune : « Tu as la for... — … J'ai aussi les œuvres » ; soit à couper en deux 18 b comme 18 a :

l'adversaire : « Tu as la for ? —

l’auteur : J’ar aussi les œuvres. —

l'adversaire : Montre-moi ta foi sans les œuvres. —

l’auteur : Et mor, je te montrerar ma for par les œuvres. »

Mais ni le premier x&yw détourné de son sens normal (cf. le second), ni detéov x. +. À. ne se prêtent à ces réparties. | La réduction de l’objection aux mots : où nioriv Éyeus ne

saurait, au surplus, provenir d'un emprunt hypothétique à Romains 14, 22, comme l’a suggéré KUTTNER, car il faudrait d’abord prouver que ce texte paulinien ne doit pas se lire avec ses meilleurs témoins : où mioruwv DV ÉyeLc K. T. À.

C'est la même orientation que suit l'explication donnée par BERN. WEISs : « Mais quelqu'un pourra dire (style indirect) que toi (l'adversaire), tu as la foi ; et (or) moi (l’auteur, style direct),

j'ai (seulement) les œuvres. » Plus que jamais, pareille maladresse semble indigne de notre écrivain. ,

3° Le texte n’a-t-il pas subi quelque mutilation ou altération, et sa teneur première n’aurait-elle pas actuellement disparu chez tous ou presque tous les témoins subsistants ?

Dans cet ordre d'idées, PFLEIDERER, Urychristentum, t. 2?, p. 547, à proposé de faire permuter riorwv et épya au v. 18 4, d'accord avec le ms: latin ff : tu operam (opera) habes, ego fidem habeo. On peut se demander, il est vrai, si un adversaire proclamerait tout uniment : x&y& rioriv Éyw, aussitôt après que la foi sans œuvres a été déclaré « morte », v. 17. De là une autre hypothèse. Toute l’objection serait tombée : &AN êpet rc. — Et la réfutation comprendrait déjà : où nioriv Eyes x&y® x. +. À. La pensée de l'adversaire aurait été : « Tu (n’)as (que) les œuvres ; moi, j'ai la foi; qu’en est-il de ta foi ? » La réponse dissiperait l’'équivoque. Il y aurait eu ainsi primitivement parallélisme répété :

1° l’adversaire : Toi, tu as les œuvres ; moi j'ai la foi. —

l’auteur : Toi, tu as la foi ; moi j'ai les œuvres.

29 l’auteur : Montre-mot ta for sans les œuvres ;

je te montrerar par les œuvres ma for.

SPITTA, WINDISCH et HOLLMANN adoptent cette interprétation. Si l’auteur a voulu discuter avec un adversaire convaincu, sérieux, c’est assurément de la sorte qu’on peut le mieux comprendre le débat. Mais si, outre l'incertitude fatale d’une reconstitution du texte sans appui appréciable dans les mss., on considère les parallèles littéraires de la diatribe, qui militent en faveur d’un opposant ergoteur et sans conviction véritable, voire même d’un personnage imaginé par l’auteur en vue de renforcer sa propre position, on préférera avec DIBELIUS la première des trois tentatives esquissées pour sortir d’embarras. Nous inclinons à nous y rallier, tout en remarquant que, même dépourvu d’une parfaite sincérité, l'adversaire n’est pas fatalement et tout entier fictif (cf. p. 71) : il peut bien, au regard de l’auteur, exprimer un courant d'opinion qui, autour de lui, se montrait réfractaire à tout excès de zèle. La chaleur qui règne à travers l’ensemble du développement v. 14-26 (cf. v. 13-16) dénote chez notre fervent moraliste la conscience d’un danger réel à conjurer, plutôt qu'une sorte d’amour-propre épris de virtuosité logique et soucieux de démolir par À + B l'opinion théoriquement opposée à la sienne. Cf. CHAINE, p. LXxIII « Il ne met pas seulement en. garde contre un mal possible ; il réfute un mal qui existe. »

19. N, À, 1739, sah., boh. lisent : els Eoriv 6 Oséc (Vulg. : unus est Deus). C, syr.-phlox. et des minuscules : sic à Oeéc èoriv (PRISCILLIEN : unus Deus est). Le texte reçu, faiblement appuyé, donne : 6 Oeèc ec ëoruv (ff : quia unus Deus) ; cette dernière recension a pu subir l'influence de 1 Corinth. 8, 6 ; Ephés. 4, 6

2 XL) IOI

1 Thessal. 1, 9. Peut-être C marque-t-il déjà une retouche, mais en français on ne peut guère exprimer une nuance entre «un est Dieu » et « un Dieu est » sans paraphraser.

« Ecoute, Israël, Yahvé notre Dieu est (l’}unique Yahvé » (Kôpros 6 Oesdc uv Kbotoc eîc éoriv), Deutéron. 6, 4. Aïnsi débutait la prière que chaque Juif était tenu de réciter deux fois par jour au 1er siècle de notre ère. Ce monothéisme absolu (cf. Ps. 14, 1; 53, 2 ; 86, 10) fut l’un des facteurs les plus actifs de la propagande juive; cf. Aristée, 132; ps. Phocylide, 5; PHILON, de decalogo, 65, p. 191; de opif. mundi, 171, p. 41; JOSÈPHE, Antig. 3, 5, 5, etc. Le christianisme en bénéficia à son tour, puisqu'il s’appropria le même principe indiscuté ; cf. Marc 12, 29 ; 1 Thessal. x, 9 ; x Corinth. 8, 4,6 ; Éphés. 4,6; Hébr. 6, 1 ; 11, 6; HERMAS, Préc. 1 ; Épître à Diognète 3, 2, etc. Le milieu hellénistique était bien préparé à comprendre et à accueillir ce message fondamental. Cf. HARNACK, Mission und Ausbreitung?, 1906, 1, p. 242 ss.

Si tel est le contenu de ta foi, déclare notre auteur à son interlocuteur, en suppléant au silence auquel il vient de le réduire, je ne puis que t’approuver, xaAûüç mouîc, tu fais bien, cf. v. 8. (Faire ne signifie évidemment pas : agir. En outre, les mots qui suivent semblent projeter sur ceux-ci un soupçon d’ironie, moins marqué cependant que dans Marc 7, 9, xaiàc &Bereire x. +. À.). Mais je ne t’approuve pas d’en rester là, car xal T4 Jauuoviax Tiorevovoiv xai ppiooovoiv. Ta foi, les démons la partagent ; on s’en aperçoit à leur crainte tremblante devant le Dieu unique.

Sauévrov (cf. l'adjectif, 3, 15), dieu inférieur dans le panthéon grec et la philosophie, était soit tutélaire (cf. le Saiuov, Deus intus est, d'après ÉPICTÈTE, 1, 14 et SÉNÈQUE, passim), soit néfaste. Plusieurs textes hellénistiques où ce terme figure attestent précisément l'évolution tendant au monothéisme. Exemples : Sylloge, 0924, 14 (210-205 avant J.-Ch.), räc eis To Saœuuoviov edoebeiac. Tbidem, 270, 15 (vers 193 avant J.-Ch.), 1% ouvavrœnévns ueîv edueviac dk Tadra rapk Toù Jouuoviou (à la suite de : ts pds Toùc Beobc edoebeluc, et avant : rhv uetépav is to Beïov rporumiav). Les Septante, réservant dit6oloc, pour Satan, traduisent par Saumovix les termes que l’hébreu applique aux idoles, aux faux dieux ($édîm, Deutéron. 32, 17 ; Ps. 106, 37). La même expression est usuelle dans les évangiles : mauvais esprits. Marc 1, 34 ; Luc 4, 33, etc.

Les démons ont la foi en Dieu, et même en Jésus : Marc 1,24; 5, 7; Actes 16, 17; 10, 15, etc., mais elle ne leur cause que des tourments : Matth. 8, 29. Cette conception se retrouve dans les papyrus magiques : Papyr. de Paris, 33, 3017 s. (vers 300 après J.-Ch.), mavrds Saiuovov œpixrév, 6 pobeitar. Cf. DEISSMANN, Bibelstud. p. 42 s.; Licht v. Osten“, p. 217-222. oploow, hapax, proprement : horreo, horresco, hérisser, se hérisser ; les champs

se hérissent d’épis (HOMÈRE) ; les bataillons, de boucliers (EURI- PIDE). Les cheveux se hérissent sous l'effet de la crainte ( Job 4, 15). D'où le sens déjà classique : trembler, s’effrayer (spécialement devant quelque mystère, devant la puissance divine), Daniel 7, 15 (araméen : behal) ; frémir, 4 Macchab. 14, 9. JUSTIN martyr écrira : (Xproré) Ôv xai Tà Joauuôviax ppioser (Dial. 40, 8). Le même thème (devant Dieu ou devant le Christ) reviendra souvent dans la littérature chrétienne ultérieure. Le judaïsme en contient déjà des traces. Ainsi la prière de Manassé, V. 4, après avoir exalté la souveraineté de Dieu qui a « fermé l’abîme » (domaine des démons), l’invoque en ces mots : « toi que tout craint (ooirre) et dont la puissance fait trembler » (littéralement : devant la face de ta puissance). Voir aussi JOSÈPHE, Bell. jud. 5, 10, 3; Testam. d'Abraham (judéo-chrétien ou chrétien), A, 0, èxedh oÙv Tÿ où rpootéËer révra Ünelxer ua ppirrer noi roËpet drd rpoowmov Ouvauesos oov. (Ed. J. A. ROBINSON, Texts and Studies, 1892, p. 86 s.) ; — Actes de Jean, 79, etc. Cf. E. PETERson, EIZ OEOZ, 1926, p. 2095 ss. (formule d’exorcisme, déclenchant l’épouvante démoniaque).

La coordination toute simple morebouotv xai ppiosovoiy est spécialement frappante ; l’auteur ne manque pas son but : te voilà bien loin de la foi qui sauve (v. 14)!

Cf. PREISKER, Zum Verständnis von Jakobus 2, 18 s. Theol. Plätter, 4, 1925, p. 165.

20. Si Jacques a montré, aux lieu et place de son adversaire défaillant, ce qu'est la foi sans les œuvres, on attendrait qu'il abordât la seconde partie annoncée dans le v. 18 : moi (pour mon propre compte maintenant), je vais, par les œuvres, te montrer ce qu'est ma foi. Ceci devrait, en tout cas, arriver après qu'il aura appuyé par deux arguments scripturaires la stérilité de la foi sans les œuvres, donc entre les v. 23 et 26, ce dernier posant la conclusion d'ensemble. Mais le v. 24, au terme du: premier exemple invoqué, celui d'Abraham, montre qu'au lieu de se borner à confondre jusqu’au bout le quidam du v. 18, sa pensée est insensiblement revenue à s'adresser à ses lecteurs, opäre. Au surplus (cf. v. 22), ce sont des exemples de foi prouvée par les œuvres qu’il expose, et la conclusion finalement négative appliquée à la foi morte, v. 26, serait plus rigoureusement présentée en sens opposé : seule est vivante et féconde la foi qui s'affirme par des œuvres (v. 22, 24 a). A suivre à la lettre son plan du v. 18, il y eût abouti de même, mais s’il s’aperçoit de son oubli, il estime sans doute que l'argumentation biblique y a amplement suppléé.

Le v. 20 prépare la référence à Abraham.

DEXers DE vvévar (cf. Romains 13, 3). Ce que je viens de dire ne te suffit peut-être pas ; t’obstines-tu à estimer ta foi sans œuvres valable devant Dieu ? Contestes-tu qu’elle se puisse assimiler à celle des démons ? En ce cas, écoute encore.

Ecoute, & ävôpwre xevé, cf. v. 18. Apostrophe déjà amplement adéquate au cas que l’auteur peut faire d’un tenant de l'opinion inconsistante contre laquelle il s’acharne ; ainsi persiste le ton de la diatribe, où l’on rencontre par exemple (ÉPICTÈTE, Dion, PLUTARQUE, HORACE, SÉNÈQUE) : & pwpé, rovnpé, raairwpe, infelix, miser, stulte. Voir aussi 4, 4, poryaMdec ; I Corinth. 15, 36, ä&ppov. — En règle générale, l’épithète se met au vocatif comme le nom ; cf. Jean 17, 11. Exceptions : Jean 17, 25 ; Matth. 17, 17.

xevô, vide (cf. l’adverbe, 4, 5), équivaut poliment à £ax&, Matth. 5, 22 ; cf. 'énàSim réqtm, Juges 9, 4 ; — Paul l’identifie à pataios, 1 Corinth. 15, 14, 17. Tête sans cervelle, être incapable de saisir même l'évidence et qui, cependant, te vantes, satisfait de ta folie. Cf. HERMAS, Préc. 11, 3 ; JUSTIN, Dial. 64, 2 ; Épic- LTÉE ANTON:

äoyh (d’après PHRYNICUS, 104, le féminin régulier serait äpyés [comparatif de «-épy6c]) équivaut littéralement à yowpic Tüv Épywv ; la consonance ne peut être que voulue ; cf. I, 1-2; 3, 17 ; 4, 14. C’est le contraire d’évepy6c. Il se dit de biens qui ne rapportent rien, par exemple hors d'usage : éAatovoyiou &pyoù, Papyr. de Florence, x, z, 4 et Papyr. d'Amh. 2, 97, 9 (11e siècle après J.-Ch.);, — de gestes, etc., sans effet : &pyn Suaxtot6f, ARISTOPHANE, Ran. 1408 ; — d’un animal paresseux : üvos & &py6c, opposé à d’autres qui portent des charges, Papyr. d'Oxyr. 10, 1269, 22 (commencement du 11e siècle après J.-Ch.). Voir aussi Sag. de Sal. 14, 5 ; Matth. 12, 36 ; 2 Pierre x, 8, oùx &pyods oùdÈ dxtpmouc. — Stérilité, nullité, voilà donc le bilan de la foi sans les œuvres. Cela équivaut bien à vexpd, que les mss. N, À, la pechtto, etc. ont introduit ici, sans doute d’après les v. 17 et 26. Cf. 1 Corinth. 13, 2, 3, oùBév Elu, — oùdèv &gpe- Roduar (même si j'avais rücav Tv rioriv x. 7. À.). Non seulement &pyh, mot moins commun que vexpt, ne serait vraisemblablement pas venu sous la plume d’un correcteur, mais le choix de l'adjectif phonétiquement voisin d'épywv correspond bien aux élégances du styliste que nous avons appris à reconnaître en notre auteur.

Il entreprend donc de pousser le #inus habens, supposé encore réfractaire, dans ses ultimes retranchements, et il se tourne à cet effet vers les récits de l’A. T. Il en détache deux exemples, qu’il juge irréfutables, de la foi mise en œuvres.

Premier exemple. Abraham. V. 21-23.

21. A6padu 6 rare uv. Les Juifs se réclament avec fierté du grand patriarche, leur « père » par excellence, Esuïe 51,2 (cf. 41,8 ; 63, 16) ; 4 Macchab. 16, 20 ; 17,6; Pirké Abôt5,25s., 19; cf. Matth. 3, 9; Luc 3, 8; Jean 8, (33), 39, 53 ; Luc 16, 24, (25), 27, 30. Les chrétiens le revendiquent au même titre : 2 Corinith. 11, 22 ; Romains 4, 1, 165. ; 9, 7; Galaies 3, 7:29;1 Clém. rom. 31, 2. Pour eux comme pour toute la tradition juive, Abraham est «le père d’une multitude de nations » (Sirac. 44, 19 ; cÎ. Genése 13, 15 ; 15,5 ; voir aussi Méhém. 0, 7 s.). Cette expression ne peut

donc pas servir à déterminer si l’auteur et les destinataires de l'épître sont juifs, judéo-chrétiens ou pagano-chrétiens.

La phrase se présente de nouveau sous une forme interrogative, la négation impliquant réponse affirmative. L'auteur marque ainsi qu'il énonce, estime-t-il, un axiome : c’est par les œuvres que le patriarche fut justifié, ëtixauw@n. Même postulat pour Rahab au v. 25. Le verbe n’est employé par l'épître que dans ces deux cas et pour la conclusion tirée de l'exemple d'Abraham, v. 24. Justifié correspond à : sauvé (v. 14). Abraham fut reconnu juste par Dieu, cf. v. 23; c'était une conviction unanime dans le judaïsme : 1 Macchab. 2, 52 (èoyioln adrw Stxaroobvn) ; J'ubilés 17, 15 ss. ; 23, 10; PHILON, de Abr. 271, p. 30, etc. ; Megilla, 11 a. Dieu sanctionne sa justice.

Eoyov est au pluriel, alors qu’un seul acte du patriarche figure à l'appui. Cette œuvre-là, dans toute la tradition juive et chrétienne, est d’ailleurs de beaucoup la plus éclatante qui ait manifesté qu'Abraham était juste ou « craignait Dieu », Genèse 22, 12 ; Jubilés 18, 11 ; PHILON, de À br. 167, p. 25 ; Hébr. 11, 17 s. Mainte amplification rabbinique se plaît à énumérer les « épreuves » auxquelles Dieu soumit Abraham; le plus souvent le nombre en est fixé à dix, mais c’est toujours le sacrifice d’'Isaac qui en marque le point culminant.

dvevéyxaus ’Ioxdx Tov vièv abrod. &vapéow, primitivement porter en haut (ou en arrière), d’où : faire monter (Marc 0, 2; Matth. 17, 1); — transporter, transférer (des créances, etc.), enregistrer (papyrus) ; — puis : présenter, offrir (des sacrifices), hè'el4, mglir ; Hébr. 7, 27 ; 13, 15 ; 1 Pierre 2, 5. Le complément à l’accusatif avec ex (personne ou chose) alterne dans les papyrus avec le datif. Le N. T. n’applique ce verbe ni à la prière ni au culte en général, tandis qu'on y trouve comme dans le grec classique (Jean 16, 2) : Autpslav rpoopépauv Tà Où. Cf. Hébr. 11, 17. C'est surtout avec ORIGÈNE qu'évapépeuv devint en ce sens l'équivalent de rpocpépev (mept edyñc, passim). On sait que l'anaphora correspond dans la liturgie grecque au canon missæ romain, en y ajoutant habituellement le baiser de paix et les prières qui l’accompagnent. Cf. RENAUDOT, Liturgiarum orientalium collectio, 1 (1715), p. 172, 224 ; 2 (1716), p. 45, 75.

ëri To Ovotaorhprov, Genèse 22, 9. Ce mot (cf. Matth. 5, 23 ; Luc 1, 11, etc.) n'est attesté en dehors de la Bible que chez PHILON et JOSÈPHE ; par contre, le verbe Bvotato, répandu dans la xotvn, n’a pas pénétré dans le N. T. Cf. par exemple Romains 12, I, TApAOTouL.

22. BAënei. L'interlocuteur voulait-il savoir (v. 20), maintenant l'interrogation, même purement apparente, n’est plus de mise ; il constate, il « voit », style familier autant qu'expressif ; C. V. 24; I, 10. 6péw se prête mieux encore à la métaphore, v. 24, mais fhérw s'emploie de même assez fréquemment ; exemple : Papyr. d'Oxyr. 9, 1220, 22 (11° siècle après J.-Ch.), oùdèv Béro

pavrov rap” éuot. Cf. 1 Corinth. 1, 26; Hébr. 3, 10. De là, on passe sans difficulté au sens : prendre garde, fréquent dans les épîtres ; la transition est bien marquée par Hébr. 3, 12.

On attendrait une simple conclusion conforme à la pensée du v. 21 : tu vois que ce sont les œuvres qui l'ont justifié. Mais il s’agit toujours pour l’auteur de comparer les œuvres à la foi, ou plus précisément d'établir la valeur comparée de la foi sans œuvres et de la foi qui s'affirme par les œuvres. En déduisant du v. 21 ce que fit la foi d'Abraham, il pense, en outre, au texte de la Genèse qu'il va expressément appeler à l'appui de son raisonnement (v. 23), et que, mal interprété selon lui, l’adversaire pourrait lui opposer : l’Écriture ne prend pas les œuvres d'Abraham en considération quand elle déclare que ce fut « la foi » qui « lui fut imputée à justice. » ër paraît s'appliquer à tout ce qui suit : ÿ ntoric…. jusqu'à la fin de la citation du V. 23... dixatoobvnv, ou même jusqu'à la fin de ce v. ; cf. le xat double, v. 23.

L'objection méconnaîtrait cette foi, qui, en réalité, coopérait aux œuvres du patriarche, ouvñoyer (une recension de Net À ont le présent : ouvépya, cf. ff, confirmatur pour ëèrenexwôn) roc Épyots adtod. Cf. Romains 8, 28 ; — Testam. d’'Issakar, 3; de Gad, 4 ; papyrus ; — même verbe pour les personnes (collaborateurs), 1 Corinth. 16, 16; 2 Corinth. 6, 1 ; [Marc 16, 20]; voir aussi ouvepyot avec le datif, 3 Jean, v. 8. La foi considérée ne pouvait se séparer des œuvres, ce qui l’eût anéantie (v. 17, 20). Elle était pleinement active. Pour mieux marquer l’intime interpénétration de la foi et des œuvres (v. 18 b) dans la personne du patriarche, deux propositions parallèles en accentuent le rôle combiné :

h TIoTiG ouvhpyer Tois Épyotc aÙTod, xat Êx Tov Épyov n rioris ÉtehetoÜn.

La foi apportait son concours aux œuvres ; les œuvres portaient (ainsi) la foi à la perfection. reketow, au propre et au figuré, marque toujours achèvement, exécution (sens légal dans les papyrus), accomplissement, perfection (maturité parfaite, terme révolu, etc.). Cf. Jubilés 23, 10; Hébr. 2, 10; 1 Jean 2, 5, etc. Voir aussi l'adjectif, Jacq. x, 4, etc. ;

23. xai énAnpoln h yYpaxph ñ Aéyouoa. La (sainte) Écriture est toujours au singulier dans notre épître ; cf. 2, 8 ; 4, 5 ; Luc 4, 21; avec Aéyet : Romains 4, 3 ; 9, 17; 10, II; II, 2; Galates 4, 30 ; 1 Témot. 5, 18; — Jean 2, 22; 10, 35, etc.; Aristée, 155, 168. L'auteur n’emploie qu'ici le verbe rAnpéo, qui, au passif et appliqué aux textes sacrés, se dit dans le N. T. de l’accomplissement d’une prophétie. Genèse 15, 6 contiendrait donc une promesse dont la réalisation (justification d'Abraham) daterait du sacrifice mentionné au v. 21. Mais les mots éAoyioln adr& eic Suxxtoobvny ne peuvent pas se rapporter à l'avenir. Cf. 1 Macchab. 2, 52. Si d'autre part l'affirmation finale, piaoc @eod éxAnôn,

désigne le couronnement de la carrière du patriarche, ërAn°%0N n’a pas pu davantage s'être effectué antérieurement.

Il semble que ces difficultés ne se soient pas présentées à l'esprit de notre argumentateur. Il détache de l'Écriture une sentence qu’il applique à tout ce que la tradition lui raconte d'Abraham. Il cite de mémoire, comme le prouve la juxtaposition de deux textes dont le second n’est pas une reproduction littérale ; pratiquement il se livre à une paraphrase.

ëriorevosy dà, au lieu de xat énioreuoev, texte des Septante, devait figurer dans une recension courante aux premiers siècles de notre ère, car Romains 4, 3 cite Genèse 15, 6 identiquement comme notre épître. Voir aussi PHILON, de mut. nom. 177, P. 005 ; 1 Clém. rom. 10, 6 ; JUSTIN, Dial. 92.

Mais comment forcer le sens des mots au point d'interpréter : « il eut foi en Dieu et cela lui fut imputé à justice » par : il fut justifié par les œuvres ? #&1oyloûn, d’une manière ou d’une autre, vise évidemment pour l’auteur les œuvres d'Abraham. Il suit de la sorte la tradition alors fixée par les commentaires de la synagogue. (Cf. SRACK-BILLERBECK, 3, P. 199-201, Genèse 15, 6 dans la littérature juive ancienne). Il ne prend pas ë\oyioün au sens (requis pourtant par le contexte de la Genèse) de : la justice lui fut comptée ; il lui en fut tenu compte (cf. Ps. 106, 30 s.;. Deutéron. 6, 25 ; 24, 13; Prov. 27, 14; les Septante ont employé la voix passive pour passer sous silence le nom de Dieu; cf. 1 Macchab. 2, 52). Mais, avec l'interprétation juive, il entend par dixaroobvn une justice en actes, reposant sur les œuvres, cf. v. 21. L’imputation, il doit se la représénter comme portée au crédit du patriarche sur les livres de la comptabilité céleste, familiers à la spéculation eschatologique et où, d’après J/ubilés 30, 20, le juste est inscrit comme « ami » (de Dieu), cf. 19, 9. Abraham a eu la foi, toute sa vie le prouve; cela lui fut tenu pour acquis au titre d'œuvres ; il fut reconnu juste dans toute ca conduite. Foi et œuvres, inséparables, lui ont valu cette sanction suprême, qu'exprime également le titre par lui reçu : œthoc Oeoù.

Ceci n'est plus compris dans ypdpn, mais ne se rattache pas moins étroitement que la proposition précédente à la tradition juive. Cf. 2 Chron. 20, 7, ‘6habekâ, rù iyarnuéve oo ; Esaïe 41, 8, ‘6häbt, bv fyénnox, G, rod pihou ou, GE, &yarnrod uov, GAd; 51, 2; Judith 8, 22 (26), addition de la Vuylg. : amicus. Voir aussi Daniel 3, 5 ; Jubilés 19, 9 ; 30, 20 ; Testam. d'Abraham, passim ; PHILON, de Abr., 273, p. 30 ; de sobr. 56, p. 401 ; Sota, 31 4 (le rabbin MEïR, vers 150). 1 Clém. rom. 10, ï ; 17,2 ; IRÉNÉE, Adv. hær. x, 4, 16, 2, et plusieurs pères ultérieurs, notamment TERTULLIEN, attestent la survivance chrétienne de ce titre attribué à Abraham. Il passa même dans l'Islam (e/ khalil [Allah] : Coran, sourate 4 [des femmes], 124, éd. E. MoNTET, 1929, p. 177); cf. HANAUER, Folk lore of the Holy Land, muslem,

christian and jewish, London, 1907, chap. 3. On alla jusqu’à donner le nom de Khalil à une localité, Hébron, parce qu'on y montre le tombeau du patriarche, but de pèlerinages juifs et musulmans. Il se pourrait qu’« ami de Dieu » (appliqué aussi à Moïse, Exode 33, 11, à Samuel, JOSÈPHE, Antig. 6, 13, 5, aux prophètes en général, Sag. de Sal. 7, 27) ait transposé dans le langage religieux une appellation d’abord en usage à la cour israélite, « ami du roi », son conseiller le plus apprécié, cf. 2 Sam. 15, 32, G, 37 ; 1 Rois 4, 5; 2 Chron. 27, 33. Inscr. séleucide de l’an 186. Voir E. PETERSON, Der Gottesfreund. Zeitschr. f. Kirchengesch., 1923, p. 161 ss. L'amitié de Dieu pour le sage ou l’homme vraiment libre est affirmée par PLATON, Lois, 4, 716 d, et par EPICTÈTE, Dissert. 4, 3, O, etc.

Entre la conception juive et celle de notre auteur il subsiste une différence notable. Le judaïsme faisait de la foi d'Abraham une œuvre ou une série d'œuvres. Ici, la foi ne se fond pas dans les œuvres, elle s’y associe ; il y a entre elles coopération, v. 22. En somme, l'argumentation se conforme extérieurement au schéma juif traditionnel, mais, comme le montrera la comparaison avec le paulinisme, la solidarité entre foi et œuvres ne peut procéder que de principes chrétiens.

24. Le texte reçu relie ce v. au précédent par : roivuv, évidemment superflu.

L'interlocuteur, pris personnellement à partie depuis le v. 18, disparaît du tableau. C’est une portée plus large qu’en réalité l’ensemble du développement possède. Du style dialogué on revient à l'exposé didactique ou homilétique qui persiste à travers toute l’épître : vous voyez, (mes frères, v. 14), que l'appel à l’Écriture renforce encore le principe de la justification ou du salut par les œuvres et non par la foi seule ; Genèse 22 vous démontre Genèse 15, 6. Voir au figuré : concevoir, reconnaître (cf. v. 22), constater, est fréquemment attesté dans la xouwvn. Exemple : Papyr. de Hibeh, x, 44, 4 (253 avant J.-Ch.), opüvrec Jè oe xarapaluuodvra duunv Jetv Kai vdv ÉntoretAut ot. 4 Macchab. 12, 4. Cf. 1 Clém. rom. 12, 8. La diatribe conclut volontiers ses discussions par : 6pa ; oùy 6p%c ; oùx oioÙ” ; ox oidac ; mon vides ; vides enim. (ÉPICTÈTE, I, 4, 16 ; 16, 3 ; 28, 20 ; 12, 2, 26, etc. ; PLUTARQUE, de virt. et vit. 107 C ; de cup. div. 527 À, D ; SÉNÈ- QUE, de pro. 2, 5, 7 ; de vit. beat. 11, 2 ; 18, 3).

uévoy, comme xa@” éœurnv au v. 17, correspond à l’hébreu lebaddô, fréquemment rendu par uôévos dans les Septante : Genèse 44, 20 ; Exode 18, 14 ; Ps. 70 (71), 16, etc. Entrel'adjectif : seul et l’adverbe : seulement, il n’y a pratiquement aucune nuance de sens appréciable. É

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