‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 48 sur 103 · L'INTEMPÉRANCE DU LANGAGE SNX<I · texte numérisé non relu

L'INTEMPÉRANCE DU LANGAGE SNX<I

31 Ne vous empressez pas, mes frères, de devenir docteurs : sachez que nous assumons ainsi une responsabilité plus grande. 2Nous sommes tous sujets à broncher de multiples manières ; si quelqu'un ne commet pas d'écart de langage, celui-là est un homme accompli, capable de maîtriser aussi son corps tout entier. ®S1 nous mettons un mors dans la bouche des chevaux pour nous en faire obéir, nous dirigeons aussi leurs corps tout entier. Considérez également les navires : si grands qu'ils soient et en dépit des vents impétueux qui les poussent, ils sont dirigés par un minuscule gouvernail au gré de l'impulsion du pilote. SDe même la langue est un tout petit membre, mais elle est capable de grandes choses. Voyez quel petit feu peut embraser une grande forét. 6La langue aussi est un feu ; c'est un monde d'iniquié, la langue, établie parmi nos membres ; elle peut souiller le corps tout entier et embraser tout le cycle de l'existence, embrasée elle-même du feu de la géhenne. 7Les quadrupèdes, oiseaux, reptiles et poissons de toute espèce peuvent être domptés et ont été domptés par la race humaine. 8Mais la langue, nul ne la peut dompter ; fléau toujours agité, elle est pleine d'un venin mortel. ‘Avec elle, nous bénissons le Seigneur, notre Père, et avec elle, nous maudissons les hommes, créés à l’image de Dieu ; de la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Il ne doit pas en étre ainsi, mes frères. Une source faitelle jaillir par le même orifice l’eau douce et l’eau amère ? Le figuier, mes frères, peut-il donner des olives, ou la vigne, des figues ? Une source salée ne donnera pas non plus de l’eau douce.

Voici encore une instruction toute nouvelle dans le contexte. Rien ne prouve que l’auteur l’ait nécessairement rédigée sans s'être interrompu après avoir achevé la précédente.

Le v. x formule un thème précis (cf. ï, 19 ; 2, 1, 14) : ne soyez pas (la négation est séparée du verbe pour mettre l’attribut en relief, cf. Actes 7, 48 ; yiveole, cf. 1, 22 ; — Hébr. 7, 23) de nombreux docteurs. ?AGekpoi uov s’intercale dans la phrase après le premier verbe, comme dans 1, 2.

D'après 1 Corinth. 12, 28, la vocation des docteurs, ceux qui enseignent (ailleurs : patrons, par exemple dans des contrats d'apprentissage, papyrus), est l’un des trois grands charismes : 1° apôtres ; 20 prophètes ; 3° docteurs. (Voir aussi Éphés. 4, Ir ; — HERMAS, Vis. 3, 5, I ; Simil. 0, 15, 4 ; 16, 5 : 25, 2 ; — l’auteur de 2 Timot. 1, 11; 1 Timot. 2, 7 se présente comme x#ovË ua

&rocroloc ai Giddoxahoc, et combat des gens se donnant pour vouodDacxahot, I Timot. ï, 7 ; cf. v. 3). L'origine de cette triade reste aussi obscure que celle de la triple fonction ecclésiastique .des évêques (l'évêque doit être. SiSautixév, z Timot. 3, 2; ci. 2 Timot. 2, 24), presbytres et diacres. Peut-être établie : d'abord dans quelques communautés locales, se sera-t-elle peu à peu généralisée, puis amplifiée : Éphés. 4, 11. Ce qui est certain, c'est que dans les assemblées chrétiennes telles qu’on les aperçoit à travers le N. T. comme à la synagogue (cf. Marc 6, 2 et parall. ; — Jean 3, 2), chacun, docteur ou non, pouvait prendre la parole au gré de son inspiration du moment. Parmi les cinq chrétiens d’Antioche qui, d’après Actes 13, 1-3, reçoivent de l'Esprit saint l’ordre d'envoyer deux d’entre eux en mission, il semble que trois soient présentés comme « prophètes » et deux comme « docteurs », si du moins, malgré le re répété, l’auteur ne les croit pas investis tous du double charisme. Jacques va se comprendre lui-même au nombre des docteurs : Anudoue0a, mais, s’il en portait officiellement le titre comme les rabbins à la tête des synagogues, il l’aurait apparemment fait figurer dans la formule initiale de son épître : 6 Giddoxæhoc ; cf. 2 et 3 Jean, v. x, 6 npso6vrepoc. Notre texte n’en est pas moins le seul grâce auquel on n’est pas réduit à tout ignorer de la personne même de l'écrivain, sauf son nom.

Tandis qu’'autrefois Jérémie reculait d’abord devant la perspective redoutable qui s'offrait à lui au moment où il prenait conscience de sa vocation (/érém. 1, 6), beaucoup de chrétiens du 17 siècle — tel n’est cependant pas le cas des destinataires de l’épître aux Hébreux si l’on en juge par Hébr. 5, 12 — semblent avoir été attirés par la considération (cf. Barnabas I, 8 ; 4, 9 ; IGNACE aux Éphés. 3, 1), peut-être aussi par les avantages d'ordre matériel, qui pouvaient s'attacher à cette qualité de docteur. Loin de dire avec modestie, à la manière du personnage qui dans T'artufe sert de porte-parole à MoLIÈRE lui-même :

Je ne suis point, mon frère, un docteur révéré, Et le savoir chez moi n’est point tout retiré (Tartufe, acte I, scène 5), ils oubliaient facilement le solennel avertissement évangélique : « vous n'avez qu'un seul Maître » (diôdoxanoc, Matth. 23, 8), mais au contraire se rappelaient sans doute des textes comme Daniel 12, 3 ; Sirac. 37, 12 ; 38, 34-30, 11 ; Testam. de Léur 13, 9, nèc dc dv Hôdou xxAX al Tpdrrer, GUvÜpovos Écrar Baocrhelov. Voir aussi Pirké À bôt 4, 12, « que ton respect envers ton maître (instructeur) égale ton aspect pour Dieu » ; cf. Matth. 23, 7, etc. Cette prédilection pour la science et ce désir de l'enseigner ‘jouèrent un rôle important à l'origine du vaste mouvement gnostique, ambitieux de faire régner dans l’Église les doctrines de « sagesse. » Aux yeux d’Origène, le sacerdoce idéal aura pour organe les docteurs, interprètes éclairés de l'Évangile. Cf.

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E. DE FAYE, Origène, 11, 1928, p. 277. Cependant, en fait, plus le nombre des docteurs s'était accru, moins unanimement leurs personnalités avaient su désarmer la critique et se concilier la respectueuse considération acquise à des fyovuévor (cf. Hébr. 13, 7, 17, 24) : Romains 2, 21; 1 Timoi. 1,7; 4,1SS. Souvent itinérants (cf. 2 et 3 Jean), il leur arriva d’abuser de l'hospitalité et des subsides qu’ils recevaient des communautés, ou de tomber dans le dérèglement, cf. Didaché 12; 13, 2, et plus tard les WevSoiS&oxæhot de 2 Pierre 2, 1. On lit encore dans ps. Clément, de virg. 1, 11 : ne mulli inter vos sint doctores, neque omnes sitis prophetæ. À travers les siècles ultérieurs, la même tendance contribuera souvent à faire éclore les sectes les plus variées, cependant que la doctrine officielle, notamment dans l'iconographie byzantine, hiérarchise les apôtres, les saints, les docteurs, autour du « Pantokrator trônant dans la majesté céleste » et de « Marie la Théotokos.…., reine des cieux. » (Cf. R. WILL, Le Culte, 11, 1929, p. 316).

De son côté, la littérature talmudique recommandait de ressembler plutôt aux élèves des docteurs qu'aux docteurs eux-mêmes (le rabbin Siméon, fils de Gamaliel, vers l’an 140 : Ta‘anit, 30 b ; — cf. STRACK-BILLERBECK, I, p. 9175.).

Ce n’est pas le contenu des enseignements professés par les docteurs, d’après lui trop nombreux, que l’auteur tient ici pour suspect, car il n’en donne aucun aperçu; ce qui lui importe essentiellement, eidôrec, c’est la responsabilité encourue : nous, docteurs, en cette qualité même, nous serons jugés (par Dieu) avec plus de sévérité que les chrétiens qui ne possèdent pas le charisme de l’enseignement (1 Corinth. 14, 26), ôti eitov xpiua (le deuxième terme de la comparaison : « que les autres » est sous-entendu comme allant de soi ; cf. Actes 18, 20 ; Jean 19, 11; Berlin. Gr. Urk. 816, 14, änooterloy rdv Xbpov Taybrepoy) AnuVoueba, cf. Luc 12, 48 ; Marc 12, 40 ; Luc 20, 47 (dans ces deux derniers textes, xptux signifie : accusation, plutôt que : jugement ; cf. Romains 13, 2). Voir aussi Matth. 5, 19, xai iddËér, obroc Toùs &vÜpoTouc. — xpiux Éyeiv, I Timot. 5, 12; eic xpiua yéveobou, 1 Clém. rom. 21, x, etc.

Les docteurs sont les savants, les instructeurs et éducateurs. En enseignant, ils prononcent des jugements sur la conduite de leurs frères. Cf. Math. 7, 2. Pourquoi, lors du jugement divin, une condamnation spécialement rigoureuse menace-t-elle de les frapper, ainsi que les « puissants » visés dans Sag. de Sal. 6, 6? Parce qu'aux fautes de nature infiniment variée qu’ils auront pu commettre comme tous les autres hommes, s'ajoutent de leur part avec une fréquence particulière les péchés de la langue. La gravité des désordres ainsi causés a déjà fait l’objet d’allusions rapides, cf. 1, 19, 21, 26. L'auteur est amené maintenant à décrire avec ampleur la puissance extraordinairement néfaste de la langue. Le thème du v. 1 ne va donc être développé

que sous un aspect particulier, car tout le morceau gravitera autour de : ëv A6ÿw (v. 2).

Rien n'indique ici que cet exposé se rapporte principalement ou exclusivement à des incidents qui auraient troublé une ou plusieurs communautés locales. Il semble plutôt que l’exhortation, dont l’occasion précise nous échappe, ait d'emblée une portée générale.

D'après J. GEFFCKEN, Kynika und V erwandtes. 1900, p. 455s., ce développement, dont le ton vif et coloré est particulièrement frappant, s'inspire à n’en pas douter d’une diatribe judéohellénistique, appartenant à quelque traité populaire moralisant. Voir aussi BONHÔFFER, Epiktet und das N. T., 1911, p. 45-53, 193 ss. Que les points de contact qui apparaîtront dans le détail appuient ou non une conclusion aussi formelle, on constate en tout cas dès l’abord qu’il s’agit bien d’un véritable lieu commun de la philosophie hellénistique. Mais en même temps, la chaleur du style et l’insistance avec laquelle s’affirme la conviction exprimée sauvegardent l'originalité de l’écrivain.

2. L’allitération des premiers mots commençant par x est peut-être intentionnelle, cf. 1, 2, etc. Le « de änavres est ajouté pour éviter le choc de deux consonnes ; cf. Luc 8, 17; 9, 15. Trail, Cf. 2, 10. Gnavres ne se limite pas aux seuls docteurs, mais désigne tous les hommes. De même rot (adverbe : cf. Marc 9, 26 ; Matth. 0, 14 ; papyrus) est pris au sens le plus général (à la fois : beaucoup, et : souvent) ; il ne s’agit plus de l’enseignement. C’est donc sur l’universalité du mal moral que l’auteur fonde (y&p) son avertissement du v. 1. Cf. x Rois 8, 46 ; Ps. 143,2; Prov. 20, 9 ; Ecclés. 7, 20 ; 4 Esdr. 7, 68 ; 8, 35 ; Maïth. 7,11 = Luc 11, 13, movnpot [ôntoyJovrec ; Romains 3, 9-18, 23 ; 7,18 ; 1 Jean, 8, 10; ARISTOTE, Rhetor. ad Alex. 37; THUCYDIDE, 3, 45 ; SÉNÈ- QUE, de clem. x, 6, 3, peccavimus ommnes, alii graviora, alu leviora ;

PICTÈTE I, IL, 7, mävrec oyeddv Ÿ où Ye TAELOTOL AUAPTHVOUEV ; PoLycARPE aux Philipp. 6, 1 ; 2 Clém. rom. 18,2, etc. Mais dans le N.T. ce texte est le seul où l’auteur se comprenne expressément lui-même parmi l’ensemble des hommes faillibles et pécheurs.

Tandis que violer un seul commandement de la loi équivaut à se rendre coupable envers la loi tout entière (2, 10), maîtriser un certain membre, non pas n'importe lequel mais celui par lequel nous parlons, la langue, c’est gouverner du même coup le corps dans son ensemble. Le danger constant des péchés de la langue est souvent et instamment signalé dans l'A. T., exemples : Ps. 34, 14 (cité dans 1 Pierre 3, 10); Prov. 10, 19; OS osile 4107220. 10,21 012300 Sirac 5 110,1; 14,1; 19, 6-8, 16 ; 22, 27 ; 25, 8ba ; 28, 13-26 ; — Matth. 12, 36 s. Ces fautes se commettent avec une facilité si grande que l’homme qui, tôt ou tard, parvient à s’en abstenir, peut être qualifié d'homme parfait, réletos ; cf. I, 4, où, pas plus qu'ici, l'emploi très naturel de ce terme n'implique une allusion au langage

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du gnosticisme. Le contraire : 1, 26. et... où, cf. 2, II. oÙToc, I, 23.

Il s’agit d’une perfection active, car un pareil homme maitrisera son corps tout entier, il en aura le pouvoir : uvaréc (suivi d’un infinitif, cf. 2 Timot. 1, 12; Papyr. de Magdebourg 3, 5 221 avant J.-Ch., un certain pays n Ouvarh onapñvar ec Xolay t, rhv D uh duvarhv omæphvar Éwe t Toù Xotoy. Etc.). at væyoyñoat, Cf. I, 26 ; voir aussi PHILON, de opif.mundi, 86, p.21, xai uv To ye Pumwxorurov Cüov Irroc badtlos [äyeræ]. yaœAtvayoynlets xat 8Aov Tù oùux. Cf. ëv rois pédeouw, v. 6 ; Romains 8, 13. L'accent porte sur 6Aov.

3. Première comparaison, destinée à faire saisir sur le vif la puissance extraordinaire de la langue. )

{rrov, complément déterminatif de oroéuaræx, est mis en relief dès l’abord ; yæawvoës (cf. le verbe au v. 2) ne se trouve que deux fois dans le N. TT. :ici et Apoc. johan. 15, 20 (cf. SOPHOCLE, Antigone, 477 ; Papyr. de la Soc. ital. 5, 543, 50, tre siècle avant J.-Ch., 4aAvod Tod dpyupod xuraoxeuñ). orout se dit couramment (grec classique, xorvn, Septante) aussi bien de la bouche des animaux que de celle‘de l’homme. (Pour dy&Avoy otôux, mauvaise langue, cf. par exemple ARISTOPHANE, Ran. 838). Par contre, les écrivains classiques se servent du composé éu6&Anev plutôt que du verbe simple pour désigner la mise en place du mors (XÉNOPHON, de re equestri, 6, 7, 8 ; 9, 9; EURIPIDE, Alt. 492). PHILON, agr. 69 ; de Spec. leg. 5, 79, dit : xœvdv évriünor. Dans un texte du psautier, malheureusement peu intelligible, Ps. 32, 0, il est question de mors, également pour en faire quelque apphcation à la conduite humaine.

Le sens d’obéir pour retfeo0or est attesté plusieurs fois dans les papyrus. Ici, la conclusion se dégage aisément : grâce au mors placé dans la bouche des chevaux, on se fait obéir de leur corps tout entier ; de même l’homme qui maîtrise sa langue est rendu capable de gouverner avec une sûreté absolue l’activité de tous ses membres (v. 2 b). Le contraste est sous-entendu entre la petitesse de l’instrument employé, robe yœavobc, et «l'importance du résultat obtenu, &Aov rù oôuæ. Il sera plus explicite dans la seconde image, v. 4, rnktxudra — ëlayiorov.

L'emploi de peréyew ici et au v. suivant indique bien que l'auteur développe deux exemples parallèles à l'appui de la même idée. Ce verbe ne se retrouve pas ailleurs dans le N. T. Il exprime l’action de transporter, conduire quelque chose ou quelqu'un d’un endroit à un autre, en changer la direction. Cf. PLUTARQUE, 2, 225 s. ; ÉPICTÈTE, Manuel, 33, 3..., uetéyaye Tois ooic Adyois xal Tods Tüv cuvéyTwY rt Td rpoouov. Voir aussi PHILON, de opif. mundi 88 ; leg. alleg. 223. Dans le Florilegium de STOBÉE, 3, p. 493 (éd. HENSE), il est appliqué comme ici (v. 3, 4) à la fois au navire et au cheval : Gonep xal vedc na ITTov oùyx 6 ph xpwuevos SAN 6 uerkyæv, 8ror Bobhero. — Sens dérivé : traduire, Sirac., prologue.

Au lieu de ei dé, que donnent les meilleurs témoins du texte, les mss. C, P et les versions orientales ont lu : 8e. Outre que ceci peut fort bien trahir l'influence du mot iSob du v. 4, i ya sans doute correction, car le style se trouve de la sorte très amélioré : on ne s’explique pas le S, alors que le v. 3 se borne à souligner en l’illustrant la dernière idée exprimée au v: 2. Il faut donc admettre quelque négligence de rédaction ou une ancienne faute de copie.

Autre variante : au lieu de eis rù neifeoûar (N, B, C), le plus grand nombre des mss. donne : xpùs x.r.A. D’après DIBELIUS, cela pourrait provenir du désir d'éviter une répétition de eic, après sic T4 orouara BéAnouev.

4. Nouvelle image, un peu plus détaillée que la précédente, mais les deux phrases sont construites d’après le même procédé ; elles projettent en tête le mot qui fait l’objet de la comparaison : navires (v. 3 : chevaux).

iDob, cf. V. 5 ; 5, 4, proprement impératif aoriste de eidéunv, était devenu dans la xouwn (papyrus ; ÉPICTÈTE, 4, II, 35) une véritable interjection, très analogue à l’hébreu Hinné. Une fois de plus subsiste donc le ton de la conversation familière, cf. v. 10. xai marque insensiblement gradation : l’industrie humaine, maîtresse de la vigueur des chevaux, se soumet des forces brutales en elles-mêmes plus puissantes encore.

mhotov, vaisseau de forme arrondie, ne se distingue plus guère, à l’époque hellénistique, de vads ou de tompnc, vaisseaux allongés qu’on employait plutôt dans les combats que pour la pêche ou le commerce maritime. Il peut se dire d’une simple barque (Marc 1, 10, etc.), aussi bien que d’un bâtiment plus considérable (Actes 20, 13, etc.). Cf. papyrus ; voir de même les ’äniyyôt, Ps. 104, 26 ; 107, 23. Etc. C’est précisément sur les dimensions importantes des navires ici évoqués que l’auteur veut fixer l'attention. rykxadrx, primitivement : si âgés, d’où : si grands, n’est employé dans le N. T. qu'à propos de choses ou d’abstractions : 2 Corinth. 1, 10 (danger de) mort ; Hébr. 2, 3, salut; Apoc. johan. 16, 18, tremblement de terre. Les papyrus l'appliquent aussi aux personnes : « sans pareil », etc. Les vents soufflant sur la mer ont déjà fourni un élément de comparaison dans 1, 6. Ici, c’est leur violence qui importe : les navires sont de vastes (et lourdes) masses ; les vents qui les poussent (cf. ünd dvéuou, Madth. 11, 7 — Luc 7, 24; Apoc. johan. 6, 13 ; ônd &véuwv, Jude, v. 12) déploient une effrayante impétuosité : double obstacle que l’art délibéré du pilote maîtrise par des moyens infiniment moins importants. oxAnp6c, dur (personnage inhumain, Matth. 25, 24; Arisiée, 239 ; cœur dur, Deutéron. 10, 16; Barnabas 9, 5), est également appliqué aux vents par ORIGÈNE, Mart. p. 44, 9; DION CHRYSOST. 3, p. 44, xA00@VOs &yplou xai yaxAeTod ÔTd AvÉUOV oxAnpV uerabxAAGUEvOU. POLLUX, 1, 9, 17, dvéuoc Bixoc, oxAnp6c. Cf. Esaïe 27, 8, Prov. 27,

16, G (Bopéac) ; cet adjectif est à la fois plus fort et plus précis que uéyac, qui qualifie le vent dans Jean 6, 18; Apoc. Johan. 6,13. Ekaive, pousser, cf. Luc 8, 29 (poussé, entraîné par le démon), se dit facilement de l’action du vent ou de l’ouragan : Marc 6, 48 (cf. Matth. 14, 24, v yde évavrioc à &veuoc) ; 2 Pierre 2, 17 (dd Aatluroc). PREISIGKE, Sammelbuch griech. Urkunden aus Ægypten, 1, 1915, 997 (1ve siècle après J.-Ch.), fxw els Tv Témov drd Duévns xararhéov Ürd yemuévos ÉAxobelc.

En dépit de ces formidables traverses, la direction des navires est un fait acquis. C’est intentionnellement que l’auteur emploie le même verbe qu’au v. précédent, ueréyeru. Ce procédé lui est familier, cf. x, 13 s. ; 2, 14, 16 ; 2, 21, 25. L'opposition entre les dimensions considérées, celles du navire et celles du gouvernail, se trouve soulignée déjà par la préposition ré préférée à un simple datif instrumental, et surtout par le superlatif ënayiorov, véritable centre de gravité de toute l'image. On rencontre chez ARISTOTE, quest. mechan. 5, p. 850b, une description circonstanciée de la puissance obtenue par un gouvernail, si petit qu’il soit : di& ré Tù rnÔdAuov puxpdv dv... al Évoc &vÜporou Suvausws xai TaDTns hpeuaiac ueydhx xivetoar eyéOn TAoioy ; Ce rnd&iov pouvait être double, cf. Actes 27, 40 ; Papyr. de Londres, 1164 (h), 8 (212 après J.-Ch.), odv.….. nnôæAlots duo. Chaque gouvernail, en forme de rame plate et plongeant dans l’eau, était amarré au gaillard d’arrière par une large pagaie, Cevxrnpiu. L'absence d'article, ici comme pour les vents, marque qu’on à en vue les qualités appartenant par définition à tout TNJLALOV.

Il suffit donc de manœuvrer le gouvernail pour imprimer au navire la direction voulue par le pilote. ôxov, où (avec mouvement), n’est pas inconnu en grec classique, pour ômot (Jean 8, 22) ; exemple : XÉNOPHON, Memor. 1, 6, 6, Badiovra émou àv Bothœua, mais il prédomine surtout dans la xouwvr, cf. Jean 7. 34, etc.; WILCKEN, Grech. Ostraka, Leipzig, 1809, 1162, 5 (Rome), ômou 0e. « Partout où », Marc 0, 18 ; Papyr. d'Eléph. 1, 5 (311-310 avant J.-Ch.), etc. La stricte souveraineté du pilote sur toute la manœuvre est on ne peut plus explicitement caractérisée ; tout dépend de sa volonté, ëxou à&v 6puÿ Tod ebBbvovros Bobkera. pur, littéralement : élan, bond, 1mpulse, d’où : intention, désir (commençant à passer aux actes, Actes 14, 5, seul texte du N. T. où ce mot se retrouve), cf. Pro. 21, 1; 23, 25; PLATON, Phil. 35 D, qui l’emploie en parallèle avec éruÜvuix, peut s'entendre de la mise en mouvement, de l'impulsion imposée au gouvernail par la main du pilote, comme dans une certaine pétition de 307 après J.-Ch. : Papyr. de Grenfell 2, 78, 15, dvayraios repli mo[AAob] Tv épuhv notobuevos rpèc rèv oùv ueyaheilov, fyeluov déorora, Téde uapruoôuu. Etc. Mais il semble plutôt (Boÿleru) que l’auteur vise seulement l'intention qui présidera à cet acte. Ainsi l’ont compris entre autres le ms.

{j : voluntas, et. CORNELIUS A LAPIDE : impetus 14 est voluntas. ‘oun est un terme affectionné de la philosophie stoïcienne. Chez PHILON, de opif. mundi 46, 86, 88 : 5 àv é£wow, l’image du navire et du pilote accentue l'élément : volonté. rod ed0vvoyros, celui qui gouverne. Cf. Prov. 20, 24; Sirac. 37, 15; PHILON, de confus. ling. 23, quiet yap Éotiv être ywpls Mvbyov Te na xVOEovnT@v à re rAodc xai 6 Jpôuoc edObvecor. Ce verbe ne figure dans le N. T. qu'ici et, avec la nuance : rendre droit, dans Jean 1, 23 (Esaïe 40, 3). Cf. VETTIUS VALENS, p. 340, 0. Les papyrus l'emploient le plus souvent au sens d'appeler, citer à rendre compte (en justice).

En insistant sur le rôle discrétionnaire qui incombe à la volonté du pilote, notre auteur se rencontre avec plus d’un écrivain évoquant la navigation. Cf. PHILON, Leg. alleg. 3, 223, h PovAerou, et les textes cités ci-dessus ; de même : ARISTIPPE (STOBÉE, 3, p. 493), 6mœot BotAstar ; PS. ARISTOTE, de mundo, 6, p. 400 D, mévra xivet nai mepiéyer, 6mou Boterar xat ÔTwc ; LUCRÈCE, 4, 001 s., quantovis 1mpete, quolibet (x).

Même la combinaison des deux images : chevaux, navires, se retrouve ailleurs. Exemples : PLUTARQUE, Moralia, 33, voi To0moc UÈv oùv xai A6YOS } Toômoc did AGYou, xaÜdrep inredc did xahvoD ai dix rndaAiov xv6epvhTtnc. THÉOPHYLACTE SIMOCATTA (vire siècle après J.-Ch.), ep. 70, fvioic xai éotiër tobs Inmovc tO0vouev at vauruAAduelx rh èv tois lotious Tv vabv ÉXTETAONVTES, TN D Tais &yxVpœS yavoonvtes yaopuilouev obTa xvbEpvNnTÉOV Hoi Thv yhürrav, ’AËtéye. Voir également ci-dessus, v. 3, à propos de ueréyouev. II y a donc dépendance incontestable de nos v. 3, 4, par rapport à une véritable tradition établie dans la diatribe. Cela étant, DIBELIUS, p. 176 s., incline à supposer ici quelque emprunt à un texte déterminé, dont on ne saurait reconstituer la teneur exacte, mais dont l'existence pourrait « expliquer certaines obscurités et absences de transitions » dans la suite du développement. Il semble, d’ailleurs, que la philosophie appliqua parfois la constatation, en ellemême optimiste, des grands effets produits par de petites causes, à des conclusions aussi pessimistes que la description des ravages causés par la langue, ce « petit membre », v. 5 (PHILON, PLUTARQUE ; cf. DIBELIUS, 1bidem).

5 a. Oürows xai, ainsi en est-il de à YAüoou, la langue : nous sommes ramenés au terme initial de la comparaison, à la parole, cf. ëv A6yw, v. 2, et spécialement à son organe, la langue, ici presque personnifiée. On peut soit appliquer directement les deux verbes qui suivent à yAüoow, soit couper la phrase après

(1) Avec quelle intensité ceux qui viennent de voir le transatlantique Normandie entrer pour la première fois dans le port du Havre ont-ils, à leur tour, pu méditer sur cette « obéissance servile à la volonté du pilote! » Cf. Cu. Bosr, Beauté (Evangile et Liberté, 15 maï 1935, p. 77).

ce mot (HAUCK), ce qui soulignerait peut-être mieux l'opposition : petit — grand, bien conforme à celle que décrivait le v. 4 et qu'impliquait déjà leva (Lux pÔy ÉAoG OT — “ol (EeydAX adyei. En tout cas, on remarque ici une nouvelle allitération, en u cette fois ; cf. v.2; I, 2, etc.

Le plus grand nombre des témoins du texte, N, C?, K, L, minusc., ont lu : ueyæavyei. IL semble préférable d'adopter, avec la plupart des critiques, la leçon de 4, B, C*, P : peyahx adyet (le verbe est un hapax) ; cf. Vulg. : magna exallat. Le sens reste sensiblement le même, car, de toutes les « grandes choses » dont la langue peut se vanter, les v. suivants ne mentionneront que celles que la morale condamne ; mais en fait le parallélisme se trouve mieux dessiné : c’est un membre tout petit — et qui se vante de grande choses ; ou encore : petite elle est — et grandes sont ses prétentions (les choses dont elle se vante, abynuaræ), cf. Ps. 12, 5. Une inscription thébaine du 1ve siècle après J.-Ch. (KAIBEL, Epigrammata Greca, Berlin, 1878, 480, 1) contient la même expression : dv ueya\ adlynoxox rarois OA[6]n rot’ ërw[… Le verbe a donc dû s’employer principalement en poésie. Il n’est pas impossible que la variante ueyahauyet, verbe qu’on trouve plusieurs fois dans les Septante avec un sens nettement péjoratif (Ezéch. 16, 50; Sophon. 3, 1; Sirac. 48, 18 ; 2 Macchab. 15, 32, etc.) ait voulu formellement intensifier le blâme que jusqu'alors l’auteur avait plutôt sous-entendu ; cf. divers mss. de la Vulg. : cod. Fuldensis, exullat ; m, magniloquia. CASSIODORE renchérit encore : magna exultatione dilatatur. Au contraire, magna glortatur (ff) pourrait se prendre en bonne comme en mauvaise part.

Le Talmud aussi montre en la langue une petite cause produisant de grands effets : Midr. Ps. 30, $ 2 (128 a). Voir également ÉPICTÈTE, 1, 28, 14.

5 b. Troisième image, introduite comme la deuxième, v. 4, par idov. Certains mss. et versions ont cru nécessaire de marquer expressément l'opposition entre la petitesse initiale du feu (étincelle) et les vastes proportions de l’incendie qu’il répand dans une forêt ; ils ne se sont donc pas contentés de la simple répétition du même adjectif indéfini, que l’auteur, frappant une formule lapidaire, prend tour à tour et non sans quelque élégance ou recherche en un sens dérivé : quantulus, et en son sens primitif : quantus (ætate, statura, Coloss. 2, 1; 2 Clém. T0M. 10, 4), Cf. rnAxadtæ, v. 4 — DIOGÈNE D'OÏiNOANDRE, éd. WiLLIAM, fragm. 38, 3, xal omwv[O%pt] ueuxp@ mévu rnAixévde érebanreror [ndp, NJAitxov xaTaphéyer Auuévacs xai môAeic. LUCIEN, Hermotinus, 5, ÿiixovs quûs éropaivec, odDE xurk Tobs ruyuxiouc xelvouc, GAAX yauauretels Tavréraotv. ÉPICTÈTE, I, I2, 26; PHILOSTRATE, Vita Apollonii 2, 11, 2 (à propos d’un enfant de treize ans qui sait conduire un éléphant), rd y&p Omplo rm xoûT Éniretéy Bar rmauév D'évra… Daruévoy Éuorye doxet.

Papyr. d'Oxyr. 2, 234, 11, 20 (11 ou 1r1e siècle après J.-Ch.), hAbxov [è]p66w, « de la taille d'un petit pois. » — Pour #Aixov (de) nous rencontrons donc : ôAyov, A*, C2, Ÿ, K, L, minusc. ; Dusillum 1gnis, ff; parvus ignis, m, retouches évidentes ; voir aussi CASSIODORE : modico.

Si, d'une part, on tient compte de l'allure descriptive si caractéristique du morceau tout entier, et si d'autre part on se reporte aux multiples parallèles que l’image elle-même peut trouver dans la littérature juive et païenne, on interprétera ici à coup sûr ÜAn (hapax), non pas par : combustible en général (bois déjà coupé), mais par : forêt. Cf. Papyr. de la Soc. ital. 6, 577, 8 (248-247 avant J.-Ch.), rhv re yñv é[xd0apa Ürépyovoav ?] ÜAns ueothv. Etc. dvénrew, allumer, terme classique, ne revient dans le N. T. que chez Luc : 12, 49; cf. Actes 28, 2, &nrew, Variante : dvérrew. — Papyr. de Giessen, 1, 3, 8 (117 après J.-Ch., l’auteur est peut-être un lettré), roryæpobv Oovres ràc éotias avéarrouev. Papyr. de Leyde W, xv, 35 (formule d’occultisme), &vabas Tà Bouwv (sic ; lisez : ty Bouc).

Cette comparaison remonte jusqu'à HOMÈRE, lhade, 11, 155, Trdp aidmhov ériphéyer omerov DAnv OÙpeoc ëv xopuph. Cf. PINDARE, Pyth. 3, 36 s. Ps. Phocylide, 144, è£ AMyov omvñpocs &0éoparos atOerar ÜAn. Voir aussi Esaïe 0, 17; Ps. 83, 15. La diatribe, s’appropriant des images ainsi devenues comme traditionnelles, représente couramment les passions sous l’aspect d’un feu, d’un terrible incendie. Cf. SÉNÈQUE, Controver. excepta, 5, 5, nesciebas… quam levibus imibus oriantur incendia ? PLUTARQUE montre l’étincelle première multipliée ou éteinte, selon que les passions lui fournissent ou non un aliment : com. præc. 4, Pp. 138 F, Gonsp rù nûp ééanrerar uèv edyepc Ëv dydpors na OovaAAidtr nat PouËt Axyoatc, ofévvurar ÔÈ Tayrov, &v uh Tivos êTépou OUvVauÉvOU oTÉyELv Eux xai ToÉpev ÉmiAG6ETAL oÙTw TÔv nd oœparos xai pas Ed Épora Tv veoyauov &vaphsyémevov Jet ph diapxn undè Bébarov vouilerv, àv uh nept Td H0oc idovbeis Hat ToÙ ppovobvros ébauevos Éuduyov AX6n Giifeoiv. De même dans de cohb. ira, 4, p. 454 E, F, etc. PHILON, de son côté, se livre à mainte variation sur le thème de la flamme envahissante et dévastatrice : de decal. 32, [èmu@uuix] olx pAdË ëv ÜAn véuerou Jaravéon révra at pÜetpotoe ; 49 ; de spec. leg. 4, 83 ; de somn. 2, 93 (à propos du mpoor&rne 1e mevic DéËnc, Genèse 37, 8); de migrat. Abr. 123, onwvôp yap nai © Bpæybraroc Évrupéuevos &rav xavanvevoleis Convon0f, ueydAnv éÉanrez nuptv. Dans de vita Mos. 2, 58 comme ici, ÜAn paraît désigner une forêt. Un texte du Siracide (28, 22) : « La langue n'a pas de prise sur les hommes pieux ; ils ne sont pas brûlés par sa flamme », combiné çà et là avec l'influence de la diatribe, doit avoir inspiré au judaïsme plus d'un développement amplifiant la même série d'images. Le Talmud, en tout cas, atteste cette persistance ; cf. Lévit. Rabba 16 (116 c, sur Lévit. 14, 4) : « le rabbin Eléazar

(vers 270 après J.-Ch.), disait, au nom du rabbin José, fils de Zimra (vers 220) : l'homme possède deux cent quarante-huit membres : les uns sont disposés horizontalement (littéralement : couchés), les autres verticalement. Pour ce qui est de la langue, elle s’insère entre les deux joues ; sous elle se déverse un canal d’eau, et toute une série de doubles plis marquent ses limites : deux lèvres, deux mâchoires, deux rangées de dents. Viens donc voir combien de feux, (ainsi disposée), elle allume. Que serait-ce si elle se tenait droite ! » Voir aussi Deutéron. Rabba, 5 (sur Deutéron. 17, 14). Cf. STRACK-BILLERBECK, 3, p. 756.

L'hypothèse de DIiBELIUS nous semble plausible, d’après laquelle Jacques a pu s'inspirer de quelque texte (judéo-) hellénistique, qui utilisait d’une part les comparaisons empruntées à l’art équestre et à la navigation pour mettre en relief le pouvoir de l’homme sur l'instinct aveugle qu’il maîtrise, peut-être aussi en plaçant cette prérogative en parallèle avec son empire sur les animaux (cf. v. 7), et qui d’autre part montrait pareille puissance compromise ou détruite dès que la passion se donne libre cours, peut-être déjà sous la forme précise des ravages opérés par la langue : calomnie, etc. Plutarque et Philon ayant exprimé, nous l'avons vu, aussi bien cet optimisme que ce pessimisme, il semble légitime d’esquisser de la sorte, à grands traits et sans abuser de l'induction, ce que put être, dans l'esprit de notre moraliste, la genèse des descriptions qui illustrent ici sa pensée. Mais ce que Dibelius omet d'ajouter, c'est que, selon toute apparénce, l'expérience personnelle l’avait tout d’abord placé en face de multiples méfaits provoqués par les excès de la langue. Que, pour les combattre, il se serve de tournures et d'images procédant de ses lectures, cela s'explique tout naturellement, mais son style garde une énergie si accusée et exprime une conviction si vivante qu’on ne se le représente vraiment pas composant sa propre diatribe à tête reposée, à l’aide de ses auteurs tout exprès consultés, et mürissant longuement le choix de ses mots.

WiNDisCH, Théol. Tijdschr. 1918, p. 221, a cru pouvoir retrouver ici les traces d’une antique conception mythique de la parole et de son organe, la langue : d’après une inscription de Memphis, le cœur serait le dieu Thot, et la langue le dieu Horus. En réalité, aucune filiation vraisemblable ne saurait rattacher entre eux deux textes manifestement séparés par de nombreux siècles d'évolution religieuse. Si, de son côté, la diatribe hellénistique domine de haut la mythologie grécoromaine, c'est également en vain qu’on chercherait dans le présent développement à saisir quelque influence de cette nature. D'ailleurs, Windisch lui-même ne mentionne plus dans son commentaire (?1930) l'hypothèse qu’il proposait en 1918.

6. L'interprétation de ce v. soulève de sérieuses difficultés. Non seulement les images qui s’y entre-croisent donnent l’impres-

sion d’un désordre auquel l’auteur ne nous a pas habitués : feu, monde de l’iniquité, corps souillé, puis de nouveau incendie.…., mais on ne parvient pas à définir sûrement le rapport grammatical existant entre les mots : x6ouoc, YAdoo«, xabiorarar.

Plusieurs variantes du texte adopté n’apportent aucune réelle amélioration, car leur caractère secondaire saute aux yeux. Ainsi, N* supprime le premier xat, ce qui tendrait à faire de % ÿAüoow le sujet de &vérre., dernier mot du v. 5; or, nous avons vu que ce rôle appartient à Atxov rdp, intentionnellement mis en contraste avec #Axnv ÜAnv, complément du même verbe. N* change, en outre, devant ortAoüox, en xoi ; cela rattacherait entre eux les deux membres de phrase ayant pour verbes xafioraurar et omtAodox, mais cela même trahit un effort de rectification ; au surplus, nulle part ailleurs n’avonsnous dans l’épître des séries de petites propositions juxtaposées par des xat. C’est certainement aussi en vue d’éclaircir la suite des idées qu’on a parfois ajouté soit un simple oürws (P, 33), soit oütwc xai (L, etc.) devant le deuxième * YAüoow, à l'instar du début du v. 5.

La plupart des commentateurs se sont, dès lors, vus réduits à supposer que le texte a subi des retouches, SPITTA et WINDISCH, entre autres, seraient portés à rayer les deux premiers membres de phrase. SPITTA croit y reconnaître le sommaire de 3, 1-12 (ñ YAdoox rde) et de 3, 13-4, 12, (6 xéouoc Ts &dtxluc), inséré d’abord en marge, puis à tort ici, par quelque copiste.

Il ne nous semble nullement nécessaire de laisser tomber xat h yAwcox rde. Ces mots se bornent à tirer expressément l’application de l’image du feu dévasteur (cf. 5, 3 et CULLMANN, Le problème littér. et histor. du roman pseudo-clémentin, 1930, p. 225) exposée dans 5 b ; il en résulte un ensemble logique appuyant l'affirmation qu'avançait 5 a : pourquoi, si petite qu’elle soit, la langue peut-elle se vanter de produire les effets les plus considérables ? Parce que, telle l’étincelle qui embrase une vaste forêt, elle manifeste sa nature ignée. Ceci reparaîtra à la fin du v., où d’ailleurs les mots « enflammant... enflammée » permettent d’écarter une objection méticuleuse : la langue n'est pas le feu même qu’elle allume. Evidemment : elle est un feu qui en allume un autre. Au demeurant, l'association : langue —- feu (paroles qui brülent, etc.) n’est pas nouvelle ; cf. Esaïe 30, 27 ; PRO NT P700/ 010, 127,120 27; PS yde Saler2;;2"$etrles textes mentionnés à propos du v. 5 b.

Ce qui suit, 6 xéouos Tic &dixtac, vient à tous égards en surcharge. On ne voit pas comment la langue, « petit membre », pourrait être appelée un « monde » et même « le monde inique » (le génitif a ici la valeur d’un adjectif ; cf. Luc 16, 8s. ; [Marc 16, 14, W]; — pour cette notion, cf. Hénoch 48, 7; Galates x, 4; 1 Jean 5, 19; Corp. Herm. 6, 4, 6 Yap x6ouoc rAnpout édTt Te xankuc. Voir aussi Luc 4, 6). Toute distinction entre la cause et

les effets serait effacée. On comprend mieux l'interprétation de 6 x6ouoc ris adixlac d’après sy! : An (ei mundus iniquitatis veluti silva), mais ceci n’a rien de primitif. Quant à donner à xbouoc un autre sens : « parure » (cf. ISIDORE DE PÉLUSE, épisi. Did. 4, 10, éyxalwmoux; CHAINE, p. 81, etc. ; même avec Gdrxloc l'idée de beauté jette ici une note singulièrement intempestive), ou : wniversalitas (Vulg., BÈDE, etc. ; cf. CALVIN : « c'est autant que s’il l’appelait [la langue] une mer ou un abîme »), il résulte des références citées que cela trahit encore de malheureux essais d'amélioration, puisque « le monde pervers ou inique » exprimait incontestablement une notion religieuse passée dans l'usage établi. A la rigueur, on pourrait proposer de lire : xai ñ Yhdocoa rdp The adiniac (cf. JLxcwoov pou révIore.. do... YAwTTÉv rovnoëv, Papyr. de Londres, 122, 34, 1V® siècle après J.-Ch.). Mais encore faudrait-il trouver dans l’histoire du texte quelque indice qui rendît cette conjecture moins gratuite.

D'autre part, il est impossible de savoir si 6 x6ouo06 Tic ädixias vient en apposition, lourde et maladroite, pour à YAüoox rdo, ou si, comme le croit DIBELIUS, on doit lui donner la valeur d’une sorte d’épithète déterminant le second YAüoow, sujet de x40iorurar : « (en tant que) monde de l’iniquité, la langue est établie parmi nos membres », et attribuer dès lors tout cet ensemble à un interpolateur. La difficulté ne disparaîtrait que si l'on retranchait uniquement 6 x6ow0c et obtenait une proposition renchérissant sur la première ou au moins la développant : ai N YAüoow rdp T6 dduxiac, N YAwdooù xaOiorarar x. +. À. Dans l'hypothèse d’un remaniement plus étendu, on peut admettre qu'il s’opéra soit en deux fois, soit en bloc. Ou bien à yAüoow xabiorarur x. rt. À. préciserait comment la langue souille le corps tout entier, en la présentant installée à demeure parmi ses membres (organes), tandis que « le monde de l’iniquité » s’appliquerait dans l'intention d’un premier annotateur à ÜAn. Ou bien l’ensemble : « le monde de l’iniquité, la langue établie dans nos membres » aurait apporté une seule addition au texte primitif, en vue d'expliquer oxAodo« : ÿ yYAGoox pourrait alors avoir été mise en apposition à xéouoc, ou encore — troisième Supposition, — constituer à elle seule une surcharge nouvelle; cf. la traduction latine du ms. m: et mundus iniquitatis per linguam constat in membris nostris.

De ces diverses interprétations aucune, assurément, ne s'impose. Mais on en retiendra la valeur d’approximation, chaque fois qu’on tentera de remonter à la préhistoire du texte actuel, car il ne saurait en tout cas avoir revêtu à l’origine la forme tourmentée sous laquelle il nous est parvenu.

kabiornur est employé comme ici dans 4, 4 : se constituer, s'établir, prendre une fonction, un rôle, un état déterminé. Cf. Romains 5, 19 ; 2 Pierre x, 8 ; Papyr. de Ryland, 2, 287, 21 (entre 54 et 67 après J.-Ch.), ox ëréveucev é£6pÜañuoc adrñc xadeorc

Ou& rd rAH0oS T@v kart’ Éroc yevnuéruv. Aristée, 280, àvnuerot ru ka cxAntoo xaloravro. MÉNANDRE, Fragm. p. 215, äravra DobAx ToÙ ppovetv xaoruro.

L'auteur à poursuivi sa description des ravages inhérents à l’indiscipline de la langue. En dépit de l'incertitude du texte, la pensée du moins reste hors de doute. Aussi bien se prolonge-t-elle, très claire désormais, dans les trois dernières affirmations du v.

h omthoËoa bAov Td cüux. Avec orthobv le style imagé s’estompe un peu : tacher, salir, souiller ; ce verbe n'apparaît que deux fois dans le N.T.,iciet Jude, v. 23. Cf. Sag. de Sal. 15, 4 (barbouiller) ; Testam. d'Asser 2, 7, 6 nAcovextüv... rhv duyhv omuot, nai rd cüux Axurpuvet. Il se peut qu’à l’idée de souillure s'associe encore dans l'esprit de l’auteur celle de l’action nocive du feu, car il va y revenir explicitement aussitôt après ; dès lors, les deux participes oxtAobox et pAoyiTouou s’équivalent pratiquement (ISIDORE DE PÉLUSE, qui les a intervertis peut-être par hasard, ne s’écarte pas du sens général du v., et BÈDE explique correctement l’un de ces mots par l’autre ; à eux deux, ils ne font que renforcer une seule et même idée). De même, par rèv rooydv ts yevéceuc, l'écrivain amplifie en somme ce qu’il entend déjà par &Aov rù cœux; c’est plus que le corps ou l'organisme à proprement parler ; de même que l’âme peut désigner parfois le moi tout entier, qui par exemple « mange, boit, jouit » (Luc 12, 19), de même ro cœu« s'étend ici à la personne vivante, dans son unité intégrale. C’est elle dont la souillure visée attaque et ravage les sources profondes ; on nous la représente subissant les dommages les plus ruineux. Ceci ne va peut-être pas sans comporter quelque affinité avec les sentences évangéliques où il est question de « ce qui sort de la bouche de l’homme, le rendant impur » : Marc 7, 15, 20; Math. 15, 11, 18. On se rappelle par ailleurs l’image de la gangrène : 2 T'imot. 2, 17. L'idéal de la piété consistant d’après Jacques (Tr, 27) à se garder &ortAov &nd rod x6ouov, on mesure aisément la terrible portée des souillures dont il impute la responsabilité à la langue.

xal phoyiTouonx Tdv rpoydv The yevécewc xal pAoyiÜounévn dTd rc yeéwvns. Le verbe est classique, spécialement en poésie, mais isolé dans le N. T. On ne l’a pas repéré dans les papyrus. Cf. 1 Macchab. 3, 5 ; Sirac. 3, 30, G. Notre auteur représente donc la langue comme incendiaire et incendiée. Elle embrase rèv rooydv The yevéoewc, tandis que sa propre incandescence se produit sous l’action du feu de l'enfer.

Doit-on lire l’accusatif de rpoy6c, roue, cercle (cf. par exemple rdv rpoxdv Te unyavhc, Papyr. d'Oxyr. 10, 1292, 13, vers 30 après J.-Ch.), ou de zpéyos, coùrs (circulaire), mouvement de révolution, cycle (hapax dans les deux cas) ? La première hypothèse est la plus probable : puisqu'il s’agit de quelque chose qui prend feu, l’image s’appliquerait moins naturellement à un mouvement qu'à un objet. Inutile, d’ailleurs, de se référer à

Ecclés. 12, 6, la vie ne dure que. Éwc ouvrpoydon à tpoyoc éni rdv Adxxov, car rien ne prouve que ce texte ait joué quelque rôle dans l'élaboration première de l’image tpoydv Tñç yevécecc. yevéoic (cf. 1, 23) peut signifier : naissance, vie, existence (cf. Judith 12, 18 ; Sag. de Sal. 7, 5), ou même : création (cf. le pluriel : les choses créées, Sag. de Sal. x, 14). Aussi les versions et les interprètes anciens ne sont-ils pas unanimes. Vwlg. et ff donnent : rotam nativitatis ; PRISCILLIEN : 7otam gemiture ; syr? : roue de l'être (création) ; N, syr!, æth., Vulg. ajoutent : uv, nostræ, qui marque sans doute un essai d'explication. ŒcuMENIUS et THÉOPHYLACTE posent simplement l'équation : rdv Tpoydv The yevéoewe — Thy Coÿv qudv. ISIDORE DE PÉLUSE, ép. 2, 158, justifie la même interprétation : rdv tpoyèv Ti Cons nu@v, en déclarant : rpoyoadnc Ykp eic ÉauTdv &vaxuxAabuevoc. Pour HILAIRE DE PQaiTIERS, rotam nativitatis nostræ id est inter duas infirmitates, infantiæ et senectutis. BÈDE fait de l’image une application plus minutieuse encore : « Il appelle roue le cours {procursum) ininterrompu de notre vie dans le temps, cours à travers lequel, du jour de notre naissance au jour de notre mort, nous sommes entraînés comme en tournant autour d’une roue en mouvement. » CALVIN admet les deux interprétations ; il traduit : « la roue de notre nativité », et ajoute en note : « ou cours de nature ou de vie: »

Tout donne à penser que l’expression, introduite ici à l’improviste et sans commentaire, n’a pas été forgée par l’auteur. Il ne jugeait pas nécessaire d’en préciser le sens pour ses lecteurs ou auditeurs, qui comme lui devaient déjà la connaître. C’est souvent, en effet, que se rencontre la comparaison de la vie humaine avec une roue qui tourne. Parfois elle s'applique à la fortune, s’élevant ou s’abaissant comme chaque point de la circonférence de la roue ou chacun de ses rayons, entraîné par le mouvement circulaire qui lui fait successivement atteindre le sommet ou le plan inférieur du parcours. Cf. Oracles sibyll. 2, 87, Brordc Tpoyéc ; ps. Phocylide, 27, now réfn révrov, 6 Bloc TPOXÔ6, &otaros 6606, sentence empruntée peut-être à un poète gnomique plus ancien, car elle se rattache à des expressions si fréquemment attestées à travers l’antiquité classique (ANA- CRÉON, HÉRODOTE, EURIPIDE, PLATON, etc. ; cf. HAUCK, p. 162, n. 63) qu'on peut les tenir pour proverbiales. Aïlleurs, l’image met surtout en relief l’idée de changement. Cf. le proverbe Tpoxdc Ta &vÜpomiva rou eduertGox. Le judaïsme postbiblique aime, de son côté, à comparer le monde à une roue, ou à statuer qu’au sein du monde une roue, perpétuellement en mouvement, détermine à la fois les vicissitudes des destinées personnelles et la course des générations successives. Cf. Bab. Chabb. 131 b: Exode rabb. 31 ; Lévit. rabb. 34 ; Ruth rabb. (sur Ruth 2, 10), etc. Voir STRACK-BILLERBECK, I, p. 820 s. Mais l’image n’est certainement pas d’origine juive.

On a supposé qu’elle provenait du bouddhisme. Cf. GARBE, Indien und das Christentum, 1914, p. 60, note : Mahavagga, x, 21, 2 S., « la langue est en flammes », à ÿAGooa ndp. Voir aussi Haas, Das Scherflein der Wittwe und seine Entsprechung im Tripitaka, 1922, p. 167 et figures, p. 3,65ss. R. EISLER, Orphischdionys. Mysteriengedanken, 1925, p. 86 ss. Un autre auteur, EDMuNDs (Buddhist and Christian Gospelst, 2, p. 263), se référant à GOBLET D'ALVIELLA, pense plutôt à la Babylonie.

Mais beaucoup plus vraisemblable, en l’espèce, est l'influence de l’orphisme (1). L'âme qui n’a pas reçu l'initiation reste indéfiniment entraînée dans un cycle terrestre fatal : vie, mort, vie. La délivrance ne lui sera apportée que si elle est admise au rang des mystes. Cf. les textes : inscription de Pételia, citation de Clément d'Alexandrie, commentaires de Proclus sur Platon, de Simplicius sur Aristote, etc., reproduits par DIBELIUS, p. 182, n. 3 ; 183, n. 1, ou par WinpiscH?, p. 23. C’est le xôxhoc OU Tooyds Tnc yevéoews ; cette dernière expression figure littéralement dans l’explication du mythe donnée par SIMPLICIUS : ÉveO var JÈ ÜTd Toi To xar délav mäüotv &popilovros Onrovoyod Peod ëv T@ The eiuapuévne Te xal Yevéoeuc Tooy&. Voir aussi GEFFCKEN, Kynika, p. 52, note. PHILON n'ignorait pas les théories orphiques, lorsque par exemple il interprétait (de somn. 2, 44), conformément à sa méthode allégorique, la chaîne que d’après Genèse 41, 42 Joseph portait au cou, par les mots : HUXAOV al Tooydv dvéayxnc äveheuthrou. C’est peut-être par l’entremise du judaïsme hellénistique que notre auteur, à son tour, put s'approprier des formules venant des milieux où fleurissait l’orphisme. Mais il ne s'agissait évidemment pas pour lui d’y rattacher telle ou telle spéculation -philosophique. En particulier, on ne discerne ici aucune trace du fatalisme qui ruinerait la responsabilité morale accentuée peu après : v. 10, où à

ter: encore GRUPPE, Griech. Mythologie, p. 1040. C. CLEMEN, Religionsgesch. Erklärung des N. T.?, p. 362 s. W. Burcx, The problems of the letter of James, chap. 3. Expositor, 8, 16, p. 221- 230. GERHARD KITTEL, Die Probleme des palästinischen Spätjudentums und das Urchristentum, Stüttgart, 1926, appendice 1. D. S. ROBERTSON, James 3, 6. Expositor, 1927, p. 333.

Quelle est donc la cause profonde de tout ce processus dévastateur ? Il faut, pour s’en rendre compte, remonter au delà des limites de la nature humaine. C’est le feu de l'enfer qui alimente celui de la langue. Rien ne devait être plus terrifiant pour les lecteurs que ce terme final : rüs YEÉVNS. On sait comment les Juifs (cf. le livre d’Hénoch) localisaient traditionnelle-

(x) HAuCK (Das Neue Testament deutsch, 1933, t. 3, P. 151), admet que l’orphisme lui-même avait emprunté cette image à la pensée indienne,

ment le monde maudit au sud et à l’ouest de Jérusalem, dans la vallée (gé) des bené Hinnôm ou de Hinnôm (Josué 15, 8 ; 18, 16 ; Néhém. 11, 30, etc.), jadis théâtre de sacrifices humains (2 Rots 21, 26 : 23, 10; Jérém. 7, 31; 32, 35). Cf. LE P. VINCENT, Jérusalem, 1, p. 124-134. C’est dans l'apocalypse d'Abraham qu'on trouve pour la première fois mentionné expressément le royaume enflammé de l’enfer comme habitation de Satan. yéevvx, transcription grecque de gé Hinnôm, présente parfois des variantes orthographiques, cf. Oracles sibyll. +, 103, ele Yéevav uaepoD AdBooù rup6e &xaudroto ; Marc 9, 47, D. D'ailleurs, plus d'une fois, les synoptiques font aussi du feu l'élément constitutif de la géhenne : Marc 9, 45 ; Matth. 5, 22 ; Marc 9, 47.

Dans ses Propos de table (Edit. de Weimar, 3, 3463 b), LUTHER déclare Jacg. 3, 6 non inepte.

Le lien logique que le texte statue entre les v. 7-8 et les précédents par la conjonction y&p n’a rien de rigoureux (feu inextinguible, v. 6 ; langue indomptable, v. 8, SPITTA). En réalité, avec le v. 7 commence un nouveau tableau, parallèle à celui de l'incendie et destiné à son tour à représenter l’incurable malfaisance de la langue. L'image se trouve généraliser celle du v. 3, qui soulignait l'empire exercé par l’homme sur le cheval. Cette fois, l’auteur évoque l’ensemble de ce que nous appellerions le règne animal, pour le montrer réduit à la servitude par le roi de la création, alors que cette même espèce humaine demeure impuissante à gouverner l’un de ses propres organes. Il n’y a donc plus analogie comme entre les v. 3, 4 et 5 a, ou 5 b et 6, mais opposition entre l’activité de la langue et les phénomènes qu'on lui compare.

7. Toutes les catégories possibles d'animaux sont fixées au nombre de quatre (2 + 2), suivant la classification qui vient de l’antiquité israélite : Genèse 0, 2 (P); Deutéron. 4, 17 s.; 1 Rots 5, 13, et que reproduit PHILON, de spec. leg. 4, 110-176 : bêtes (terrestres, Ezéch. 38, 20 ; des champs, Esaïe 56, 0, etc., bêtes fauves ; cf. PHILON, yspoaïa), c’est-à-dire les grands quadrupèdes ; PHILON, de decal. 113, p. 100s., attache un prix particulier à la domination humaine imposée à ces espèces en elles-mêmes redoutables ; — oiseaux (« des cieux », dit constamment l'A. T.) ; — animaux rampants (reptiles proprement dits, insectes, petits quadrupèdes), cf. Lévit. 11, 20, la souris, etc. ; Matth. 6, 10 s. ; Luc 12, 33, le ver, donc tout ce qui se meut au ras du sol: — poissons (de la mer). Cf. les récits P de la création : Genèse I, 205., 24-30 ; et du déluge : Genèse 6, 7, 20 ; 7, 23. Voir encore Osée 2,20 ; Ps. 148, 10; (8, 8 s.). Dans Actes 10, 12 ; Romains x, 23, où il n'est pas question des poissons, les quadrupèdes, rerpérodæ, forment expressément la première des trois catégories, à côté des oiseaux et des reptiles, mais Acées 11, 6 les distingue, comme animaux domestiqués, des fauves, Ompiæ. Voir aussi 1 Corinth. 15, 39.

qUois Onpiov…. est opposée à œbois évbporuwm, expression fréquente chez ÉPICTÈTE : 2, 20 ; 18, etc. Cf. BONHÔFFER, Epiktet und das N.T., p. 148. Du sens général : nature, origine, ovou (mot qu’on ne trouve employé dans le N. T. que par des écrivains en contact certain avec l’hellénisme, PAUL, Éphés. 2,3; 2 Pierrex, 4) a passé facilement à celui de : caractéristique interne, qu’on possède de naissance (Sag. de Sal. 7, 20 ; 13, 1 ; 3 Macchab. 3, 29 ; 4 Macchab, x, 20), puis à celui d'espèce (yévoc). Cf. papyrus ; DEISSMANN, Bibeistud. p. 368, n. 2. — Le parallélisme négatif est le même dans 1 Corinth. 15, 39 entre oùp£ xrnvüv et (okpëË) &vbpoTrowv.

Pour épxerov (hébreu : rémès et Sérès), cf. une amulette gnostique du vie siècle après J.-Ch. : Papyr. d'Oxyr. 7, 1060, 7, ATAAAKÉOY TV oÙxov Tobrov drd mavrès xuxoD ÉpreroÙ <xal> THEXYUATOS TAYV, Tuyd. KAIBEL, Epigrammaita Graca, 1033, 17 (ze siècle avant J.-Ch.),

éone0” du’ œùTar . TX] Peoi oruyéouor Bootoi re.

Pour évéAioc (hapax de la Bible entière, classique en poésie et dans la prose tardive, cf. PHILON, de somn. 1, 135), la Vulg. donne : ceterorum, altération de : cetorum ; cf. ff : natantium, etc.

Ainsi, que les diverses espèces animales disposent soit d’une force physique infiniment supérieure à celle de l’homme, soit de la capacité de s'envoler dans l’air, qu’elles soient douées de la rapidité à la course ou qu'elles s’abritent sous les vastes profondeurs des eaux, elles n’en restent pas moins livrées à la merci de celui qui, tôt ou tard, les dompte ou déjà les a domptées. Pour la répétition du verbe, au présent puis au parfait, renforçant la certitude exprimée, maïs sans idée de durée, cf. Jean 10, 38 ; Hébr. 6, 10. Dans la Bible, la souveraineté sur la création, accordée par Dieu à l’homme, s'exprime le plus souvent par Râbaë, raraxvprevbeuv, Genèse x, 28 ; Ps. 8, 7; Sirac. 17, 4, etc. ; cf. HERMAS, Préc. 12, 4; W. SCHMID, Der Attizismus 1n seinen Haupivertretern von Dionysius von Haliharnass bis auf den zweiten Phlostratus, Stüttgart, 1887 ss., 2, p. 276. Au contraire, le N. T, n’emploie Jaudterv qu'ici, au v. 8 et dans Marc 5, 4. Cf. Damiel 2, 40: Sirac. 30, 8; VETTIUS VALENS, p. 285, 30, ënt uèv Toy orepsüv Cœdlov À morpov mapovres ÉTaË Te xaÙ dTat- ThToc daudlovorv, ëv de rois Giowuotc rAcovauic. Chez les Stoïciens, ‘ce mot revient maintes fois pour exprimer la grandeur impartie à la nature humaine du fait de la volonté, qui parvient à maîtriser appétits et impulsions déréglés ; ces textes utilisent souvent du même coup l’image des animaux domptés par l'homme. On la rencontrait déjà chez SoPHOCLE (Antigone, 342 ss.). Cf. CHRYSIPPE, d’après PLUTARQUE, de sloic. repug. 32, 1; CICÉRON, de natura deorum, 2, 60, I5I ; 63, 158 ; de offic. x, 22; ÉPICTÈTE, 2, 8, 7 :4,1,21ss, Voir aussi I, 6, 18 : « Dieu a destiné les animaux à notre service ; tout ce qu’il leur a donné, c’est

en vue de notre commodité qu’ils l’ont reçu, et s'ils n’ont pas la raison, c’est parce qu’elle les eût empêchés de nous obéir. » SÉNÈQUE, de beneficiis, 2, 29, 4. PHILON aura subi l'influence de ce thème familier à la philosophie populaire ; cf. notamment de leg. alleg. 2, 104; de À br. 170; de opi. mundi, 83-86, si l'homme a été créé après tous les autres êtres, ce fut pour qu'il en imposât aux espèces antérieurement apparues en ce monde et destinées à lui être assujetties. Vient aussitôt après la comparaison de l’homme avec un cocher et un pilote. Ceci achève de marquer la dépendance d’un morceau comme le nôtre par rapport à la diatribe, où peut-être quelque fragment particulier combinait déjà une série analogue d'images dont chacune se trouve largement attestée dans ces milieux.

SeSduxorar tn œoboa, datif instrumental. Cf. Lévit. 4, 30, r& Déxrulw ; Luc 7, 38; Maith. 13, 15; Actes 12, 2. Le passif exigerait régulièrement ôré avec le génitif; voir cependant Luc 23, 15.

8. Mais la langue ! Ce qu’on obtient des espèces animales les plus diverses, la cessation de toute résistance, la soumission, la dépendance, la langue s’y refuse. rhv d YAüooav projetée en tête de la phrase donne à l’antithèse son intensité maxima. Pour évaluer le désastre ainsi exprimé, oùdeis Baudoar Oüvatar (encore une allitération choisie ?) &v0poruv, il suffit de se rappeler le v. 2 : à maîtriser son langage, l’homme atteindrait la perfection. Cette perfection n'existe donc qu’en théorie. oùdeic…. ävôporoy, la négation, à son tour, est intentionnellement appuyée : la langue, qui la domptera ? pas âme qui vive. Ceci résulte de l’ordre des mots dans le texte de beaucoup le mieux attesté : N, 4, K, P, minusc. (Vulg., ŒCUMENIUS, THÉOPHYLACTE ont réuni les deux termes : oùdeis &vÜporoy Jaudoar Süvarau). On ne saurait concevoir pessimisme plus radical. L'auteur ne laisse soupçonner aucune issue libératrice à chercher plus haut ; n'en déplaise à AUGUSTIN (de nat. el gratia, 15), l'emploi d'&vôpcroy ne sous-entend nullement quelque chose comme : ce qui est impossible à l’homme demeure possible à Dieu (cf. Luc 18, 27 et parall.). Jacques se rencontrerait plutôt avec le rabbin José, fils de Zimra (cf. ci-dessus, 3, 5, p. 124), qui déclare formellement : « La langue, nul homme ne lui peut résister. » (Mdr. P5s:452,:$ 04501)

GkATHOTATOY XAAÔV, EOTY io Oavarnpépou. Sans se soucier de l’anacoluthe, l’indignation s’exhale en deux exclamations qui, quoique au nominatif (cf. Marc 12, 40; Apoc. johan. 1, 5 ; 20,2 ; — Jean x, 14), viennent en apposition à yAGooaæv (cf. I,7s., &vhe dibuyoc). Gardez-vous bien de faire confiance à votre langue ; vous n'avez pas de pire ennemi. La vivacité qui règne à travers tout le développement souffrirait par trop s’il fallait traduire : « [Elle est] un mal, etc. » Pour &xatéotatov (NAS B, P, Vulg. : inquietum ; cf. HERMAS, Préc. 2, 3 (un démon), etc.),

qui qualifie la langue considérée en elle-même et qui en marque essentiellement l'instabilité, la confusion, l'agitation, l’exubérance malfaisante (cf. 1, 8 et le substantif, 3, 16), une correction explicative apparaît avec dxaréoyerov, admis par VON SODEN (ci. Job 31, 12; 3 Macchab. 6, 17; PHILON, JOSÈPHE, ps. Phocylide, 96 ; Martyre de Polycarpe 12, 2), dans C, K,L, Ÿ,syr?etc.; cf. CASSIODORE : incontinens. Ceci équivaut à répéter purement et simplement : où Büvarat Saudoa. Quant à la désignation abstraite : un mal (cf. Ps. 34, 13-15 ; Prov. 10, 19), donnée avec laquelle l’homme est contraint de compter et qui le terrasse, elle est à la fois biblique et familière à la pensée stoïcienne : MARC-AURÈLE, 6, 4I ; O, 17.

Cette malfaisance est meurtrière (cf. Jérém. 18, 18; Prov. 15, 4), vénéneuse de nature. Contre elle, inutile de chercher des remèdes. Le médisant « opère avec préméditation ; sa cruauté est calculée ; il frappe en pleine connaissance, et la blessure qu'il fait reste inguérissable, car il dépose du venin dans la plaie. Dans dix mois, dans dix ans, la mauvaise parole continuera de ronger la vie du prochain, comme une étincelle ardente élargit son trou dans un tapis. Un seul mot, infernal, dévore lentement une destinée, ruine un bonheur domestique, détruit le gagnepain d’un homme, la réputation d’une femme, l’avenir d’un adolescent. » (WILFRED MoNoD, La médisance, 1929, p. 5).

Pour ueotéc, cf. Jean 19, 29; papyrus. Au figuré, ci-après, V. 17 ; 2 Pierre 2, 14; Matth. 23, 28. ic, en dehors d'ici et de 5, 3 (nuance : rouille), n’est attesté qu'une fois dans le N. T. : Romains 3, 13, citant Ps. 140, 4. Ce mot appartient au grec classique. Cf. Testam. de Gad 5, 1 ; Papyr. de Tebtumis, 2, 273, 16 (1e ou ze siècle après J.-Ch.), siod Kumpi[ou] (Soxyuñ) & ; 37, prescription médicale pour les yeux. HERMAS, Simal. 9, 26, 7. LUCIEN, cogit. 19, ioù meotdv adroic td ortôua. Le latin virus a la même origine. Cf. BoisacQ, Dictionnaire étymolog. de la langue grecque, Paris et Heidelberg, 1916 ss. On pourrait aussi se rappeler la « gangrène » de 2 Timot. 2, 17. Oavarnpépos. hapax, est classique et usité dans les Septante. Cf. 4 Macchab. 8, 17, 25 ; 15, 23 ; Testam. de Gad. 5, 1 ; IGNACE aux Trall. 11, 1 ; HER- MAS, Simil. 9, 26, 7 ; VETTIUS VALENS, p. 225, 7 xtvduvodeLc rai Oavxrnpépou reprordoeus ;- p. 237, 7, xxkerdc xai Oavarnpépos ; etc. (sept fois). Un texte voisin du nôtre se rencontre dans le fragment d'oracle sibyll. 3, 33, tv Ôn xdx otôuaros yeirar Oavarñpopos ic. Voir aussi Actes de Jean, p. 141, 14 (éd. ZAHN), à propos du diable, rod {où roù Oévarov. Les Grecs appliquaient souvent l’image du poison à tout ce qui exerce une action nocive ; cf. Mayor.

L'idée générale du v. supporte la comparaison avec PLU- TARQUE, de garrulitate, 14, p. 509 d, dAN ôuwc or YAwoonç beovonc énioyeois oùdè xohaouéc (cf. 16, p. 509 c, le bavardage est duayôv TL xaxOv). a

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