L'auteur veut maintenant faire saisir combien il est
insensé de se servir de la langue (èv instrumental comme le be hébreu : cf. Luc 22, 49 ; Romains 15, 6 ; 1 Corinth. 4, 21 ; 7, X4. DEISSMANN, Bibelstud. p. 120. Papyr. de Tebtunis, x, 16, 4, 114 avant J.-Ch., v uæyaton. Etc.), pour se contredire soi-même en prononçant bénédiction et malédiction. Les images, cette fois, suivront l'énoncé de l'acte condamné, v. 11-12, en l’assimilant à des hypothèses absurdes parce que contraires à l'ordre de la nature, donc à des impossibilités. Ce nouveau développement peut ainsi venir à l'appui de dxuréorarov xaxév du v. 8.
Le parallélisme strict et explicite :-ëv or edloyoüuev — xai &v adrn xarapoue0a souligne l’injustifiable contradiction. L'origine des formules de bénédiction et de malédiction (ces dernières avaient pour variantes les serments), qui abondent dans l'A. T,., est nettement magique, mais élles prirent d'assez bonne heure un caractère religieux, car, pour appeler sur les autres le bonheur ou le malheur, il fallait requérir l'intervention divine. La bénédiction adressée à Dieu lui-même revêt souvent l’alluré liturgique, cf. Ps. 47, 14 ; 72, 185. ; 80, 53 ; 106, 48. Les prières obligatoires dans le judaïsme, spécialement le chemoné esré, comportent de nombreuses bénédictions, berahkôt, qui ont certainement contribué à faire naître la coutume chrétienne des doxologies, sensible aussi dans diverses formules commençant par edAoyntés (2 Corinth. 1, 3: Éphés. 1, 3; 1 Pierre 1, 3; cf. notre article, Revue d'Hist. et de Philos. relig., mai-juin 1029, p. 262-265 ; voir également Luc 1, 68 ; 2 Corinth. 11, 31; Romains 1, 25 : 9, 5; Marc 14, 61, etc.). +ùv Küotov at Ilaréox (cf. Matth. 11, 25) équivaut à 6 Oedc rat [orho, 1, 27. Plusieurs textes juifs contiennent des expressions analogues : 1 Chron. 20, 10 ; Esaïe 63, 16; Malach. 2, 10 ; Sirac. 23, 1, 4 ; JOSÈPHE, Amnéig. 5, 03. Ce qu’on bénit, c’est à la fois la puissance de Dieu et sa bonté. Le verbe au présent marque combien cet usage de bénédictions en l’honneur de Dieu ést habituel. L'auteur se félicite d'y participer : nous. Depuis le v. 3, la conduite humaine était décrite sans qu'il soit fait allusion à Dieu ; un accent plus personnel, celui de la piété, s'affirme ici, alors précisément que les points d'attache avec la diatribe cessent de se manifester au premier plan et que la tradition juive redevient prédominante. Car les textes stoïciens où l’on peut relever des observations sur les effets tour à tour bons et mauvais produits par la langue ne présentent pas d’analogie décisive avec nos v.; Cf. DIBELIUS, p. 187, n. 1. A plus forte raison, ne se référera-t-on pas au fameux apologue des langues accommodées à toutes les sauces par Ésope : « Par elle. on loue les dieux... ; elle profère des blasphèmes contre leur puissance. » (La FONTAINE, La vie d'Ésope le Phrygien ; Fables, édition de 1678-1604, réimpr. 1875, p. 19 s.). Ceci, d’ailleurs, par une rencontre curieuse mais très certainement fortuite, paraîtrait presque décalqué dans le Midrach Lévit. Rabba, 33, sur Lévit. 25, 1 (paroles du rabbin Siméon, fils de Gamliel). La iyaowooix
3; 9rI0 135
est condamnée par Prov. 11, 13 ; Sirac. 5,0 s., 14; 6,1; 28, 12; cf, Oracles sibyll. 3, 37; Testam. de Benjamin 6, 5, à &ya0h Sixvoux oÙx Exer do YAGoouc ebhoyiuc au xarkpuc ; PHILON, de decal. 93. Voir aussi STRACK-BILLERBECK, 3, p. 757. — Didaché 2, 4; Barnabas 19, 7.
Dans le N. T., toute malédiction n’a pas disparu. Cf, 1 Corinth. 10, 22; Galales I, 8, s. ; 3, 10, et l'équivalent d’une malédiction dans Galates 5, 12. Jésus maudit un figuier stérile, Marc 11, 21. Mais les évangiles prescrivent aux chrétiens de bénir ceux-là mêmes qui les maudissent : Matth. 5, 44 ; Luc 6, 28 ; cf, x Corinth. 4, 12 ; Romains 12, 14 ; x Pierre 3,9 ; x Jean 4, 20, Toute la grandeur de la nature humaine tient dans ce titre de noblesse originelle : créé à l’image de Dieu, Genèse 1, 26 5. ; 5,1; 0, 6; Sirac. 17, 3 ; Sag. de Sal. 2, 23 ; Jubilés 6, 8 ; Testam. de Nephtali 2,5; 1 Corinth. 11, 7 ; cf, Coloss, 3, 10 ; Éphés. 4, 24. Le vers d'ARATUS cité dans Actes 17, 28 :
Tod ydp xai Yévos écuév est interprété dans le même esprit, quoiqu'il n’y soit pas question de l’« image » de Dieu. Voir aussi Lévit. rabba, 34, 3 (HILLEL), et d'autre part les conceptions babyloniennes notées par DHORME, Choix de textes religieux assyro-babyloniens, p. 139, 189, 337.
Maudire l’homme créé à l’image de Dieu, c'est attenter à l'honneur même du Créateur, alors qu’on prétend le bénir ! ôpotwois est un hapax, non repéré dans la xowvn ; d’après HoRrT, ce mot marquerait une ressemblance progressive, une assimilation ; il ne faudrait pas en conclure à la pleine analogie innée de nature ; entre xa0” ôuoioot Oeod et l'eixv rod Oeoù que Coloss. 1, 15 attribue au Christ (voir aussi Hébr. x, 3), il doit en effet subsister une sensible distinction. Quant à la persistance de la première personne, « nous maudissons », il semble bien que le parallélisme seul l’ait conditionnée. L'auteur, cette fois, ne prétend évidemment pas se comprendre dans cette pluralité ; ce qui lui importe, ce sont moins les personnes que l'acte ainsi flétri :
10 a. De la même bouche sortent (cf. Sirac. 28, 12) edhoyix nai xartow. Voir aussi Ps. 62, 5 b. Elles s’épanchent comme d’elles-mêmes, sans qu'aucune réflexion les arrête au moment où on va les formuler ; la raison qu’elles bafouent a baissé pavillon devant l’incohérente impulsion dont elles procèdent. Si quelque piété sérieuse subsistait, elle ne tolérerait jamais pareil défi au bon sens.
edhoyia a signifié aussi : faveur, et : bonne renommée (papyvus). Pour xartpx, cf. Sylloge, 880, 1, érdpa xutTdpa Haxn T@ aocbnouvr. Tobs Daiovas.
10 D. où ypn, dèeApoi pou, Tabrx obrwc yiveobar. Rappel à l'ordre énergique, mais en même temps familier et empreint d’une affection qui, semble-t-il, voudrait pouvoir aller jusqu'à l’indulgence : voyons, mes frères, cela n’est pas admissible.