I0-II
Cf. 2. 4 ; 4, 16. La construction explicite avec radra obtec yivecÜar est proportionnée à l’ample développement des v. 7-10 4. xpn (to), hapax du N. T., figure dans Prov. 25,27 et dans 4 M acchab. 8, 26, À. Le grec hellénistique emploie de préférence deï, qui implique non seulement obligation mais nécessité ; cependant on rencontre assez souvent yph dans les papyrus et inscriptions, ainsi que chez MARC-AUREÈLE ; Cf. SCHMID, Aftizismus, 4, P. 592. Le mélange ou l’alternance de bénédictions et de malédictions, ainsi frappé d’une condamnation impérative et sans appel, s’était-il maintenu parmi les chrétiens comme parmi les Juifs ? Il est difficile de le déterminer en l'absence de textes péremptoires ; cependant Paul, dans Galates x, 8, envisage nettement le cas où il se tiendrait pour obligé de proférer une malédiction, de la même bouche qui si souvent bénit Dieu. Que cet exemple convienne tout à fait en l’espèce, nous n’en sommes pas assuré. Mais il n’en demeure pas moins probable que DIBELIUS émet une appréciation risquée lorsqu'il attribue purement et simplement Jacques 3, 9-10 a à une source juive, que l’auteur rectifierait de son point de vue chrétien, ou plutôt écarterait par son veto, 10 b. Qui sait s’il n'avait pas observé l’inconséquence coupable qui l’indigne, chez certains disciples de l'Évangile, comparables aux gens qui disent «et ne font pas » (Maith. 23, 3 ; cf. 7, 26, etc.) ? Ceci s’accorderait bien avec sa notion générale de la foi à prouver par les actes, et d’autre part sans doute avec la manière dont il décrira la guérison des péchés, à obtenir par la confession et l’intercession mutuelles, 5, 16 : la vraie prière, force suprême, exclut tout ce qui pourrait aboutir à une malédiction ; bien au contraire, elle bénit, comme il convient, yo», à la fois le Seigneur, notre Père, et les hommes créés à son image.
11, 12 4. Il serait aussi monstrueux d’associer, de combiner bénédiction et malédiction que de concevoir l'existence d’une seule et même source émettant à la fois de l’eau douce et de l'eau amère, ou celle d’un arbre déterminé produisant le fruit d'une autre espèce. Ces impossibilités sont statuées sous la forme interrogative impliquant réponse négative ; cf. 2, 4.
II. rt, Cf. le commentaire de HoRT, et MoULTON, Proleg. p. 170; cette négation, à la fois adoucie quant à la forme et accentuée par le x, est en fait l’exact équivalent du simple du v. 12. Cf. Matth. 7, 16, part ouMéyovotv nd éxavOGv orapudac ; Marc 4, 21; 14, 19; Matth. 26, 22; Luc 6, 39; Jean 4, 29 ; 18, 35, etc. rnyn se dit de toute espèce de source ou fontaine jaillissant du sol, et, par extension, d’un puits : Jean 4, 6, appelé plus exactement poéxp dans le même morceau, v. 11 s. (cf. Luc 14, 5). MARC-AURÈLE, 8, 51, n&ç oùv nnyhv dévaov ÉEeic xal Lh ppéxp ; dmœn (employé seulement deux fois dans le N. T.) est l'ouverture, l’orifice de la source ; ce mot désigne d’une manière générale toute cavité, Hébr. 11, 38 (antre de la terre); cf. les « creux » de rocher. Exode 33, 22; Abdias, v. 3. On ne le ren-
contre pas dans les papyrus. ARISTOPHANE, Vesp. désigne ainsi une fenêtre. L’accent porte manifestement sur ëx 176 abris ôrhc, qui correspond à ëx Tob adrod otouaros du v. 10. Bpôe, hapax, verbe habituellement intransitif en grec classique (voir cependant ANACRÉON, 44, 2, « faire pousser des roses »), se dit de ce qui fait saillie, jaillit, s’élance : rameau d'arbre, etc., puis d’une source s’écoulant ; cela comprend souvent l’idée d'abondance : déborder ; cf. BACCHYLIDE, Poèmes (éd. JEBB), 3, 15 S., Bober èv isp% Boubbrouc Éopraic, Bobouor puloËeviac &yuial. Le sens transitif, faire jaillir, se retrouvera chez JUSTIN, Dial. 114, 4, et dans les homélhes ps. Clément. 2, 45.
Tù YVAUXÙ xai To muxpov. L’incompatibilité entre ces deux contraires ressort si possible plus absolue encore de l’ellipse du substantif : l’ (eau) douce et l’ (eau) amère. Cf. Vulg. : amaram aquam. Même abréviation dans 5, 7. l'Avxd au neutre a parfois désigné une variété de vin doux, cf. Papyr. d'Oxyr. 2, 234, 11, 6 (11€ ou zxie siècle après J.-Ch.), Aetvac duels YAvxeït, prescriptions médicales. Etc. mxp6ç, mot spécial à notre épître dans le N. T., est attesté au propre et au figuré (cf. v. 14) dans la xotvn. Parmi les phénomènes extraordinaires qui se manifesteront à la fin des temps, le 4€ Esdyas (5, 9) annonce que « dans l’eau douce il se trouvera de l’eau salée » ; voir de même Paralipomena Jeremiæ (texte chrétien ; Monumenta sacra et profana, éd. CERIANI, 5, I, p. I8), r& YAvxéax Üdata dAuvot (cf. &Avxév, Ci-après, V. I2) Yevhoovtar Êv T@ UEyYAA pari TN EdppocUVvNn rod Oeod. Une image analogue désigne les perturbations, causées par la haine, que décrit le Teslam. de Gad. 5, 1, Td YAvxd mixpdv Aéye. On pourrait, d'autre part, se rappeler l’énumération de termes s’excluant radicalement l’un l’autre par définition, que Paul destine à détruire tout compromis pagano-chrétien, 2 Corinth. 6, 14-16,
Tis Yp uETOYN dixatoobvr xai &vouiæx,
À TS xouwovix por Tpùcs GXÔTOS ;
ris D ovupovnois Xprorod mpdc Beïiap,
D Tis uepic moT® et &miortou ;
Tis D ouvxardbeoic vas Oeod uerk eidoAwv ;
Il se peut donc que notre auteur adapte, cette fois encore, à sa pensée une forme de raisonnement assez courante, et que la comparaison ne lui ait pas été spécialement inspirée par telles ou telles sources d’eau saumâtre qu’il aurait pu connaître, soit celles des environs de Tibériade, dont la température est de 62° centigrades, et qui contiennent du soufre et du chlorure de magnésium, soit celles d’Az-Zâra, sur la côte de la mer Morte, près de l'embouchure de ouadi Zerkà Ma’în (cf. LE P. ABEL, Une croisière autour de la mer Morte, Paris, 1911, p. 21 ss.).
12 a. La deuxième image est également présentée d'emblée comme une supposition absurde, un dovara. Tandis qu'au v. 11 il s'agissait d’une -source unique dont on ne saurait voir jaillir
des eaux de deux natures contradictoires, ici l'accent porte essentiellement sur la corrélation fatale et spécifique entre la nature d’une cause (arbre) et ce qu'elle produit (fruit) ; ceci ne correspond plus exactement aux désordres combattus dans les v. 9 et 10. Le raisonnement doit être maintenant celui-ci : de même que la nature extérieure ne nous présente aucun arbre donnant un fruit étranger à son essence, de même la langue ne doit émettre aucune parole contraire à la nature (morale) de l'organisme humain auquel elle appartient. Une fois encore &Behgot mov (cf. v. 10) vient accentuer le ton de la conversation familière.
ouxh ékakus room à aurshocs obxx ; l’idée est presque la même que dans Matth. 7, 16 ; Luc 6, 44 :
Uri ouMéyovotv &rd &xavOov où vyép #Ë dxavév ovAAEorupuAds à drd To1B6Aav oÙxa ; yououwv oÙxa, oùdè Ex fiarou OTAPUANV TOUYHOU.
Mais ces textes ne comparaient pas deux arbres fruitiers entre eux ; ils opposaient chaque fois un arbre fruitier à une plante sauvage. Pour éAxix, fruit de l'olivier, cf. Papyr. de Hibeh, 1, 49, 8 (vers 257 avant J.-Ch.), 6ncc &v Eu6dAntai Tac ähatac sic Bixovs. Etc. Plus nettement encore qu’à propos des sources, un coloris palestinien et même traditionnel paraît d’abord caractériser cette évocation des arbres chers aux anciens Israélites (cf. «s'asseoir sous sa vigne et son figuier », 1 Rots 4, 25 ; Michée 4, 4, etc.). Cependant le figuier et la vigne figurent aussi dans les considérations des philosophes stoïciens sur l’ordre établi dans la nature et dans les applications morales qu’ils en dégagent. Cf. spécialement MARC-AURÈLE, 4, 6, 1, tadra oÙrowc ÔTd Ty TotobTwy répure yiveodar ÊË dvayxnc d dÈ Todro un DEA&WY 0éAer rhv ouxv ôrdv un Éyeuv. 12, 16, 2, ôrt Ô ah OÉA&Y Tv padñov duæoTraverv Ouoros T& un DEAoVTL Tv ovxv Ômdv Év Trois ovxoic péoetv. 8, 46, &vbponw oùdevt ouuBaiverv +1 Süvarar, Ô oùx Éotuw avOportxdv odurToux, oùdÈ Bot, à oùx Éorr Bornév, oùdè duréAw Ô oùx Éoriv gurekxéy. Voir encore 8, 15; 10, 8, 6. ÉPICTÈTE, 2, 20, 18 s. prend pour double exemple la vigne et l'olivier : oÙTOG loxupôv 71 xai dvixnroy Éoruv à phois h avBpurimn. rüc yo. düvarar Œunekos un dureMxoc nuwvelofar, GAN Édaix@c, À éhxia RaAV uh ÉAaixocs AN durex@c ; — (Chez PLUTARQUE, de tranquillitate amimi, 13, on trouve même les trois termes : vigne, figues, olivier, vüv J rhv äunehov oùxx mépeiv oùx &ÉLodgevoù Tv éAxiav Bérpuc. Cf. GEFFCKEN, Kynika und Verwandtes, 1909, p. 50. SÉNÈQUE, ep. 87, 25, déclare que non nascitur ttaque ex malo bonum, non magis quam ficus ex olea. Ces textes sont assez nombreux pour qu’on puisse discerner à la base du nôtre quelque réminiscence d’un thème qui devait être aussi familier aux représentants de la philosophie populaire qu'aux auteurs de diatribes plus approfondies. CLEMEN, Religionsgeschichi. Erklürung des N. T?, 1924, p. 228, croit que la même
influence a pu s’exercer sur Matth. 7, 16. Il ne nous semble pas, en tout cas, que les analogies s'expliquent (cf. CHAINE, p. 89) par une simple tournure proverbiale également répandue en Palestine et dans le monde gréco-romain ; chaque écrivain développe très librement des images qui n’ont rien de stéréotypé.
12 b n'apporte aucune vue nouvelle et, à proprement parler, ne conclut pas. On s’attendrait logiquement à voir revenir l’idée générale : de même (que les exemples signalés dans la nature, V. 11, 12 a), la langue ne peut, sans monstruosité (cf. Romains 1, 26, rapà pbouv), bénir et maudire, etc. Or, ceci reste inexprimé. Mais, si l’auteur laisse au lecteur le soin de reconnaître qu'il l’a sous-entendu, il donne expressément, par contre, à la question d’avance résolue du v. II une réponse négative parfaitement superfétatoire : otre &Auxdv yAvxb rouïjour Üdop.
De bonne heure l'attention s’est portée sur ce texte insolite. Plusieurs variantes attestent qu'on s’efforça de rattacher 12 b à 12 a : ce qui est salé ne donne rien de doux, pas plus qu’un figuier ne donne des olives, etc, oûtws odeuix mnyn dGAvxèdv x. T. À. K, L, P. D’autres mss. se bornent à corriger oüre en lui substituant oùdé (VON SODEN lit : oftwcs oùdë x. t. À.), mais on sait qu'il régnait une incertitude orthographique en ce cas comme à propos de unôdë-ure. Cf. Actes 23, 8; Marc 5, 36 (texte reçu) ; Galates x, 12 ; Apoc. johan. 9, 21. La critique textuelle ne résout donc pas la difficulté.
davxéc, salé (hapax, cf. papyrus), fut progressivement supplanté dans la xowv par &uxéc, qui, à l’origine, était un mot différent. Cf. E. MAYSER, Grammatik der griechischen Papyri aus der Ptolemäerzeit, 1906, p. 102. rotoar ne se dit nulle part ailleurs d’une source, mais ARISTOPHANE l’a appliqué une fois à la pluie. Il s'explique ici par 12 4, reproduit comme mécaniquement. 3
DIBELIUS s'appuie surtout sur cette impropriété du verbe pour supposer que 12 b n'appartient pas à l’auteur de l’épiître,
eu coutumier de négligence en matière de style. Il incline à
attribuer ce demi-verset à l’annotateur qui amplifia le v. 6. La précision reste hypothétique, mais nous aussi, nous avons peine à croire que le morceau se soit achevé primitivement d’une manière aussi peu satisfaisante. Quoi qu’il en soit et en dépit de cette incertitude finale, l’ensemble 1-12 atteste à la fois la vigueur des convictions morales de l'écrivain et la réelle puissance avec laquelle ïl utilise des formes d’argumentation, des procédés littéraires et des images dont la paternité ne lui appartient pas mais qu’il a su, pouvons-nous dire, repenser, pour les adapter à un propos et à un milieu déterminés.