VRAIE ET FAUSSE SAGESSE
L'un de vous est-il sage et intelligent ? Qu'il le mamifeste par une bonne conduite, par des actes empreints de l’aménité que donne la sagesse. 11Mais si vous avez dans le cœur un zèle amer et querelleur, n'en tirez point orguerl : vous mentiriez contre la vérité. 15Cette sagesse-là n’est pas celle qui vient d'en haut ; elle est terrestre, animale, diabolique. En effet, acrimonie et dispute vont de pair avec le désordre et toutes les œuvres mauvaises. Au contraire, la sagesse qui vient d'en haut est d’abord pure, puis pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde, féconde en bonnes œuvres ; elle est toute simple et sans hypocrisie.
13. C’est certainement un développement indépendant du précédent qui commence ici. Tout au plus, la présence au v. 14 du mot ruxpév, déjà employé au sens propre au v. 12, sembleraitelle à la rigueur esquisser une transition — des plus discrètes — entre la nocivité de la langue et, d’une manière beaucoup plus générale, ce que recèle d’amertume et d’inimitié l’humeur querelleuse opposée à toute sagesse. Mais, que l’adjectif ait été répété intentionnellement ou non, il n’exprime au v. 14 qu’un trait de détail dans l'argumentation, dominée désormais, cela n'est pas douteux, par la notion positive de la sagesse. Or, d'autre part, rien dans les v. 1-12 ne laissait reconnaître si l’auteur considérait ou non cette sagesse comme la qualité requise de ceux qui (3, 1) ambitionnent le rôle des docteurs.
1, 5 envisageait le cas d’un individu insuffisamment pourvu de coœpix, et lui signalait la source où elle se puise (cf. 3, 15, ävwÜev), c'est-à-dire l’invitait à en faire l’objet de ses prières. Ici, par son apostrophe interrogative, ris (non pas &oric, n’importe lequel, mais : un certain, personnellement) èv éuiv (cf. 2, 16), l’auteur dresse sous nos yeux un personnage supposé en possession de la sagesse, mais c’est pour prier ce copéc de faire ses preuves, detfarw. La vive tournure, remplaçant avantageusement : « si l’un de vous. », pour introduire exhortation ou prescription, est familière à l'A. T. : Deutéron. 20, 5-8 ; J uges 7,3; Esaïe 50, 10 ; Ps. 107, 43 ; Sirac. 6, 34. Cf. Jacq. 5, 13 s. ; 1 Clém.
ts I4I
rom. 54, 1, etc. La diatribe en pratique plusieurs équivalentes.
50p6ç est défini de plus près par : xai émormuowv (cf. Deutéron. I, 13, 15 ; 4, 6 ; PHILON, de prœm. et pœn. 83). Ce mot, hapax du N. T., semble impliquer en grec classique et dans les papyrus quelque nuance de connaissance approfondie, experte, résultant de l'expérience ; voir aussi Daniel 1, 14, ëv néon oopia ; Sirac. prologue ; VETTIUS VALENS, p. 211, 18. Le parallélisme sera donc plus précis si l’on donne à cow6ç son acception la plus ancienne : sage, avisé, habile, que si l’on voulait y voir le sage du type philosophique, sens qui prédomine depuis PLATON et se rencontre notamment, à de fréquentes reprises, dans les épitaphes. Le caractère essentiellement pratique de la sagesse dont l’auteur va faire l’objet de son exposé et qu'il définira avec ampleur au v. 17, vient de lui-même à l’appui de notre interprétation. « Sage et intelligent » sont identifiés dans Deutéron. x, 13 ; 4, 6; cf. Damiel 5, 12; voir aussi Ephés. 1, 8, copix HAL POOVNOEL.
Setéarow, qu'il le prouve, pour qu’il en soit de sa sagesse comme de la foi dans 2, 18 (cf. I, 22 s., 25-27), que de virtuelle elle devienne réelle, que, soumise à l'épreuve des faits, elle manifeste un fécond dynamisme. Le verbe s'applique parfois, dans les papyrus et les inscriptions, à la preuve légale et judiciaire. Notre moraliste l’associe tout naturellement à Eépya; cf. Sirac. 19, 20; 1 Clém. rom. 38, 2, 6 oopds évoetxvoola Tv oopiav adTob uÿ Ëv AGYoL, AN Ëv Épyous &yaboic.
ëx Th xanñs (adjectif appliqué de même à &vaorpopñ dans 1 Pierre 2, 12; — 2 Macchab. 6, 23, A; Tobit 4, 14; — cf. xandc, Jacq. 2, 3, 8, 19).évaorpopÿc, proprement : renversement, retour, allée et venue, d’où : manière d’être, conduite, 1 Pierre 3, 2; cf. cinq inscriptions doriques du 11e siècle avant J.-Ch. : Sylloge, 314, 24 ; 654, 19; 663, 9; 718, 4; 927, 21 ; POLYBE, 4, 82, 1, xark Thv Aourhv évacTrpophy Tebavuacuévoc. (DEISSMANN, Bibelstud. p. 83; Neue Bibelstud. p. 22). Plus que jamais s'affirme ici le moraliste orienté vers la pratique, sans crainte du terre à HyTerte:
ëv, c'est au cœur même de cette bonne conduite agissante que manifestera dès lors sa présence, véritable moteur dont procèdent rà épyax, la sagesse, elle-même revêtue essentiellement de douceur, ëv rpxôrnrt (cf. 1, 21; Sirac. 3, 17; Maïth. 5,5; II, 29 ; Ephés. 4, 2 ; 1 Puerre 3, 16 ; 2 Tumot. 2, 25). Ce dernier trait prépare la description des violences de la fausse sagesse au v. 14. L'emploi du génitif équivaut ici encore (cf. I, 23, 25 ; 2, 1) à celui d’un adjectif, mais cette fois le sens exige qu'on rende adjectivement non pas le complément déterminatif mais le nom déterminé : une douce sagesse.
Ainsi la pierre de touche est double en somme : une bonne conduite, expression de la sagesse en actes, et la douceur qui donne à cette sagesse sa tonalité paisible et simple. La traduction
est obligée de combiner entre eux ces deux aspects complémentaires. ; ENS
14. Il faut malheureusement envisager la possibilité non seulement d’une insuffisance (1, 5) mais d’une carence totale de cette précieuse sagesse; que dis-je ? il advient qu'à sa place sévisse une prétendue sagesse, faite en réalité d'un emportement terriblement malfaisant. Au v. 13, l’auteur apostrophait un seul individu pris parmi la pluralité, v ui; insensiblement il en est revenu à s'adresser à l’ensemble, ce qui suffñrait à prouver que ces observations gardent une portée générale. |
A la bonne conduite et à la douceur de la sagesse peuvent donc s'opposer Efhov rixpdv xai épueiav. CAoc, qui comporte toujours quelque chose de passionné, ne ressortit pas en soi-même à la catégorie de la valeur morale. Il en prend une d’après les contextes où il peut se trouver, variable par conséquent et souvent positive : c’est alors le zèle, l’ardeur, la ferveur, kine’4, 1 Rois z9, 10, 14 ; Ps. 60, 10 (Jean 2, 17) ; Sirac 48, 2 ; Romaïns 10, 2 ; Galates 1, 14 ; Coloss. 4, 13 ; cf. Actes 2x, 20 ; 1 Corinth. I4, 20 ; au neutre : 2 Corinth. 9,2; Philipp. 3, 6 ; les deux genres alternent dans les ps. de Salomon. — Cf. Papyr. de Grenjell, x, x, 13 (Alexandrie, 11e siècle avant J.-Ch.), uéAlo uaivealou, Choc Ykp ue Éyer na xaraxaiouar xaroeheuuuévn. 17, eddoxé Chu Jovhebetv ËTuuxvolcx pay. Mais il arrive que cette ardeur dégénère, soit en fanatisme (cf. les « zélotes »), soit en vulgaire jalousie (1 Corinth. 3, 3), en animosité ou colère (Romains 13, 13), sens fréquents aussi dans l’A. T. Tel est le cas ici considéré et significativement souligné par mtxpôv, cf. v. 11; — au figuré : Hébr. 12, 15, bia ruxpluc ; Éphés. 4, 31; Sirac. 4, 6; Papyr. de Paris, 63, 121 (164 avant J.-Ch.), ro... Soxodv efvar rixpôv ; Papyr. de la Soc. ital, 1, 28, 4 (111€ ou 1ve siècle après J.-Ch., tablette magique), mxpais uaotiEuv. Cfhov rixoévy désigne ainsi une ardeur âÂpre, amère, agressive. « Que de fois, écrit B. COUVE (Courtes méditations, 4, p. 51), n’avons-nous pas apporté, dans nos manifestations religieuses, dans la défense de nos croyances, dans l'exercice de la charité (6 ironie des choses et des mots !) ce zèle amer qui a le don de tout gâter, qui donne à nos affirmations pieuses la forme de diatribes, qui mêle de la colère à nos revendications légitimes, et qui communique à nos bonnes œuvres la saveur des mauvaises |! »
éou@eix signifie primitivement : ouvrage rétribué (cf. le verbe épwWevouo, Tobit 2, 11; épdoc, papyrus), puis : dispositions de celui qui ne travaille que pour le salaire, puis : corruption ou corruptibilité dans les compétitions d'ordre politique ; — esprit de parti, intrigue. Cf. [évept@eurloc, Sylloge, 177, 45, 303 avant J.-Ch. ; «sans faction », PHILON, Leg. ad Gaium, 68, p. 555. Il est difficile de préciser les acceptions de ce mot dans le N. T., où Jacques et Paul l’emploient seuls, et où il semble qu’on l’ait souvent — et irrégulièrement — rapproché d'épux, dispute,
querelle. Deux fois déjà les épîtres pauliniennes placent épibeio dans le voisinage de {%hoc, au cours d’énumérations cataloguant les vices : Galates 5, 20 ; 2 Corinth. 12, 20 ; éou0eia désigne alors un cas particulier d’éous qui le précède. Dans Philipp. 1, 17, il équivaut à pbévos du v. 15 et s’oppose à edSoxix, sans que les faits concrets ainsi visés, à base évidente d’égoïsme, nous soient connus. Dans Philipp. 2, 3, épuleix, comme xevoSoËiæ, vise le penchant aux disputes qui déchireront la communauté. Romains 2, 8 donne au même mot une portée très générale. IGNACE aux Philadelph. 8, 2 oppose xar ypioroua@lav à war épleiav, afin de censurer ceux qui, par esprit sectaire, abandonnent les assemblées du culte. Joint ici à CfAov mixpév, éou0elav peut en indiquer en quelque sorte la conséquence directe : ardeur amère et disputes (qu’elle provoque), ou, plus probablement, lui donner pour parallèle et équivalent l'esprit de parti, tracassier, agressif, qui suscite chicanes et conflits. Cf. ŒCUMENIUS, épulelx Dé éoTtv* ériboyoc ouhoveuxia. JÉRÔME (sur Galates 5, 20, sans doute d’après ORIGÈNE), rixa et penchant à soulever continuellement des contestations. HAUCK, en voulant préciser, marque en somme la synonymie pratique des deux termes ; il définit CñAos comme inspiré par l'attention qui se porte sur les autres pour ne tenir d'eux aucun compte, tandis qu'épu@elx serait le souci spécifiquement égoïste de faire prévaloir son bon plaisir personnel, à tout prix et par conséquent en provoquant force désaccords. Si telles sont vos dispositions les plus profondes, ëv +ÿ xxpdtæ (cf. 1, 26) ôu&v (retouche malheureuse dans quelques mss. : êv Tais xapdtlaic du&dv), combien vous auriez mauvaise grâce à afficher des prétentions à la sagesse, à vous en prévaloir plus ou moins orgueilleusement, ph xaraxavyäole. Cf. 2, 13; — Jérém. 9, 23. La particule marque déjà que cette jactance va à l'encontre de la vérité, mais l’auteur tient à le répéter si explicitement que peu lui importe de tomber cette fois dans le pléonasme :
« ne vous vantez pas et ne mentez pas roi bebdeofe rar tic &ANn0eluc. Cf. 1 Jean x, 6 ; 2,4, et l'insistance de Paul en sens contraire : &AhPeuav AËyo ëv Xproté, où Vebvdouou, Romains 9, 1 ; voir aussi I Timot. 2, 7. Si nur Tic d&Anelac ne dépendait que du dernier verbe, le premier pourrait signifier à peu près : ne présumez pas de vous-mêmes. Étant donné qu'il ya quelques variantes, aucune des deux possibilités ne s'impose à l'exclusion de l’autre. N* : ph xaraxavyäoûe Tic &Anbeluc %. T. À. N°, SYr : ph xaraxauy@ole xuTa The dAHDelac x. T. À. À : ph navyäole rai debdeoe x. +. À. Cf. ff: quid alapimini mentientes contra veritatem. Ce qui reste certain, c'est que les deux verbes, également énergiques, s'appuient mutuellement. Il est impossible d’affaiblir la conviction ici exprimée en trouvant dans p# une simple interrogation (BELSER). Quant à «la
contre la vérité. »
vérité », elle ne comporte aucune définition limitative : vérité religieuse, chrétienne, etc. Cf. 1, 18; 5, 19. C'est purement et simplement le contraire du mensonge, tout comme dans T'estam. de Gad, 5, xarà rc, &Anbelac. 7 |
15. La mise en garde contre la fausse sagesse sommairement exécutée (v. 14) ne suffit pas ; il importe d’en définir la nature profonde et de souligner en quoi elle s'oppose à la seule sagesse authentique, ÿ ävwlev copix (v. 17). Une fois de plus, la netteté concise ne laisse rien à désirer ; sous l’élocution abstraite, voici la fausse sagesse campée devant nous en quatre traits de pinceau d’un dessin rigoureux : ce qu’elle n’est pas démasque impitoyablement ce qu’elle est; une négation fondamentale, puis une brève gradation positive à trois termes ont tout dit, là où prédicateurs ou philosophes s’abandonneraïent volontiers sinon à la prolixité, du moins à de consciencieuses amplifications.
Cette sagesse-là, aütn ñ coplx, la sagesse amère et batailleuse du v. 14, « n’est pas descendant d’en haut. » La négation revêt la forme d’une conjugaison périphrastique, oùx Éotiv ävolev xarepyouévn, équivalant à l’attribut du sujet oopix. Elle ne descend pas (dans le N. T., en dehors de ce v., le verbe xatéoxouar reste confiné chez Luc : deux fois dans l’évangile et dix fois dans les Actes, contrairement à xaraôaive qui est d’un emploi très général, cf. papyrus ; pratiquement ils ont le même sens) de là-haut, du ciel ; elle n’a donc rien de commun avec le «don parfait », qui, lui, descend tout droit du « Père des lumières » (x, 17); elle n’est pas la « sagesse » que Dieu généreusement accorde à quiconque la lui demande (1, 5).
Tout au contraire, &\M\&, elle tire son origine de la terre, elle est éniyeroc, l'opposé d’érovpavos, Philipp. 2, 10; 3, 19, 20; Coloss. 3,2 ; Jean 3, 12, cf. 31 ; 8, 23 (en bas) ; PHILON, leg. alleg. I, 43, P. 52, TV LETApoLOV xaù oÙpdvrov coplav… ÈTIVELOV copLav…. ; HERMAS, Préc. 9, 11; 11, 6, 12; 14; 17. VALENTIN (d'après IRÉNÉE, 3, 15) parle d’ävo et de xärow coptx. — Cf. DEISSMANN, Licht v. Osten*, p. 220, 223, n. 11. Voir aussi 1 Corinth. 15, 47, Ex Yhs xoix6c. — Papyr. de Petrie, 2, 8 (c), 10, 246 avant J.-Ch. ériyeux, bâtiments à rez-de-chaussée. En soi, « terrestre » n’impliquerait pas encore condamnation ; soit que l’on préfère, avec RoPEs, en restreindre la portée au monde terrestre humain, soit qu'il s'agisse de la terre en général, l’adjectif indique seulement qu'une semblable origine est inférieure par rapport au monde céleste et divin d’en haut.
Mais il y a plus : la fausse sagesse est duyrxñ. La gradation qui va aboutir à dauuovwône marquerait un temps d'arrêt si duytrh signifiait, ici comme dans 1 Corinth. 15, 44, 46, simplement : naturelle, la notion de duyñ équivalant à celle de bouc (humaine), cf. les textes mithriaques mentionnés dans REIrT- ZENSTEIN, Hellemist. Mysterienrelig. p. 108 ss. ; Historia Monachorum, p. 61, n. 5, d’après lesquels, pendant la célébration du
mystère, le pneuma divin perd sa duyñ ou duyuxn Düvouuc ; dès lors, céux qui n’ont pas réalisé l'initiation mystique peuvent être appelés duyuxot. Dans 1 Corinth. 2, 14, PAUL caractérise ainsi l'individu qui n’accueille pas les révélations de l'Esprit de Dieu (rù rod IIveouaroc roù Oeod) ; à ce duyixéc il oppose le Tvevpatixôc, apte à sonder (en extase) rà B&ôn rod Ocoù. Le gnosticisme, ensuite, donnera à la même distinction des prolongements variés. Cf. Jude, v. 10. Ici, l'emploi de duyrxn n'autorise nullement à supposer quelque polémique précise contre des chrétiens gnosticisants. Ce mot met en relief la nature tout animale (cf. Luc 12, 19 ; Apoc. johan. 8, 9, etc.) de la fausse sagesse ; ci. copix oapxuxÿ, I Corinth. 1, 12. L'esprit en est absent.
Il y a plus encore. Ce qui achève de la disqualifier, ce qui explique en dernière analyse pourquoi elle ne vient pas d’en haut, de Dieu, c’est que, dépourvue de l’esprit divin, elle en manifeste un tout autre, elle est Daxuuoviwdnc, elle procède des démons. Dans la Bible entière, cet adjectif ne se retrouve qu’une fois, et encore à titre assez incertain : Ps. 91 (90), 6, GE. Voir d'autre part une scolie d'ARISTOPHANE, Run. 293, oévracux Daruovddes drd ‘Exdrnc émneuréuevor. L'auteur ne veut pas dire que les démons possèdent cette sagesse de mauvais aloi, comme la croyance théorique en l’existence de Dieu qu’il leur attribuait expressément dans 2, 18. Il continue à décrire la nature même de la fausse sagesse : provenant du monde des démons, elle ne saurait elle-même provoquer autre chose que désunion, querelles, amertume, passions déchaînées. En parlant de Gidaoxahiar Oœunoviov, I Timot. 4, 1 condamne le contenu de ces enseignements. Dans Coloss. 2, 16-23, c'est encore une coptx toute fallacieuse, à prescriptions bien déterminées, que Paul combat, apparemment en lui opposant la ocopix qu'il annonce aux « parfaits » et qui « n’est pas la sagesse de ce monde périssable », 1 Corinth. 2, 6 (cf. x, 19) ; — on se demande s’il l'aurait exactement reconnue dans celle que lui attribue 2 Prerre 3, 15. Mais ici il ne s’agit que de caractériser un mauvais esprit. La fausse sagesse met en œuvre la puissance des ténèbres. Cf. HERMAS, Simil. 0, 22, 23; 23, 5 ; Préc. 2, 3, la médisance est un dxataoraroy (Jacg. I, 8 ; 3, 8) Daumôvrov; O, II, la Gibuyix ériyerov nvedu& ot map voù duaxbédou. Il faudrait solliciter indûment datuovwÈns pour y apercevoir, avec SPITTA, l'influence du mythe juif des anges déchus, révélant aux filles des hommes le secret de leur « sagesse » (Cf. Hénoch 16, 3).
En résumé,
du Ciel, la fausse sagesse ne vient pas { de l'Esprit, de Dieu, la Terre, mais elle appartient à la Nature,
l'esprit démoniaque.
16. Entre les v. 15 et 17, qui définissent respectivement la sagesse qui ne vient pas d'en haut et celle qui en vient, le v. 16 introduit une sorte d’incidente, une remarque subsidiaire, qui ne fait pas progresser la pensée, mais qui, revenant aux passions censurées comme possibles dans le v. 14, leur applique ce qui nécessairement résulte de la fausse sagesse dépeinte et appréciée au v. 15; sagesse diabolique puisque, lorsque l’on s'en vante tout en se livrant à l’acrimonie et à l’humeur querelleuse, on entretient fatalement un perpétuel désordre, qui ne laisse plus de place pour une seule bonne action.
Littéralement : là où (il y a) Choc xai épudeix, cf. 1 Corinth. 3, 3, nou ya ëv duiv Choc xal Epic. Même tournure, émou... ëxet, Luc 17, 37; cf. ÉPICTÈTE, 3, 22, 61, « là où sont des troubles (Go), des chagrins, des envies, des jalousies, quelle place y a-t-il pour le bonheur ? » éxuraotaoia (cf. l'adjectif, 1, 8 ; 3, 8) est employé au pluriel par Paul, comme huitième et dernier terme d’un catalogue de péchés (2 Corinth. 12, 20), dont les deux premiers sont précisément épu et Cnoc et le quatrième épueïar. A. SEEBERG, Der Katechismus der Urchristenhert, 1903, p. 17, estime que la tradition des « deux voies » devait déjà avoir fixé la notion de l’éxaractacia parmi celles qui appartiennent à la voie de la mort; cependant elle manque dans Didaché, 5. C'est d’abord l'instabilité, inconstance et inconsistance à la fois, puis le désordre (troubles, bouleversement, sédition, cf. Luc 21, 9; 1 Clém. rom. 3, 2; 14, 1; voir aussi 1 Corinth. 14, 33, le contraire d’eiphvn ; ci-après, v. 17). ROPES traduirait volontiers ici &xaractacia par : anarchie, nuance peutêtre un peu trop précise. Le mot se rencontre douze fois dans VETTIUS VALENS, notamment avec nAdvn xai dAntelx (p. 4, 18), ävouañix (p. 44, 18, un ms), oréou, ÉyOpu, ouvoyÿ, xploic, rapayh, etc. Dans un fragment érotique (Papyr. de Grenfeil, x, 1, 4, He siècle avant J.-Ch.), celui qui n’a pas la foi est appelé AXATAGTAOÏNG EdPÉTNG.
Désordre donc, et « tout ce qu’il peut y avoir de mauvais dans la conduite » (CHAINE, p. 93). oabroc désigne proprement ce qui est vil, de mauvaise qualité, de valeur nulle, par suite nocif (novnpôc) ou malfaisant en général (xaxéc) ; cf. Jean 5, 29; 3, 20, avec rpdoow ; dix textes des Septante, dont cinq dans les Proverbes ; paÿroc est le contraire de omoudatoc, ypnoréc, &yaféc, Romains 9, 11. Ces nuances diverses se retrouvent dans les papyrus. Y sont de même attestées toutes les acceptions de roäyux : action, chose faite, œuvre ; — affaire ; — instance, procès (cf. 1 Corinth. 6, I); — affaire contentieuse, difficulté quelconque, trouble. Ici, évidemment, le sens est on ne peut plus général ; il semble que l’auteur, cherchant une expression appropriée à s'associer à dxutactacla, n’en trouve pas qui le satisfasse et se rabatte sur une synthèse improvisée, à peine plus explicite qu’un ef cætera : toutes sortes de choses mauvaises :
comme ailleurs dans l’épître, Jacques garde le ton de la conversation : le désordre et ainsi de suite. Cf. le contraire AU V. 17 : meotn.. xapm&v &yab@iv. La discorde est donc, comme on dirait proverbialement, « la mère de tous les vices », idée familière à la littérature juive, spécialement au Siracide : « Ce n'est pas une sagesse que la science du mal... Mieux vaut un homme d'intelligence médiocre qui craint Dieu, qu’un homme aux facultés brillantes qui transgresse la Loi. Il y a un savoirfaire habile, mais coupable... » (Sirac. 19, 22, 24 s.). Tout ce qu'on peut connaître de l’histoire des premières Églises chrétiennes laisse voir combien peu les appréhensions de notre auteur devaient être théoriques. Les désordres de Corinthe ne sont pas restés plus isolés que des cas comme celui de Simon le magicien (Actes 8, 9-24); cf. Didaché 11, 7 ss.; HERMAS, Préc. 11 ; 1 Clém. rom., passim. Les écoles des rhéteurs et philosophes populaires en connaissaient, de leur côté, mainte analogie. Comme le remarque DIBELIUS, cette situation si générale suffirait, indépendamment de la critique interne, à nous faire écarter ici l'hypothèse d’une polémique visant spécialement telle ou telle tendance gnostique déterminée. Le tempérament mora- Hsant de l’auteur et la tradition parénétique déjà constituée dont 1il s’approprie les cadres achèvent, en l’espèce, de donner à ses observations et exhortations une portée supérieure à la répression d'incidents locaux bien définis. Ses expériences personnelles demeurent seulement la base première de ses considérations, qu'il ne destine pas, au moins expressément, à corriger une situation de fait ; ce sont des principes généraux de conduite qu’il lui importe avant tout de faire prévaloir dans les esprits. .
17. Visiblement il s'efforce maintenant de présenter de la sagesse authentique, celle-là seule qui vient de Dieu, une image aussi complète et aussi attrayante que possible. Il en fait bien une copiax (roù Oeoù) éminemment roAvroixthoc, pour parler avec Éphés. 3, 10. Il ne s’astreint donc pas à maintenir le tableau dans les cadres du parallèle qu'il a posés, si fermes, au v. 15. De là, au regard d’une logique exigeante, un certain flottement dans l’énumération des épithètes juxtaposées ; il'n’y faut chercher cette fois ni gradation ni autre disposition systématique, du moins pour tout ce qui vient après Érerra (ci. un ordre autrement rigoureux dans 1 Corinth. 12, 28, avec 19, 20, 30, Émeura, #revrx). La comparaison tient simplement dans les mots ñ de ävowÜev (sous-entendu xarepyouévn, V. 15) cola. Voilà donc l'origine de cette copix quise manifestera par une bonne conduite, par des actes empreints de rpabrns : tout le v. 17 pourrait servir de commentaire au v. 13, en même temps qu'il s'oppose au v. 15. Il marque ainsi à tous égards le sommet du développement. Cf. Jean 3, 3, 31, ävobev.
L'origine divine de la sagesse était un véritable lieu commun
148 SRE Ye
pour la pensée juive. Voir notamment Prov. 2,6; 8, 22-31 ; Sag. de Sal. 7, 22 — 8, x, spécialement 7, 255. ; 9, 4, 95. ; Strac. I,1-4; 24, 35s.; Hénoch, 42; PHILON, de prœm. et pœn. 51; Genèse Rabba, 17 (12 a), « la t6r@ est le reflet de la sagesse d'en haut. » C£. ibidem, 44 (27 d), et la notion paulinienne de la sagesse déjà signalée, 1 Corinth. 1, 19—3, 2. Dans Ps. 110 (G) et dans Hénoch, 48, le Messie est identifié à la sagesse. On remarquera à ce propos comment CALVIN interprète la doctrine traditionnelle de la Trinité : « En une seule essence, nous avons à considérer le Père comme la cause première de toutes choses, puis le Fils qui est sa sagesse éternelle, enfin le Saint-Esprit, qui est sa puissance. » (Catéchisme). De même, dans l'Institution, il assimile plusieurs fois le Fils à la « sapience » de Dieu, peut-être en interprétant ainsi la « sagesse » visée dans Matth. 11, 19; Luc » 35:
à roëroy uèv…. ënerra. Il manque le dé corrélatif de uév. Cf. Hébr. 7, 2. Cette omission n’a rien de très exceptionnel. dans les énumérations ou répartitions, soit du grec classique, soit de la xotvñ. Cf. par exemple Berlin. Gr. Urk. 423, 12 S., roùtov uèv mepl.….. Jebrepov mepi.. toli}rov. Papyr. d'Oxyr: 9, 1917, 5 (11e siècle après J.-Ch.), roërov uèv &omalouévn ofel, Érerra edyouévn rapx raot Oeoïs. Ailleurs, à ce Sé on a substitué un simple xat, Marc 4, 4-8 ; cf. 1 Thessal. 2, 18, ou un re, Actes 17, 21. Inutile donc de supposer ici que la présence du dé initial (qui répond à oùx du v. 15) ait causé la chute de celui qu’on attend aprés érerre.
Pas plus maintenant qu’au v. 15 il ne s’agit de caractériser le contenu de la sagesse, ce qu’elle enseigne ; l’auteur nous dit ce qu’elle est en elle-même et comment elle se manifeste dans la conduite de la vie. Rien ne vise à opposer entre elles soit une sagesse chrétienne et une sagesse juive, soit celle des paganochrétiens et celle des judéo-chrétiens (comme le croyait KERN, 1835). Aucun des huit adjectifs ne se prête à ces précisions supposées. C’est parmi les destinataires de l’épître que pourraient surgir et qu’en fait ont pu déjà se donner carrière les deux « sagesses » incompatibles, la fausse et la vraie, l’une dénaturant la piété, l’autre la vivifiant.
La sagesse d'en haut est d’abord &yvñ, « pure émanation de la puissance de Dieu, disait la Sagesse de Salomon (8, 25) ; c'est pourquoi rien de souillé ne peut entrer en elle. » Ceci, d'emblée, exclut, avec toute impureté (cf. Jacqg. 1, 21), toute conduite entachée de jalousie, de malveillance et de chicane. dyvéc, cf. 1 Pierre 3,2; 1,22 (le verbe ; Jacq. 4, 8 b), qui provient comme &yros de la racine &y, signifie d’abord passivement : consacré, puis, plus généralement : intact, pur devant Dieu: cf. x, 27, &orthov &nd rod xéouou ; Philipp. 4, 8; 1 Clém. rom. 29, 1; àyvela, HERMAS, Vis. 6, 5 ; plus spécialement : chaste, 4 Macchab. 18, 7: 2 Corinth. 11, 2 ; Sylloge, 364, 20 (37 après J.-Ch.). Les papyrus
l’appliquent, au sens rituel, à des sanctuaires ; cf. 2 Macchab. 13,8, mais la transition au sens moral, fréquent dans les Septante (exemple. : Ps. 11 (12), 7), apparaît notamment dans une inscripiion du temple d’Épidaure, citée par CLÉMENT D'ALEXAN- PRIE, Sérom. 5,-1; 13,
dyvov yon vnoto Ovdeoc évrds iôvra
Éuuevar dyvein d'éoti opoveiv boux.
La pureté est donc l’attribut primordial de la sagesse, correspondant directement à ses origines toutes divines. Sous les différents aspects qui vont montrer la sagesse à l’œuvre, sa pureté demeure évidemment présupposée.
Ce sont d’abord trois qualités où l’on retrouve bien la « douceur » du v. 13 (cf. 1, 21). Chacune d'elles est définie en un seul mot.
La sagesse est eipnmx, pacifique. Cf. Hébr. 12, 11 (xaprdy eipnvuxov). L’adjectif ne se retrouve que là dans le N. T., mais les Septante l’emploient plus souvent. D’après Papyr. d'Oxyr. 7, 1033, 5 (302 après J.-Ch.), deux vouxrootpdrnyor sont rüv cipnvixdv Tv ppovridx &vadedoumuévor. La sagesse pourrait donc se compter au nombre des eipnvomotoi (Matth. 5, 9). Nous voilà bien aux antipodes de hoc nat épudela, v. 16.
La sagesse est émexhc ; autrement dit, elle ne s'inspire jamais de la revendication du droit strict (cf. ARISTOTE, Éthique à Nicom. 5, 14), l’une des causes de conflits les plus infaillibles ; loin de là, elle se manifeste ëv tpaÿrnrt (v. 13; cf. 2 Corinth. 10, 11), avec une nuance spéciale d’indulgence et de modération. Cf. Phihpp. 4, 5; x Timot..3,-3 ; Tile 3, 12; 1 Pierre. 2, 18. C’est une qualité de Dieu lui-même d’après Ps. 85, 8 ; Sag. de Sal. 12, 18 ; cf. PHILON, de vita Mos. 1, 198 (en parallèle avec la ouAavbownia divine) ; 1 Clém. rom. 20, 1. Dans les papyrus et les inscriptions, on lit tantôt émexc, tantôt érmerxc. « La sagesse, écrit Mox- TAIGNE, n’a pas moins besoin de modération que la folie. »
La sagesse est sdre0c, disposition voisine de la précédente ; elle se montre accessible aux paroles raisonnables, elle sait écouter, réfléchir et se laisser convaincre ; elle est faite d’une bonne volonté compréhensive et docile. Cet adjectif, isolé dans le N. T. se rencontre ainsi que son contraire, dvoxe@nc, chez JosÈèPHE (Antig. 4, 11; Bell. jud. 2, 577). Cf. àre@nc, Luc 1,17; Actes 26, 19; Romains 1, 30. Voir aussi 4 Macchab. 8, 6, obéissance passive ; PHILON, virt. 15, p. 378 ; ÉPICTÈTE, 3, 12, 13. Ailleurs, en langage juridique, c’est l'acceptation, le consentement (papyrus). Il ne nous semble pas qu'émieuxns doive s’appliquer plutôt à l'attitude des supérieurs envers leurs inférieurs et edreu0hc au cas contraire, comme le propose CHAINE. Ces distinctions de personnes n’ont pas d'appui dans le texte.
Ainsi décrite, la sagesse apparaît déjà pleinement appropriée à maintenir parmi les hommes la bonne harmonie et tous les sentiments bienveillants qu'excluait sa contrefaçon « diabo-
lique. » Mais elle revêt d’autres aspects encore, d’une égale fécondité morale. Elle est ueorh ÉAéous xal napn&v &yal&v. ueoréc suivi du génitif, cf. v. 8, marque l'abondance, soit au propre (Jean 19, 19 ; 21, It), soit au figuré, tout comme rAñpos : Luc 3,12 ; Actes 6, 5. Cf. Corp. Papyr. Raïneri x, 19, 15 (330 après J.-Ch.), dvremiortuate…. peort Veudonoyiac. Pour ËAcoc, cf. 2, 13. Toute miséricorde ou compassion était a priori étrangère à la fausse sagesse, si foncièrement égoïste. Elle rompait, du même coup, avec la constante tradition juive et chrétienne ; cf. seulement Romains 12, 8, à neGiv èv ihxpornprt. On saisit ici spécialement sur le vif cette sagesse qui, comme la foi, ne serait rien optics T&v Éoywv (2, 20).
Aussi bien ueorh ne s’applique-t-il pas seulement à ékéovc, mais, par une généralisation qui rappelle celle du v. 16 en sens inverse, räv oxÿhov roäyuax, à l’action bonne quelle qu'elle soit, à toute espèce de bons fruits, xai xaprüv &yalév (cf. Phhpp. Sa a ru ds Matth. 7, 20). Si l’on voulait en citer des exemples, on pourrait se rappeler 1, 27 : assister veuves et orphelins.
La description s'achève par deux adjectifs écartant des défauts, ddiéxpurocs, &vorokprroc. (Noter encore l’assonance, ainsi que la forme négative des mots placés à la fin de l’énumération ; cf. 1, 4, 5, 6, 27). Le dernier exprime en même temps l’absolue sincérité ; c’est comme une manière de rejoindre, que l’auteur s’en soit ou non rendu compte, l’idée initiale de pureté sans tache. Cette même qualité est requise ailleurs de l’amour (Romains 12, 9), de la fraternité (x Pierre x, 22), de la foi (x Timot. 1,5). Cf. NÆGELI, Der Worteschatz des Apostels Paulus, Güttingen, 1905, p. 43. Contre l'hypocrisie. Matt. 23 demeure le texte classique du N. T.
&duaxputos, hapax, ne saurait s’interpréter ici ni, comme unVèv Jiaxoivouevos dans 1, 6, par : affranchi du doute, ni, d’après 2, 4, par : impartial, sine dijudicatione (ff, qui ajoute une glose : srreprehensibilis) ; cf. Testam. de Zabuion 7, 2 ; Papyr. d'Oxyr. 4, 715, 36, xuraxeyo (ouxa) àdtex (oirws ? ). On se référera plutôt à IGNACE aux Magnés. 15, 2, Épowolle ëv ôuovoix Ocoù, xexTnuévor ddtaxpurov nvedua, 66 éoriv ’Incoës Xptoréc ; aux Trall. 1, 1, &uouov Giévouav nat &diéxpurov èv brouovÿ Éyvov duX Éxovruc. Le sens primitif : non partagé, simple, uni, harmonique, a ici prévalu ; si l’on veut maintenir la valeur du & privatif, on peut comprendre : inaltéré, ce qui, comme dvunéxpiroc, suppose avec une évidence particulière que la sagesse est tp&tov dyvh. Dans Philipp. 4, 8, énumération à huit termes comme ici, la discipline que Paul recommande doit être en premier lieu &x10%.
Un texte d'HErRMAS, Préc. 11, 8, présente des analogies étendues et frappantes avec notre v. Voici comment il énonce la règle suivant laquelle on distinguera le faux prophète du vrai, celui qui possède l'Esprit de Dieu : rp&rov uév 6 éyov vd Rvebuax [rù Oeïov] rù ävobev roabc éorr nai hobyios xal rouret-