‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 57 sur 103 · AUX RICHES · texte numérisé non relu

AUX RICHES

51 À vous, maintenant, les riches : pleurez, gémissez sur les * malheurs qui vous attendent. ?Votre richesse tombe en pourriture, et vos vêtements sont rongés des vers. *Votre or et votre argent sont rouillés : leur rouille portera témoignage contre vous et dévorera vos chars comme un feu. Vous avez thésaurisé dans les derniers

jours. 4Eh bien ! le salaire des ouvriers qui ont MOiSSONNÉ VOS champs, ce salaire que vous avez retenu, crie, el les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur des armées. 5Wous avez fait ripaille sur la terre, vous avez vécu dans la mollesse, vous vous tes repus au jour de la tuerie. $Vous avez condamné, assassiné le juste : il ne vous résistait pas...

Extérieurement, ce nouveau développement semble d’abord conçu sous une forme perallèle au précédent. Satisfait de son apostrophe aux négociants présomptueux, &ye vv, 4, 13, l’auteur s’en sert de nouveau pour entreprendre d’autres coupables, où rAobouor, Mais une simple lecture suivie des deux morceaux montre aussitôt que la ressemblance reste limitée à cette analogie toute formelle de l’interpellation initiale et à la persistance du ton prophétique. Persistance, ou plus précisément recrudescence. Tout le tableau n’est rempli, cette fois, que par des descriptions qui se confondent avec autant de virulentes censures, et par l’impitoyable menace des sanctions encourues. Il ne reste aucune place pour indiquer ce qu’eût été la conduite correcte à laquelle les coupables ont tourné le dos ; en d’autres termes, rien ne correspond ici au v. 15 du chap. 4 De plus, l'ensemble s'achève aussi brusquement qu'il a commencé ; l’auteur éprouve apparemment encore beaucoup trop d’indignation pour pouvoir retrouver d'emblée le sang-froid qui lui permettrait de frapper quelque aphorisme plus ou moins récapitulatif et se tenant, comme 4, 17 comparé à 4, 13-16, dans une tonalité apaisée. Rien n'indique, d’autre part, qu’en énumérant les griefs qui se pressent sous sa plume, il vise à obtenir un amendement ; cf. 4, 7-10 ; 5, 12, 16, 19 s., et même 4, II-I2. L’unique issue qu'il puisse envisager n’est autre que le jugement, dont il projette la fatale perspective sous les regards des interpellés, v. 3-4.

I. OÙ rAovotor (au nominatif avec le sens du vocatif, cf. Marc 5, 8; Jean 20, 28 ; Apoc. johan. 6, 10 ; 15, 3: — ARISTO- PHANE, Ran. 521) : ces riches donc, un sort tragique va les atteindre ; ils sont littéralement perdus, maudits de Dieu. Cf. Hénoch 94, 8; Luc 6, 24. I1 ne leur reste qu'à exhaler des cris désespérés. Le ton de la tirade passionnée qu'on lit dans Philipp. 3, 2 ss., et où PAUL va jusqu’à traiter de xbvac etc., les judaïsants qui voudraient le supplanter en ruinant son évangélisation, pourrait en quelque manière rivaliser avec la fougue de nos v., encore qu'on découvre aisément de part et d’autres deux tempéraments différents.

Aussi bien avons-nous aperçu plus haut quelques traits de la physionomie des gens que notre auteur appelle en bloc « les riches », ou personnifie sous les traits du « riche » tel qu’il le conçoit. Dans 1, 10 s., c’est, d’une manière générale, leur condition précaire, la brève durée de leur fortune et de leur vie,

quon leur représentait à l'appui d’une exhortation à pratiquer l'humilité. Dans 2, 2-7, l'attaque est déjà beaucoup plus rigoureuse quoique indirecte, puisqu'il s’agit d'obtenir des fidèles qu'ils s’abstiennent de témoigner aux « riches », qui cependant les exploitent, autant d’égards qu’ils réservent d’outrageant mépris pour les déshérités.

Mais ici l'offensive a atteint son intensité maxima. C’est imdistinctivement une catégorie sociale qui se voit prendre à partie face à face. « Vous, les riches », de quoi donc est faite votre prospérité ? Moralement elle ne vaut rien. L'auteur veut surtout souligner l'erreur fatale de gens qui concentrent tous leurs désirs, leurs efforts, l'intérêt de toute leur vie sur l’acquisition des richesses, sans s'inquiéter — la suite ne le prouve que trop — de la nature des moyens employés.

Se demandera-t-on si les personnages ainsi attaqués sont ou non des chrétiens ? Le texte ne contient aucun indice pour ou contre l’une ou l’autre hypothèse. Si déjà les négociants présomptueux décrits dans 4, 13 s’abstiennent de toute espèce de considérations religieuses, füt-ce les plus élémentaires, ici, non seulement les riches les ignorent aussi radicalement, mais l’auteur lui-même n’y fera appel que lorsque, avec une extrême concision d’ailleurs, 1l laissera apercevoir l’méluctableet effrayante sanction, le jugement divin frappant les coupables, v. 3 b, 4 b. D'autre part, l’apostrophe directe ne saurait suffire à prouver qu’elle s'adresse à des membres de telle ou telle communauté chrétienne, car le style prophétique qui se donne ici un libre essor interpelle spontanément de la sorte des étrangers, des adversaires ou des absents tout aussi bien que des frères en la foi. Exemples : Esaïe 13, 6 (aux Babyloniens ; comme ici : « gémissez ! ») et les fameuses imprécations de Jésus, lancées aux : pharisiens, Matth. 23, ou à des villes, Matth. 11, 21, 23; Luc 10, 13, 15. Nous devons cependant tenir compte d’une observation de HAUCK (p. 215, n. 30) : « Si, dit-il, il se trouvait principalement, parmi les membres aisés des communautés en contact avec Jacques, des gens vraiment honnêtes, bienfaisants et pieux, sa philippique intransigeante n'aurait pas manqué de paraître singulièrement déplacée. » Aussi, d’après ce critique, on ne se l'explique guère que comme correspondant à des faits avérés. Si donc, conclurons-nous, l’auteur ne donne des riches qu’il condamne aucune caractéristique d’ordre religieux, on est fondé à supposer qu’il a pu les rencontrer, au moins occasionnellement, aussi bien parmi les gens faisant profession de christianisme que dans d’autres milieux, et qu'implicitement il met ses lecteurs en garde contre les terribles dangers auxquels les exposeraient, eux comme n'importe qui, l'amour et la poursuite des seuls biens matériels.

Subsidiairement, il ne serait pas impossible qu'il espérât aussi parvenir à ébranler si peu que ce soit i# extremis tel où

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tel des coupables eux-mêmes. Mais en tout cas, ce qu'à aucun prix il ne saurait envisager, c’est qu'ils échappent au juste châtiment de leur conduite passée et présente.

On remarque enfin que ces « riches », tout comme les Aéyovres x. +. À. de 4, 13 ss., ne sont nulle part appelés adeñgot ; c'est d'autant plus frappant que ce terme à la fois affectueux et exhortatif reviendra, au contraire, adressé à d’autres gens, par trois fois dans la suite : 5, 7, immédiatement après le présent développement, puis aux v. 12 et 19. Ceci encore s’expliquerait bien si la majorité au moins des personnages ici apostrophés n'étaient pas unis à l’auteur par l'appartenance aux communautés du Christ.

On peut résumer schématiquement l’ensemble du morceau ainsi qu'il suit :

Il y a lieu de s’en affliger déses-

Caractéristique de DÉFENDU, x LP ce que les riches Ce sont des richesses à la fois possèdent pourries et dévastatrices. — 2,34.

f Elles sont accumulées en vue du jugement. — 3 b.

Dol. Leurs ouvriers sont frustrés de leurs salaires. Dieu entend le cri de ces victimes. V. 4

Bombances voluptueuses. — 5.

Violences, exactions, meurtres. — 6

Caractéristique de leurs actes.

Toutes ces pensées semblent se déverser précipitamment les unes sur les autres, au détriment peut-être d’une ordonnance rigoureuse (MOoFFATT lirait volontiers 3 b avant 2; par contre, VON SODEN propose de le reporter avant 5, le v. 4 n’étant qu’un exemple, maladroïitement inséré, à l’appui de l’ensemble 3 b, 5, 6. Ni l’un ni l’autre de ces déplacements ne s’impose).

XAabouTe OAOAUCOVrES nt Tais Talaraoplars OV Tais ÈTEpxouévaic. La proximité du malheur fatal est telle que pleurs, lamentations, vociférations, hurlements de détresse peuvent seuls dès maintenant en exprimer l’épouvante. Il en est des riches comme d’un naufragé qui surnage encore mais voit de toutes parts déferler contre lui les vagues monstrueuses dont l’une ou l’autre va l’engloutir. Combien de fois les anciens prophètes entonnèrent, eux aussi, pour des causes toutes morales, les traditionnelles complaintes funèbres sur le sort de leur peuple : Amos 5, 1 ; Esaïe 23, 1, 6; Michée x, 8; Jérém. 4, 8; 48, 20 ; Joël x, 5, etc. Dans Jacgq. 4, 8 ss., c'étaient les pécheurs décidés à se repentir qu’on exhortait à s’humilier de leur misère intime et à mener deuil (xAabouxe) ; cette fois, la douleur est désespérée devant le dénouement imminent, v. 3; cf. la scène de terreur de l’Apoc. johan. 6, 15-17 : elle est arrivée, l'échéance

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