‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 58 sur 103 · SE · texte numérisé non relu

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épouvantable, FA0ev uéox h uey&ANn The dPYHS, V. 17; parmi les damnés figurent expressément oi rAobotot, v. 15.

L'auteur, doué d’une imagination tout orientale apparemment, ne craint pas d’outrer la couleur lugubre. Avec une onomatopée, 6AoAbovtes (hapax ; cf. bhaxtéo et ululare), il renchérit encore sur xAaxboure. En effet, ce participe vise plus qu'une imprécation ; ce sont des hurlements qui n’ont presque plus rien d’humain. Cf. Amos 8, 3 ; Esaïe 13, 6 ; 14, 31 ; 15, 25.; 16, 7 ; 23, I, 14; 65, 14; Jérém. 20, 22; Ézéch. 21, 12; Zachar. 11,2 ; Ps. 102, 9 ; Hénoch 5, 6. — Papyr. de Londres, 125, verso, 30 (ve siècle après J.-Ch.), èAoAË&o ypads peléerar érws Lh e0x6A&WG «dry arodonc. — Les Septante rendent habituellement par ce verbe l’hébreu yélal, rugir, hurler (soit de détresse, soit pour manifester le repentir).

éri rais Tahauroplats bu&v, le pluriel laisse pressentir combien les souffrances déchirantes qui guettent les coupables et vont fondre sur eux seront nombreuses et variées ; tuic ènmepyouévac au présent en marque la fatalité. Cf. Éphés. DUT ALUC 2-20), HERMAS, Vis. 3, 9, 5 ; la nuance de violence se rencontre parfois aussi pour ce verbe dans les papyrus. — Aristée, 15, &rnéAvoov ToÙs ovvéyouevouc Èv Taharwplaus. Esaïe 59, 7, G (cité dans Romains 3, 16 ; l’hébreu parle de « ruine »). On peut en rapprocher aussi les &ôtves de Marc 13, 8 — Matth. 24, 8 (apocalypse synoptique). De ces effroyables misères et détresses, les descriptions détaillées ne manquent ni dans le judaïsme (Æénoch 63, 10; 99, It; 103, 7; 2 Macchab. 7, 14, 17, etc.), ni dans l’Apoc. 10hAN IA NT S1; 21,8:

2. Imaginant sans doute avec quel souverain mépris, du sein de leur opulenñce, tous ou presque tous ceux qu'il déclare en réalité lamentablement misérables auront daigné prêter une oreille plus ou moins distraite à ses noires objurgations du v. ï, l’auteur va pousser à fond l’exposé de ses motifs. Ah ! peut-on sous-entendre dans sa pensée, vous vous confiez aveuglément à vos richesses : quelle folie ! (cf. r Timot. 6, 17); vos richesses, regardez-les bien : c’en est fait, elles tombent en pourriture (x). Non seulement, estime Jacques, la ruine s’annonce pour la plus brève échéance, mais d’ores et déjà, tout esprit clairvoyant qui ne s'arrête pas aux apparences précaires vous le montrera comme moi, ce processus dévastateur est en marche, irrésistible. Ainsi s'explique l’emploi du parfait, qui projette l’inévitable et proche avenir dans la catégorie des faits patents, acquis, définitifs. Voilà ce qu’'affirment, criantes de réalisme, trois images, dont

(1) HERMAS, Simil. 2, 3 s. compare le riche à des raisins pourris. La dépendance de ce texte par rapport à Jacq. 1, 11; 5, 2 n’est pas démontrable, mais l'hypothèse inverse, avancée par WEINEL (Handbuch zu den Neutestam. Apokryphen, de HENNECKE, p. 307), se heurte à de véritables impossibilités, étant donné tout ce que nous savons des deux écrits considérés.

la première pourrait suffire car elle dit tout en deux mots, mais elle trouve à son tour dans les suivantes une illustration complémentaire et on ne peut plus significative : 1 iuaTux. ONTOGPUTX YÉYOVEV.

rAodToS CÉD'ATEV Yovodc Hal HpYUpOS XATIW TOUL. ne chro est un hapax du N. T., mais on le trouve, comme ici intransitivement, « tomber en putréfaction », par exemple dans Sirac. 14, 19 et dans Papyr. d'Oxyr. 10, 1294, 13 (11e ou rire siècle après J.-Ch.), ueAn]odre Sé oo Tv v T@ yetAouart Îvx uh ounÿ. Aïlleurs ce verbe s'applique à des iu&rux (cf. ci-après) hors d'usage à force de vétusté. L'image, transposée au figuré, peut convenir pour toute espèce de richesses, mais littéralement elle viserait des denrées alimentaires périssables, putrescibles. Puisque, au v. 4, les personnages stigmatisés apparaîtront comme possédant des domaines agricoles, il ne serait pas en soi impossible : que rhoüros ait ici voulu parler spécialement de leurs récoltes de céréales ; cf. Hénoch 97, 9. En ce cas les trois images : richesses (denrées agricoles), vêtements, or et argent seraient à mettre sur le même plan. Nous croyons plutôt qu’après l’apostrophe initiale aux « riches » rAodros garde sa valeur générale.

Ce qui s’associe à cette richesse, quelle qu'elle soit, ou contribue à la constituer, ce sont, sautant aux yeux, les luxueux vêtements, cf. 2,2 s.: Luc x6, 195 Math 11,8 = Euc7; 0. Même identité dans la valeur véritable : elle est nulle. L’étoffe peut bien apparaître encore dans tout son éclat chatoyant ; la ruine profonde n’en demeure pas moins irrémédiable : cette opulence vestimentaire est rongée des vers, ont66pwrx. Encore un terme isolé dans le N. T.; les Septante aussi ne l’emploient qu'une fois, Job 13, 28, et c’est une référence également unique qu'on a pu trouver ailleurs : Oracles sibyll., prœm. 64, onré- 6pwra Sédooxe (idoles en bois). Même image avec d’autres mots : Job 4, 10; Esaïe 50, 9; 51, 8 ; Sirac. 42, 13. Cf. surtout Luc 12, 33 ; Maith. 6, 19 s.; cette dernière exhortation assimile comme Jacques le fait ici, v. 2-3, aux ravages des vers ceux que cause la rouille. Voir d’autre part oxwAnx66pwros, Actes 12, 23.

3. Mais la richesse consiste aussi en « or et argent », bonnes espèces sonnantes et trébuchantes, bijoux et autres objets précieux. C’est fréquemment que vêtements, argent et or sont désignés ensemble comme les marques les plus typiques de la grande fortune ; exemples : Zachar. 14, 14 ; 1 Macchab. 11, 24 ; Actes 20, 33, etc. ; l’homme aux vêtements somptueux de Jacq. 2, 2 porte aussi un anneau d’or au doigt. Eh bien, il n’en va pas autrement des métaux dits de prix que des étoffes dont on se pare ; leur valeur réelle est nulle, leur destruction fatale. Un insaisissable agent de dissolution, à l’œuvre quoi qu’on en ait, ronge et de proche en proche puivérise les substances métalliques avec autant de succès que la minuscule vermine s’attaquant aux

trésors vestimentaires. C’est l'oxydation, la rouille, 6 iée (cf. 3, 8) ; elle dévore or et argent (rusted out, rusted through, ROPES). Remarquer le verbe rare (kapax du N. T.) à particule intensifiante, xatiorat ; cf. Sirac. 12, II, elc réoc xaridosv. ÉPICTÈTE, 4, 6, 14. On peut en rapprocher xareodiw, déjà moins fort cependant, Marc 12, 40; au figuré, Ps. 60, 10, cité dans Jean 2, 17 ; Papyr. de Florence, 2, 1508 (267 après J.-Ch.), des moissons and Tv puGv xaxecioueva. — En réalité, l'or ne subit pas l’action de la rouille ; PHILON déjà en fait la remarque dans quis rer. div. heres, 217. Mais si l’image manque de précision scientifique, cela ne Lui fait pas perdre la portée morale que l’auteur lui confère.

Il y a plus. La simple disparition des richesses, on s’en consolerait peut-être encore ; « plaie d'argent n’est pas mortelle, » Mais la rouille ne borne pas ses sûres attaques aux métaux précieux, 6 idç ar@y ; la personne même des possédants est à sa merci. Elle va « témoigner contre » eux, contre « vous », ei uaprüptov Üuiv Écrar (le‘éd, le‘édé, cf. Genèse 21, 30; 31, 44; Deutéron. 31, 12, 26 ; Muaith. 10, 18), soit qu’elle atteste votre propre condition misérable, absolument identique à celle des biens qui vous inspirent une si vaine confiance, soit — interprétation plus satisfaisante — que ce « témoignage » consiste à établir comment vous avez laissé paresseusement vos capitaux accumulés, éfnoævpioure, plutôt que de les consacrer à de bienfaisants usages (cf. Sirac. 20, 10). Le datif ôuiv impliquerait alors, ce qui semble il est vrai assez insolite, l’idée d’hostilité, de témoignage à charge ; cf. syr!, ‘al, contre. Dans Marc x, 44 et parall., sic paptbotov adroïs, il s’agit de ceux à qui, devant qui l’on témoigne. ROPESs voudrait comprendre de même ici : « vous attestera, vous prouvera la réalité des faits. » Mais ce n’est pas aux accusés que s'adressent les dépositions des témoins.

L'idée des sanctions terribles : jugement de condamnation, son exécution, a passé dès lors au premier plan, sinon expressément dans l’exposé, du moins, cela n’est pas douteux, dans la pensée de l’auteur. Aussi bien cela arrive-t-1l après l’énumération des actes exigeant ces rétributions. Et c’est encore la rouille, 6 tés (qu'on pourrait maintenant qualifier de synthétique, car elle paraît englober les facteurs de destruction précédemment distingués, pourriture, vermine, rouille), qui « comme un feu va dévorer vos chairs. » ot&yera, futur hellénistique d’écûiw, est fréquent dans les Sepiante et dans le N. T. On reconnaît dans péyoua une forme mixte, influencée à la fois par ëédouœ et par Épayov ; cf. otyo, Papyr. d'Oxyr. 10, 1297, 10 (IV® siècle après J.-Ch.). L'image s'applique couramment au feu, cf, Exéch. 15, 7, ndp adrobs xarapdyeto; Apoc. johan. 17, 5; 20,9. Etc. Elle veut exprimer ici, sous la forme la plus horrible, le sort fatal auquel aboutit l'existence qui s’est consumée dans l'exclusive accumulation des richesses, la fin justifiant les moyens.

Aux termes de la législation juive (Talmud), les témoins à charge sont tenus de participer à l'exécution des condamnés à mort.

rdc odpxuc du&v. L'usage de ce pluriel comme synonyme du singulier remonte jusqu'à HOMÈRE. Il n’est pas rare dans la Bible, cf. Lévit. 26, 29 ; 2 Rois 9, 36; Job 4, 15 ; Judith 16, 17; 4 Macchab. 15, 15 ; Apoc. johan. 17, 15 ; 19, 18, 21. Voir aussi Sammelbuch griech. Urkunden aus Ægypten, éd. PREISIGKE, 4314, 6 (re siècle avant J.-Ch.), odpxac Édeuoe nupt. Etc.

Quand bien même les rôles successivement attribués à la rouille et surchargés encore par la comparaison entre elle et le feu (cf. 3, 55.) ne satisfont, même approximativement, la logique et le sens de la mesure que moyennant indulgence, il n’y a pas lieu, estimons-nous avec la plupart des commentateurs sauf ROPES, de rattacher dc ndp à é0eoavploute x. Tr. À. (cf. Prov. 16, 27), ce qui donnerait : « comme (puisque) vous avez amassé vousmêmes le feu (de la géhenne), vos chaïrs vont (en) être dévorées. » Non seulement la construction serait un peu gauche, mais l'espèce de cruel trait d’esprit que supposerait cette interprétation paraît ici bien éloigné de la pensée constamment tragique d'un écrivain qui a commencé par inviter à bon escient ses auditeurs, au moins supposés, à « pleurer et hurler » de douleur.

é0eoavpioute Èv Écydraic nuéoaus. Ceci ne fait que souligner la proximité du jugement fatal. Alors que la fin de l’économie présente s'approche à grand pas, vous persistez obstinément à accumuler les biens de ce monde. Notre auteur se rencontre ainsi à la fois avec Sirac. 20, 10-12 et, comme nous l’avons déjà noté, avec Maith. 6, 10-21. Pour le verbe (intransitif aussi dans Luc 12, 21 ; 2 Corinth. 12, 14), cf. Sylloge, 515, 80 (1er siècle avant J.-Ch.), cirovior Dpbvioc Écodoc yilux Téhavra Tù Onoxupto0év. Il n’est pas nécessaire de sous-entendre un complément comme Ôpyhv, Cf. Romains 2, 5. Si sobrement qu’il s'exprime, Jacques montre bien qu’il partage les vues eschatologiques très générales parmi les chrétiens des premières générations. Comme eux, de quelques nuances diverses que se revête çà et là cette conviction, il a conscience de vivre èv écyarouc fuépars. On trouve littéralement la même expression dans 2 Timot. 3, 1. Cf. Hébr. 1, 2. L'absence de l’article souligne la caractéristique, la nature de ces « jours » suprêmes. Déjà le judaïsme, en partie sous l’action d’influences mazdéennes, partageait l'attente, souvent passionnée, de la fin, qui se fixa dans les schémas traditionnels des apocalypses ; cf. entre autres textes Daniel 2, 28 ; 4 Esdyras 13, 16. Voir aussi Actes 2, 17 ; 1 Pierre 1,5 ; 4,7 ; 1 Jean 2, 18, écydrn box; Jean 6, 39 s. ; Didaché 16, 3. Le doute à cet égard n'apparaîtra très explicitement que dans la seconde moitié du 11e siècle : 2 Puerre 3, 4.

4-6. Voici maintenant des griefs plus circonstanciés, des faits définissant la provenance des richesses « pourries » et, du même coup, motivant les effroyables sanctions qui en feront

justice. Ces faits délictueux, ces actes si manifestement contraires à « la religion pure et sans tache » de 1, 27, apparaissent à leur tour comme autant de témoins à charge ; ils « crient » et Dieu les entend.

4. C’est d’abord une odieuse iniquité : vous avez employé des ouvriers pour moissonner vos champs (cf. Luc 17, 7), et vous ne leur avez pas payé leur salaire. A plusieurs reprises, l'A. T. condamne expressément cette pratique, qui semble avoir sévi sur une assez large échelle, tant l’organisation sociale et la répression s'avéraient partiales et défectueuses, alors qu’en droit tout journalier, son nom l'indique, doit toucher chaque soir le salaire de son labeur effectué depuis le matin. Cf. Code de Hammourabi, 273 S. (salaire des pâtres) ; Deutéron. 24, 14-15; Jérém. 22, 13; Lévit. 10, 13 ; Malach. 3, 5 ; Job 7, 2 ; Tobit 4, 14 ; Sirac. 34, 27. Voir aussi T'estam. de Job, 12 ; Oracles sibyll. 2, 74 (ps. Phocylide, 19), uoY0noœvrt didou un OA6E révnre. A l'inverse, il est dit de Dieu qu’il ne tarde pas à payer aux hommes leurs salaires. Exemple : Pirké À bôt, 2, 16. STRACK-BILLERBECK rassemblent les textes rabbiniques intéressants dans cet ordre d'idées, x, p. 592 s., à propos de Malth. 10, 42, la récompense de celui qui aura donné à boire un verre d’eau froide, et p. 832, à propos de Muaith. 20, 8, parabole des ouvriers loués à différentes heures.

1000, Cf. 3, 4 ; 5, 7, 0, II. 10066, salaire, gages, est très usuel dans les papyrus notamment, aussi bien que dans la Bible. (Le salaire du moissonneur, Jean, 4, 36). épyärns s'est dit spécialement des travailleurs agricoles, laboureurs au service d’un patron. Cf. Sag. de Sal. 17, 7. dutw, hapax du N. T., était en général un terme poétique chez les écrivains anciens, tel HÉRo- DOTE. On le retrouve ensuite utilisé par PLUTARQUE, ainsi que dans un papyr. de Hibeh, 47, 12 (256 avant J.-Ch.), Oepileuv dè xai auav, couper et récolter. De ces verbes synonymes, le premier est le plus usuel. Cf. par exemple Jean 4, 36, avec utofév. Mais le second n'est pas rare dans les Sepiante; cf. Deutéron. 24, 19; Lévit. 25, 11; Esaïe 17, 5; Michée 6, 15. xopw, terrain en général ou même territoire, s'emploie moins souvent que yœptoy au sens de campagne (opposée à la ville) ou champ, pièce de terre. Voir cependant 2 Macchab. 8, 6; Luc 12, 16; 21, 21; Jean 4, 35. Papyr. de Tebtumis, 2, 416, 11 (rrre siècle après J.-Ch.), un ouvaxobonc dvfporov ôrr LÉM\O pév évOdde, ëv T[d]yr napayeivoue mpldls GÈ els Tv xwpav. L’ensemble des termes épyarüv Tüv dhinodvroy Tàc opus uv équivaut au simple Oeproévrwv de la phrase suivante.

6 dpuorepnuévos (hapax) à duüv. Cf. Néhém. 7, 31; 0, 20, pour mâna, cohibeo. Papyr. de Florence, x, 3, 17 (301 après J.-Ch.), édv GÈ dpuorephloloor xai un napaoriowuelv ]ueïc adr[o]l roy [rép] adrév A6Yov Ünoulevloüuev. Sirac. 14, 14, etc. Certains mss. ont substitué à cette expression assez peu usuelle :

dmeareonuévoc, À, B3, P, ou : äroorepnuévos, K, L. (Cf. x Corinth. 6, 8). dy a le sens de 6’. Cf. BLASS-DEBRUNNER4,210,2.— Dans Job 31, 13 ss., le châtiment que Dieu inflige au maître coupable d’avoir « méprisé le droit » de son esclave est expressément reconnu comme bien mérité.

Toute l’indignation d’une âme révoltée s’exhale déjà, impétueuse, en ce seul mot : xpdber. C£. Genêse 4, 10 ; 18, 20 ; 19, 13; Exode 2, 23 ; 1 Sam. 9, 16; Ps. 12, 6; Hénoch 22, 5 ss. ; voir aussi 47, 1. RACINE, Afhalie, acte I, scène z, 89 :

Le sang de nos rois crie, et n’est point écouté.

De même dans Phèdre, acte 4, scène 4, 1171 s.—- Le présent marque bien que cette clameur, provoquée par l'exploitation éhontée des malheureux, durera jusqu'à ce qu’enfin ils obtiennent justice. On passera insensiblement du salaire différé qui « crie » au cri des individus qui s’en sont vu frustrer (v. 4 b), la première image n'étant que la projection pathétique de la seconde, plus conforme à la réalité. Il ne serait pas impossible de considérer presque le morceau comme se développant autour d’une idée-mère qu’extérioriseraient deux sortes de cris, ceux d'ici, élevés par une revendication forte de son bon droit, et les lugubres vociférations du v. 1, par lesquelles, après avoir provoqué tant de souffrances et de désordres, les coupables, sous le coup des sanctions qui vont les écraser, seront réduits à clamer leur désespérance.

Le cri (Son, hapax, terme classique; c’est plus qu’une réaction physique instinctive ; c’est l’élan d’un cœur touché au vif) atteint droit son but, xai ai fPoui rüv Osprodvrov els Ta re Kuptou Lab eiosANAUËaY ; ce cri frappe « les oreilles du Seigneur des armées. » L’anthropomorphisme est aussi traditionnel (Ps. 17, I, 6; 18, 7 ; 31, 3; Lament. 3, 56; Néhém. x, 6, 1x, etc.) que le titre divin, transcrit de l’hébreu et attesté deux fois dans le N. T., ici et Romains 9, 29 (citant Esaïe x, 9; cf. DEISSMANN, Die Urgesch. des Christentums im Lichte der Sprachforschung, 1910, p. 23). Yahvé (’ëlôhé) seb4’6t était probablement à l’origine le dieu de l'arche, le Yahvé de Silo (1 Sam. 1, 3, etc.), adoré spécialement comme dieu des armées d'Israël. Lorsque, sous l'influence des grands prophètes, le yahvisme fut devenu pratiquement universaliste, cette appellation subsista, étendue aux armées du ciel, c'est-à-dire à la fois aux astres (Deutéron. 17, 3; Jérém. 8, 2; 2 Rois 17, 16) et aux anges (x Rois 22, 19; Job 38s.; Ps. 103, 21). Les Septante traduisent ordinairement sebd’6t par Tavroxpärwp. Par exception, ils le transcrivent, eux aussi, tout au long du livre d’Esaïe. Notre auteur aura ici adopté ce titre en vue d'intensifier le plus possible la redoutable toute-puissance et l’imposante majesté de Celui qui, épousant la cause des moissonneurs, ne laissera pas plus longtemps leurs oppresseurs impunis. L'auteur de 3 Macchabées ne produit pas un effet plus saisissant lorsque (6, 18 s.) il accumule les épithètes pour le « Dieu très glorieux, tout-puissant et véritable », qui, alors aussi, a entendu le cri

des Juifs réduits à la dernière extrémité (v. 17) par les armées et les éléphants de Ptolémée Philopator.

cicshñhuæv. Cette finale de la troisième personne du pluriel en av au lieu de œo est récente ; on la trouve une dizaine de fois dans le N. T.; exemples : Éyvoxav, Jean 17, 7; dnéorañxav, Actes 16, 36. Elle ne trahit pas un illettré.

Un texte assez voisin du nôtre, mais moins coloré, se remarque dans HERMAS, Vis. 3, 0, 6, « prenez donc garde, vous qui êtes fiers de vos richesses, que les indigents ne gémissent, et que leurs soupirs ne montent vers le Seigneur. » (Cf. Hénoch 47, 8).

5. À l'exploitation de ceux qui peinent pour vous servir, vous joignez les désordres de votre vie privée ; vous vous adonnez à toutes les jouissances matérielles ; il n’est pas d’excès que vous ne commettiez. Ce grief est extériorisé en termes plus réalistes encore que ceux dont usa Luc (16, 19), à propos du riche à la porte duquel gisait le malheureux Lazare. Les prophèêtes de l’A. T. avaient souvent condamné, eux aussi, de tels dérèglements ; cf. Amos 2, 6-8 ; 8, 4-6, par exemple, Il en fut de même dans la littérature gnomique : Prov. 23, 20 ; 28, 7 ; Sirac. 18, 32; 23, 6. Les descriptions hautes en couleur du livre d’'Hénoch (98, IT ; 102, 9 s.) se rapprochent beaucoup de l'inspiration de notre v. Voir d'autre part Jude, v. 12 ; 2 Pierre 2, 135.

Le verbe rouvpdow, qui dérive de Opbrrw, rompre, amallir, énerver, est classique, mais isolé dans le N. T. Cf. Néhém. 9, 25 ; Esaïe 66, 11 ; Sirac. 14, 4 ; — pvp, luxure ou délices, Luc 7, 25; 2 Pierre 2, 13 ; — S'ylloge, AI8, 124 (238 après J.-Ch.), Geoucv DO4TOY AouTpt où pôvoy Tpùc Touphv GAAX xai dyeluv na epa- TeEtav oœouaToy émirndetorare. Ce n’est pas sans motif que cette existence de fêtards est expressément localisée ëri ris yñc (cf. Matth. 6, 19) : ne vivons-nous pas ëv Écydroic Muépaus (V. 3) ? La pensée de l’auteur demeure dominée par la perspective eschatologique ; le jugement, dont il vient de mettre en relief l'approche terrifiante, s'aperçoit de nouveau, par contraste avec l'énumération des débordements auxquels se livrent les gens qui ne regardent pas plus loin que la terre. Cf. Hénoch 94, 8, « aux jours de votre richesse, vous n'avez pas pensé au Très- Haut. » — C'est évidemment au ciel que réside « le Seigneur des armées. » Il ne faudrait pas prolonger beaucoup les lignes ainsi esquissées pour aboutir à quelque affirmation comme : 6 x6ouoc rapéyerar koi h énuduuéx «drod (1 Jean 2, 17 a). Mais il est intéressant pour la psychologie de notre écrivain de constater qu'il s’abstient précisément de formuler une appréciation de ce genre et laisse au lecteur le soin de conclure.

xal éoraraïñoure, parallèle et synonyme d’érpupnaoure (cf. HErMas, Simil. 6, 1, 6; 2, 6, onaravra xai rpupüvra), le renforce. Ce verbe vise en bloc tout ce qui ressortit à la débauche et aux voluptés. 1 Timot. 5, 6, seul autre texte du N. T. où nous le rencontrons (tandis qu’il revient assez fréquemment dans

les Septante), déclare énergiquement, à propos d'un type de veuve frivole : ñ SÈ onarawox Cox Télvmxev. Cf. Ézéch. 16, 49; Sirac. 21, 15 : Barnabas 10, 3. Epigrammata Græca, éd. KAIBEL, Berlin, 1878, 646 a, 5 5. :

Ge oùv xaupdv Éyels, AoDOGL, HLUPIOQL, GTATÉANGOV

xal yapuoat, Dandvnoov, &rep Dbvacar TÉL TNPES

craraäv est apparenté à or&w, savourer (des boissons) jusqu’à

satiété. Les aoristes « de constatation » (MOULTON, Proleg., p. 109) se rendent naturellement par le passé indéfini.

&0pébare rhc xapDiac duo ëv uépe cpxyñc. Que faut-il entendre par ce « jour de la tuerie » ? Il pourrait s’agir encore du jour du jugement, et les bombances (repaître vos cœurs, ou les « engraisser » comme traduit CHAINE, ne fait guère que répéter l’idée des deux verbes précédents ; — pour le cœur siège des passions, appétits et plaisirs sensuels, aussi bien que de l’ensemble de la vie de l'esprit, cf. Juges 19, 5, 8 ; Esaïe 6, 10, cité dans Matth. 14, 15 et dans Actes 28, 27 ; Ps. 104, 15 ; — Testam. de Juda 13, 2 ; de Dan 2,5 ; 4, 7 ; de Gad 3, 1 ; — Maïth. 15, 19; Luc, 21, 34; Actes 14, 17) seraient d’autant plus réprouvées qu’elles persisteraient follement jusqu’à la dernière extrémité, c'est-à-dire jusqu’au jour où s’exécutera la condamnation des coupables à une mort violente, coxyh (cf. Actes, 8, 32, qui cite Esaïe 53, 7; Romains 8, 38). Alors qu'il eût fallu s’adonner exclusivement à l’humiliation et à la repentance, ils ne songeaient encore qu’à satisfaire leurs basses convoitises. On trouve le jour du jugement assimilé à celui du « carnage » dans /érém. 12, 3; Hénoch 1x6, 1:;.94, 0; 08, 10; 90, 6;/voir aussi Fsañe 34, 2 ; 63, 1-6. — ’Ev, avec cette interprétation, n’équivaudrait pas à eic, comme le propose CHAINE ; cf. in die, ms. Fuld., mais garderait son sens propre. Cf. 1 Thessal. 3, 13, ëv Tÿ rapovoix x. 7. À. C’est, en tout cas, un éclaircissement et une atténuation qu'introduisent ici les témoins du texte qui ont ajouté wc avant ëv (K, L, syr'?, etc.). — Peut-être, étant donné l’ensemble du contexte, les vraisemblances sont-elles favorables à l’hypothèse qui cherche dans cette direction l’élucidation des mots ëv nuéox ooxyñc. S'y sont ralliés RoPES et HAUCK.

Cependant, on pourrait comprendre simplement par uépx opayñc l’allusion à la mise à mort des bêtes grasses destinées aux festins (Luc 15, 23) des gens qui font ripaille ; opxyn ({ébah) s’employait surtout à propos des animaux ; cf. Romains 8, 36, d'après Ps. 43, 23, rp66xtx opayis. — Ou peut-être ces mots énigmatiques s’appliqueraient-ils aux violences criminelles exercées sur les malheureux innocents dont il va être question au v. 6. C'est l’avis de DIBELIUS, qui se réfère à Hénoch 100, 7. WINDISCH se prononce dans le même sens. Il y aurait en ce cas quelque maladresse à anticiper peu explicitement sur Épovevoure en parlant déjà de « tuerie ».

Il est donc difficile de se prononcer sur la portée exacte

d'une expression que rien ne définit. Bornons-nous dans ces conditions à constater que, de toute manière, les trois verbes ajoutent aux griefs précédemment définis tous les excès et même les crimes que peuvent entraîner les désordres des sens. 6. Dernier grief, crime après lequel il ne reste qu’à abandonner les coupables aux sanctions qu’on a suffisamment évoquées auparavant pour pouvoir ici les passer sous silence et laisser le lecteur comme haletant, en suspens devant les plus sombres perspectives.

raredracure (terme juridique dans les papyrus; cf. Matth. 12, 7, 37 ; Luc 6, 37)... rèv Gtxouov. L’iniquité ne saurait éclater plus explicitement que dans ce contraste intentionnel des expressions. C’est à maintes reprises que l’A. T. fulmine contre la justice corrompue et oppressive, esclave des puissants de ce monde : Exode 23, 6-8 (livre de l'alliance) ; Amos 5, 12 ; 6, 12; Esaïe 3, 10 ; cf. Sag. de Sal. 2, 10-20. Etc. Sans cesse de pareilles exactions soulevaient les plaintes de leurs malheureuses victimes, qui auraient eu droit au contraire à rencontrer aide et protection. Cf. Ps. 9, 19 ; Hénoch 103, 15 ; — Jacg. 2, 6. époveboure, juxtaposé à xwredtxdoure sans aucune transition, porte la note tragique au paroxysme. Ce meurtre doit être compris littéralement ; ce n’est pas seulement en ôtant au juste toute possibilité de subsistance (v. 4) que les riches le réduisent à mourir (Sirac. 4, I ; 34, 26) ; aussi bien n’auraient-ils pas eu besoin, en ce cas, de recourir à des condamnations judiciaires. Les anciens commentateurs, CASSIODORE, BÈDE, ŒCUME- NIUS (évavripnroc, dit ce dernier) ont compris par rùv dtxatov Jésus lui-même (cf. Actes 3, 14 ; 7, 52 ; 22, 14 ; voir aussi Matth. 27,102 Luc 23, 474 Pierres, 18 1x Jean 2/721)'étivuici une allusion à sa mort. Cette idée est évidemment étrangère à tout le morceau ; elle rendrait inintelligible le verbe au présent, oùx dvriréooerat. Nulle part, au surplus, le N. T. n’attribue aux « riches » l'initiative et la responsabilité de la condamnation capitale de Jésus.

En réalité, roy Ôtxaov a une portée collective (cf. Esaïe 3, 10 ; 57, 1; Hénoch 95, 7 ; 96, 8), et doit s'entendre des journaliers visés plus haut, ainsi qu'éventuellement d’autres victimes des mêmes exploiteurs, habiles à se débarrasser de toutes leurs réclamations possibles en les faisant simplement supprimer par un verdict de mort obtenu contre eux d'une juridiction indigne. Ce « juste » ne vous résiste pas. La phrase garde jusqu’au bout le ton rapide, pressant, qui la rend fort impressive ; elle s’arrête si brusquement qu’on ajouterait volontiers des points de suspension, sans d’ailleurs qu'il faille nécessairement considérer le morceau comme inachevé. Le verbe au présent sculpte en quelque sorte la scène avec tout son relief sous les yeux du lecteur. Aux criminels déchaînés s'oppose la victime, qui non seulement ne se plaint pas mais ne tente aucunement de se

défendre ou de résister. Cf. Matth. 5, 39; HERMAS, Préc. 8, 10, undevi dvriréooeo@ar (pour ce verbe, cf. Jacg. 4, 6). Aux plus épouvantables forfaits de l’iniquité répond ainsi la suprême abnégation. Tout commentaire, estime apparemment l’auteur, serait superflu. Mais ses auditeurs ou lecteurs pourraient très naturellement conclure : que celui qui a des oreilles entende ! Les écrivains juifs, au contraire, tiennent toujours à spécifier que le Seigneur prend en main la cause des opprimés ; cf, parmi les textes apparentés au nôtre par ailleurs, Hénoch 95, 3 ; 06, 1; 08,° 12.

- Ici comme à propos de 2, 6, l'hypothèse d’une discrète allusion à l'attitude des chrétiens livrés aux persécutions n’aurait en soi rien d’impossible. Mais, de nouveau, pourquoi l’auteur aurait-il fait de la richesse la caractéristique des persécuteurs ? L'ensemble du développement vise nettement une catégorie sociale. Si, en fait, l'esprit général et La piété qui s’affirment dans la non-résistance purent inspirer les fidèles du Christ comparaissant devant les magistrats de l'empire ou jetés aux bêtes de l’amphithéâtre, c’est en d’autres circonstances, pour nous indéterminables, également dramatiques mais indépendantes des conflits de nature religieuse, que Jacques évoque leur héroïque sérénité.

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