PRIEZ
BL'un de vous souffre-t-1l ? Qu'il prie. Est-il joyeux ? Qu'il chante des cantiques. L'un de vous est-il malade ? Qu'il fasse appeler les anciens de l'Église, et que ceux-ci prient pour lui (x), après lui avoir fait une onction d'huile au nom du Seigneur. 15La prière inspirée par la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera. S'il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés. 16Confessez-vous donc réciproquement vos péchés et priez les uns pour les autres. La prière du juste agit avec une puissance constdérable. 17Élie était un homme soumis aux mêmes misères que nous ; or, il pria instamment pour qu'il ne tombât point de pluie, et il ne plut point sur la terre pendant trois ans et six mois. Puis 1l
(1) Lättéralement : sur lui.
pria de nouveau, et le ciel donna de la pluie, et la terre produisit son fruit.
Pour rattacher organiquement ces v. au précédent, il faudrait se contenter, avec RoPES, de constater que l’ensemble des v. 12-18 vise à donner « l’expression religieuse de fortes émotions », ou supposer, avec HAUCK (Das N. T. deuisch, 3, p. 160), que Jacques « passe de l’usage injustifié du nom de Dieu à son emploi normal, spécialement dans la prière. » Ceci ne saurait vraiment suppléer à l'absence d’une transition, entre la sentence toute didactique qui proscrit le serment et le tableau très coloré qui lui succède, décrivant des scènes concrètes.
Les v. 13-15 contiennent en effet une série, concise mais explicite, de règles de cure d'âme à appliquer en présence de certaines éventualités nettement définies, savoir : aux prises avec la souffrance en général ; — dans la joie ; — dans la maladie, cas particulier de la souffrance. La règle tient en un mot : prier, sous forme chantée la seconde fois, avec d’autres précisions plus détaillées et l'indication des résultats quand il s’agit d’un malade.
A ces v., qui pourraient former un tout indépendant, se trouvent en fait intimement associés ceux qui les suivent, 16-18, où de nouveau les lecteurs sont exhortés avec force à s’adonner à la prière, mais d’une manière plus générale cette fois, quoique une transition se trouve ménagée par les mots : «afin d’être guéris. » Cette intercession couronnera la confession mutuelle des fautes, v. 16. La puissance de la prière est ensuite, v. 17-18, mise en relief par l'évocation d'un épisode emprunté à l’histoire traditionnelle du prophète Elie (cf. les prophètes, V2-10$47T0b; v:2#0);
La prière, continuellement apparue ainsi au premier plan, assure donc une réelle unité à ces développements, qui partent de l’examen de cas particuliers pour aboutir à des exhortations générales.
13. On ne peut dire davantage en moins de mots. Les circonstances envisagées apparaissent avec un relief vigoureux; la construction interrogative et rapide (cf. 3, 13), qui se répétera trois fois, v. 13 4, 13 b, 14, donne à la phrase une cadence alerte, en évitant de formuler tout au long l’hypothèse : « si l’un de vous.., il faut qu’il... ». Cette tournure, la parataxe, est particulièrement caractéristique de la diatribe. Cf. 1 Corinth. 7, 21. PHILON. de Jos. 144, p. 61. BULTMANN, Der Stil der paulimschen Predigt und die kynisch-stoische Diatribe, 1910, p. 15. DIBELIUS, p. 232, n. 1. On voit immédiatement ainsi comment la piété intime va réagir et s’affirmer sous telle ou telle forme précise, correspondant aux conditions qui se présentent à elle.
Il importe, en effet, de constater que l’auteur, tout en s'adressant ici encore collectivement à ses &ÿevot désignés par
dutv, cf. 4, I, considère des cas nettement individuels : rie àv dpiv vise assurément « l’un » quelconque « d’entre vous »; ce qui est supposé lui arriver peut également se présenter pour n'importe quel autre, de sorte que la règle à appliquer garde une portée générale, mais c’est dans la vie privée, en dehors des assemblées de la communauté, que chacun doit s’en approprier la valeur. Ces simples indications nous permettent ainsi de jeter un coup d’œil sur les manifestations de la piété à l’œuvre quand le chrétien s’est retiré chez lui, et d’y saisir sur le vif l'intensité de la prière. Il n'avait garde d’en limiter l'usage aux heures de recueillement et d’adoration en commun avec ses frères. En d’autres termes, les prières cultuelles n’absorbent pas toute la sève vivifiante de l'inspiration religieuse. On prie également lorsqu'on est « entré dans sa chambre et qu’on en a fermé la porte ; on prie le Père qui est là, dans ce lieu secret » (Maith. 6, 6 ; cf. 2 Rois 4, 33). Il est même permis de penser que ces deux catégories d’élévations se prêtaient en fait pour l’âme fervente un mutuel appui.
C’est déjà la prière toute personnelle (ris dbu&v) que Jacques plaçait en pleine lumière dans 1, 5 s., en déclarant que Dieu l’exauce toujours pourvu qu'elle soit faite ëv rioter (cf. ci-après, 5, 15). Le « frère » envisagé là était invité à prier pour obtenir de Dieu qu’il comble le déficit possible de sa « sagesse. » Cette donnée suffirait à marquer quelle importance primordiale ressortit pour notre auteur à la prière. On a vu comment d’après lui, la sagesse « qui vient d’en haut » se manifeste x T6 xaANc &varotpooñc (3, 13), comment par elle l'individu devient, dans la plénitude du terme, un route épyou (1, 25), comment, dès lors, elle donne à la vie entière harmonie, fécondité, grandeur morale (3, 17 s.). Or la sagesse elle-même procède de la prière. La prière seule, demande humble et confiante, fait descendre la sagesse, grâce excellente, d’auprès de Dieu (x, 17) dans l’âme humaine. Quoi d'étonnant si une série des cas où cette démarche fervente apportera avec elle d'aussi précieuses bénédictions se trouve ici caractérisée par les seuls mots : xaxomalet tic v duiy ;
Le verbe xaxomadéw n’est employé que trois autres fois dans le N.T. : 2 Timot. 2, 3, 9; 4, 5, et une seule fois dans les Sepiante : Jonas 4, 10. Rare aussi dans les papyrus, il était classique, peutêtre d’origine ionique. Cf. THUMB, Handbuch der griech. Dralekte, 1909, p. 373. Nous avons rencontré au v. 10 le substantif correspondant. |
Quelle que puisse être la nature de la souffrance éprouvée, depuis l'inquiétude fugace ou à demi consciente jusqu'aux déchirements causés par les plus cruelles calamités, à tous les degrés possibles d'intensité ou de durée (cf. merpaoyoïs mowihouc, I, 2), vous ne surmonterez jamais ces épreuves autrement qu'en
riant. Les Stoïciens nient ou méprisent la souffrance. D'autres cherchent à s’en délivrer par leurs propres forces. D'autres