LORS
encore gémissent, accablés et se répandent en plaintes impuissantes. Ces diverses attitudes demeurent fatalement décevantes, Il n'existe qu’une issue : s'élever par la prière à Dieu, l’auteur souverain de toutes choses. Quel sera le contenu de cette prière ? Jacques n’éprouve nullement le besoin d'en donner un aperçu quelconque. Tu souffres ? Prie. Tourne vers Dieu ton âme ballottée ; lui-même t’inspirera les paroles, voire les soupirs (cf. Romains 8, 26) susceptibles de te soulager. La simple démarche d’une bonne volonté qui l’appelle au secours amène d'emblée la certitude de l’exaucement.
Le texte de la prière que le livre des Actes (4, 24-30) attribue à la communauté réunie autour de Pierre et de Jean, qui viennent de se voir sommer de ne plus « enseigner ni prêcher au nom de Jésus » (v. 18), est un exemple significatif du puissant recours ainsi invoqué dans l'épreuve. On se représentera sans difficulté des chrétiens isolés obtenant de la sorte d'aussi précieux réconforts ; voir le commentaire de la phrase suivante, in fine.
Une exhortation très voisine de la nôtre, mais conçue en termes plus amples et manifestant plus de mysticisme, se lit dans 1 Puerre 4, 10. Déjà le psautier (Ps. 50, 15 ; 62, 9 ; 0x, 14, etc.) accentuait maiïntes fois, en termes impressifs, les interventions du « Dieu des délivrances » et l’exaucement promis au fidèle qui les sollicite. Notre v. reste évidemment dans le prolongement de cette piété, virile et sereine entre toutes.
cbuuet rie ; Vanñéro. (CE. Ps. de Sal. 15, 3). Tel autre frère, ou le même en d’autres temps, peut, au contraire, se trouver d'humeur à se réjouir. Edôvuet (cf. Ps. 32 (31), 11, GE; Prou. x5, 15) ne comporte pas plus de précision que xwxonadet ; il ne vise aucune satisfaction spéciale ; il n’y a pas lieu d’en chercher les causes ou les caractères, À cet optimisme, enjouement ou gaîté de portée générale et peu définie, correspond bien l'usage conventionnel du mot dans les entrées en matière du style épistolaire (cf. 1, 1). Exemple : Papyr. de Leipaig, 1, 111, 5 (rve siècle après J.-Ch.), red pèv [rélvrov ebyouar à Gdiore Oef@] mept Tic oc dyius ai 6AoxAnplac, Eva byiévovra o€ xai edOuuobvra aroAtôn Tù rap Euod yoauuati[ô]lux. Dans le N.T., on ne retrouve ce verbe que sur les lèvres de Paul lorsque, d’après Actes 27, 22, 25, il exhorte énergiquement ses compagnons de naufrage à se rasséréner. L’apôtre ainsi se trouve accomplir la « bonne œuvre » qu'HERMAS, Préc. 8, 10, insérera en ces mots dans un ample catalogue de pratiques vertueuses : ebObuouc roteiv, Cf. l'adjectif dans Acées 27, 36 et l’adverbe dans Actes 24, 10. PLUTARQUE a écrit un traité mepl edOvuiac, de tranquillilate anim.
Quelle sera l'expression normale d’une allégresse intime aussi prédominante ? Ce sera le chant, mais un chant religieux, exprimant encore la prière. Il convient, en effet, malgré la
concision persistante, de donner à daléro, littéralement : « qu'il chante un psaume », la valeur d’une action de grâces Joyeuse ou même enthousiaste. VéMw signifie proprement : jouer d’un instrument à cordes (psalterion), cf. Sylloge, 323, 18 (re siècle avant J.-Ch.), Gidéer xapiteuw (avec un archet, blectrum) à Yä&ew (en touchant les cordes). C’est l'équivalent de l’hébreu niggén, 1 Sam. 16, 16; Esaïe 38, 20, etc. De là vint le sens dérivé : chanter en s’accompagnant d’un instrument (zimmér [benébel ; benébèl wekinnôr|, Psaumes, passim), exemples : Ps. 18, 50, cité dans Romains 15, 9 ; Ps. 33, 2 ; 08, 4, 5, etc. Mais les textes du N. T. où l’on rencontre ce verbe, 1 Corinth. 14, 15 (Var parallèle à rpocetéoua) et Éphés. 5, ro, l’appliquent au chant purement vocal dans les assemblées du culte. Il peut s'agir de psaumes, d’hymnes ou de cantiques inspirés, Édats rveuuarixatc, et on les chante en «rendant grâces », Éphés. 5, 20 ; cf. le texte analogue : Coloss. 3, 16 s., et notre article, Revue d'Hist. et de Philos. relig., juïllet-octobre 1920, p. 366 ss. Voir aussi comment EUSÈBE, Hist. ecclés. 5, 28, 5, atteste l'existence de ces cantiques chrétiens dr’ &pyñc, et avant lui PLINE LE JEUNE, épitres, 10, 96.
Emprisonnés à Philippes, Paul et Silas sont représentés par le rédacteur du livre des Actes (16, 25) comme rpocevyôuevor Üuvouv Tov Oeév (1). Voilà qui illustre remarquablement notre bref précepte. Ainsi, lorsqu'il ne pouvait être question de se réunir en assemblée proprement cultuelle, lorsqu'on était réduit à l'isolement (cf. les « deux ou trois » prévus dans Matth. 18, 20), les premières générations chrétiennes pratiquaient encore, avec une irrésistible spontanéité, la prière tant prononcée que chantée ; elle jaillissait du fond des cœurs, fervente, enthousiaste, victorieuse, soit au milieu des souffrances, soit en des temps plus calmes. On voit même, pour ainsi dire, coexister dans l’âme des missionnaires prisonniers la brutale xuxomddaix déjà transfigurée par la prière et l’ebfuuix la plus sereine, due toujours et partout à cette pieuse discipline ; les chants qui s'élèvent à Dieu en sont l'expression à son tour spontanée. C'était donc bien ëv ravri que la vie religieuse manifestait sa- merveilleuse fécondité avant tout par « des prières, des supplications et des actions de grâces. » (Philipp. 4, 6).