Troisième éventualité : un frère est malade, &ofevet. Ce
(x) Cf. MaRC BOEGNER, Le Christ devant la souffrance et devant la joie, 1935, p. 217 et n. 2 (où il faut lire : Actes 16). — L'histoire des martyrs, à travers les âges, contient plus d’une réplique de cette scène. Exemple : « Amenés devant Villegagnon, Jean Dubordel, Matthieu Vermeil et André Lafon furent interrogés par lui sut la confession de foi qu'ils avaient signée. Ils en soutinrent le contenu. Alors le tyran leur fit mettre des fers et les fit jeter dans un cachot obscur; mais eux dans leur prison se réjouissaient et se consolaient l’un l’autre en priant, en chantant des psaumes et en célébrant les grâces de Dieu. » (La Mission protestante au Brésil, 1556, Cahiers missionnaires, n° 6, Paris, 1923, p. 34).
verbe est très usuel ; fréquent dans le N: T. comme dans les papyrus, il peut s'appliquer à tous les degrés et catégories possibles de faiblesse, de maladie ou d'’infirmité, notamment aux maladies graves : Jean 4, 46 S.; II, I, 3, 6; Actes 9,%37:
Il s’agit donc encore de l’hypothèse : xaxomabet tic ëv div, mais réduite cette fois à certaines souffrances seulement, celles qui frappent l'organisme physique. Ce cas est considéré à part, parce qu'on doit le soumettre, sous une forme également précisée et délimitée, à la règle générale : recourir à Dieu, prier. Après la prière-hymne, qui convient spécialement pour les heures où la vie suit un cours paisible et agréable, voici que peut sonner l’une de celles où interviendra, salutaire, la prièreintercession. :
Le malade enverra chercher les anciens de l'Eglise, rpooxx- Aeckolw rod rosoëurépous Te éxxAnotuc. C’est à la fois son droit et son devoir. Le verbe n’est employé qu’au moyen dans le N. T.; les papyrus l'ont en outre au passif.
La communauté des frères est donc une éxxAnot«; cf. la ouvæyoyh, 2, 2. Le sens classique, très général, du mot éxxAnoix, réunion, assemblée, collectivité (cf. Actes 19, 32, 39 s.), est constamment attesté à l’époque hellénistique ; on l’applique par exemple aux fhyases de toute catégorie. Voir aussi Sylloge 314, 46, éxxAnota ovvhyOn xvptx Ev [rét Oex]tpwt. Etc. Dans le N. T., le sens religieux a prévalu ; Paul, notamment, adresse toutes ses épîtres soit à une éxxAnoix soit à l’ensemble des &yto d'une ville ou d’une région; les deux désignations sont juxtaposées dans 1 Corinth. x, 2; 2 Corinth. x, 1. Voir aussi le cas d'une éxxAnoix domestique, exemple : Phlémon v. 2 b. Les Septante traduisent souvent par ce même mot l’hébreu géhäl, plus solennel que ‘édé. Il se peut que ces textes aient contribué à faire appliquer éxxAnoix aux chrétiens, qui se considéraient comme l’Israël véritable. En tout cas l’« Église » ne tarda pas à les désigner soit dans leur totalité, exemples : Actes 2, 47; Matth. 16, 18, soit, comme dans les textes cités de PAUL et comme ici, groupés en une communauté locale. — Cf. K. L. SCHMIDT, Die Kirche des Urchristentums (Festgabe für Deissmann), 1927. OLAF LINTON, Das Problem der Urkirche in der neueren Forschung, Uppsala, 1932. Josepx BôN1, Recherches sur le concept de l’Église dans l'antiquité chrétienne, Lausanne, 1935.
Cette Eglise a des anciens, tæpeo6brepor, terme attesté dans le langage officiel du monde païen (Asie Mineure, mot technique pour : membre d'une corporation ; Égypte : titre de fonctionnaires municipaux, de gardiens de temples, etc. Cf. DEISSMANN, Bibelstud. p. 153 s. MILLIGAN, Vocabulary, p. 535). En Israël, l'institution des anciens, zegénim, zignêé ha‘îir, remonte loin. C£. Nombres 11, 16 ss. 1 Rois 20, 7s. contient des renseignements sur leur rôle en cas de guerre. JOSÈPHE appelle Bou le conseil juif des anciens, le ouvédpuov des évangiles, Matth. 5, 22 ; 10, VE A
Marc 13, 9, dont chacun des membres laïques porte personnellement le titre d’ancien. Toute synagogue avait aussi son conseil d'anciens, Luc 7, 3 ; composé d’au moins sept membres, il exerçait un pouvoir administratif et financier discrétionnaire. Cf. SCHÜRER, Gesch. d. jüd. Volkes im Zeitalter Jesu-Christi3, 2, p. 434 S. Dans la diaspora, les anciens ne sorit pas mentionnés avant le 1v® siècle de notre ère.
Le type social de la synagogue se présenta sans doute de lui-même à l'esprit des premiers chrétiens de Jérusalem. Ainsi comprend-on comment put se constituer le collège de leurs presbytres. Mais au début ce ne fut pas une institution dont la composition et la compétence eussent été fixées par des règlements à proprement parler. N'oublions pas qu’à cette époque les charismes s’épanouissaient en toute liberté ; cf. 1 Corinth. 12; 14. « Les premières ébauches d’organisation au sein de la communauté primitive régie par le Saint-Esprit ont été provoquées par les nécessités de la vie matérielle, ou sont sorties spontanément des besoins de la petite théocratie chrétienne. » (JEAN RÉVILLE, Les origines de l’épiscopat, p. 82). L'ensemble des notables, rù roeoGutéotov, Actes 22, 5, ne représente donc qu'une variété des conseils d'anciens qu’on retrouve dans la plupart des cités antiques : Yepovoix, senatus, patres conscripti, etc. Ni iécUsSalem (ACES ir #30 m9) 4 6722"S. ; 27, 10) ni dans les communautés pauliniennes qui paraissent avoir eu presque toutes leurs presbytres (Acées 14, 23 ; 16, 4 ; 20, 17 ; — Tite 1. 5-9 ; — 1 Clément rom., passim), cette institution ne présente un caractère sacramentel ou clérical. Aussi bien les presbytres ne se distinguent-ils pas des évêques (surveillants). Les décisions prises par eux sont soumises à la ratification de l’Église entière. Peu à peu, cependant, par analogie avec le grâänd sanhédrin juif, le groupe des presbytres chrétiens aspira à devenir le conseil ou tribunal suprême de l’universalité des disciples de Jésus. Mais en fait, l’autorité reconnue aux apôtres, prophètes et docteurs (représentants des trois « plus grands charismes » d’après PAUL; cf. ci-dessus, 3, 1) se différencia de plus en plus de la sienne. Finalement les communautés s’orientèrent vers l’épiscopat, qui devait plus tard (après 150-160) devenir partout monarchique, tandis que presbytérat et diaconat constitueront les degrés subalternes de la hiérarchie ecclésiastique.
Quant au recrutement des presbytres, nous ne sommes guère renseignés. Ce sont les Soxobvres de Galates 2, 6, les TpOiorauévor de 1 Thessal. 5, 12; Romains 12, 8; les Guvaroi ou yvôpmuor de JOsÈPHE, les mp66ovaor des oligarchies grecques. A l’époque de TERTULLIEN il y avait encore des femmes parmi les presbytres : ad uxorem, 1, 7 ; de monogamia, II. CÉPPPDE LABRIOLLE, La crise montaniste, p. 481.
Outre leurs fonctions directrices ou administratives dans la communauté, ils y exerçaient la cure d’âme. Cela ressort sur-
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tout de x Pierre 5, 1-4, de Didaché, 15 et de notre texte : d'une manière générale, les presbytres remplissent l'office de « pasteurs »; cf. les youuévor, Hébr. 13, 7; plus spécialement, ici, leur assistance spirituelle s’adresse aux frères atteints de maladie. D’après 1 Timot. 5, 17, certains presbytres prêchent et
enseignent. Enfin, l'épître de POLYCARPE aux Phlippiens, (5 2 1 donne des devoirs des presbytres une énumération détaillée où nous relevons en particulier deux traits : èmiorpépovtes Tà &nonerhavmuéva (cf. ci-après, v. 19 s.), émioxentouevor Tévrac &ofeveic. Il est permis d'observer, d’après l’ensemble de notre épître, que son auteur sait approprier à la mission d’un « docteur » (3, 1) l'esprit d’un zélé « presbytre », pasteur d'âmes. Ceci vivifie cela. Jacques pourrait donc prendre place parmi les rouuévas al diacxhouc auxquels Éphés. 4, II s. assigne un bon rang dans l’ensemble des vocations destinées à « mettre les saints en état d'accomplir leur tâche. »
Dans 2 Jean, v. 1; 3 Jean, v. 1, l’auteur, 6 moso6drepoc, se base sur ses relations avec le cercle des apôtres (cf. 1 Jean I, 1-3) pour parler de son témoignage oculaire, mais rien ne permet de dire en quoi d’après lui consistaient ces relations ellesmêmes. )
À consulter : J. BARNAUD, Le presbytérianisme des origines. Etudes théol. et relig., 1930, p. 227-248. — En 1534, BUCER comprend l'assistance des malades dans l'office des diacres, s'inspirant de Matth. 25, 36. La plus ancienne liturgie réformée connue, en usage à Genève dès le retour de Calvin en 1541, est intitulée : « La Forme des Prières ecclésiastiques, avec la manière d'administrer les sacremens et célébrer le mariage ef la visitation des malades. » (Edition de 1556 : bibliothèque du Protestantisme français, collection ANDRÉ, 181).
Voyons donc les presbytres à l’œuvre au chevet d’un malade. L'emploi du pluriel n'indique pas nécessairement qu'ils y viennent tous ensemble. Leur nombre, d’ailleurs, reste indéterminé ; il pouvait varier, apparemment en proportion de l’importance äes communautés. Les presbytres formant un corps au sein de l'Église locale (cf. 1 Timot. 4, 14), l'usage parlait facilement d'eux en bloc, même alors qu’il pouvait s'agir de quelques-uns seulement. Cf. Luc 17, 14, ëmdel£ure éaurodc roc LEPEUOLV. 4
Leur ministère auprès du malade consiste à « prier, après Jui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur, » La visite aux malades (cf. Matth. 25, 36) et l'intercession pour eux à leur chevet sont déjà des coutumes juives : cf. STRACK-BIL- LERBECK, 2, p. 441 : différents rabbins les pratiquaient et les recommandaient depuis le rer siècle de notre ère. — Un fragment copte de la Didaché, découvert en 1924, contient une « action de grâces pour lonction »; cf. MAURICE GOGUEL, Revue d'Hist. et de Philos. relig., 1930, 2, p. 197 s. C'est arbitrai-
rement, semble-t-il, que REITZENSTEIN voudrait y voir un élément organique du rituel eucharistie-baptême, lui-même ramené à l'unité sans que les textes obligent aucunement à l’admettre.
Cette intercession doit donc s'accompagner d’une onction d'huile. Cf. E. M. WiLson. The anointing of the sick in the epistle of James, The Princeton Theolog. Review, 1921. Er” adrdv &Aet- Yavrec (verbe très fréquent dans les papyrus et les inscriptions) éhaio : « sur lui » indique à la fois littéralement l’attouchement (cf. les pratiques des exorcistes, Actes 19, 13) et l'intention : pour lui. Rien ne prouve qu’il y ait en même temps imposition des mains ; il semble que ceci ne pourrait guère n’être pas expressément précisé. Cf. Marc [16, 18]; Actes 28, 3. D'ailleurs, les textes juifs relatifs aux onctions pratiquées en cas de maladie n'en disent rien non plus.
L'emploi du participe marque bien que l'importance capitale incombe ici à la prière prononcée par les anciens en faveur du malade, et que l’onction d'huile, pratiquée également en pareil cas, lui reste subordonnée. Depuis très longtemps, l'huile était en usage comme médicament ; cf. Esaïe 1, 6; Marc 6, 13; Luc 10, 34 (huile et vin) ; JOSÈPHE, Anéig. 17, 172; Bell. Jud. 1, 657. STRACK-BILLERBECK, 1, p. 428 s. Une valeur spécialement religieuse ne semble pas être ici attribuée au maintien de l’ancienne coutume de l’onction considérée en elle-même. Ce qui importe, ce qui lui donne cette valeur, c’est la nécessité de procéder « au nom du Seigneur », en invoquant solennellement ce nom. (Variantes : roù Kvuopfou manque dans le ms. B ; le sens reste le même, cf. Actes 5, 41; 3 Jean, v. 7; rod manque dans le ms. À et certains minuscules). Il n’y a dès lors ni simple thérapeutique médicale, ni guérison par la foi. Cf. MOFFATT, p. 79 ; F. MÉNÉGOZ, Le problème et la prière, 1032, p. 329 et n. 157. Plus généralement, l’onction (baptismale apparemment) dont parle 1 Jean 2, 20, 27, est donnée de la part du Saint (le Père), vient du Seigneur (le Christ), demeure et enseigne. Les hérétiques combattus là pratiquaient probablement une onction particulière. Le don de l'Esprit est assimilé à la fois à l’apposition d’un « sceau » et à une « onction » dans 2 Coyinth. I, 27; cf. v. 22. Mais la pratique de l’onction baptismale ne se généralisera que plus tard. fi
Quand invoque-t-on le nom du Seigneur ? En pratiquant Jonction, mais apparemment aussi au moment où l'on prie, et qui peut soit coïncider avec celui où le malade reçoit l’huile, soit le suivre immédiatement, à moins encore que les deux actes ayant commencé ensemble, la prière ne s'achève qu'après l'onction ; l’aoriste n’a rien de rigoureux et ne permet pas de statuer une suite précise entre ces éléments de l’ensemble ici décrit.
Les mots èv r& ôvéuur (cf. HEITMÜLLER, Im Namen Jesu, p. 86 s.) remontent à l'A. T., mais Kupiou ne peut désigner que
Jésus. Cf. 2, 7. Les presbytres sont ses représentants ; il inter- Vient lui-même et sanctionne leur pieuse intercession lorsque, auprès des malades aussi bien que lors d’un baptême par exemple (Actes 2, 38 ; 8, 16; 10, 48 ; 10, 5), ils ont agi « en son nom. » Cette mention du nom ne comporte, manifestement, aucune croyance à l'effet magique d’une formule, comme s’il s'agissait de chasser le démon qui aurait causé la maladie, par la puissance du Seigneur, à laquelle son nom s’identifierait à lui seul, et dont on déclencherait la vertu curative rien qu’en prononçant ce nom prestigieux. Aucun élément du contexte ne permet de supposer que cette conception, encore très nette dans beaucoup de récits évangéliques de guérisons miraculeuses, ait joué un rôle notable dans la pensée de notre auteur, sinon en fait dans les pratiques conformes à son exhortation.
Le v. 15 achève de dissiper à cet égard toute incertitude. Qu'est-ce, en effet, qui « sauve le malade » ? C’est uniquement h ÙXh ras miorewc. Pour désigner la prière, le grec emploie couramment noooevyñ (cf. ci-après, v. 17), car eby signifie proprement : vœu, cf. Actes 18, 18 ; 21, 23, seuls autres textes du N. T. qui contiennent ce mot. Mais la distinction tend à s’effacer à l’époque hellénistique. Cf. Prov. 15, 8, 20. Inscr. de Priène, 174, 18 (11e siècle avant J.-Ch.), l’un des offices du prêtre de Dionysos consiste à prier xat tic edyas ebÉerar rép Tic roewc rh Ioumvéwv. PHILON, passim. Etc.
Nous avons déjà rencontré la notion de la prière efficace parce que faite « avec foi », 1, 5. Ici, le génitif semble marquer que l’auteur ne conçoit même pas qu’on puisse prier, pour les autres aussi bien que pour soi-même, sans se confier tout entier à Dieu, se remettre absolument à lui du soin de l’exaucement sous une forme ou sous une autre. Si la prière n’est pas « la prière de la foi », elle est inexistante, nulle devant Dieu. Évidemment il s’agit encore de l’intercession du v. 14, prononcée par les anciens. Le malade lui-même, si ses forces le lui permettent, peut bien s’y associer mentalement, mais il est avant tout réceptif ; la prière de la foi le sauve. Cf. Marc 5, 34 et parallèles ; Luc 17, 19, etc. C’est la guérison que visent les mots co Tùv xäuvovræ, ainsi que les suivants, xai ëyepei œdrov 6 Küpuoc. Dans les autres textes de notre épître où figurait le verbe coco, nous l'avons vu appliquer à la notion religieuse du salut (de l’âme) : I, 21 ; 2, 14 ; 4, 12; cf. 5, 20. Mais on le trouve souvent, dans les papyrus comme ici, au sens de guérir, ou de préserver d’un accident, ou d’y faire échapper. Exemples : Papyr. d'Amherst, 2, 35, 32 (132 avant J:-Ch.), guérir d’une maladie. Papyr. de Tebiunis, 1, 56, 11 (fin du 11e siècle avant J.-Ch.), côoœ duyac roMds de la famine. Berlin. Gr. Urk. 2, 423, 8 (11° siècle après J.-Ch.), actions de grâces à Sérapis : uou xivduvebouvroc sic Ohacouv (cf. 2 Corinth. 11, 26) Éowos ebléwc. Voir aussi Matth. 14, 30. Quant à xéuvw, verbe rare dans le N. T., il signifie d’abord :