AVERTISSEMENT FINAL. — SAUVER LES FRÈRES QUI S'ÉGARENT
1%Mes frères, si l’un de vous s’égare en abandonnant la vérité et si quelqu'un le ramène, qu'il sache que celui qui ramène un pécheur du chemin où il s'égarait lui sauvera la vie et couvrira une multitude de péchés.
Nouvelle et dernière exhortation, suivant la précédente comme habituellement sans aucune transition. En effet, il n’y a pas de lien entre les « péchés » dont parlent successivement les v. 15 et 16 et le « pécheur » du v. 20. Du reste, &dsApot mou (uov manque dans le ms. L et chez ŒCUMENIUS) suffit à marquer le passage à un ordre d'idées indépendant du développement antérieur. Dans 2, 1 comme ici ces mots sont placés en tête du morceau. Ailleurs (1, 2, 10, etc., en dernier lieu 5, 12), ils forment une brève incise. Si Jacques a inséré le contenu de 5, 19-20 à la fin de son épître, cela doit indiquer qu'il attribuait à cet avertissement une importance particulière, quand bien même il ne juge pas nécessaire de le marquer extérieurement dès l’abord au moyen d’une formule comme un nAxväole, par exemple (x, 16), ou to@e (1, 19), dont un équivalent n'apparaîtra qu'au v. 20 avec la proposition principale, yiwwooxéto.
Ce qui, mieux que des procédés de rédaction, souligne puissamment la gravité vitale du sujet ici abordé, c’est le ton, simple comme partout mais qui va s’élevant insensiblement, sans jamais trahir la recherche d’un effet de style ou d'’éloquence, pour s'arrêter au v. 20 sur une déclaration solennelle, souverainement impressionnante. On se représente volontiers notre docteur (3, 1) prononçant lentement tout cet avertissement, marquant par une pause la fin de chaque membre de phrase, donnant une intonation spéciale aux mots décisifs, YIVDOXÉTE, owoEt x. T. À, xaAdbe x. +. À., puis demeurant de nouveau silencieux, tandis que son regard persiste à faire passer dans l’âme de ceux qui tiennent eux-mêmes les yeux fixés sur lui le reflet de ses méditations intimes, pleines à la fois d’austérité et de la sereine conviction qu’on ne lui arracherait qu'avec la vie. C’est sur un sommet qu'il nous laisse, ou au seuil d'une terre sainte, non pas ravis en extase comme pourrait le
faire un Paul ou un Jean, mais pénétrés de la puissance et de la sainteté du devoir dont, en quelques traits sobres et nets, il a su définir l’incalculable portée.
19. Il s’agit des démarches diverses, recherches, eflorts, conseils, aide fraternelle, que la solidarité entre croyants, si bien caractérisée déjà auparavant dans le domaine de l'intercession, 5, 15, 16 b, impose aux frères envers ceux d’entre eux qui moralement ont faibli.
Avant que le néfaste processus analysé avec clairvoyance dans 1, 145. : convoitise, tentation, péché (5, 20), mort (ibidem), ait atteint son terme fatal, il faut arracher celui qui s’égare au gouffre jusqu’à l’extrême bord duquel il a glissé.
ëdv rue èv duiv, un frère, n'importe lequel d'entre vous. C'est toujours (cf. ï, 5 ; 2, 2, 14; 3, 13; 5, 13, 14) la supposition non autrement individualisée mais empruntée à la réalité trop certaine, qui donne à l’exhortation dans son ensemble une valeur immédiatement pratique, applicable à tous et par tous.
rhavn0 &nd ris &AnOelac. Si l’un de vous s’est égaré (moralement, cf. Esaïe 0, 15; Ézéch. 34, 4; Sag. de Sal. 5, 6; (12, 24); 2 Timot. 3, 13 ; Hébr. 5, 2; 2 Pierre 2, 15; Apoc. johan. 18, 23; PoLYCARPE aux Philipp. 6, x, et non pas : s’est mépris, trompé, comme l’exprime le même verbe dans I, 16, il est maintenant dans l'erreur, cf. v. 20, sur une voie décevante (d’où, probablement, l'addition ici de rc 600ù entre &no et rs dAneiuc, dans N, 33, 81, syr!., boh.) ; il se perd. Est-ce par mégarde ou par légèreté, involontairement ; est-ce au contraire de propos délibéré qu'il y ät les premiers pas ? Ceci n’entre nullement en considération. La mission qui incombe aux sauveteurs de cette âme fourvoyée (v. 20) pourra, assurément, rencontrer plus de difficultés dans le second cas que dans le premier ; elle n’en demeure pas moins impérative, de quelque égarement particulier qu’il puisse s'agir. Aux « deux voies », image déjà familière à l’A. T. et au judaïsme en général, exemples : Ps. 119, 30 ; Sag. de Sal. 5, 6, à ces deux voies dont la description fait l’objet des cinq premiers chapitres de la Didaché, à 60dc ris Cons — à 6906 roù Oavarov, correspondent bien ici (4 60ùc) rc &Anbelac — à 6dd6 rc TAdvnc, puisque cette dernière mène à la mort. Celui qui s’égare perd la possession de la vérité, les principes de la conduite droite, pure, l’authentique « sagesse » reçue de Dieu, en un mot tout son patrimoine religieux et moral, cf. Osée 4, x, etc., ainsi que de nombreux textes du quatrième évangile ; exemple : « faire la vérité », Jean 3, 21. Voir aussi « marcher dans la vérité » (mais avec l’idée d’orthodoxie), 3 Jean, v. 3, 4. Dans-/Jacq. 3, 14, le mensonge, envisagé comme possible dans certains cas, va à l'encontre de (xur&) la vérité. Ici, on s’écarte, s'éloigne d’elle (&xé). Les chapitres précédents contiennent de multiples exemples de tels déraillements : la prosopolempsia, la prétention à posséder la foi sans les œuvres, les péchés de la langue, contre-façon diabolique de la sagesse,
les polémiques, l'exploitation des pauvres, etc. On serait tenté d'en trouver ici une sorte de synthèse spontanée.
Le frère égaré pourra être ramené au droit chemin par un autre, tic. Ce rw est évidemment susceptible de désigner à l’occasion une pluralité.
ériotpéŸn adrév. Dans la Bible, le verbe n’est transitif que trois fois, ici, Luc 1, 16 et Malach. 2. 6 (héëib). I signifie littéralement : tourner, pivoter sur soi-même ou faire volte-face, demi-tour, conversion ; cf. divers papyrus. Mais il prit aisément un sens figuré, témoin, entre autres, un texte d'ÉPICTÈTE 2, 20, 22, {v” où roAïrar uv Émorpupévrec Tudor rdv Betov. Cf. Testam. de Zabulon 9, 7; de Dan 5, 11; de Benjamin 4, 5 ; Sirac. 18, 12; Sag. de Sal. 16, 7 ; Actes 3, 19 ; HERMAS, Préc. 8, 10 ; POLYCARPE aux Philipp. 6, x.
Loin de laisser le malheureux qui fait fausse route courir à sa perte, loin de n’éprouver pour lui, si coupable qu’il puisse être, que l’orgueilleux mépris venant de l’homme conscient de sa propre justice (Luc 18, 1x; cf. Jude, v. 23, mentionné ci-après), chacun de ses frères doit mettre tout en œuvre pour l'arrêter sur la voie fatale, lui faire faire le demi-tour décisif, et par suite le « ramener » (à la « vérité »). Pour notre auteur, ce devoir va tellement de soi qu'il le suppose accompli, en continuant à exposer le cas qu’il envisage : si tel ou tel s’est égaré et que tel autre le ramène... Dès que la première possibilité est passée en actes, la seconde se réalise sans plus d’invraisemblance ; il ne peut manquer de se trouver un frère tout prêt pour entreprendre le sauvetage.
Mais, à vouloir opérer ce redressement d’un égaré, ne risquera-t-on pas d'oublier l'avertissement évangélique que résume l’image de la paille et de la poutre ? Apparemment, si cette objection avait été présentée à Jacques, il n'eût pas manqué d'observer que finalement il est permis au censeur d’abord malavisé d'intervenir pour ôter la paille de F’œil de son frère : « ôte premièrement la poutre de ton œil, ef ensuite tu verras à ôter etc. » (Watt. 7, 5). Au surplus, ne s'agit-il pas ici de remontrances proprement dites, mais de démarches inspirées avant tout par la charité fraternelle. Cette tentative ainsi définie, sans rien perdre de son énergie, se revêtira spontanément de tact, comme on peut le voir par exemple dans 4, 7-10, où l’auteur lui-même remplissait bien la mission qu’il propose ici à ses frères. Aïlleurs, on exhorte à exprimer de la « douceur » en des cas semblables ; cf. 1 Puerre 3, 155., et surtout Galates 6, 1, où Paul semble prévoir l’objection ci-dessus, en ajoutant : « Veille sur toi-même, de peur que, toi aussi, tu ne sois tenté. » Voir encore les avertissements fraternels recommandés dans 1 Thessal. 5, 14 ; 2 Thessal. 3, 15 ; Matth. 18, 15, en ce dernier cas comme mesure de conciliation avant de recourir à une véritable procédure.
L'antériorité notable de notre épître par rapport à celle de
« Jude, frère de Jacques » apparaît avec évidence lorsque l’on compare Jacq. 5, 19 s. à Jude, v. 225. Alors que Jacques ne pose aucune limite pour la mission salutaire à exercer envers quiconque a péché, Jude, que hante l'obsession du danger pressant du gnosticisme et des ravages qu'il cause parmi les fidèles, distingue : 1° ceux qui, seulement ébranlés, peuvent encore être l’objet de la pitié, apparemment agissante, de leurs frères ; — 20 ceux qui, déjà gagnés par l’hérésie, ne sauraient échapper au feu du jugement que moyennant une intervention on ne peut plus rapide et au besoin violente ; — 3° ceux, enfin, dont la condamnation est évidente et le sort désespéré : on ne peut plus éprouver envers eux qu’aversion et pitié passive, timorée.
20. L'un s’égare, l’autre le ramène. Voici, dès lors, ce qu'il importe de savoir : ramener un pécheur égaré, c'est sauver une vie et couvrir une multitude de péchés.
A qui s'adresse l’injonction yiwwoxére ? L’hésitation se trahit par les variantes que présente cet impératif du verbe ywooxetv (cf. 1, 3). La majorité des mss. et la version syr!. donnent la troisième personne du singulier, yiwwocxétro, « qu'il sache » («il » est le dernier des deux rivés du v. 19, le sauveteur). D'autre part, B, 31, 69, syr. ont lu la deuxième personne du pluriel, yiwvooxere, « sachez ». Avec tous les commentateurs récents (sauf la Bible du Centenaire), on appliquera la règle qui, sauf en des cas exceptionnels, tient la leçon la plus difficile pour la plus ancienne. En l'espèce, avec yivooxere, la cohésion de l’ensemble serait irréprochable, l’auteur continuant ainsi à s'adresser expressément à l’ensemble des frères, &deApoi mov, du v. 19. Au contraire, ywwoxérw vise personnellement le ri que l’auteur suppose à l’œuvre, bon Samaritain à sa manière ou imitateur du bon berger en quête d’une brebis perdue. Pourquoi faut-il qu'après coup ce même personnage « sache » que celui qui ramène un pécheur sauve une vie, etc. ? N’a-t-il pas prouvé qu'il s'était d'emblée pénétré de cette vérité, et non pas à la manière d’une certitude toute théorique ? N'’a-t-il pas fait de cette foi une œuvre, pour parler comme Jacques dans son chap. 2 ? Voilà, semble-t-il, l'évidence, qui militerait en faveur du verbe au pluriel : que l’ensemble des frères sachent bien quelles bénédictions comporte une pareille conduite.
Ces vues, exactes en soi mais simplistes, n’ont pas dû satisfaire la psychologie singulièrement perspicace qui règne au cours de l’épître. L'auteur distingue, dans la restauration spirituelle qu’il suppose accomplie, deux aspects complémentaires et magnifiques. L’acte secourable auquel, par hypothèse, s’est spontanément livré le frère de bonne volonté apparu au v. 19 b, recèle une vertu salutaire incalculable, une puissance sans pareille de régénération morale et religieuse. Mais ce frère lui-
même en a-t-il pris pleinement conscience ? Ne convient-il pas de l’inviter à considérer de plus près la double bénédiction : sauver une vie, couvrir une multitude de péchés, bénédiction dont la perspective s'étend à perte de vue dans le prolongement direct de son activité au service du pécheur égaré, et semble proclamer avec 2, 13 : xaraxavyärau ÉAeoc HpioEcc.
En outre, ce sauveteur reste, aussi bien que l’égaré par lui ressaisi, un tic év duty, l’un quelconque d’entre vous. Par conséquent, en l’exhortant à connaître à fond ce que contient en puissance l'inspiration à laquelle il a obéi, rien n'indique que l’auteur ait perdu de vue les &ÿervot ; la phrase, subsidiairement, s'adresse encore à eux : « Mes frères.., qu'il (l’un de vous) sache...»
Enfin, malgré l'emploi du présent, le v. 19 gardait l'allure d'un raisonnement, on pourrait presque dire d’un théorème. Etant donnés : 1° (sous-entendu) deux chemins qui bifurquent en À : AE, chemin de l'erreur, AV, chemin de la vérité ; 2° l’un de vous, x, qui s'égare sur la voie fatale AE ; 3° l’un de vous, y, qui se porte à la poursuite de x pour le ramener en A et le décider à repartir sur la voie salutaire AV, je dis que y n’accomplira pleinement sa mission que s’il connaît toute l'étendue des conséquences qui en résultent, sauver, couvrir. — Suivrait la démonstration si la proposition ne se résolvait pas pour Jacques en un axiome. Les futurs du v. 20 renforcent encore cette interprétation.
duaprwAc, cf. 4, 8. L'emploi de rAdvn au figuré (cf. le verbe au v. 19) est classique ; on ne le relève qu’une fois dans les évangiles, Maith. 27, 64, mais il revient plus souvent dans les épîtres, exemple : To nvebua Tic &Anbeilxc (cf. ci-dessus, v. 19) nai To nvebua Tic nAdvnc (1 Jean 4, 6). Cf. Sag. de Sal. x, 12, rAävn Coñc. Berlin. Gr. Urk. 4, 1208, 6 (27 ou 26 avant J.-Ch.), Où où [mot] ioropeis Tv [Kañaré]rewc rAlavInv (supercherie). owoer Wuynv «rod, cf. I, 21. Ici comme souvent âme équivaut à vie. Voir par exemple Luc 9, 24, etc. CH. GUIGNEBERT, Revue d'Hist. et de Phlos. relig., nov.-déc. 1929, p. 428 ss. ëx Oxvarov, cf. Jacq 1,15: — Tobii 4, 10 ; 12, 0.
Quelle vie sera sauvée de la sorte ? Celle du pécheur ramené de son égarement (cf. Ps. 51, 15), ou celle du frère qui le ramène ? La question ne se pose pas si on lit le deuxième œùroù (après duyhv), très généralement attesté (N, À, etc.), mais qui manque dans sah. et chez ORIGÈNE. Le premier adtod s'appliquant au pécheur (littéralement : « de l’égarement de son chemin »), le deuxième ne pourrait sans incohérence viser l’autre personnage ici en cause. Cependant, les exégètes catholiques en général et quelques auteurs protestants, y compris DIBELIUS, ont laissé tomber le second aèroù et considéré cette œuvre du salut d’une
Âme comme un mérite de premièr ordre pour celui qui l’accomplit, ainsi que le déclare expressément 2 Clément rom. ta T- CHAINE, par contre, se rallie à la première interprétation. Elle est de beaucoup, dans le contexte, la plus satisfaisante.
Déjà Éxéch. 3, 18-21 = 33, 8 s. développait en termes impressionnants un thème analogue : « Si tu avertis le méchant et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté, il mourra dans son iniquité, et toi, tu sauveras ton âme. » (Suit la réciproque). Le prophète envisageait donc explicitement le sort des deux âmes supposées en présence l’une de l’autre. Il en est encore de même dans 1 Timot. 4, 16.
Une solution commode appliquerait obost x, +. À., ainsi que les péchés « couverts » de la phrase parallèle et finale, à la fois à la vie du pécheur converti et à celle du convertisseur. Voir ci-après. Mais nous ne discernons pas comment ce cumul, plausible en çe qui concerne les péchés couverts, pourrait ici s’accommoder du singulier Quyfv. Quelle est la vie qui se trouvait compere ou perdue, sinon celle qui sombrait dans le péché ? —
oir encore Prov. 24, 25,
Il n’est pas impossible que Jacqg. 5, 20 ait été connu de l’auteur de à Pishis Sophia, cet écrit gnostique composé en Égypte dans la seconde moitié du 11e siècle ; le fragment suivant semble l'indiquer ; on y remarque par surcroît, à deux reprises, une expression : 7egnum lumimis, qui fait penser à Jacg. x, 17, descendens a Patre luminum. « ’Auñv dico vobis, qui viuificaverit duyhv fratris 1llius, ut yAnoovouñon regnum luminis. *’Auy dica vobis, qui vivificaverit Lyyhv unam et servaverit cam yopis gloriæ quam habet in regne lumimis, accipret aliam gloriam loco duyñc quam servavit, &ote servaturus multas buyac glorie quam habet tn gloria, accipiet mulias glorias allas loco buyüv quas servavit. »
On lit dans le Talmud : « Les anges de service dirent au Tout- Puissant : Tu as déclaré que celui qui sauve une vie a agi comme s’il avait sauvé le monde entier. » (Baba bathra, 11 a).
Signalons enfin une moderne et puissante paraphrase de Jacq. 5, 20 a, dans le sermon d’ADOLPHE MoNop sur Le bonheur de la vie chrétienne (Sermons. 2e série, Montaubar?, Paris, 1857, p. 76). | |
koi xaAdber rAN0oc auagrièv. Cf. 1 Pierre 4, 8, bre &yérn xaAdTet rAŸ0oc auapriàv (texte reproduit dans 1 Clément rom, 40, 5; 2 Clément. rom. 16, 4). Des deux côtés il y a dépendance par rapport à Prov. 10, 12, ‘al hol-pesd'im tekaccé ’ahäbä, cité expressément par 1 Pierre, tandis que Jacques adapte à un individu ce que Prov. 10, 12 disait de l’« amour. » Les deux auteurs chrétiens s’écartent du texte des Sepiante, lequel lui-même diffère beaucoup de l’hébreu : névrac dÈ robc Là lpAoveuxodvræe xadTrer quix. [ls partent apparemment de la réminiscence de quelque tradition plus voisine de l'original, laquelle pouvait circuler oralement avec des variantes involontaires.
xadbe correspond bien à l'expression juive : couvrir (littéralement : voiler, cacher) les péchés (nombreux, cf. Sirac. 5, 6), les effacer, obtenir qu'ils soient pardonnés, Ps. 32, 1 s. (cité dans Romains 4, 7) ; 85, 3; Néhém. 3, 5. — Cf. Épître à Diognèle, 9.
Ici encore, les commentateurs se demandent s'il s’agit des péchés qui seront pardonnés au convertisseur, à cause de son intervention salutaire auprès d'un frère qui s’égarait, ou des péchés de ce dernier, « couverts » grâce à l’homme qui le remet sur la bonne voie. Pour caractériser l'inspiration qui a présidé au choix de cette citation si bien amenée et sur laquelle l’auteur jugea bon de s'arrêter soudain, nous emprunterons les lignes suivantes au remarquable Commentaire de la première épitre de l’apôtre Pierre que nous devons au professeur Jean MONNIER, 1900, p. 208 (x Pierre 4, 8) : « Ces mots terminent l’épître (de Jacques), et, parlant de salut, prennent un relief tout particulier. C’est l’amour chrétien qui gagne les âmes, exerce auprès d'elles une activité salutaire et les amène à la foi qui sauve. C’est devant Dieu que les péchés, pardonnés, sont couverts. Ainsi déjà l'entend GROTIUS : 1 voit l’amour qui obtient pour les autres le pardon de Dieu. — L’habitude juive de parler des mérites dela charité, transformée par le sentiment chrétien de la grâce, aboutit à ces formules où le prix de l’activité charitable ést mis en rapport avec le salut du prochain. Ce n’est plus mérite, maïs secours ; il ne s’agit plus de soi, mais des autres. — Au reste, il se peut que ces formules vagues et amples... æÀÿ0oc6 duapriov, impliquent davantage encore : l'amour chrétien, fruit de la grâce, manifestation de la foi, ouvre le ciel, tout ensemble à qui le témoigne, et à qui en est l’objet. » Cf. &\Mhou, v. 16 a. Voir aussi 3, IS.
Il ne restera plus aux pécheurs ramenés de la mort à la vie (cf. Luc 15, 24, 32) qu’à s'approprier à leur tour la mission des sauveteurs envers d’autres frères encore qui risquent de se perdre. On rejoint ainsi la mémorable parole de Jésus à Simon d’après Luc 22, 32, nai où note émorpédac orhpioov Tobc &dEApobS oov.
L'épître aux Hébreux contient une brève formule finale de salutation, analogue à celles de PAUL (Hébr. 13, 25), et précédée elle-même depuis le v. 22 de communications personnelles. En revanche, cette épître entrait brusquement en matière, sans adresse épistolaire. Dans l’épître de Jacques, c’est l'inverse. Nous avons vu qu'au début (x, 1), l’auteur s'adresse à certains destinataires, les « douze tribus de la diaspora », et leur dit : «salut. » Mais à la fin, rien, pas même un banal éppwoûe qui correspondrait au yatpetv initial, ne vient rappeler au lecteur qu'il s'agissait, au moins en apparence, d’une lettre. Il faudrait, en effet, passablement solliciter le texte de Jacq. 5, 19-20 pour y découvrir, avec BERN.
Weiss (Das N. T. Handausgabe, 1902, p. 293), l'expression des vœux de l’auteur pour ses lecteurs. Certes, Jacques voudrait voir en tous ceux qui s’approprieront ses exhortations autant d’apôtres consacrés à la mission qu'il décrit avec force et non sans émotion contenue. Mais, pour revêtir ici cette sainte ambition d’une forme adaptée au style proprement épistolaire, encore lui eût-il fallu transposer les verbes à l’optatif ou à l’impératif : « ramenez vos frères etc. ». On aurait alors une variété de finale singulièrement inédite.
Nous n’en regretterons pas l’absence, car, à défaut de cette originalité tout extérieure, l’épître, en s’arrêtant ex abrupto (comme il arrive dans la littérature juive de sagesse, cf. Sirac. 51, 30; Sag. de Sal. 19, 22), persiste à manifester la puissance peu commune de pensée morale et de vie religieuse qui n’a cessé d’éclater à travers des pages aussi sobres d’allure que substantielles d'inspiration.
Pour les notices finales dont les mss. ont fait suivre le texte de l’épître de Jacques, on se référera à l'édition du N. T. de VON SODEN, Die Schriften des N. T. 1, 1, Berlin, 1902, p. 3345. — Cf. nos conclusions, p. 245.