‹ L'Épitre de Jacques: Étude critiqueChapitre 69 sur 103 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

CARACTÉRISTIQUE LITTÉRAIRE ET RELIGIEUSE DE L'ÉPITRE DE JACQUES SON AUTEUR SA PLACE AU SEIN DU CHRISTIANISME ANTIQUE

TJ. LA LANGUE

« Le style de saint Jacques est vif, fort, sentencieux, ordinairement assez Clair (x). » On peut souscrire aujourd’hui encore à cé jugement d'ensemble. Que nous considérions le vocabulaire où là syntaxe, nous constatons à travers la série des développements juxtaposés une réelle unité de langage. C’est avec aisance que l’auteur domine ses matériaux puisés à diverses sources et manie le grec hellénistique. De l’avis des philologues les plus experts, cet idiome ne pourrait guère n'avoir pas été sa langue maternelle. Il s'exprime comme un homme cultivé ; en lui l'écrivain correct : ou même élégant se double d’un orateur sans prétentions maïs non sans puissance.

Le vocabulaire est riche. Jacques n’emploie pas moins de soixante-deux hapax du N. T. (2), dont dix-huit ñe sont pas non plus attestés dans les Seprante. Quelques-uns même : érelpaotos, I, 13, énooxiaouu, I, 17, Opno%6c, I, 26, éuoluotc, 3, 0, ne se retrouvent actuellement nulle part ailleurs parmi les documents écrits de la xowh. Plusieurs de ces mots sont évidemment usuels ; leur présence dans l’épître plutôt que dans d’autres ouvrages Contemporains peut être toute fortuite, et par suite elle ne comporte rien de concluant. Exemples : &nAde, I, 5; Taybc, I, 19; Yph 3, 10; RuxPÔG, 3, II ; puAla., 4, 4 ; YÉAGE, 4, 0. Mais plus nombreuses sont les expressions vraiment choisies, qui trahissent à n’en pas douter l’homme de goût et le lettré. Exemples : dxaraoraros, ï, 8; 3,8; Étritouar, ï, 6 ; Dehedtouou, 1, 14; Énurheut +00 couttoc, 2, 16; ÜAn, 3, 5 ; xarhpetx, 4, 9 ; vouobéTnc, 4, 12 ; onTo6poroé, 5, 2, etc. Le sens technique habituellement attaché à certains de ces termes transparaît encore partiellement à travers l’utilisation particülière à laquelle notre auteur les soumet ; tels sont : poydé ri vevécéwc, 3, 6; buyrxbe, 3, 15; peut-être aussi pont, énooxlaoua, I, 17 ; Éupuros À0YOG, I, ZI.

(1) DE BEAUSOBRE et LENFANT, Le Nouveau Testament, Lausanne, 1736, C0271D. 520: 7 ;

(2) C..MAYOR, bp. CCXLVI s. ; CHAINE, p. CIV. On trouvera tes imots répertoriés ci-après dans l'index, p. 287-291. La première épôtre de Pierre, d'urie lon gueur setisiblement égale à celle de Jacques (cent cinq vetsets au lieu dé tent huit) contient seulement quaranté-huit hapaw, soit près de 20 % de différence,

Les hapax figurent surtout avec abondance dans les développements où le souffle s’élargit et où la conviction s'exprime de la manière la plus vigoureuse et la plus intense. On en note sept dans l’apostrophe indignée aux riches, 5, 1-6, outre le mot téc (5, 3 ; cf. 3, 8), qui ne figure qu’une fois ailleurs dans le N. T. : Romains 3, 13, citant Ps. 140, 4. Dans 1, 6-8, première et chaude affirmation de la puissance de la prière, Jacques emploie déjà trois hapax.

À quelques exceptions près (sens donné à rourhs, comme en hébreu à ‘ésé, dans 1, 22, 25; voir aussi 3, 12; — verbe et nom calqués sur nâsd’ panîm, 2, 1, 9 ; — Yéevva, 3, 6 ; — orale, 4, 4), le vocabulaire de l’épître ne semble guère avoir directement subi des influences sémitiques. Dans 2, 2, ouvæyæy n’est pratiquement qu'un synonyme d’éxxAnoix (cf. 5, 14). Plusieurs mots appartenant à la même famille que moAdonAxyyvos (5, 11) sont attestés dans le grec hellénistique non biblique. Pour rpécwmov, voir le commentaire, 1, 11. C’est par l'entremise des Septante que le langage familier aux premiers chrétiens a adopté des expressions comme 6 ävfpwroc éxeîvoc, I, 7 ; uaxdpuoc, I, I2 (cf. le verbe, 5, I1), räc &vOporoc, I, 19, Ido, 3, 4, 5 ; 5, 4, 7, O, II. Ces sémitismes, devenus de bonne heure usuels, n'apparaissent pas spécialement nombreux dans l’épître de Jacques.

En tout cas, on y relève au moins autant de termes qui ne peuvent s'expliquer que par l'influence de l’hellénisme. Exemples : Éouxev, I, 6, 23, au lieu de ôuotos éoriv, tournure plus populaire, habituellement employée dans les évangiles ; rporn, érooxixoux, 1, 17 ; Onotoc, 1, 24 ; le sens d’ebbbvo dans 3, 4; yo, 3, 10 etc. Dans 3, 6, selon toute vraisemblance, rpoyds ts Yevéoews est emprunté à l’orphisme.

La syntaxe comporte également à la fois certaines particularités s’expliquant bien par l’influence de la Bible grecque, elle même toute pénétrée d’hébraïsme, et d’autres qui révèlent un écrivain vraiment maître de son idiome et familier avec la culture hellénistique.

A la première catégorie paraissent ressortir les observations suivantes :

Omission de l’article devant le nom que suit un pronom au génitif, deux fois dans 1, 26 ; une fois dans 2, 2 ; deux fois dans 5, 20. Il est vrai que cette influence probable de l’état construit hébreu disparaît le plus souvent dans notre épître : I, 9, 10, 11, 212%: 2; 5%0/eLC. à

Emploi du génitif de qualité au lieu d’un adjectif (très rare en grec classique) : &xpoarhc émunouovñe, I, 25 ; roù Kuplou rüc DOENG, 2, I ; N EÙXN Tic Rioteuwxc, 5, I5.

Verbe intensifié par un complément appartenant à la même famille de mots : RpocEvY} Tpoonbéaro, 5, 17 (ceci correspond à la tournure hébraïque d’insistance, avec l’infinitif absolu suivi du même verbe à un mode personnel).

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