CHAPITRE II LES IDÉES
Il ne peut s’agir de dégager de l’épître de Jacques un ensemble plus ou moins systématisé de vues religieuses, comparable non seulement à la pensée paulinienne ou johannique mais à celle d'auteurs chrétiens qui n’ont laissé qu’un seul écrit, épiître aux Hébreux ou même première épître de Pserre. Car les exposés parénétiques, puisant avant tout dans le contenu des traditions, ne permettent guère à l'initiative de leurs auteurs de faire œuvre proprement créatrice ; leur rôle consiste à peu près exclusivement à opérer un choix entre les matériaux dont ils disposent, à les présenter suivant une certaine ordonnance plus ou moins reconnaissable après coup, et à les appliquer à la situation qu'ils ont en vue. S’il ne subsistait de l’apôtre Paul que les exhortations de ce genre actuellement groupées à la fin de ses épîtres, qui pourrait soupçonner la puissance, l'originalité, la nature même de sa pensée théologique ? Il faut en chercher l'exposé dans les chapitres antérieurs, dont l'équivalent n'existe pas chez Jacques. Assurément, ce qu'il a écrit suppose des idées religieuses, professées aussi bien par les destinataires de son épître que par luimême, mais il les laisse sous-entendues, ou tout au plus il y fait çà et là des allusions qui ne sauraient en déterminer avec certitude soit le contenu précis, soit les éventuelles particularités (1).
On ferait donc preuve d’imprudence et l’on s’exposerait à tomber dans l'arbitraire, si l’on ne se bornait à esquisser un aperçu de l'inspiration d'ensemble, en évitant de donner aux textes une portée que leur nature même leur refuse. Par exemple, la rapide mention de la nouvelle naissance qui se discerne dans 1, 18 ne suffit nullement à indiquer que l’auteur ait ou non fait de cette notion l’objet de réflexions plus ou moins mystiques, qu'il lui attribue ou non une place bien délimitée dans la pensée et la vie religieuses. Un peu plus loin, 1, 21, il parle de l’Égpurov A6yov, écho certain de la terminologie stoïcienne, mais comment déterminer au juste la genèse de la transposition chrétienne
(x) En constatant que l’auteur « n’éprouve aucun besoin de se poser comme un penseur profond », REUSS (La Bible. Épôtres catholiques, p. 111) se trouve déjà définir une caractéristique de la littérature parénétique. Voir aussi A. Loisy, OUV, cité, P. 247.
qu'implique évidemment le contexte ? Voir aussi 3, 16, 17, commentaire. Si, dans 3, 6, roy rpoydv tñc yevéoewc reproduit une expression primitivement orphique, fera-t-on pour autant de Jacques un adepte des mystères hellénistiques ? On n’est pas fondé davantage à le présenter soit comme sympathisant avec le gnosticisme, soit comme son adversaire, parce qu’il emploie dans 3, 15 l'adjectif Yuytxéc. Aïnsi de suite.
Son cas n'est pas isolé. La grande diversité d’origine des matériaux dont se sert la parénèse explique la difficulté, sinon l'impossibilité, à laquelle se heurtent les essais visant à déterminer dans quel milieu, quelle atmosphère religieuse spéciale, ont pu prendre naissance des ouvrages comme l’épitre du PSEUDO PHOCYLIDE, les T'estaments des douze patriarches, les Préceptes d'HERMAS, etc., où se trouvent sélectionnés, avec autant d’éclectisme que dans notre épître, des éléments hétérogènes, encore reconnaissables à travers la rédaction actuelle. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant qu'on ait pu mettre en doute l'origine chrétienne de l’épître de Jacques.
L'attribution de l’épître de Jacques à un écrivain juif a été soutenue formellement par MASSEBIEAU en 1895 et par SPITTA en 1896, arrivés chacun de son côté à la même conclusion sans avoir eu connaissance de la marche convergente de leurs recherches respectives (x). Si, estiment-ils, le nom de Jésus-Christ ne se lisait pas dans 1, z et 2, 1, rien ne donnerait à l’ensemble un caractère chrétien. Or, dans les deux cas, ce nom aura été interpolé.
Nous avons signalé cette hypothèse dans le commentaire et reconnu son invraisemblance. Pour 1, 1 on peut même parler d’impossibilité, car l’ensemble du verset fait corps avec les suivants. Cf. ci-dessus, commentaire et p. 233. Dès lors, dans 2, I, l'addition du nom de Jésus-Christ deviendrait superflue, quand bien même on ne voudrait pas nous accorder que le texte actuel peut, en définitive, n'avoir subi aucun remaniement. Au surplus, les retouches présumées garderaient-elles une mesure singulièrement discrète; que l’on se rappelle plutôt les véritables refontes, transpositions, amplifications abondantes que tels écrits certainement juifs ont subies de la part d'écrivains chrétiens : 4° Esdras (notamment au chapitre 7), apocalypse johannique, etc. D'autre part, il serait étrange, si notre épître appartenait à la
(x) L. MASsSEBIEAU, L'épitre de Jacques est-elle l'œuvre d'un chrétien ? Tirage à part de la Revue de l'Hist, des Relig. Paris, 1895. — F, SPITTA, Der Brief des Jakobus, 1896. — Leur théorie a souvent été combattue ; voir spécialement H, HOr1ZMANN, Neutestamentl. Theol?, II, p. 36958.
littérature juive, de n’en retrouver là aucune trace, pas la moindre réminiscence avérée.
MAssEBIEAU et SPITTA gardent du moins le mérite d’avoir attiré l'attention sur la part considérable qui revient, dans l’épître, aux idées dont l’origine est antérieure au christianisme, spécialement aux idées juives, quoique SPITTA ait probablement exagéré l'étendue de ces éléments. En tout cas, on s’explique bien ainsi l'évocation des héros de l'A. T., Abraham, Rahab, Job, Elie, les prophètes ; le respect dû à la Loi, 4, 11 (voir aussi 2, 10) ; la condamnation des péchés de la langue, 3, 1 ss. ; de l’avidité à s'enrichir, 4, 1355. ; l'interdiction du serment, 5, 12,etc.
D'ailleurs, tous les textes susceptibles d’être interprétés de la sorte apparaissent complètement libérés du rigorisme juif rituel et légal. On ne pourrait guère les situer ailleurs que dans le judaïsme de la diaspora, déjà très émancipé à maints égards, ne serait-ce qu’en raison du prosélytisme auquel il se livrait avec zèle, et obligé de justifier son attachement à la {674 en la conciliant avec les vues de la philosophie hellénistique populaire. C’est dans cette atmosphère seule que l’expression : Loi de liberté (x, 25 ; 2, 12) deviendrait plausible, quoique isolée, sur des lèvres juives. Même observation en ce qui concerne la Loi « royale », 2, 8, résumée en l’amour du prochain, ou encore la définition de la religion pure et sans tache que donne 1, 27. À la rigueur aussi, on pourrait alors tenir pour fortuites certaines rencontres avec le langage évangélique, comme dans 5, 12; peut-être même, quoique plus difficilement, arriverait-on à ne plus discerner aucune résonance chrétienne dans 5, 7 ss., 14. Etc.
Mais, si large qu’on doive faire la place de l'influence juive ainsi définie, il reste cependant des indices assez caractérisés pour emporter décidément la conviction en faveur d’un écrivain acquis au christianisme. N'oublions pas que, dans les textes parénétiques, la christianisation s'affirme éminemment progressive ; elle y affleure bien plutôt qu’elle ne s’y précipite à flots débordants. Quelle n’est pas encore la part des matériaux traditionnels que les premiers chapitres de la Didaché (les « deux voies ») empruntent au judaïsme ! Les Préceptes d'HERMAS en contiennent aussi à chaque instant. Comment oserait-on en conclure que les auteurs de ces ouvrages ont été des fidèles de la synagogue ? L'épître de Jacques suit bien la même ligne générale et ne saurait s’interpréter autrement.
Trouvera-t-on dans la littérature juive une inspiration comparable, pour le fond et pour la forme, aux déclarations sobres et graves de Jacq. 1, 13-16 sur la tentation et le péché ? Plus décisive encore sans doute est la perspective de la nouvelle naissance, dont 1, 18 esquisse la portée universelle, puisque les individus à qui Dieu l’a déjà accordée deviennent les « prémices » de toutes les créatures. Si ceux qui portent le « beau nom » que les « riches » blasphèment étaient des Juifs, où faudrait-il recher-
cher ces blasphémateurs, sinon parmi leurs opulents et profanes congénères, ainsi que toute la littérature des « pauvres » d'Israël en fait foi ? Dès lors, le « beau nom », désignation du judaïsme, leur appartiendrait en même temps qu’à ceux qu’ils oppriment. Il suffit d’énoncer pareille absurdité pour constater qu’elle est exclue en l'espèce. Il ne peut s’agir que d’un groupe restreint, en proie aux exactions de gens qui ne partagent pas sa foi ; le « beau nom » vient du Christ.
Les textes qui soulignent avec autant de force que de simplicité la nécessité et les bienfaits de la prière, z, 5 ss. ; 5, 13-18, laissent très certainement transparaître, même en faisant appel à des images ou exemples chers aux traditions juives, une affinité profonde, irréductible, avec l'inspiration la plus spécifiquement évangélique (1).
Enfin, ce n’est qu’au sein du christianisme, à quelque distance qu'on se trouve déjà des luttes pauliniennes, que peut s'expliquer la position de la question : foi et œuvres, si énergiquement tranchée dans 2, 14-26. Cf. le commentaire.
Assurément, ces textes voisinent toujours avec ceux dont l'allure juive primitive n’a subi aucune transposition chrétienne évidente. Mais qu'est-ce à dire, lorsque l’on essaie de se représenter l’éclectisme tout naturel chez les écrivains parénétiques ? La christianisation, par places plus accentuée, ailleurs restée latente, s’accommodait pour eux sans difficulté de cette juxtaposition de sentences, qui souvent ne laissent reconnaître qu’à travers les lignes la pénétration d’un germe nouveau au sein du milieu religieux lui servant de substratum. De cette progression, parfois presque insensible, toute la première théologie chrétienne témoignera puissamment, en maintenant aux éléments juifs un rôle considérable ; des formations littéraires telles que les Odes de Salomon notamment montrent bien comment s’opérait l’assimilation.
Rien n’oblige impérieusement à classer à priori parmi les judéo-chrétiens tous ceux qui collaborèrent à propager un enseignement de cette nature. On sait que, sans attribuer l'épître à Jacques, frère de Jésus, beaucoup de critiques (2) croient devoir. en situer la composition dans ce milieu directement conditionné par les influences juives. Mais en fait des chrétiens de toute origine ont pratiqué assidûment eux aussi les traditions du judaïsme. Après l’âge des grandes luttes pauliniennes, la rupture avec les chrétiens judaïsants perdit son intransigeance première ; l’apaisement venu, les infiltrations juives reprirent leur cours,
(1) Voir aussi infra, paragraphes II, III et IV.
(2) Tels HILGENFELD, BRÜCKNER, WEIZSACKER, JEAN RÉVILLE (Les origines de l’épiscopat, p. 229 s.), HOLTZMANN (Neutestamentl. Theologie?, II, p. 388 s.). WiNDiIsCH et la Bible du Centenaire indiquent aussi cette hypothèse comme étant la plus vraisemblable,
BousseT a pu définir le christianisme qui prévaut au cours des deuxième et troisième générations et se propage à travers une diaspora géographiquement peu différente de celle des Juifs : «un judaïsme extra-palestinien parvenu au plein universalismé (entschränkt). » C'est ainsi, entre autres exemples, que dans une épître comme celle de Clément romain, due manifestement à un pagano-chrétien, on reconnaît encore facilement le substratum juif que présupposent les développements ressortissant à la morale chrétienne, quelques aperçus relatifs au culte, l’idée du christianisme considéré comme la Loi nouvelle, etc. (x). Déjà l’évangile de Matthieu présentait certains caractères analogues. En l'absence de toute autre donnée, on ne peut donc pas préciser à coup sûr ce que fut le milieu d’origine de notre auteur (2). En particulier, les influences esséniennes parfois supposées (3) à la base de ce qu’il dit de la miséricorde, des richesses, du négoce, du serment, resteraient trop vagues pour comporter rien de concluant. Ces vues s’affirment fréquemment dans d’autres ouvrages parénétiques étrangers à l’essénisme. |
Quant aux destinataires de l’épître, s'ils ne sont nulle part mis en garde contre le paganisme, cela ne contraint pas non plus à voir en eux des judéo-chrétiens. Il y a seulement lieu de penser qu'ils n'étaient pas des convertis de fraîche date, mais rien ne prouve qu'aucun chrétien d’origine païenne ne se trouvait parmi eux.
Récemment ARN. MEYER, dans Das Rätsel des Jahobusbriefes (1930), -a entrepris de rajeunir l'hypothèse SPITrA- MASSEBIEAU, Sans suivre MEYER jusqu’au bout, WINDISCH? (1930) incline également à admettre que l’auteur, chrétien, de l’épître, aurait principalement travaillé (sauf dans 2, 14 — 3, 12) sur une exhortation allégorisante du patriarche Jacob (cf. 1, 1, commentaire) à ses douze fils (à la manière sans doute de Genèse 49) ; d’où les thèmes : yapé (1, 2) — Isaac; bxouovh (x, 3-4) — Rébecca ; par les souffrances vers la perfection (1, 2-4, 12) — Jacob; anapyñ (1, 18) — Ruben; entendre, auditeur (1, 19, 22 5.), colère (x, 19, 20), reste de méchanceté (1, 21) — Siméon, Gpnox6e, Opnoxeix (1, 26 s.) = Lévi; xptoic (2, 12 s.) = Dan; combat (4, 1, 2, 6) = Gad ; rAobouos (5, I, 2), rpuphoure (5, 5) — Asser ;
(1) Cf. ALBERT RÉVILLE, De la rédemption. (Le Disciple de Jésus-Christ, 1858, p. 419).
(2) C£. ci-dessus, p. 251, et le commentaire de 3, 2,15; 4, 11: fragilité des hypothèses qui attribuent à Jacques des allusions au gnosticisme. Si la fausse sagesse combattue dans 3, 13-17 avait revêtu l'allure de la gnose, il y a lieu de présumer qu’on en trouverait là quelque indice indubitable. En fait, beaucoup : d’autres occasions pouvaient se présenter, qui inspiraient ces avertissements. Voir p. 145, 151 S., 276 5.
(3) CE, J. HALÉvY, Lettre d'un rabbin de Palestine égarée dans l'Evangile.
Revue sémitique, 22, 1914, p. 197 Ss. Les chap. 3-5 auraient pour auteur un essénien,
1096: (5, 4), yewgyés (5, 7) — Issakar ; (uï) éuvbere (5, 12) — — Zabulon ; relèvement, guérison, prière (5, 15, 16) — Joseph ; dpmuxh (3, 17) = Léa. Pour Juda (6664, 2, 1; Buotneis, 2, 5; Baouur6s, 2, 8), pour Nephtali ({fnoc al épudeix) 3, 14, 16; cf, 4, 2), pour Benjamin ([r#%6oc] éuapriüv, 5, 20), ainsi que pour Rachel (copia Eniyesos 7. 7. D, 3, 15), Bethuel, Laban et Esaü, les allusions supposées par ARN. MEYER paraissent plus fragiles. En tout cas, même si sa théorie devait trouver dans l'avenir des confirmations plus décisives que les références onomastiques qu'il allègue, notamment chez PHILON, nous estimerions encore, avec CULLMANN (Revue d'Hist. et de Philos. rehig., mars-avril 1932, p. 183 s.; voir par contre F. HAuCK, Das N.T. deutsch, Neues Gôtinger Bibewrrk, 1933, t. 3, p. 132 s.), l’origine chrétienne d’une telle suite d’allégories beaucoup plus plausible, vu le contenu même de l’épîitre, qu'un remaniement ultérieur de l'ouvrage supposé primitivement juif, ce que MEYER n’a pas démontré (1).
Docteur à l'œuvre dans les communautés, Jacques, comme beaucoup d’autres, puise La substance de son enseignement dans la masse des matériaux que la tradition lui apporte, et il en extrait pour les répandre ceux qu’il juge le plus appropriés aux besoins spirituels de ses frères. Une grande partie de ces ressources lui vient des collections constituées en vue de la propagande juive, rédigées en prose grecque et très hellénisées quant à leur forme. Il bénéficie donc du vaste processus de fusion qui, aux temps hellénistiques, entraînait irrésistiblement les anciennes civilisations de l'Orient. En adoptant la parénèse juive, il se trouve acquérir du même coup, plus ou moins consciemment selon sa culture personnelle qui semble avoir été assez approfondie, des idées, des tournures, des images d’origine grecque ; cf. la citation qu'il insère dans 1, 17 et qu’il tient peut-être de seconde main, Le rôle qui revient à ses autres lectures, à son goût littéraire, à ses idées de prédilection, reste en somme indéterminé, si ce n’est qu'il aura tout subordonné à ses préoccupations moralisantes et placé très haut le sentiment de sa responsabilité (3, 1).
(x) Il faut d’ailleurs rendre à AN, MEYER cette justice qu’il expose luiméme certaines difficultés soulevées par son interprétation, (P. 240 ss, etc.). Aussi bien, son livre, résultat de longues et savantes recherches, contient-il maints éléments objectifs d’information, qui ne pourront que stimuler l'étude ultérieure des problèmes posés par l’épître. — Si la mention de Job (5, 11) et d'Efe (3, 17 8.) semble chronologiquement inconcevable de la part du patriarche Jacob, il faut se rappeler que le Testament d'Adam parle sans difficulté de David (4, 9) et de Judas Macchabée (4, 16). Ce genre de littérature ne tient précisément aucun compte de l'histoire,
Tributaire des traditions juives, l’épître de Jacques présente aussi de sensibles affinités et points de contact avec différents ouvrages chrétiens, recueillis ou non dans le N. T. Dans quelle mesure l’auteur les a-t-il utilisés et en a-t-il subi l'influence ? Nous ne pouvons essayer de le déterminer qu'approximativement. En effet, les textes à considérer, surtout lorsqu'ils appartiennent eux-mêmes à des ensembles de nature traditionnelle, établissent simplement que, dans les milieux spirituels où se formèrent les écrivains qui les ont rédigés, certaines idées ou formes d’expression avaient également cours, et pouvaient provenir de l’enseignement reçu avec la prédication missionnaire ou catéchétique, tout aussi bien qu’avoir été acquises par la lecture de tel ou tel livre dont on s’inspirerait directement.
Moyennant cette réserve fondamentale, qui doit nous rendre très circonspect pour apprécier la question de dépendance entre notre épître et les autres écrits du christianisme antique se prêétant à la comparaison, certains faits permettent de délimiter en quelque mesure la place où cet ouvrage parénétique vient s'insérer dans le courant d’ensemble qui s'affirme à la même époque.
Tout d’abord, on constate que l’auteur a pratiqué le texte grec de l’A. T., la Bible des Septante. Les citations qu’il en extrait sont peu nombreuses (1), mais s’y réfèrent incontestablement. Ainsi, dans 2, 23, on trouve le texte de Genèse 15, 6 reproduit avec &Aoyioün, tandis que l’hébreu emploie le verbe actif. Prov. 3, 34, cité par Jacq. 4, 6, est également conforme à la traduction alexandrine. Ailleurs, des fragments qui se réduisent à quelques mots, I, 10 S. ; 2, 8, II; 3, 9; 5, 4, 5, 11, trahissent la même origine. L’appellation donnée à Abraham, œtAoc Oeod (Jacq. 2, 23) paraît bien avoir déjà eu cours dans le judaïsme à propos de Genèse 15, 6. Une seule fois, dans 5, 20, les mots cités s'écartent du texte grec de Prov. 10, 12. Mais ils ne rendent pas littéralement l’hébreu ; cf. le commentaire. Il semble plutôt que la variante ici reproduite soit empruntée à la tradition juive (et chrétienne ?) fixée ailleurs. Rien ne prouve donc que notre écrivain ait consulté le texte original de l’A.T.
Parmi les livres juifs non canonisés, on note de nombreuses rencontres, parfois très prononcées, entre l’épître de Jacques et la Sagesse du Siracide. Comme, par sa nature même, la littérature parénétique s’approprie de préférence la pensée sentencieuse des anciens recueils gnomiques, une commune tournure d'esprit
Es (2) On en compte seulement quatre, tandis que les simples réminiscences ont êté évaluées à quatre-vingt-six. Cf. Dictionnaire encyclop. de la Bible, 1 (1932) Pr