CHAPITRE IV SITUATION. DATE ET LIEU DE COMPOSITION
Tout ce qu’il est possible d'établir ou de présumer quant au milieu d’origine et à l’époque de composition de l’épître de Jacques résulte directement de l’ensemble de notre étude.
Si l’auteur n’est pas Jacques, frère de Jésus (x), et si le paulinisme appartient à un passé déjà enveloppé de quelque brume, nous nous trouvons reportés au plus tôt jusqu'à un certain nombre d'années après la disparition de l’apôtre Paul, qui se place vers l’an 64. Il ne serait d’ailleurs pas impossible que l'absence de la mention de la ville sainte et de son temple dans le texte relatif aux serments, /acgq. 5, 12, comparé à la tradition analogue qu'a conservée Math. 5, 35, ne s’expliquât de prétérence après la chute de Jérusalem en 70. On ne peut en tout cas pas placer avant cette date le ferminus a quo.
D'autre part, le premier verset de l’épître de Jude ne se comprend guère que si son auteur connaissait l’existence d’un écrit attribué à Jacques, frère du Seigneur. Si rapidement qu'ait pu se former cette tradition, il faut bien statuer au moins une dizaine d'années pour qu’elle ait pris quelque expansion dans les milieux chrétiens. Dès lors, la critique interne de l’épître de Jude amenant à la situer dans le courant du second quart du 11e siècle, pas avant 130 ou 135, nous obtiendrions comme ferminus ad quem pour celle de Jacques les années 120 à 125. Elle se placerait donc entre 70 ou 75 et 120 ou 125. Comme elle ne reflète aucune persécution (cf. le commentaire, 2, 6 ; 5, 6), et qu’à part certaines mesures frappant les Juifs, dont les chrétiens subirent le contrecoup dans la deuxième moitié du règne de Domitien qui va de 81 à 06, le calme régna jusqu’à la fin de celui de Trajan (98-117, martyre d’Ignace d’Antioche en 117), nous pouvons trouver une
“confirmation de nos conclusions chronologiques dans le fait que l'ère de la terreur ne s'ouvrira qu'après les troubles provoquant la révolte de Bar-Kochba, sous Hadrien, de 132 à 135. Enfin, nous avons vu que l’épiître de Jacques ne peut pas avoir été composée à une très grande distance soit de la première épiître de Pierre, qui sous sa forme primitive doit dater des alentours de
(1) La plupart des auteurs qui admettent cette attribution traditionnelle font dater l’épître d’une époque antérieure même à celle des lettres de Paul. Voir, par exemple, F. H. KRUGER, L’épître de Jacques; le plus ancien document du N.T, Revue chrétienne, 1887, p. 605 ss., 685 ss.