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LES DONNÉES DE LA TRADITION ET DE L HISTOIRE. XXV

in^ siècle ou peut-être dès la fin du n®, TÉpître de Jac. fut traduite en même temps. Elle était donc reçue dans les Églises coptes comme Écriture inspirée.

Conclusion.

L'Épître de Jac. n'a été connue que peu à peu dans les Eglises. Elle ne répondait pas comme les Evangiles ou les Actes aux désirs qu'avaient les fidèles d'être mieux instruits de la vie et des enseignements du Sauveur ou des origines chrétiennes ; son auteur était moins connu que saint Paul dans les Eglises de la gentilité. Aussi s'explique-t-dn fort bien la lenteur relative de sa diffusion.

Depuis la date de sa rédaction (entre 50 et 62, cf. p. lxxxvii) jusqu'à Ôrigène, c'est-à-dire pendant un siècle et demi environ, son histoire nous échappe. Durant toute cette période, elle fut conservée et lue dans quelques communautés, notamment dans les communautés auxquelles l'auteur l'avait envoyée. Il est possible qu'Hermas et d'autres écrivains des deux premiers siècles l'aient utilisée ; cela est très probable pour Clément Romain ; en tous cas on ne saurait dire si ces écrivains ont reconnu son caractère de livre inspiré. Le Canon de Muratori ne la nomme pas, mais est-il complet ?

Parmi les Églises qui conservaient et lisaient la lettre de Jacques, il faut nommer celle d'Alexandrie, où la colonie juive était si importante. Quand Origène écrit, il trouve une T;radition établie et s'en fait le témoin. Après lui la métropole d'Egypte .regarda toujours l'Épître comme inspirée. L'influence d' Origène ^ de Didyme, d'Athanase, de Cyrille, fit connaître aux Églises lointaines le canon alexandrin.

En Syrie l'accord n'était pas aussi complet qu'en Egypte (1). A Antioche, Lucien a dû compter Jac. au nombre des écrits inspirés, car Amphiloque, Grégoire de Nazianze, Ghrysostome, qui ont reçu l'Épître de Jacques, devaient la lire dans les exemplaires de Lucien; de même le traducteur de la Peschîtta. Mais un autre antiochien de renom, Théodore de Mopsueste, a rejeté l'Épître de Jacques au dire de Léonce de Byzance (2) . Le Mephasqana (3) devait se réclamer de la tradition de certaines Églises syriennes, peut-être était-ce déjà les mêmes Églises

(1) En Egypte on ne connaît qu'une voix discordante, tout à fait négligeable, celle de Gosmas Indicopleusle au milieu du vr siècle. Ce moine rejeta les Épîtres catholiques [Topographia, vil; P. G., LXXXVIII, 372-373), parce que dans II Pet. il y avait un passage qu'on opposait à une de ses idées, cf. Jacquier, Le Nouveau Testament dans VÉglise chrétienne, t. I, p. 336. i

(2) Contra Nestorianum et Eatychium, liber III, Adversus incorrupticolas et Nesi. xiy(P. G., LXXXVI, 1365).

(3) Les Nestoriens de langue syriaque aimaient à saluer Théodore de ce titre qui signifie « Interprète ».

XXVI INTRODUCTION

qui au temps d'Eusèbe ne lisaient pas Jacques en public (1). L'influence de Théodore n'est certainement pas étrangère aux doutes des écrivains ecclésiastiques de langue syriaque, surtout des Nestoriens, relativement à la canonicité ou à l'authenticité de l'Épître (2).

En Occident, la lettre de Jacques est demeurée inconnue ou presque inconnue jusqu'au milieu du iv^ siècle. A cette époque l'Eglise latine entre en contact plus étroit avec l'Église grecque. Saint Hilaire est exilé en Asie Mineure ; saint Athanase en Gaule. Saint Ambroise connaît bien les Pères Grecs, saint Jérôme voyage en Orient, Rufin fait traduire Origène. L'Epître de Jac. est alors reçue dans les canons des Églises d'Italie, de Gaule, d'Espagne (Prîscilliens), d'Afrique. Les Pontifes de Rome, Damase, Innocent I, Gélase, la mettent dans leurs listes officielles des livres inspirés.

La canonicité de l'Épître est alors fermement établie et le demeurera. Quand Luther voudra la rejeter il ira contre toute la tradition. On sait qu'il opposa l'Épître de Jac. aux lettres de saint Paul et l'appela « èpître de paille » {eine rechte stroherne Epistel). Les autres réformateurs, Mélanchton, Zwingle, Calvin, ne le suivront pas jusque-là et reconnaîtront le caractère inspiré de l'écrit (3).

Le concile de Trente a défini la canonicité de l'Épître de Jac. (Denz. 784). Mais comme l'Épître avait été contestée autrefois dans quelques Églises, on l'a rangée durant quelque temps parmi les livres deutéro-canoniques du N. T. (4).

§ 3. L'authenticité.

Les Pères ont connu notre première Epître catholique sous le nom de Jacques. Mais avec quel Jacques nommé dans le N. T. ont-ils identifié cet auteur ?

Nous avons déjà vu qu'au temps d'Eusèbe les Églises qui lisaient en public l'Épître de Jacques l'attribuaient à Jacques premier évêque de Jérusalem (5). Eusèbe ne connaît. sans doute pas d'autre attribution, car il l'aurait bien dit. Il est probable que ces Églises tenaient Jacques pour un Apôtre, car Eusèbe qui lui donne ce titre dans le commentaire

(1) n. E. II, XXIII, 24, 25.

(2) Cette influence de Théodore de Mopsueste s'est exercée jusqu'en Afrique. Au milieu du vi* siècle l'évêque africain Julianus, qui était disciple de Théodore, par son maître Paul le Persan, et qui suit son canon des Écritures (Bardenhewer, Patrologie s, p. 552), rejetait l'Épître de Jacques (De partibus divinae Legis, I, vi ; P. L., LXVIII, 19). ,

(3) Jacquier, Le Nouveau Testament dans l'Église chrétienne, t. I, p. 373-381.

(4) Celte distinction de livres deutéro-canoniques n'a jamais eu de caractère oîFiciel.

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