XXVIII INTRODUCTION
d'Alphée (1) ."'Quand Rufin appelle l'auteur de l'Épître frère du Seigneur et Apôtre, il pense lui aussi à l'évêque de Jérusalem et au fils d'Alphée (2).
Saint Jean Chrysostome attribue l'Épître à Jacques frère du Seigneur : xal SI ^ouXecOe, TrapaÇw &[jiîv âÇto7ci<jTOv (jidcpTUpx tov àSeX(p<)660v 'laxwëov 9«axovTa- •?) tci'otiç x*^p'*Ç '^'^'* epywv vexpoc Icttiv (3). Mais tantôt il paraît considérer le frère du Seigneur comme un fils de Joseph. (4), tantôt il l'identifie avec Jacques fils d'Alphée (5).
Quelquefois et seulement à une époque éloignée des origines l'Épître fut considérée comme l'œuvre de Jacques fils de Zébédée : Isidore de Séville (6), un manuscrit de Corbeil (ix® siècle, en note à la fin de l'Épître de Jac), la préface aux Épîtres catholiques dans l'édition princeps de la Peschitta (préface datée généralement du xvi° siècle), enfin un certain nombre d'auteurs espagnols entraînés par leur affection pour Jacques de Compostelle, le fils de Zébédée.
A côté du grand courant traditionnel favorable au nom de Jacques évêque dé Jérusalem, il faut encore relever des doutes, des négations.
Nous savons déjà qu'au temps d'Eusèbe quelques Églises n'admettaient pas l'authenticité de l'Épître de Jacques . C'était peut-être aussi l'opinion de quelques personnes à l'époque de saint Jérôme ; le solitaire de Bethléem après avoir attribué l'Épître à Jacques évêque de Jérusalem, ajoute : quae et ipsa epîstola ah alîo quodam (7) sub nomine ejus édita asseritur, Ucet paulatim tempore procedente obtinuerit auctorîtatem (8) ; mais il se pourrait bien que Jérôme ne fasse que répéter Eusèbe. Isidore relève quelques doutes (9). Les Églises de langue syriaque ont longtemps hésité ; au xm*' siècle le Jacobite Bar Hebraeus rapporte encore des doutes que pour sa part il ne partage pas (10). Il faut enfin nommer Gajetan, Érasme qui n'ont pas cru que l'Épître fut l'œuvre de Jacques évêque de Jérusalem ou Apôtre (11).
L'authenticité de l'Épître de Jacques n'a donc pas été universellement admise dans la tradition. Cependant les témoignages des Pères et des
(1) Adv. Helv. 13 (P. L., XXIII, 195-196).
(2) Com. in Symb. Apost. xxxvii (P. L., XXI, 374).
(3) De Paenit. hom. ix {P. G., XLIX, 343); cf. Jac. ii, 26.
(4) In Mat. hom. v, 3 (P. G., LVII, 58).
! (5) In Gai. i, 19 {P. G., LXI, 632).
(6) De ortu et obitn Patrnm, lxxi (P. L., LXXXIII, 151).
(7) ms. sangerm. : ah aliqaibus.
(8) De vir. ill. n (P. L., XXIII, 609).
(9) De eccl. officiis, I, xn, 12 (P. L., LXXXIII, 749-750).
(10) Klamroth, Gregorii Abulfaragii Bar Ebhraya in Actus etEpistolas catholicas adnotationes, Gôttingen, 1878, cité par Ropes, p. 98.
(11) Cf. Jacquier, Le Nouveau Testament dans l'Église chrétienne, t. I, p. 362. et 366.
3LES DONNÉES DE LA TRADITION ET DE l'hISTOIRE. XXIX
anciens auteurs ecclésiastiques considérés dans leur ensemble demeurent fermes en sa faveur : ils tiennent l'Épître pour l'œuvre de Jacques, évêque de Jérusalem, frère du Seig-neur. C'est seulement contre cette attribution que des doutes ou des négations nous sont connus, c'est donc qu'elle était seule à s'imposer.
Les témoignages traditionnels sont moins fermes sur le caractère apostolique de Jacques frère du Seigneur. Nous avons dit que Jérôme, Rufin identifient Jacques frère du Seigneur et Jacques Apôtre fils d'Alphée, et que Chrysostome adopte cette manière de voir dans son commentaire de l'Épître aux Galates (1). La pensée des anciens est moins claire. Origène qui appelle Jacques Apôtre mentionne ailleurs l'opinion qui fait de Jacques frère du Seigneur un fils dé Joseph et il semble l'admettre (2). Eusèbe a peut-être hésité (3). Épiphane considère Jacques frère du Seigneur comme un fils de Joseph, et cependant il lui arrive de l'appeler Apôtre (4). Tout un groupe de Pères ne parle
-pas de l'identification de Jacques frère du Seigneur et de Jacques Apôtre. Grégoire de Nysse (5) fait de Jacques frère du Seigneur un fils de Joseph, et non d'Alphée, peut-être aussi Cyrille d'Alexandrie (6). Saint Hilaire paraît admettre les frères du Seigneur plutôt comme enfants de Joseph (7). Théqdoret fait de Jacques un fils de Clopas et de la sœur de la Vierge Marie (8). La pensée de saint Augustin a
. hésité : Jacobus Domini frater vel ex ftliis Joseph ex alîa uxore, çel ex cognatione Mariae matris ejus débet intelligi (9). Cette diversité d'opinions se retrouve et même s'accentue dans la liturgie où la démarcation entre Orientaux et Occidentaux est beaucoup plus nette que chez les Pères. L'Église latine célèbre la fête de Jacques Apôtre fils d'Alphée et évêque de Jérusalem le 1^^= mai; l'Église grecque célèbre la fête de Jacques Apôtre fils d'Alphée le 9 octobre et celle de Jacques
évêque de Jérusalem, le 25 du même mois.
Le concile de Trente dans le chapitre sur l'institution du sacrement
de l'extrême-onction a identifié Jacques frère du Seigneur (évêque de
Jérusalem) et Jacques Apôtre (évidemment le fils d'Alphée) (Denz. 908).
(1) Cf. p. xxvir,. xxviii.
(2) Corn, in Mat. x, 17 (P. G., XIII, 876, 877) ; In Lucam kom. vu [P. G., XIII, 1818). Cette opinion qui vient du Protévangile de Jacques est traitée par saint Jérôme de « deliramenta apocryphorum » {In Mat. xil, 49, 50; P. Z/., XXVI, 84).
(3) Cf. p. XXVII note 1.
{k)Adv.haer. Lxxviir, 7, 8, 13; lxxix, 3 {JP. G., XLII, 708, 709, 720. 744); et xxix, S {P. G., XLI, 893).
(5) In Christi Resiirrectionem, orat. ii (P. G., XLVI, 648).
(6) In Joan. vu, 5 [P. G., LXXIII, 636-637).
(7) Com. in Mat. i, 4 (P. i., IX, 922).
(8) Epist, ad Galat. i, 19 (P. G., LXXXII, 468). .(9) Expositio Ep. ad Galat. 8 (P. L., XXXV, 2110).
XXX INTRODUCTION
§ 4. La personne de Jacques évêque de Jérusalem,
Il nous faut maintenant étudier dans l'histoire la personne de ce Jacques frère du Seigneur, auquel la tradition a généralement attribué rÉpître. Cette information préliminaire nous permettra au chapitre suivant de porter un jugement aussi motivé que possible sur l'authenticité de l'écrit. . ■
\. Avant la Peintecôte. Essai d'identification.
La vie de Jacques évêque de Jérusalem nous est très peu connue avant la Pentecôte.
Avec quel Jacques des Évangiles peut-on l'identifier? Le même nom y est écrit avec quatre spécifications dififérentes :
1° Jacques fils de Zébédée et frère de Jean (Mt. iv, 21 ; x, 2; Me. i, 19; m, 17; Le. v, 10; vi, 14).
20 Jacques fils d'Alphée (Mt. x, 3; Me. m, 18; Le. vi, 15; cf. Aet^ I, 13).
Tous deux étaient Apôtres . .
3° Jacques frère du Seigneur (Mt. xiii, 55; Me. yi, 3; cf. Gai. i, 19).
4° Jacques fils de Marie (Mt. xxvii, 56 ; Me. xv, 40 ; xvi, 1 ; Le. XXIV, 10).
Jamais les évangélistes n'identifient explicitement Jacques fils de Marie, Jacques frère du Seigneur et Jacques fils d'Alphée. 11 est probable cependant que ces trois vocables désignent le même personnage qui devint par la suite le chef de la communauté chrétienne de Jérusalem.
Il n'est pas besoin d'établir ici que le mot frère du Seigneur n'est pas à entendre au sens strict, mais au sens larg-e araméen de parent, probablement en la circonstance de cousin. Il est dommage que Mayor, un des meilleurs commentateurs de l'Épître de Jacques, ait voulu reprendre tout l'arsenal de la critique hostile à la perpétuelle virginité de Marie. Il se donne beaucoup de mal pour faire de Jacques le frère de Jésus au sens strict. Parmi les études modernes catholiques et de langue française qui traitent la question des frères du Seigneur, il faut citer celle du R. P. Lagrange dans son Commentaire sur saint Marc (p. 72 et ss.) et celle du R. P. Durand dans RB. 1908 (p. 9-35). Le lecteur voudra bien s'y reporter.
Jacques, frère du Seigneur, évêque de Jérusalem (Gai. i, 19) est certainement le même personnage que Jacques frère (cousin) de Jésus bien connu des gens de Nazareth (Mt. xiii, 55 ; Me. vi, 3).
Contre l'identification de Jacques frère de Jésus et de Jacques Apôtre fils d'Alphée, on fait une objection : les frères de Jésus lui étaient hostiles (Me. m, 21; Je. vu, 3) ; ils ne pouvaient donc pas être Apôtres.