LES DONNEES DE LA TRADITION ET DE L HISTOIRE. XXXI
Mayor pense que Jacques frère du Seigneur s'est converti seulement après la Passion. Il est vrai, les parents de Jésus forment un groupe à part des Apôtres. Ils n'ont pas la foi ou du moins ils ont une foi très mal éclairée. Mais les expressions de Me. et de Jo. sont trop générales pour qu'on ne puisse pas admettre des exceptions. Chez les Orientaux la parenté est toujours nombreuse, car les généalogies de famille sont bien connues. Quelques parents de Jésus ont bien pu ne pas penser comme les autres.
L'objection ne saurait donc infirmer le texte de saint Paul qui paraît bien dire que Jacques frère du Seigneur fut Apôtre. Après avoir dit qu'il a visité saint Pierre à Jérusalem et est demeuré quinze jours avec lui, saint Paul ajoute : erspov SI twv àTçoffxoXcov oùx elâov eî [x-^ 'laxwêov tov àSeXfov Toïï Kupïov (Gai. I, 19). Il est difficile d'admettre comme le prétend la majorité des critiques modernes non catholiques (1) que et [xtî ait dans ce texte la signification rare de « mais cependant » qu'on retrouve dans Le. iv, 26; Apoc. xxi, 27; et qu'lTspov se rapporte à Pierre comme si Paul disait : « Je n'ai pas vu d'autre Apôtre que Pierre, mais j'ai vu Jacques le frère du Seigneur. » Le sens le plus naturel, surtout après ^Tspov est celui de « sinon » ; vraisemblablement Paid range Jacques frère du Seigneur parmi les Apôtres, et par Apôtre il entend les Douze ; en effet il a en vue un petit groupe bien distinct dont ne font pas partie les apôtres de second rang comme Barnabe, il appelle Jacques une colonne en même temps que Céphas, Jean (Gai. ii, 9); cf. Lagrange, Épîlre aux Galates, p. 18. On peut remarquer, d'autre part, que Jacques qui était sédentaire ne. pouvait avoir le titre d'Apôtre que s'il était compté au nombre des Douze (2).
Si, comme on peut le croire, Jacques frère du Seigneur était un des Apôtres, il ne peut être que Jacques fils d'Alphée, car il mourut après 60 et Jacques fils de Zébédée fut exécuté sur l'ordre d' Agrippa en 44 (Act. XII, 2).
On peut ajouter d'autres conjectures.
Jacques frère (cousin) du Seigneur et José (Mt. Joseph) qui habitaient -sans doute Nazareth (Mt. xiii, 55; Me. vi, 3) doivent être identifiés avec
(1) Elle soutient en effet que Jacques frère du Seigneur est fils de Joseph et de Marie. Dès lors, il ne peut pas être Jacques Apôtre, fils d'Alphée.
(2) L'Évangile selon les Hébreux, cité par saint Jérôme {Devir. ilL, ii), a peut-être considéré Jacques frère du Seigneur comme Apôtre; celui-ci aurait assisté à la Gène; le Sauveur lui apparut après sa résurrection : «juraverit enim Jacobus se non comesuj'um panem ab illa hora qua biberat calîcem Dominidonec videret eum resurgentem a dormientibns ». Ropes à la suite de Lightfoot lit « calicem Dominus », il s'agirait de la Passion, Jac. ne serait donc pas supposé Apôtre. Les deux lectures peuvent être discutées (cf. Mayor, p. lvi, note 1), La traduction grecque a Kùpioç. La traduction de Jérôme demeure douteuse.
XXXn ÏNTRODUCTION.
Jacques le petit fAtxpoç (1) et José (Mt. Joseph) dont la mère s'appelait Marie (Mt. xxyii, 56; Me. xv, 40; cf. xvi, 1; Le. xxiv, 10). Celle-ci avait suivi Jésus avec quelques autres saintes femmes depuis la Galilée jusqu'au Calvaire.
Saint Jean ne nomme pas au pied de la croix Marie mère de Jacques et de José mais Marie de Clopas (xix, 25). Peut-être s'agit-il de la même Marie nommée dans les Synoptiques du nom de ses deux fils, et dans Jo. du nom de son mari ; Clopas et Alphée seraient les deux noms d'un même personnage, comme Matthieu et Lévi (2). Plusieurs auteurs identifient Marie de Clopas avec la sœur de la Sainte Vierge dont il est parjé dans le même texte de Jo., il y aurait trois femmes, la Mère de Jésus, sa sœur Marie de Clopas, et Marie-Magdeleine. Dans cette hypothèse, Jacques serait neveu deja Sainte Vierge et cousin de. Jésus par sa mère. Mais il semble plutôt qu'il faille admettre dans Jo. deux groupes de deux femmes, la Mère de Jésus et sa sœur, Marie de Clopas et Marie-Magdeleine. Si Clopas est frère de Joseph comme le rapporte Hégésippe au dire d'Eusèbe (3), Jacques serait donc par son père cousin putatif de Jésus.
11 y avait peut-être un ou deux autres fils dans la famille. Mais à mesure qu'on avance dans les conjectures, le terrain devient de moins en moins sûr. Jude de Jacques dans Le. vi, 16; Act. i, 13, signifie très probablement Jude frère de Jacques (cf. Jude 1). Ce Jude appelé sans doute Lébbée et Thaddée dans Mt. x, 3; Me. m, 18, pour le distinguer de Judas Iscariote (cf. Jo. xiv, 22), était Apôtre et, comme Jacques et José, parent du Sauveur (Mt. xiri, 55; Me. vi, 3). Il n'est jamais mis en relation avec Marie mère de Jacques et de José ; peut-être était-il seulement frère de Jacques par son père. Simon, nommé en même temps que Jacques, José (Mt. Joseph), et Jude parles gens de Nazareth (Mt. xin, 55, Me. VI, 3), était peut-être lui aussi, comme Jude, frère de Jacques et Apôtre (Mt. x, 4; Me. m, 18; Le. vi, 15).
Si le bien-fondé de ces déductions dont les dernières demeurent très conjecturales était établi, on pourrait reconstituer de la manière suivante le milieu familial de Jacques. Alphée aurait eu d'un premier mariage un fils nommé Jude, peut-être un autre nommé Simon. Puis il aurait épousé en seconde noce une femme nommée Marie. Jacques et José seraient nés de cette union. La famille habitait î'^azareth ou un village voisin, et les fils d' Alphée grandissaient près de Jésus leur
(1) L'adjectif jjiixpé; peut désigner la taille, ou un plus jeune âge par comparaison avec un autre, dans ce dernier cas il s'agirait d'un Jacques bien connu (le fils d'Alphée) qu'on distingue d'un autre bien connu également (le fils de Zébédée) ; cf. Lagjrange, S. Ma7^c, p. 79.
(2) Cf. Lagrange, 5. Marc, p. 79, 80.