LES DONNÉES DE LA TRADITION ET DE L^HISTOIRE. XXXIII
parent. Quand Jésus commença son ministère, l'ensemble de la parenté prit une attitude critique; on trouva qu'il exagérait (Me. m, 21), puis, qu'il manquait d'audace (Jo. vu, 3); mais Jacques et Jude se seraient attachés à lui et seraient devenus Apôtres. Simon aussi peut-être (Mt. X, 4). José ou Joseph (Mt.) ne fut pas Apôtre; il était sans doute connu comme un disciple par les premiers chrétiens puisque la catéchèse désignait par son nom, comme par celui de Jacques, sa mère Marie. On ne saurait dire à quel moment il s'attacha au Sauveur, ni si c'est de lui qu'il s'agit dans Act. i, 23. Les fils d'Alphée apparaîtraient donc, au moins dans l'ensemble, comme une exception parmi la parenté de N.-S. L'influence de Marie, mère de Jacques et de José, n'aurait pas été étrangère à cette attitude : elle aussi s'était attachée à Jésus et plus courageuse que ses fils, elle le suivit jusqu'au Calvaire.
Après la Résurrection, Jacques fut comme Pierre favorisé d'une apparition spéciale du Seigneur (I Cor. xv, 5, 7). Il assista à l'Ascension et se retira au Cénacle (Act. i, 12-14). Nous y retrouvons les frères de Jésus formant un groupe spécial à côté des Apôtres. Il s'agit vraisemblablement des parents incrédules ou à l'esprit critique, convertis depuis le ministère galiléen et surtout depuis la Résurrection. Ils sont venus se joindre à ceux des leurs qui les avaient précédés dans la foi, notamment à Jacques et à Jude.
De cette reconstitution hypothétique de la vie de Jacques avant la Pentecôte, quelques grandes lignes semblent se dégager. Jacques est très probablement le parent de Jésus connu des gens de Nazareth, et l'Apôtre fils d'Alphée. Le Christ glorieux lui est sûrement apparu.
H. Apres la Pentecôte.
La suite de son histoire nous est heureusement mieux connue.
Au dire de Clément d'Alexandrie cité par Eusèbe (1), Pierre, Jacques (fils de Zébédée) et Jean « après l'Ascension du Sauveur, quoique plus honorés que les autres par lui, ne revendiquèrent point cette gloire, mais Jacques lé Juste fut choisi comme évêque de Jérusalem. » C'est aussi l'opinion de saint Jérôme (2). Il semble que les Apôtres convinrent entre eux de confier à Jacques le gouvernement de l'Église Mère. Cette préférence donnée à un parent de Jésus s'explique mieux, si Jacques était Apôtre comme nous avons pensé devoir l'admettre. Peut-être se signalait-il par une grande charité (cf. Comm. i, 27). Plus tard on pensa que Jésus lui-même avait donné à Jacques l'épiscopat de Jérusalem (3), Cette opinion qui tend à rehausser l'autorité de Jacques
(2) De vir. ill., ii {P. L., XXIII, 609).
(3) Epiphane, Adv. haer., lxxviii, 7 {P. G., XLII, 709); Chkysostome, InEp. I ad Cor. hom. xxxviil, 4 (P. G., LXI, 326); cf. Eusèbe, H. E., VU, xix.
XXXIV INTRO]>tICTION.
provient de la même tendance et du même milieu que le récit d'Hégésippé, et ne mérite pas davantage de crédit (1) (cf. infra, p. xxxix).
Jacques apparaît toujours dans les Actes et dans l'Èpître aux Galates comme le chef de la communauté de Jérusalem. H est une des colonnes de l'Église avec Pierre et Jean (GaL iï, 9). Paul, après sa conversioia, le visite à Jérusalem (Gai, i, 18, 19) ; quand Pierre sort de prison, il le fait avertir (Act. xir, 17). A l'assemblée de Jérusalem, il parle avec autorité, résume le débat, propose les règles à imposer aiix gentils quand ils se convertissent, et ses avis sont écoutés, suivis (Act. xv). Le soin (jue prend saint Paul dans la controverse judaïsante à montrer que sa doctrine est conforme à celle des Apôtres, notamment à celle de Jacques, montre bien la grande autorité dont jouissait celui-ci (Gai. iï, 1-10). Les judaïsants se réclamaient sans doute de lui (Gai. ii, 12), mais à tort. Les textes, en efifet, montrent bien que Jacques ne fat pas le sectaire, l'ennemi de saint Paul, l'organisateur de contre-missions, tel que la critique non catholique aime assez souvent à le représenter. Dans l'assemblée de Jérusalem l'attitude de Jacques est une attitude de conciliation et de paix. Le P. Lagrange a bien montré dans son commentaire de l'Épître aux Galates (p. xlv-lviii) que Jacques n'était point un judaïsant. Jamais le frère du Seigneur n'a voulu imposer la circoncision et les coutumes juives aux gentils qui entraient dans l'Église, même comme moyens de perfection. Il fut toujours d'accord avec saint Paul et cet accord nous est garant que Jacques considérait lui aussi le Christ comme principe du salut.
Mais a-t-il regardé les œuvres légales comme nécessaires aux Juifs à titre de condition du salut ou de perfection? Le récit des Actes relatif à la dernière visite de Paul à Jérusalem permet de le supposer (Act. XXI, 17-26). Le petit discours (20-25) traduit la pensée des Anciens et sans doute celle de Jacques leur chef : Paul doit montrer qu'il ne détourne pas les Juifs de l'observation de la loi mosaïque. A cette époque, les Apôtres, à l'exception de Jacques, avaient quitté la ville sainte et étaient partis en mission à travers le monde. Pierre et Jean qui avaient voulu d'abord se consacrer à l'apostolat chez les Juifs (Gai. II, 9) avaient fini par suivre l'exemple de saint Paul. Tous les disciples dont l'âme s'était ouverte au désir de la conquête des nations avaient dû partir eux aussi. Il ne restait guère que ceux qui n'avaient pas voulu s'éloigner du temple et qui demeuraient attachés au vieil ordre de choses. On faisait du prosélytisme, mais entre Juifs; les conversions furent nombreuses (Act. xxi, 20), quoique l'ensemble de la
(1) On le retrouve en effet dans les Récognitions, i, 43 : Ecclesia Domini in Hierusalem constituta copiosissime mnltiplicata crescebat per lacobum qui a Domino ordinatus est in ea episcopus (P. G., I, 1232).
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nation demeurât indifférent ou hostile. Cette situation nouvelle avait renforeé les tendances pharisîennes et conservatrices. Aussi l'accueil fait à saint Paul semble-t-il avoir été plutôt froid (Act. xxi, 20). Si en cette circonstance le discours fv. 20-25) a été tenu par Jacques au approuvé par lui, comme on peut Lien le penser, on est amené à conclure que celui-ci considérait sans doute la Loi comme obligatoire pour les Juifs à titre de perfection ou de condition du salut. Lui-même la pratiquait. On doit reconnaître alors que Jacques plus que les autres Apôtres, est demeuré attaché au passé, et qu'il n'a pas eu la vigueur intellectuelle nécessaire pour comprendre que le rôle de la Loi était fini même pour Israël. Il faut noter que l'amour de la paix l'a aussi engagé à parler de la sorte ou à approuver ce langage ; quelques concessions pratiques à des frères intransigeants étaient le meilleur moyen d'éviter un conflit.
Mais il ne suit pas de la fidélité de Jacques à la Loi, qu'il fût un légaliste pharisien attaché à la lettre du texte plus qu'à son esprit, donnant aux menues prescriptions une importance supérieure, ou seulement égale à celle des grands commandements. Son accord avec saint Paul sur l'admission des gentils dans l'Église prouve qu'il n'était pas un légaliste. Il apparaît plutôt dans l'histoire comme un saint homme adonné à la prière et à la pénitence. On l'appelait « le juste » à cause de ses vertus (1). Sa ch arité se manifeste dans le désir de la conciliation et de la paix lors de l'Assemblée de Jérusalem et lors de la dernière visite de Paul. Elle ne doit pas être étrangère au soin des veuves et des pauvres, à la communauté volontaire des biens. C'est dire que s'il fut fidèle à la Loi, il anima sa pratique d'un esprit de charité et d'ascèse qui manquait souvent aux pharisiens. D'ailleurs son christianisme l'engageait à entendre la Loi dans le sens religieux voulu de Dieu.
La date et les circonstances de la mort de Jacques nous sont connues par un texte des Antiquités de Josèphe. A supposer que ce texte soit interpolé, comme le pensent qpielques auteurs, il reproduit une tradition différente de celle d'Hégésippe, et beaucoup plus vraisemblable. Jl demeure le meilleur document à notre disposition (2 ) .