‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 21 sur 81 · EUSÈBE, ^. ^., II, I · texte numérisé non relu

EUSÈBE, ^. ^., II, I

(2) L'authenticité de ce passage relatif à Jacques est suspectée par Schûrer {GescU', ï, p. 548, 581-583), Zahtî, etc., et est défendue par Mayor (p. lviii, note 2), et plusieurs autres critiques. La raison alléguée contre l'authenticité est qu'Origène cite ce texte et prête en même temps à Josèphe un rapprochement inconnu dans ses ouvrages et difficilement conciliable avec son esprit, entre la mort de Jacques et la ruine de Jérusalem : les malheurs arrivés aux Juifs seraient la punition de la mort de Jacques {Comment, in Mat., x, 17; P. G., XIII. S71; Contra Celsnm, i, itl \ ii, 13; P. G., XI, 745-748 ; 824). Origène a fait sans doute une confusion avec ce que Josèphe avait dit de la mort de Jean-Baptiste et de la défaite d'Antipas {Ant. Jud., XVIII, v, 2). On retrouve le même rapprochement entre la mort de Jacques et la ruine de Jéru-

XXXVI INTRODUCTION

"Ats si ouvTOioÏÏTo; ôv ô ^Avotvoç, vofAïaaç e/^siv xaipov eTctiViSEtov, Sià to Teôvavat {xàv <&^(ïTov,'AX6îvov8s sTixarà t:?)v ôSovÔ7rocpj^eiv,xa6(Çèi cuvéSpiov xpiTwv,x«lTrapaY«Y'^^ sîç auTo Tov dSsXcpov 'Iirjffou toû XeYOfjiévou XptffTOU ('Iccxwêoç ovo^jia «ùt^), xai Tivaç iTepouç, a)ç icapavof/.ïio'avTWv xarvjyopiav TcoiTjcyàfXÊVOç, TrapéSoxe XÊUoOy,<JO,alvouç (A/lï. /W., XX, IX, 1).- *

Le procurateur Festus devant qui saint Paul avait comparu, mourut pendant l'exercice de sa charge en 61-62 (1). Les quelques mois qui s'écoulèrent jusqu'à l'arrivée de son successeur Albinus furent un temps d'anarchie. Le nouveau grand prêtre, Hanan II, fils du grand prêtre HananI (Anne) nommé dans les Évangiles (Le. m, 2; Jo. xviii, 13, 24), venait d'entrer en charge par la grâce d'Agrippa II, roi de Chalcis. Il avait, raconte Josèphe, un caractère audacieux et entreprenant qui lui valut plus tard d'être nommé dictateur de Jérusalem (2). Membre de l'aristocratie saducéenne, il en avait la morgue et la dureté. L'absence momentanée d'un gouverneur romain était une bonne occasion pour agir vite et librement. Hanan réunit le sanhédrin, fit comparaître Jacques et quelques autres personnes. Eusèbe remarque que la fureur des Juifs, à laquelle Paul avait échappé, se tourna alors contre Jacques (3). Il ne s'agit pas du peuple qui le tenait en haute estime, mais des chefs de la nation. Hanan a pu désirer leur être agréable, il a dû aussi donner cours à sa haine. Il était avec sa famille au premier rang de ces riches que les prédicateurs chrétiens menaçaient des pires châtiments à cause de leurs exactions et de leurs crimes. Il était un repu encore plus que les chrétiens dont parle l'Épître de Jacques (v, 5). Une fois de plus dans l'histoire juive les impies se dressèrent contre le juste et le firent mourir. Jacques et quelques autres furent accusés de transgresser la Loi (tî>ç 7capavo(AYî<jàvTO>v), l'accusation est vague; la peine qui suit permet de la préciser. On condamnait à la lapidation ceux qui transgressaient l'alliance en allant vers d'autres dieux (Deut. xvii, 1-7). Jacques, comme Etienne, fut accusé et exécuté parce qu'il était disciple de Jésus. Il mourut martyr avec quelques autres chrétiens (4).

Les Juifs pieux, ajoute Josèphe, portèrent plainte contre le grand prêtre. Jacques qui observait la Loi leur était sympathique. Ces gens ne furent sans doute pas fâchés de saisir l'occasion pour se venger du haut

salem dans Eusèbe (//. E., II, xxni, 19, 20), Jérôme {De vir. ill., II). Mais il ne suit pas de là que Josèphe n'ait point parlé de Jacques ou en ait parlé autrement que dans le texte actuel. Le^contexfce est favorable à l'authenticité ; de même la mention du Christ, un chrétien qui aurait voulu interpoler dans Josèphe un texte sur Jacques aurait parlé da Seigneur avec plus de respect (toQ Xeyonévou XptffToO).

(1) Jacquier, Les Actes des Apôtres, p. ccciii-iv et Sghûrer, Gesch., I, p. 577-581.

(2) Ant. jnd., XX, ix, 1 ; Bel.jad., II, xx, 3.

(3) H. E,, II, xxiii, 1.

(4) Sur la sépulture de Jacques et l'histoire de ses localisations successives, cf. Abel, La SépuUare de saint Jacques^le Minew, RB., 1919, p, 480 et ss.

LES DONNÉES DE LA TRADITION ET DE l'hISTOIRE. XXXVII

sacerdoce qui les brimait. Le nouveau gouverneur qui arrivait d'Alexandrie fut averti en cours de route; il blâma le grand prêtre pour abus de pouvoir et Agrippa destitua Hanan après trois mois de souverain pontificat.

Hégésippe date la mort de Jacques de la campagne de Vespasieiï, soit de l'année 68 environ (1). Mais, nous le dirons bientôt, le récit d'Hégésippe ne mérite guère de crédit. La date 61-62 donnée par le texte de Josèphe paraît bien devoir être admise comme certaine ou presque. Elle est confirmée par saint Jérôme : triginta itaque antiis Hierosolymo^ rum rexit \Jacobus) ecclesiam, îd est usque ad septimuin Neronis annum (2). La septième année de Néron tombe en 61 .

D'après saint Epiphane (3) Jacques est mort à quatre-vingt-seize ans, chiffre exagéré sans doute, comme tout le récit d'Epiphane sur Jacques.

Après la mort de Jacques, en effet, la légende ajouta peu à peu à l'histoire. On se représenta Jacques comme revêtu du sacerdoce juif, pénétrant dans le Saint des Saints, portant sur le front la lame d'or, le TcÉTaXov (4). Les prophètes l'avaient annoncé. On insista sur le caractère ascétique de sa sainteté : il était nazir, ne buvait ni vin ni liqueur fermentée, laissait pousser sa chevelure ; il ne prenait pas de bain, ne mangeait que des légumes, et faisait dans le temple de si longues prières que ses genoux avaient pris du calus comme ceux des chameaux. La plupart de ces traits, reproduits par saint Epiphane (5) qui en ajoute encore d'autres, remontent à la tradition consignée par Hégésippe dans ses Mémoires. Le texte conservé par Eusèbe vaut la peine d'être lu (6) :

« Jacques, le frère du Seigneur, reçut l'administration de l'Eglise . avec les apôtres. Depuis les temps du Christ jusqu à nous il a été surnommé lejuste parce que beaucoup s'appelaient Jacques. Il fut sanctifié dès le sein de sa mère : il ne buvait ni vin, ni boisson enivrante, ne mangeait rien qui eut vie; le rasoir n'avait jamais passé sur sa tête; il ne se faisait jamais oindre et s^ abstenait de bains. A lui seul il était permis d'entrer dans le sanctuaire (TouTy {aovco £?^v s?? xà t^Y'* sio-uvat)/ car ses habits n'étaient pas de laine mais de lin. Il entrait seul dans le temple et onVy trouvait à genoux demandant pardon pour le peuple., La peau de ses genoux était devenue dure comme celle des chameaux j parce qu'il était constamment prosterné adorant Dieu et demandant pardon pour le peuple. Son éminente justice du reste le faisait appeler

(1) Eusèbe, //. E., II, xxiii, 18.

(2) De vir. ilL, II.

(3) Adv. haer., lxxviii, 13 (P. G., XLII, 720).

(4) Adv. haer., xxix, 4 [P. G., XLI, 396). Le même insigne fut attribué aussi à saint Jean (Polygrates dans Eusèbe, fl^.jB.^V, xxiv, 3). Cf. Exode, xxviii, 36-38.

(5) Adv. haer., xxix, 4; Lxxvili, 13, 14.

(6) H. E., II, xxiir, 4-18 ; traduction Grapin, Paris, 1911.

XXXVIII rNTROBXrÇTIOJI.

le Juste et Oblias {£), c^-est-à-dire en grec rempart du peupie et justice^ selon que les prophètes ie montrent à son sujet. Certains membres des sectesy qui existaient au nombre de sept dans le peuple juif et dont nous avons parlé plus haut {dans les Mémoires) demandèrent à Jacques quelle était la porte de Jésus. Il répondit que Jésus était le Sauveur. Quelques-uns d'entre eux se laissèrent convaincre qu'il était le Christ, mais les sectes susdites ne voulurent pas croire qu'il était ressuscité niqu'il dut <çenir pour rendre à chacun selon ses oeupres.^ en tout cas ceux qui avaient la foi, la tenaient de Jacques.

Beaucoup donc et m.ême des chefs croyaient. Il en résulta un grand émoi parmi les Juifs^ les scribes et les pharisiens ^ « Ily a danger ^ disaient-ilsy que la masse de la nation ne place son attente en Jésus le Christ. » Ils allèrent donc trouver Jacques et Vubordèrent en ces termes : « Nous t'en prions, retiens le peuple, car il se fourvoie sur Jésus en pensant que c''ést le Christ, Nous t'engageons à parler de Jésus à tous ceux qui viennent pour le jour de Pâques : nous te croyons tous, et nous rendons tém^oignage avec tout le peuple que tu es juste et n''as point dégai^d aux personnes. Persuade donc à la multitude de ne pas s'égarer au sujet de Jésus; car tout le peuple et nous tous nous te croyons. Tiens-toi sur le faîte du temple; tu seras en vue de tous et tes paroles seront entendues de tout le peuple, » Car à cause de la pdque, toutes les tribus et même les gentils se rassemblent.

Les susdits scribes et pharisiens placèrent donc Jacques sur le pinacle du temple et ils lui crièrent ces paroles : «. Juste que tous nous devons eroire, puisque le peuple s'ubuse à la suite de Jésus le crucifié, dis-nous quelle est la porte de Jésus, » Il répondit d^une voix forte. « Pourquoi m'interrogez-vous sur le Fils de l'homme? Il est assis au ciel à la droite de la grande p uissance et il doit venir sur les nuées du ciel (2) . » Un grand nombre entièrement convaincus, ' et dociles à la parole de Jacques disaient z « Hosanna au fils de David! » Alors par contre les mêmes scribes et pharisiens se dirent les uns aux autres : « Nous avons mal fait de procurer à Jésus un pareil témoignage; montons, précipitons cet homme; on aura peur et on ne croira plus en lui. » Ils se mirent à crier : « Oh^ oh, même le juste s'' est égaré » ,* et ils accomplirent la narole d'Isaïe dans VÊcrituT-e [3] : « Enlevons le juste parce qu'il nous est insupportable ; alors ils mangeront le produit de leurs œuvres. » Ils montèrent donc et précipitèrent le juste. Puis ils se dirent les uns aux autres : « Lapidons Jacques le juste », et ils commencèrent aie lapider;

(1) « Cette interprétation du vocable 'QêXCa;, écrit le P. Vincent, suppose quelque chose comme DS? 79S?. Cet '^ôphel du peuple est manifestement une adaptation de Miellée (IV, 8) », Jérusalem, t. I, fascicule I", Paris, 1912, p. 195.

(2) Cf. Mt. XXVI, 64; Me. XIV, 62.

(3) Is. III, 10; d'après les LXX où on lit « lions » au lieu de « enlevons ».

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