‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 22 sur 81 · LES DONNÉES DE LA TKADITION ET DE L HISTOIRE. XXXIX · texte numérisé non relu

LES DONNÉES DE LA TKADITION ET DE L HISTOIRE. XXXIX

car il n^ était pas mort de sachute. Mais celui-ci se retournay se mit à genoux et dit : « O Seigneur, Dieu et Père j je t'en prie, pardonne-leur, ils ne savent ce qu'ils font (1). » Cependant ils V accablaient de pierres; et un des prêtres, des fils de Réchabj fils de Réchabim, auxquels le prophète Jérémie a rendu témoignage [2), s'écriait: « Arrêtez, que faitesyous ? Le juste prie pour vous. » Alors un foulon qui se trouvait parmi eux prit le bâton avec lequel il foulait les étoffes et frappa le juste à la tête. Ce fut ainsi que Jacques fut martyrisé. On V ensevelit sur place pi^ès du temple où l'on voit encore aujourd'hui s'élever son monument. Il avait donné aux Juifs et aux Grecs le témoignage véridique que Jésus est le ChT'ist. Et bientôt après, Vespasien les assiégea, »

Le récit de mort de saint Jacques est invraisemblaWe. Gomment les Scribes, les Pharisiens auraient-ils pu croire que Jacques parlerait en public contre son Maître? Il n'entrait pas dan^ le sanctuaire, dans le Saint des Saints, mais priait dans les parvis comme tous les autres Israélites. On se trouve en présence d'un procédé de l'hagiographie populaire ; le vieillard Siméon est lui aussi élevé à la dignité de grand prêtre dans l'Évangile de Nicodème (3). Les développements légendaires sur le pontificat et la mort de Jacques rendent plus ou moins suspecte toute la narration. Peut-être quelques détails historiques subsistent-ils, mais il est difficile de les distinguer. D'après le livre des Actes, il ne semble pas que Jacques ait vécu d'une manière si originale et qu'il ait été nazir. Il est possible qu'il n'ait mangé que des légumes et n'ait été vêtu que de lin, mais je croirais plus volontiers encore ici à une tradition populaire. On établissait déjà entre la mort de Jacques et la ruine de Jérusalem le rapport de causalité qu'Origène croyait à tort retrouver dans Josèphe (4).

La légende a dû se former dans un milieu ébionite. On retrouve, en effet, la même exaltation de la personne de Jacques dans les Homélies Clémentines, dans les Récognitions, qui sont des écrits d'origine ébionite (5). Un ascétisme semblable, alimentation végétarienne (6), abstinence du vin, y est inculqué. Quelques détails feraient penser aux Esséniens : ceux-ci considéraient les onctions d'huile comme une souillure et portaient peut-être des habits de lin (7); d'après saint Jérôme, ils ne

(1) Cf. Le. xxiii, 34; Act. vu, 59, 60.

(2) Jér. XXXV, 2 et ss.

(3) TiscHENDORF, Evungelia Apocrypha, p. 48, 389, cité par le P. Abel, La Sépulture de saint Jacques, RB., 1919, p. 490.

(4) Cf. p. XXXV, note. 2.

(5) Recognitiones, P. G., I, 1207 et ss. ; Hom. Clem. P. G., II, 58 et ss.

(6) L'abstinence de viande se rattache à un grand courant d'ascétisme philosophique dont saint Paul eut à s'occuper (Rom. xiv, 2, 6, 21; Col. ii, 16, 21) cf. Lagrange, Épître aux Romains, p. 335-340.

(7) Josèphe, Bel. jud., II, vin, 3, 7. Plusieurs sacerdoces égyptiens considéraient

XL INTRODUCTION

buvaient pas de vin, ne mangeaient pas de viande (1). Mais d'autres traits ne leur conviennent pas : les Esséniens se lavaient tous les jours (2) et étaient hostiles au sacerdoce juif. Il s'agit donc bien d'une légende ébionite.

Ce récit d'Hégésippe que les historiens se sont transmis avec des additions ou des variantes plus ou moins fantaisistes, est responsable en grande partie du caractère judaïsant que l'on prête parfois à Jacques, évêque de Jérusalem.

la laine comme impure parce qu'elle était le résultat d'une sécrétion, et ne portaient que des habits de lin (Plutarque, Isis et Osiris, 4). Les prêtres juifs portaient aussi des tuniques de lin (Ex. xxxix, 27).

(1) Adv. Jovinianum, ir, 14 (P. L., XXIII, 303). Jérôme allègue ici le témoignage de Josèphe. L'historien juif ne dit rien de cela,

(2) Josèphe, Bel. jnd., II, vin, 5.

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