‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 28 sur 81 · XXII · texte numérisé non relu

XXII

Jacques est plus religieux. Dans les Proverbes la colère est une folie; celui qui s'y laisse aller en subira les inconvénients (xix, 19) ; la maî-

ÉPITRE DE SAINT JACQUES. d

INTRODUCTION

trise de soi est déclarée supérieure au courage militaire (xvi, 32)^ réflexions très justes mais plus philosophiques que religieuses. Cependant Prov. xxïx, 22; xxii, 24, 25, expriment des pensées analogues à celle de Jacques, la colère est mise en rapport avec le péché.

Humilité.

Jac. IV, 10 : Humiliez-vous devant le Seigneur et il vous élèvera; cf. I, 9.

Prov. XXIX, 23 (LXX) : Mais le Seigneur donne la gloire aux humbles.

Ince?'titude du lendemain.

Jac. IV, 13-15 : Allons! maintenant vous qui dites : « Aujourd'hui ou demain nous irons dans telle ville.... »; vous qui ne savez pas

quelle sera votre vie demain

Vous devriez dire au contraire :

« Si le Seigneur veut...

Prov. XXVII, 1 : Ne te glorifie pas le matin, car tu ne sais pas ce qu'enfantera le jour.

(LXX) : Ne te glorifie pas des choses du lendemain, car tu ne sais pas ce que le jour suivant enfantera.

La pensée de Jacques part de la même constatation que celle des Proverbes; la fragilité et les vicissitudes de la vie sont telles, qu'il ne faut pas compter sur le lendemain, et même, d'après le texte hébreu, sur le jour présent. Mais Jacques dépasse cette constatation pour s'élever à un conseil de haute spiritualité : la soumission à la volonté de Dieu. Ici encore, il est plus religieux.

Morale sociale.

Jac. II, 9 ; si vous faites acception de personnes, vous commettez un péché.

Prov. xxviii, 21 : Il n'est pas bon de faire acception de personnes (cf. XXIV, 23).

La pensée est la même, et l'expression analogue, TrpoatoTroXviTrTeTv traduit DiJS xiirj qui équivaut à dijsd l''3n dans les textes cités des

Proverbes. Il faut juger les gens d'après la vertu (cf. Prov. xix, 1).

Jac. Il, 6 : vous outragez le pauvre {r\xi\j.ii<saxe tov ■jttw)(^ov) !

II, 15, 16 : Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture quotidienne, et que

Prov. XIV, 21 : Celui qui méprise son prochain pèche, heureux celui qui a pitié des pauvres.

(LXX) Ô àTt}Ji,aÇ{ûv irsvvjTaç ajxapTavei.

m, 28 : Ne dis pas à ton prochain, « va et reviens, demain je donnerai » quand il y a avec toi

LES DONNEES DE LEPITRE

quelqu'un d'entre vous leur dise :

a Allez en paix, chauffez-vous et rassasiez-vous » , et que vous ne leur donniez pas les choses nécessaires à leur corps, quel avantage y a-t-il?

OE LEPITRE. m.

(c'est-à-dire, quand tu peux donner sur l'heure).

Les Proverbes insistent sur le respect du pauvre; le mépriser c'est offenser Dieu son créateur (xvii, 5) ; il faut lui faire du bien (cf. xiv, 21; XXI, 13; XXII, 9; xxviii, 27); Dieu prend en main sa cause (xxii, 22, 23). Jacques parle aussi de la charité envers les humbles, il nomme les veuves, les orphelins (i, 27) ; l'exemple qu'il donne à propos de la foi sans les œuvres (ii, 15-16) peut bien être une réminiscence de Prov. m, 28. Mais les Proverbes ne parlent pas de l'élévation du pauvre; Jacques se rapproche davantage des Psalmistes (cf. supj-a).

Jac. II, 6 : Est-ce que ce ne sont pas les riches qui vous oppriment?

v, 4 (le salaire frustré).

Prov. XXX, 13, 14 : Uiïe race, combien elle lève les yeux... une race, des glaives ses dents, et des couteaux ses molaires pour dévorer les malheureux de dessus le pays.

C'est la même observation sur les riches, mais en termes plus pittoresques dans les Proverbes.

Les ressemblances entre Jacques et Proverbes consistent donc surtout dans un certain choix de sujets traités, mais ces sujets appartiennent à la littérature des sages. Jacques fait preuve de moins d'observation (péchés de la langue), et met davantage en relief le point de vue religieux (péchés de la langue, colère, incertitude du lendemain) ; on retrouve chez lui l'enseignement des vieux sages, mais pensé dans une lumière supérieure en vue de l'action. Une ou deux citations, quelques réminiscences probables indiquent une influence plus directe; ce n'est pas Jacques, en effet, qui a dû penser de nouveau les Proverbes, le développement religieux de la sagesse s'est fait peu à peu. Ben Sira occupe une place importante dans l'histoire de ce progrès.

Page 1