‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 35 sur 81 · III . Les Épîtres · texte numérisé non relu

III . Les Épîtres

Nous venons d'indiquer des ressemblances d'idées, de phrases ou de mots entre Jac, et Gai. Rom. Nous voudrions maintenant noter, en quelques brèves observations, les autres ressemblances les plus caractéristiques de Jac. avec la littérature épistolaire du N. T.

Il y a des thèmes communs : la naissance nouvelle ou la filiation divine (Jac. i, 18; Éph. i, 5 ; I Jo. ii, 29; m, 9; v, 1, 4, 18; I Pet. i, 3, 23); l'épreuve et la récompense (Jac. i, 12; II Tim. iv, 7, 8); la foi d'Abraham (Jac. ii, 23; Hébr. xi, 8-10; cf. Rom. iv, 3, 9, 16; Gai. m, 6}, mise aussi en rapport avec le sacrifice d'Isaac (Jac. ii, 21 ; Hébr. xi, 17, 19); I51 foi de Rahab la courtisane (Jac. 11, 25; Hébr. xr, 31) ; l'élection du pauvre (Jac. 11, 5 ; I Cor. i, 27) ; la tentation qui ne vient pas de Dieu (Jac. i, 13; I Cor. x, 13); la résistance au diable (Jac. iv, 7;

I Pet. V, 8, 9; cf. I Jo. m, 8); l'amour du monde ennemi de Dieu (Jac. IV, 4; I, 27; I Jo. 11, 15); l'universalité du péché (Jac. m, 2; I Jo.

I, 8-10) ; la prière qui est efficace (Jac. iv, 3 ; I Jo. v, 14) ; la réalisation des bonnes œuvres (Jac. 11, 14-26; m, 13; iv, 17; I Jo. n, 3-6; m, 7- 18), notamment l'exercice de la bienfaisance envers les pauvres (Jac.

II, 15-16; I Jo. m, 17): la patience (Jac, i, 4; Hébr. x, 36); l'amour du prochain (Jac. 11, 8; I Jo. ii, 9-11; iv, 12, 20; cf. I Cor. xiii); l'énumération des mêmes défauts, jalousie, esprit de brigue, trouble (Jac. m, 16;

II Cor. XII, 20), médisance (Jac. iv, 11; II Cor, xii, 20; I Pet. 11, 1); les mêmes métaphores : les fidèles sont des prémices (Jac. i, 19; II Thés. II, 13), la récompense du ciel est une couronne promise à ceux qui aiment Dieu (Jac. i, 12; II Tim. iv, 8; cf. I Pet. v, 4; Apec, n, 10) ; la même comparaison au sens moral péjoratif de l'homme ballotté comme les flots (Jac. i, 6; Éph. iv, 13, 14). La doctrine, l'Évangile sont appelés « parole de vérité » (Jac. i, 18; II Cor. vi, 7; Éph. i, 13; Col. i, 5; II Tim. H, 15).

Quand les auteurs du N. T. écrivaient leurs Épîtres, la prédication chrétienne avait déik commencé à constituer sa langue ; un fonds commun de mots, d'images, d'expressions servaient à énoncer les mêmes idées. Une étude de la prédication de notre temps conduirait à la même constatation : celle de thèmes dogmatiques ou moraux exprimés souvent d'une manière semblable. Aussi ne croyons-nous pas qu'il faille admettre de dépendance littéraire entre Jacques et l'ensemble des autres Epîtres que nous venons de citer. Les ressemblances ne sont pas telles que l'usage de la catéchèse ne puisse pas les expliquer.

Des rapprochements plus précis ont fait admettre la dépendance

Jacques des premiers temps de l'Église, avant les missions de saint Paul, ce que nous ne croyons pas pouvoir admetti'e.

LES DONNEES DE LE PITRES. LXXVII

littéraire de I Pet. à l'égard de Jac. [May or. p. cii et ss.) (1). L'adresse est semblable (Jac. i, 1; I Pet. i, 1), les mêmes mots rares, qu'on ne retrouve pas ailleurs dans le N. T. sont employés, 5oxt[Atov (Jac. i, 3; I Pet. r, 7), xaTaXaXeïv (Jac. iv, 11; I Pet. ii, 12; m, 16). La réunion de Soxi[j.iov et de 7reipa(7|ji.otç ■reoixtXoiç dans deux versets (Jac. i, 2, 3; I Pet. I, 6, 1), avec l'appel à la joie, et au début des deux Épîtres, est un fort argument en faveur d'une dépendance. On trouve les mêmes citations des Proverbes : Prov. x, 12, d'après une traduction de l'hébreu différente des LXX (Jac. v, 20; I Pet. iv, 8), Prov. m, 34, d'après les LXX avec ô 0eoç à la place de Kuptoç, précédant une exhortation semblable à se soumettre à Dieu et à résister au diable (Jac. iv, 6, 7; I Pet. v, 5-9); cette dernière ressemblance est très frappante, car il y a la même suite dans les idées. Il faut encore citer la guerre dans les membres (Jac. iv, 1; I Pet. ii, 11). Il est donc vraisemblable que saint Pierre a connu l'Épître de Jacques (2).

§ 3. LPEpttre de Jacques et les sages du paganisme.

On trouvera dans le commentaire des rapprochements entre l'enseignement de Jacques et quelques maximes de sages ou de philosophes païens, les égyptiens Ptah-liotep, Akhtoi, Ani, Amen-em-opé, ou les classiques Pythagore, Zenon, Cicéron, Sénèque, Epictète, Marc- Aurèle (3).

Ces rapprochements et d'autres qui pourraient encore être faits, ne doivent pas surprendre. La nature humaine est partout la même et les données de la raison peuvent aboutir aux mêmes conclusions. Il est donc normal que les moralistes païens se rencontrent avec les moralistes inspirés. En dehors même des influences que la sagesse égyptienne a pu exercer sur la sagesse hébraïque (4), le milieu oriental leur donne parfois un air de famille; l'œuvre de charité par excellence est de nourrir l'affamé, de vêtir celui qui est nu (cf. Comm. p. 59). Il serait vraiment dommage que les thèses de philosophie sur la loi et la conscience morale universelle soient toujours démenties par les faits. Dieu a aussi donné des grâces aux païens. Les rapprochements entre

(1) Pieri'e a dû en effet écrire après Jacques. Cette question de date appartient au commentaire de I Pet.

(2) Pour les rapports de Jacques et des Actes cf. infj'a, p. lxxxiii.

(3) Il est inutile de grouper ici ces rapprochements qu'on lira plus loin. La table analytique indique les noms des auteurs et les pages où ils sont cités.

(4) Cf. Ekman, Eine ilgypUsche Quelle der « Spriiche Salomos ». Sitzungsberichte der Preussischen Akademie der Wissenschaften, 1-'' mai 1924, p. 86-93, Sur la même question, Mallon, La « Sagesse » de l'Égyptien Amen-em-opë et les « Proverbes de Salomon», Biblica, Rome, 1927, p. 3-30. En corrigeant les épreuves 4u Commentaire, j'utilise cette étude qui vient de paraître.

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