LA LANGUE ÈTT LE STYLE. XCIII
« Mais, remBOi'qae le P. Eagrange (à propos du schématisme de Mt.), il est sue que- leurs écrivains, même médiocres, cherchaient à varier leuiiSî formules » (1). Ghez' Jacques les répétitions dé formules sont relativemenfc fréquentes; une indigence de mots n'en est pas la cause, car le: grandi noirfbre' déS' hwpwx (cf; p.. civ), la présence de' termes rares et savants^ comme TpoTrV}, à^o<ïxiaiyi.«.a' (i, liy, indiquent un vocabulaire bien fourni. Il s'agit donc d'un procédé de composition qui ressemble beaucoup plus- à celui des^ Sémites' qu'à celui des Grecs.
i^ développements par accrochement de mots plutôt' que par coûV' dinatwn des idées^
Un mot de la phrase précédente est répété, il sert de transition, amène une; nouvelle pensée. Les propositions sont reliées les unes aux autres par ce rappel de mots et les pensées sont plutôt juxtaposées que coordonnées. Ce procédé qui est celui dés Psaumes graduels {cxx-cxxxiv), et de plusieurs autres passages de l'A. T. (Ps-. cxv, 2,3, 8,9, 15,16; Is. xX;Vt^ 1-9; etc;), se retrouve aussi dans les' Évangiles de saint Matthieu et saint Jean (2), Voici les principaux cas dans- Jacques.
XatpEiv et xapav (l, 1, 2).
&7ro(ji.ovviv et ÔTrojji.ov>i (i, 3-, 4), TeXeiov et TsXetoi (i, 4). Il y a ici une gradation dans- la pensée, le procédé devient littéraire et coïncide avec un climat, mxBXS ici Jacques dépend probablement de Rom. v, 3, 4; cf. p. Lxxii et ss. Plus loin on retrouve une autre gradation : l7ri9ufj(.taç et l7ri9u(jt,i« (14, 15), àjjcapxiav et «[jLapn'a (15), dans laquelle les mots l7t>6L»(ji.ia, àjxa-pTfa QavaTOç; coïncident encore avec un climax. Partout ailleurs il y a seulement juxtaposition.
Xsnro'f/.svoi' et Xe^TTérat (i, 4', 5), aÎTSiroj et atTetTW 8é (5, 6), Sia>tpivo(X£VOi; (6), TtEipdt^et et ■7revpaî;sTai (13, 14), ôpyTiv et opY^i- (19, 20), Xtjyov et Xoyou (21, 22), àxpoaTai: et àxpoaT7]ç (22, 23), xaravoouvTi et xaTEVOTicev (23, 24), .6p-/)(jxe(a (26, 27), xpiveaôai et xpiatç (il, 12, 13), TTTatofJLev et TiTatsi (m, 2), y^a.'kiva.yoiyriaài et jç^otXivouç' (2', 3), xapicwv et xapTto;' (17, 18), pr)' xaTaXaXeÏTE et ô xaxa- XaXwv, xpivw voix^v et v6i>.(iv xp'tvsiç" (iv, 11), xpiTTiç (11, 12), xotuy^Scuôs et xau- ■j^Tifftç (16), paxpoôupj7](jaT£ et [xaxpoÔufxcov (v, 7), [Jt.-/) xptô^rs et ô xpiTV]? (9), Ô7ro|«.etv«V'raçet ÔTrofA.ovTQV (11), imarpé^-f^ et iTrioTpÉvj/xç (19, 20).
Ge procédé de développement par rappel de mots et juxtaposition de phrases est bien différent d'une répétition savante des mêmes termes en vue de marquer une gradation. Jacques n'écrit pas comme Pémosthène : oux eÎTCov [jlÈv xaur',, oùx £Ypa(|,'a Ss, oùS' eypa^'a H'-^Vj ^^^ lirpéffêsucia Bi, oôS' iTTpiffêsucFa [xèv, oùx sTreiffa Bk ©yjêai'ouç [De corona, 179), ni comme Gicéron : neque çero se populo solum, sed etiam senatui commisit, nequesenatuimodoj sed etiam. publïcis praesidiis et ay^mis, neque his
(1) Saint Matthieu, p. txxxir.
<2) Cf. Lagrange, Saint Matthieu, p. 95, Saint Jean, p. xcviii.
OCCIV INTRODUCTION.
tantum, verum etiam eius potestati {Pro Mîloney xxni) (1). Ces tournures sont très élégantes et ne ressemblent pas à celles de Jacques. Sans doute il y a deux gradations (r, 2-4; 14-15), mais la première^ dépend probablement de saint Paul ; il n'en resterait donc qu'une à l'actif de Jacques, ce qui est bien peu pour parler d'une influence grecque. En tous cas, les autres rappels de mots sont bien dans la technique du style hébraïque (2).
5° Propositions liées par xai. Des propositions sont unies entre elles par plusieurs x«t; cette construction rappelle l'hébreu qui procède par juxtaposition de propositions et les unit entre elles au moyen du wav copulatif.
a) I, 11 : quatre propositions liées par trois xai; réminiscence ou citation d'Isaïe, cf. p. lix.
b) 24^ trois propositions liées par deux xat,
c) IV, 7-11 : deux verbes sont à cinq reprises liés par xat (7, 8*, 8^^ 10, 11); et une fois trois verbes (9). Le style de tout ce passage a, comme les idées, une allure hébraïque et biblique; cf. infra : Le parallélisme et Commentaire.
d) V, 2,3 : quatre propositions sur cinq sont liées par xat.
e) 14,15 : cinq propositions liées par xat. L'emploi du participe à\k\i|/avTeç coordonné avec 7rpoaeu|a<70wc7av rompt un moment l'allure hébraïque de la phrase.
/) 17,18 : six propositions liées par x«(.
Dans ces six passages où xai répété rappelle le wav copulatif, quatre sont plus ou moins des réminiscences bibliques a, c, d, f (cf. Commentaire) ; il en reste donc deux, b, e, où l'auteur écrit davantage de son propre fond. Celui-ci n'est pas arrivé à dégager complètement son style d'une manière d'écrire qui est très hébraïque, et qui s'est en quelque sorte imposée à lui.
6° Phrases écrites sans conjonction. Assez souvent l'araméen ne liait pas les phrases. La juxtaposition des propositions ou des verbes sans copules peut donc être regardée comme un aramaïsme. Cependant les Grecs ont connu cette manière d'écrire. On pourra donc hésiter à reconnaître une tournure araméenne dans les phrases suivantes ; l'aramaïsme est simplement possible :
(1) Nous empruntons ces deux textes à Dibelius qui les cite à propos de Jac. I, 2-4 (p. 93), Cet auteur et les autres commentateurs de Jacques n'ont pas jusqu'à ce jour porté suffisamment leur attention sur les traces de sémitisme que nous venons de signaler.
(2) Il est peu exact de voir une paronomase dans ces rappels de mots (contre Mayor, p. col). La paronomase est le rapprochement dans la même phrase de mots dont le son est à peu près semblable, mais dont le sens est différent. Littré {Dictionnaire de la langue française) cite comme exemple : « amantes sunt amentes ».