‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 45 sur 81 · LA LANGUE ET LE STYLE. XCVII · texte numérisé non relu

LA LANGUE ET LE STYLE. XCVII

OU d'une expression : rpoTc^ç à7to<ï)t(«(j[ji.a (i, 17), vojiiov... tyjç l)vEu6epiaç (i, 25; II, 12). Les paragraphes sont plus juxtaposés que coordonnés dans la péricope iv, 1-12, où on ne voit pas bien la suite des idées. A cette manière de penser et de s'exprimer on reconnaît le vieil esprit hébraïque qui a toujours eu de la peine à formuler des concepts abstraits et à les enchaîner. L'auteur a éprouvé pareille impuissance. On retrouve donc chez lui les habitudes de la race, comme dans Job, Qohéleth ou Ben Sira.

B. Dans la grammaire.

1° L'article. Jacques omet trois fois l'article devant le nom suivi d'un pronom au génitif, "{kuiaaaiv lauTou, xapSiav éaurou. (i, 26), cuv«ywyV ô{i,ojv (il, 2), plus deux fois dans une citation d'après l'hébreu (Prov. x, 12) : ôSou aÔTou, «j^^x^v auToû (v, 20). Cette construction contraire à l'usage grec correspond à l'état construit où le nom régissant ne prend jamais l'article (1). Partout ailleurs Jacques évite ce sémitisme : tw S^j^si «utou, Tïj TaTreiviodei «ùtou (i, 9, 10; cf. 11, 21, 23, etc.).

Plusieurs fois aussi Jacques omet l'article devant un nom déterminé par un autre nom au génitif : Xoyw «XYiôeiaç (i, 18), <3pY^ yo'P «""Spoç Stxat<3<Tuvr,v 0eou (l, 20), vo[jLOu sXeuôeptaç (ir, 12), ev ^i(Jt.époc (rfay^ç (v, 5), SériffK SiXKi'ou (v, 16). Mais ici l'influence de l'état construit n'est pas certaine car les Grecs omettaient l'article devant un substantif abstrait suivi d'un attribut au génitif. On peut donc hésiter entre une forme grecque ou sémitique.

2*" Déclinaison du nom.

a) Génitif de qualité usité à la place d'un adjectif. La tournure est habituelle en hébreu où l'on dit : « montagne de ma sainteté », pour « ma montagne sainte » (Ps. ii, 6) ; elle est au contraire rare au grec (2), On dira donc que les expressions suivantes sont des hébraismes probables : àxpoax'/iç ÈTrtXTjfffjLOv^ç (l, 25), toî» Kupiou... t^ç So^rjC (il, 1), ^ e^X'^ "^^^ ttictthoji; (v, 15), peut-être encore : jcpiTai 5taXoyiff,a,wv TcovTipSv (ii, 4).

b) Un mot qui a la même racine que le verbe est mis au datif pour intensifier le sens du verbe. La tournure qui se retrouve quelquefois chez 1(5S Grecs est très hébraïque (3), et on la lit dans les Targums par influence de l'hébreu. Un cas dans Jacques : itpocreu)^^ TcpooTiu^axo (v, 17).

3** Le pronom. La redondance des pronoms personnels aux cas obliques peut-être considérée comme une marque de sémitisme; l'hébreu les ajoute très souvent au nom, alors que le grec correct se contente généralement de mettre l'article. Jacques écrit xo ■jrpoerwTrov x9iç •^z'^ézibni «utoU (i, 23), vj Çojv) u{*tov (iv, 14), xàç xapStaç ôfjiœv (v, 5, 8), là OÙ un Grec cultivé

(1) Blass Debrunner, Grammatik, § 259.

(2) Blass Debrunner, g 165. Debrun. cite Eur. Bacch. 389 ô Tôéç ^ffu^'*? Ptoxoç.

(3) Blass Debrunner, g 198, 6.

ÉPITRE DE SAINT JACQUES. g

Page 1