‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 48 sur 81 · LA LANGUE ET LE STYLE. CI · texte numérisé non relu

LA LANGUE ET LE STYLE. CI

devient plus pressante, Os'Xstç Sh yv^vat (ii, 20), (3Xéitet<î ovi (n, 22; cf. iv, 11, 12); parfois dans la diatribe le prédicateur s'adressait à une seule personne afin de la mieux convaincre. Une brusque apostrophe n'était pas rare; on la retrouve chez Jacques : w àvôpwTCs jtsvs (ii, 20), ou, avec un terme très biblique dans son acception, pior^aT^iSsç (iv, 4). Les expressions tiç èl Ô|aS)v (ii, 16), tiç Iv &sjùv (v, 13, 19) rappellent un peu l'argumentation socratique.

c) Personnification. Le désir conçoit et enfante le péché, et le péché parvenu à maturité engendre la mort (i, 15) ; la miséricorde le prend de haut avec le jugement (ii, 13) ; la langue se vante de grandes choses (m, 5) ; les passions font la guerre dans les membres (iv, 1) ; la rouille mangé (v, 3) ; le salaire frustré crie (v, 4). Les Hébreux ont connu la personnification de la Sagesse et par antithèse celle de la folie, mais ces cas mis à part, ils usaient peu (cf. Gen. iv, 10) ou même pas de cette figure de rhétorique; Isaïe (v, 9) dont s'inspire Jacques dans v, 4, ne dit pas que le salaire crie. Au contraire les auteurs de diatribe faisaient de la personnification un ornement de leurs discours ; il arriverait même que les vertus ou les vices personnifiés prenaient à leur tour la parole, comme la Sagesse et la folie dans Prov. viii, 4-36; ix, 1-6; 13-18.

d) Citations et exemples. Les auteurs de diatribe faisaient des citations de poètes, de philosophes, mais sans s'astreindre à la lettre, cherchant moins à prouver la vérité de ce qu'ils disaient qu'à orner leur discours, bu leurs écrits. Us alléguaient des exemples d'hommes illustres, nommaient Caton s'ils étaient stoïciens. Ropes reconnaît les mêmes procédés chez Jacques, mais plusieurs réserves s'imposent. Il faut dire de Jacques ce que le P. Lagrange dit de saint Paul (1) : il cite l'Écriture en croyant. Il ne s'agit donc pas d'un pur ornement littéraire. D'ailleurs dans ii, 8, IV, 6, l'Écriture est citée pour prouver ou confirmer un enseignement. 11 arrive sans doute à Jacques de s'exprimer avec des réminiscences' bibliques (v, 4) ou avec des phrases- tirées de l'Écriture (i, 11; v, 20), mais les rabbins faisaient de même (cf. Comm., p. 15). Où l'on peut voir une influence de la culture grecque sur l'auteur, c'est peut-être dans la manière large dont il cite une fois l'Écriture (iv, 5). Les rabbins ne citaient pas de cette façon.

Qa. hésitera à se prononcer sur le fait de donner en exemple des hommes illustres. Les Grecs n'étaient pas seuls à user de ce procédé. Déjà Ezéchiel cite Noé, Daniel, Job, comme exemple de justice (xiv, 14, 20).

e) Phrases interrogatives. La diatribe procédait souvent par interrogations adressées à l'auditoire ou au lecteur. C'était un reste du dialogue socratique. Jacques aussi interroge et même beaucoup (ii, i, 2-4,

(1) Épître aux Romains, p. LYiir.

GM INTRODUCTION

5, 6, 7, 14, 15-16, 19, 20, 21, 25; m, 11, 12, 13; iv, 1, 4, 5, 12; v, 13) et, coBcune quelquefois dans les SiaTpiêai, l'interrogation sert de transition (il, 1, 14; IV, 1 ; V, 13), ou de conclusion (iv, 12; cf. ni, 12). Toute cette manière d'argumenter est très grecque.

f) Autres ressemblances. Comme dans la diatribe Jacques multiple les impératifs^ (i, 2, 4, 5, 6, 7, 9,. 13, 16, 19, 21, etc.), emploie 0(76 en manière de transition (iv, 13; v, 1), ou bien, oy y(jprf à la fin d'un développement (m, 10), fait= parler, les personnages (iv, 13).

Certaines tournures des SiarpiêaC appartiennent à l'art d'une éloquence qui veut être persuasive, et cet art n'est pas toujours différent chez un Sémite et chez un Grec, Quand Isaïe apostrophe Sobna, il lui; pose d'abord une question (xxii, 16) ; Assur personnifié prend la parole et interroge aussi (x, 8,9). Ce qui est significatif chez Jacques; c'est de trouver en quelques pages un si grand nombre de rapprocherments avec un genre littéraire alors bien connu. Il y a des ressemblances frappantes, comme celles de a, b, e. Il faut doac reconnaître une influence hellénique dans la manière de discuter. Jacques ne; prend pas des idées dans la diatribe (1), mais quelques procédés de style-. La pensée est biblique et chrétienne, mais la manière de l'enseigner ou de l'exposer n'est point rabbinique. Gomme Paul, mais plus que lui, Jacques a utilisé (2) quelques procédés- littéraires des moralistes grecs, mais lui non plus ne s'y est pas astreint. Les traces de sémitisme que nous avons relevées le montrent suffisamment^

4? Cadence rythmique. L'allitération donne quelques fois à la phrase une cadence rythmique, oui sautillante.

Le son d'une lettre et parfois d'une syllabe est répété : S et art : â«[x«<T«t SuvaTai (m, 8), jx : [i,ixpbv [aÉXoç Iffxiv xal [xeyaXa au:/^£.t (ni', 5),.7r : TreipacrfjLoïç;' 7reptTr£cr]Te Trotxt'Aotç (r, 2), X : TeXeiot xat ôXoxXyipoi, Iv {jiïjSsvî X£i7rofji.svot (i^ 4), cre OU (jr) : h ttXoutoç.... crscf/iTrEV xal xà îp,aTia. ujaSv (ri^coêpcoTa (v, 2), xpi et^xe : oh &£xpi6-/]xs... xal hfhzn^z xpnetL... (il,. 4.) ; OU, bien le son de plusieurs; syllabes [pmoioteleutorù] : av£[jL.t.Çop.£vtj> xœl pt7nÇo[jLé/tf). (r, 6),-l$eXxo[j!.evoç xal SêXsai^opievoç (i, 14), çatvo|ji,év5Q... à(pavtÇo;jx£Vï] (iv; 14), xaXaticwpjQffaTe xai tt&vôV](3:ax£ xai xXauŒaTS (iv,,9; cf. mêms; cadence en (yaxe v,.5, 6) ou encoredouble répétition de wv «v «uxou dans i, 26. Il y. a aussi un certain rythme: dans les= attributs de la vraie sagesse groupés d'après leuK morphologie (:m, 17).

L'auteur veut écrire une:prose élégante qui est un: peu: dans le goût des rhéteurs asiatiques.

5° Deux expressions paraissent déceler une influence grecque : xov

(1) Nous avons vu que Jacques tient.de l'Écriture et de. la prédication du Sauveur les thèmes et les idées qu'il développe (cf. chap. n, | 1 et g 2, i).

(2) Nous verrons plus loin (p. cvri) si c'est de lui-même ou avec l'aide d'un secrétaire helléniste.

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