‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 54 sur 81 · LA LANGUE E-T LE STYLE. CVII · texte numérisé non relu

LA LANGUE E-T LE STYLE. CVII

lafGrmahébpaïq;ue(i). L'usage du grec avait donc pénétré jusque chez de» gens modestes comme des pécheurs de Bethisaïde (2) (Jo. i, 44), et cet usage semble bien-être devenu habituel dans les familles d'André (3) et de Philippe, car on y a préféré desnoms, grecs aux noms hébraïques ou araméens des ancêtres. L'Orient est traditionnel et. une langue n'est pas nouvelle quand le peuple lui; emprunte des noms propres. Ce n'est certainement pas en araméen que des Hellènes s'adressent à Philippe dans le temple (Jo. xii, 20,21).

M. Dalman pense que Notre-Seigneur, qui parlait habituellement l'araméen, savait aussi s'exprimer en grec (4). G.' est, également l'avis du P. Lagrange : « Sans rexsourir nullement à sa science surnaturelle, et simplement parce qu'il était de son pays et de son temps, Jésus a sûrement pratiqué assez le grec pour s'entretenir par exemple avec Ponce Pilate » {RB., 1924, p. 272, à propos de l'ouvrage de Dalman).

Il est donc tout à fait normal que Jacques ait su le grec. Il avait souvent à Jérusalem, l'occasion de s'entretenir dans cette langue avec les Juifs hellénistes (5) ; l'Eglise à laquelle il présidait en comptait depuis ses origines un certain nombre, et auprès des autres on faisait de l'apostolat. Il se pourrait même que Jacques fut amené par ses fonctions à bien posséder la langue grecque. Mais l'aurait-il connue au point de la parler et de l'écrire avec l'art qui fait de son Épître le chef-d'oeuvre littéraire du N. T.? Jacques n'avait certainement pas fréquenté les écoles grecques dans la Décapole et il demeure peu probable que lui-même ait lu des SiaTpiêai. Puisque les Apôtres avaient coutume, comme les anciens, de faire appel à un secrétaire pour écrire leurs lettres, il est tout indiqué de supposer que Jacques a eu recours à un frère helléniste. Paul dictait ses lettres, les phrases suivent la marche de la pensée et ne décèlent pas une recherche de composition littéraire. Dans l'Êpître de Jacques des accrochements de mots, les inclusio^ les allittérations indiquent un travail réfléchi de composition. La lettre, telle qu'elle est, n'est donc pas une simple dictée, mais dans une certaine mesure une rédaction comme

(1) Il faut excepter Act. xv, 14 etIPet. i, 1, où on lit la forme SutJistov .

(2) Bethsaïde était située à l'est de la Galilée et du Jourdain sur le territoire de Philippe, le fils d'Hérode, mais tout près de Gapharnaûm environ à 5 kilomètres par le lac. Philippe l'avait reconstruite dans les premiers temps de son règne et l'avait appelée /wZias en l'honneur de Julie fille d'Auguste (Schurer, Gescli., n, p. 208-209), mais l'ancien nom subsista. Les Grecs étaient plus nombreux dans cette région qu'à l'ouest du Jourdain. Quelques auteurs placent la Bethsaïde des Évangiles à Khân Minyé entre Magdala et Capharnaijm, tout près de cette ville, mais cette localisation est beaucoup moins sûre.

(3) Et donc de Pierre, frère d'André.

(4) G. Dalman, Jesus-Jeschaa, Leipzig, 1922.

(5) On peut rappeler que Técrîteau placé sur la croix était écrit aussi en grec (Jo. XIX, 20).

CVIII INTRODUCTION

l'Épître aux Hébreux. Le frère auquel Ja;cques a dû faire appel pour rédiger sa lettre d'une manière plus élégante, avait lu de bons auteurs grecs ou fréquenté la société cultivée ; il a mis au service de Jacques les ressources de sa formation littéraire. On s'explique bien ainsi la présence de certaines traces d'hellénisme'qui peuvent paraître trop savantes pour être l'œuvre de Jacques évêque de Jérusalem (1).

On sait que le secrétaire d'un auteur inspiré participe à l'inspiration dans la mesure même où il collabore à son écrit.

(1) Déjà saint Jérôme expliquait la différence de style entre I Pet. et II Pet. par l'hypothèse de secrétaires différents {Ad Hedib. Ep, cxx, U; P. L., XXII, 1002).

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