‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 61 sur 81 · axpoarat |x,ovov <H) potius quam jJiovov «KpoaTai (TSV · texte numérisé non relu

axpoarat |x,ovov <H) potius quam jJiovov «KpoaTai (TSV

une parole enracinée » est incohérent. Peut-être donnait-on au mot «a sens qui ne découlait pas de sa véritable formation, par fausse étymologie. Vulg. traduit « insitum », Boh. « greffée », comme si /éfiçuros dérivait de êjiçuTsiJsiv. Le contexte favorise cette interprétation, nous traduisons donc « entée » . làhvé avait dit qu'aux temps messianiques il écrirait sa loi dans les cœurs (Jér. xxxi, 33).

Recevoir la parole est une expression biblique (Jér. ix, 19 (20) ; Prov. n, 1 ,• Le. viii, 13,- Act. vin, 14; xvii, 11; I Thés, i, 6; n, 13). Il ne s'agit pas en la circonstance de la recevoir pour la première fois, mais de la mieux comprendre, de lui mieux obéir. Il s'agit toujours de la même parole qu'au V. 18; Jac. va l'appeler bientôt \6<^oy 'xAetov (25). Le terme de « parole » (pîiiAa) est déjà employé au sens de commandement dans les LXX (Deut. xi, 18 ; xxx, 11-14).

(J^u^tJ = tysj chez les hébreux; sur la néphech, cf. TivioYiWs,, L'emploi

métaphorique, RB., 1920, p. 482; Podechard, L'Ecclésiaste, p. 313-315). Dans un sens analogue, l'Épître de Barnabe (xix, 8) parle des {«.eXerâv de, to acSoai ^^fTi^ TôS Xdyw. Le salut est envisagé comme la conséquence de la parole reçue (cf. Jo. v, 24).

Il faut réaliser la parole (22-25).

Jac. énonce le principe ,(^2) et à celui qui ne l'observe pas (23-24), il oppose celui qui l'observe (25),

22) M marque opposition. Jac. qui va bientôt aborder explicitement la gi^ande question de la foi et des œuvres (ii, 14-26), insiste déjà surJes conséquences de la croyance dans la conduite de la vie. — yfvEaOe est mis à la place de âa-ré dans le N. T. (cf. m, 1; Mt. x, 16; xxiv, 44; l Cor. xiv, 20, etc.), peut-être ici avec l'idée de devenir de 'plus en plus ce qu'exprime l'attribut.

7tQtr)T:a{, mot aimé de l'auteur puisqu'on le retrouve quatre fois chez lui (ici et 23, 25; iv, 11), et une seule fois ailleurs dans le N. T. (Rom. n, 13). Dans ces textes, à part i, 25 où il s'agit d'œuvre, tïoiîjttJs n'est pas employé au sens classique de celui qui fait un discours, ou une loi, mais au sens spécial de celui qui observe ce que dit le discours ou la loi. Cette acception est un hébraïsme que l'on retrouve dans les ;LXX (I Mac. ii, 67 : TtotYjTrîç

Tou-v<5jAou) et qui vient de rw^ (Deut. xv, 5 ni<=în niïîsn-bs-nK mfOvS yoéi)

— àxpoaTat, seulement ici et infra 23, 25; Rom. ii, 13. Ce mot rappelle la lecture de la Bible dans les synagogues (Act. xv, 21) et les assemblées chrétiennes. Cette lecture dans ses parties m<>rales, avait pour but l'instruction des auditeurs en vue de la pratique des vertus. — TcapaXo^iÇofAevot, ici &i Col.

22 Mais soyez exécuteurs de la parole et pas seulement auditeurs, vous trompant vous-mêmes. ^^jSi quelqu'un est auditeur de la parole et pas exécuteur, il est semblable à un homme qui considère

II, 4, tromper par de faux raisonnements. — lau-cotis est régulièrement usité dans le N. T. à la place des pronoms réfléchis de la première et de la deuxième personne du pluriel, comme souvent d'aiUeurs chez les classiques. On se trompe quand on croit qu'il suffit d'écouter^ Jaç. donnera bientôt un exemple de cette religion mal comprise (26).

Qu'il ne suffise pas d'écouter la parole mais qu'il faille la mettre en pratique est l'enseignement même du Sauveur (Mt, vu, 24, 26; Le. vi, 47-49; viii, 21; Jo. XIII, 17). Les Juifs ava;ient déjà entendu des recommandations analogues dans l'A. T. Ainsi dans Ézéchiel (xxxin, 31, 32) lahvé se plaint de son peuple qui s'assied devant le prophète pour écouter ses paroles et ne les met pas en pratique. Il est logique de mettre sa conduite en conformité avec l'enseignement que l'on reçoit et auquel on adhère. Mais cette logique demande un effort. Il ne faut donc pas s'étonner si les auteurs inspirés et les auteurs profanes font la même recommandation. Trois contemporains de Jacques parlent comme lui. D'abord saint Paul qui emploie presque les mêmes mots avec une opposition identique : o5 yoip oi àxpoaxal vd[j.ou Si'xatoi 7:apà tw 0£w, àXX' oi TroiïjTat vofjiou Stxaito'Sifaovcai (Rom. il, 13), puis un rabbin, Siméon ben Gamaliel I, pour qui l'essentiel n'était pas la con- Haissance de la Loi, mais sa pratique [Pirkê Aboth i, 18; cf. Josèphe, Vita, 38), enfin Sénèque : sic ista ediscamus ut quae fuerint çerb<t sint opéra {Ep. cviii, 35).

L'erreur de conduite contre laquelle Jac. prémunit ses lecteurs, semble avoir été assez fréquente chez les Juifs. Ceux-ci n'ëtaient-ils pas fils d'Abraham et la connaissance qu'ils avaient de la Loi ne les élevait-elle, pas au-dessus des autres hommes ? Saint Paul leur reproche souvent de ne pas conformer leur vie à leurs principes (cf. Lagrange, Epître aux Romains, à. propos de ii, 17-24).

23) Jac. explique d'une manière vivante le précepte qu'il vient d'énoncer. Il met d'abord en scène quelqu'un qui ne l'observe pas. — 8-ci introduit l'explication. — outoç désigne le sujet en question avec emphase. — eotxev cf. V. 6. — xaTavoeïv signifie se mettre dans l'esprit et, au sens dérivé, à l'époque hellénistique, considérer avec les yeux, souvent d'une manière attentive. L'oubli dont il est parlé au v. suivant, montre que cette dernière nuance n'existe pas ici. ■;r- îcpdacoTCov cf. v. 11. L'aspect de sa nativité désigne la physionomie que chacun tient de sa naissance.

'Tous ceux qui ont visité les musées d'antiques ont vu dans les vitrines des miroirs oxydés; ustensiles de toilette ou bibelots de luxe, ils ont appartenu à des dames égyptiennes, grecques ou romaines et gardent le secret de leurs élégances. Ils sont faits d'un disque d'argent ou d'a:lliage de cuivre et d'étain ; ce disque poli est monté sur une poignée plus ou moins ouvragée. Un miroir de bronze fait partie de la dot d'une femme dans les papyrus araméens d'Éléphantine {RB., 1907, p. 264). Des comparaisons tirées du

voouvxi TO xpoorwiTcov T^ç Y^véaso)? aÙTOu èv eabizxpiù' -''^y-'ZTSvsYjaev ^àp éaUTOV

TéXstov xbv T^.ç èXsuSeptaç xaî xapajiLsivaç, oùît àxpoaxYjS £ïi:iXY]c7[j.o.vi^ç y^vo-

miroir se retrouvent plusieurs fois dans l'Écriture (Ecli. xii, 11; Sap. vir, 26; I Cor. xin, 12), et chez les auteurs profanes. Sénèque, comme saint Jacques, en tire une leçon morale : Inventa sunt spécula ut homo ipse se nosceret. Multa ex hoc consecuta, primo sui notitia, deinde et ad quaedam consilium. Formosus ut vitaret . infamiam, deformis ut sciret redimendum esse virtutihus quidquid corpori deesset [Naturaliumquaest,\,'%.yn, 4). Quibusdam, ut ait Sextius, irati^ profuit àdspexisse spéculum; perturbavit illos ianta mutatio sui... et quantulum ex çera deformitate imago illà speculo repercussa reddebat? Anirrius si ostendi posset intuenfes nos confunderet {De ira, II, XXXVI, 1).

Gomment celui qui écoute la parole et ne la met pas à exécution peut-il être semblable à celui qui se regarde dans un miroir?.Jac. veut dire que la parole entendue nous montre ce qui doit être amendé dans notre vie, comme le miroir nous, montre ce qu'il faut arranger dans notre toilette. Il use ici d'une sorte de mâchai, d'une comparaison qui pique l'attention. Les Sages de l'A. T. employaient volontiers ce genre littéraire que l'on retrouve dans l'Évangile (Me. vn, 14-16). Jac, comme Jésus (Me. vu, 17-23), va lui-même expliquer l'image dont il vient de se servir.

24) yàp introduit l'explication. — -/.aTevoYiasv, ÈTcsXâôsTo, aor. gnomiques comme àvéxsiXsv (11). Pourquoi le parfait àjîsXrîXuQev entre deux aoristes à propos de la même action ? L'auteur, ou le réducteur, qui écrit si bien le grec, n'a pas laissé échapper un solécisme, mais il a voulu sans doute marquer l'achèvement de l'action. Celui qui s'est regardé dans le miroir s'en va et c'est fini, tellement bien fini qu'il ne se rappelle plus comment il était, -r- Ô7U0Ï0Ç forme classique de l'interrogation indirecte, rarement usitée dans le N. T. qui emploie de préférence tuoïoç.

L'homme dont parle Jac. est supposé avoir un but en i*egardant le miroir, il veut sans doute arranger sa parure, mais il est distrait et s'en va sans corriger ce qu'il a pu constater de défectueux, son oubli est une inconséquence, une absurdité. De même est l'audition de la parole quand celle-cï n'est pas mise en pratique. Dans ce cas écouter ne sert de rien sinon à monti'er l'inconséquence de celui qui écoute et ne fait pas ce qu'il est venu entendre.

25) Jac. qui a sufGsàmment caractérisé celui qui transgresse la loi, lui oppose maintenant celui qui l'observe. — ô 8é fait antithèse avec el' -ciç du V. 23. — TTapar.iSîtTsiv, se pencher sur une chose avec l'idée de regarder, comme dans Jo. xx, 5, 11. Le mot fait ici image, et continue en quelque manière la comparaison du miroir; on se penche sur la loi comme sur un miroir afin de mieux observer. Dans les LXX, Trapax.ij^TTscv signifie regarder par la fenêtre (Gen. xxvi, 8; Prov. vu, 6; Gant, ii, 9), parce que la fenêtre est au-dessus de la chaussée ; de même dans Papyrus Oxyr. [Expositor, déc. 1903). — vd[j.ov téXsiov répond à 's^œu-rov Xd^ov du V. 21,

Que faut-il entendre par cette loi parfaite, la loi de liberté? L'absence de

dans un miroir l'aspect que lui a donné la nature; ^en effet, il s'est regardé et il est parti et aussitôt il a oublié comment il était. 25 Mais celui qui se penche attentivement sur la loi parfaite, la loi de liberté et demeure [ainsi], qui ne se fait pas un auditeur oublieux mais un exécuteur d'œuvre, celui-ci sera heureux dans

l'article devant \i6\lov téXeiov pourrait a la rigueur indiquer que Jac. -parle de la Loi par excellence, connue de tous, c'est-à-dire de la Loi juive, comme dans iiom. II, 12. Tous les livres de Sagesse retentissent de l'éloge de la Torah. Mais Jac. est chrétien, disciple de Jésus, et très probablement Apôtre (cf. Introd. p. XXX et ss.). Puisqu'il traite de la conduite de la vie, il est inadmissible qu'il ne parle pas de l'enseignement de son Maître. La loi parfaite est pour lui la loi chrétienne qui perfectionne la loi mosaïque, et forme un tout . avec elle (cf. Mt. v, 17). De plus il écrit : 'j6[i.ov xéXsiov xbv t% iXsuOspfaç, c'est-à-dire la loi dont la caractéristique est la liberté. Pour un chrétien cette loi de liberté n'est-elle pas le christianisme ? Il ne s'agit donc pas seulement de la loi qui sauvegarde ou exerce la vraie liberté, selon une idée commune aux moralistes, Sénèque : Deo parère libertas est {De i'ita beat a, xv, 7 ; cf. CicÉROivr : Parad. 34), Philon : 8(Jot Se [ast» vojaou ÇôSatv, IXeiSôspot (Quod omnis prohus liber sit, 45; M. ii, p. 452), Rabbi Jehoshua ben Lévi : Vous ne trouverez aucun homme libre si ce n'est celui qui s'occupe à apprendre la Torah {Pirkê Aboth,yi, 2). Jac. qui regarde la loi du Christ comme un perfectionnement de la loi ancienne, semble bien envisager ce perfectionnement comme une liberté. Il se rencontrerait donc avec saint Paul qui faisait de la liberté une prérogative de la loi nouvelle (Rom. vin, 2; Gai. iv, 21-31) et avec saint Pierre (Act. xv, 10). Mais il pousse moins -loin que Pierre et surtout que Paul le principe dé liberté, et se dégage moins du judaïsme ; il ne fait pas une distinction aussi nette que l'Apôtre des Gentils entre l'A. T. et le message de Jésus (cf. Introd. p. xxxiv-xxxv; lxxxi-

LXXXIl).

TtapaiAEfvaç : demeurant (cf. I Cor. xvi, 6, -ap, r.pQç &pLaç} ; ici au sens figuré. — Demeurer dans la loi est une expression biblique pour dire qu'on la conserve fidèlement afin d'y conformer sa vie : è7i:[-/.aTapaToç tuSç av6pw:Toç oç o3x IfjLixEvet èv :îaatv xoXç Xdyoïç -cou v6[xom toutou Tcoirjaat aiToii? (Deut. xxvil, 26; cf. Jo. VIII, 31). îrapàjxetvaç ajoute à :Tapa-/Ci5'|aç l'idée de durée et est opposé à «îtcsXtîXuOev. — èr:- XYia[jLovT]ç, génitif de qualité, auditeur d'oubli pour auditeur oublieux ; cette tournure donne plus de relief à la pensée; elle est sans doute un hébraïsme, cf. Introd. p. xcvii. Le mot lniX7iajj.ov75 usité par Eccli. xi, 27, est un hapax dans leN. T. On ne le retrouve pas dans la littérature grecque, sauf peut-être dans un passage douteux de Cratinos (Meineke, Frag. Com. Gr., ii, p. 223). — -^sMQi^z^oç, au sens de devenir et non d'être. — •izo\.-f\zi\z â'pyou = TïotrjTal Xo'you (22), et TtotrjTTjs vo'[xou (iv, 11), avec insistance sur l'idée de réalisation. — oSto? emphatique comme v. 23. — \xa.7.dipio<; cf. v. 12; pensée analogue dans Le. xi, 28; Jo. XIII, 17. — 7ïofr)crts hapax dans le N. T.; deux fois dans les LXX (Eccli. XIX, 20 (18); li, 19), la première pour désigner comme ici l'accomplissement de la loi (atJTou = vo'jxou) ; hébraïsme comme 7uoiriTa\ Xo'you (22) .

34 ÉPITRE DE SAiy-T JACQUE», I, 265-27.

xapâiav eauTOÛ', toutou- p.aT«toçir3 &p'quKeiix. ^''' ©pvjcrxeca x'aô^pà kok- à};.iavToç- 26. eauxau post yXwa-ffav e/ xagStav (H) potins quanti ayxou (TSV).

L'A. T. a mis souvent en relief le bonheur dia fidèle qui accom.'pîii la loi. L'homme qui met son plaisir dans la loi de lahré- n''est-ir pas semblable' à un arbre planté près d'un cours d'eau, qui donne son fruit en son temps et dtont le feuillage ne se flétrit pas (Ps. r, î-3)f Ben Sîra qui' a composé son ouvrage pour que ses lecteurs progressent db plus en plus dans' une vie conforme à la Loi (Prologue dkns les' LXX), a soin de dire pour les encourager, combien ils seront heureux s'ils suivent ses enseignements (t, 2'8). Mais le bonheur entrevu par Ben Sîra et le plus souvent aussi par les Psalmistes, ne dépasse pas la rétribution temporelle. Jac, nous l'avons vu, s'élève bien plus haut. Le bonheur qu'il enviisage est" beaucoup moins la récompense que Diéra peut accorder en ce monde (les épreuves sont au contraire un bienfait), que la couronne de vie promise à ceux qui aiment Dieu. Eh- attendant, il y a la joie de la conscience. Le fidèle régénéré est mieux à même de la goûter que Lucilius à qui S'énèque écrivait une pensée analogue, mais dans un tout autre esprit : Non est beatus qui scit illa, sed qui facit {Ep. ixxv, 7).

Application pratique (26-27).

On peut se faire facilement illusion et se croire' en règle avec Dieu alors qu'on ne l'est pas, soit qulî s'agisse de celui- qui écoute îà parole divine; et ne la réalise pas, soit qu'il s'agisse de- celui qui croit la réaliser, mais; néglige l'essentier pour s'arrêter à l'accessoire'. Dans les deux eas^, la parole de Dieu n'est pas exécutée. Jac. veut mettre ses lecteurs en garde cotttro: une pareille illusion, et attire leur' attention sur deux poin-ts : rindiscipliite de la langue (26), et la nature de la vraie religion (27). H fait uoe^ applicatiofa de la thèse ênoncéB au v. 22.

26) 8oxeî, employé au sens impersonnel de penser, estimer; se construit soit, avec oTt et l'indicatif (iv, S; Mt. vi, T; xxvr, 53), soit avec l'infiniéif eo;ni;nte i€v. (Me. X, 42). — 6pï]axd?, accentué parfois iOpTjàxoç est un haparx- diQ.ns^\&. Bible. Oh ne le trouve pas usité avant Jac. dans les textes connus jusqu'à ce jour. Le substantif 6pïia/.eîix qu'on lit ici et au v. suivani;, peut servir à déterminer le sens de l'adjectif. Il désigne généralement la religion considérée au point de vue liturgique, soit qu'il s'agisse du culte et des cérémonies idolâtriques (Sap.'.xiv, 18, 27; cf. 16"; xi, 15; Hérodote, II, xvin, 2; xxxvii, 4), d'un culte superstitieux (Col. ir, 18), soit qu'il' s'agisse d'honneurs rendus au, vrai Dieu (J'osÈPHE, Ant. jud., rx, xiii, 3). Mais cette acception n'est pas' ici conforme au contexte. Il ne s'agii; pas seulement de cérémonies à faire, mais surtout de vertus à pratiquer. 6piqaxs(a doit donc s'entendre au sens général de religion avec tous les devoirs .que celle-ci implique ; de même dans Act. xxvr,, 5.

ÉPITRË- DE &AXNT JACQUES, l, 26-27. Si-

raceompliasemeiit d& la loi. ^^ Si quelqu'un: pense être religieux et ne met pas un frein à sa langue, mais trompe son cœur, sa religion est vaine. ^^La religion pure et sans tache devant Dieu et

L'homme 6pr)CT)c6s serait donc celui qui est religieux,, non seulement parce qu'il participe à des rites, mais parce qu'il réalise dans sa vie ce que Dieu lui demande. Jac. a peut-être choisi exprès ce terme pour réagir contre ttne acception extérieure de la religion, acception que l'usage ordinaire de ce terme semblait favoriser.

ya^waycoYâSv, conduire avec un frein, ici et m, 2; hapax à.a.ns la Bible; comme eprjaxdç, ce mot est inconnu dans la littérature antérieure à l'ère chrétienne; il se retrouve chez Philon, Lucien, Polycarpe, Hermas; ces deux derniers auteurs le tiennent peut-être de saint Jacques. La métaphore du frein appliqué à la langue est biblique (Ps. xxxix, 2; cxli, 3); elle rappelle ici PpaSùç dç x6 XaX^^at du v. 19.

âXXà àn<XTS>v xapStôcv laoToO s'oppOSe mot à mot à {xt) ■/aXivo^ydiyi^^ yXwaaay sauTTou avec une cadence rythmée. L'erreur consiste à ne pas refréner sa. langue. Si Jac. insiste c'est peut-être parce que des gens pieux ne se font pas scrupule de parler mal du prochain, ou causent à tort et à travers des choses divines. Le verbe (JjtaTetv est usité 3 fois dans le N. T., ici et Eph. V, 6; 1 Tim. Ii, 14. — aza-cSiv -/.«pSi'av = îtapaXo^iÇoftevot lauToiSs du V. 22.. Nous retrouvons ici, avec le cœur, la psychologie hébraïque, à rencontre du V. 8 où il s'agissait de l'âme (8{i|;ux.oç), selon la conception grecque. Le cœur 3,S est considéré comme le siège de la connaissance et de la pensée. Quand Job dit : k J''ai un cœur comme vous » (xii,, 3) il veut dire qu'il est aussi intelligent que ses amis (Dhorme, L'emiploi métaphorique, RB.^ 1922:, p, 502-503; cf. pour le même sens sémitique : Mt. xxiv, 48; Me. vi, 52; Jo. xiiy 40 ; Act. vin, 22) . — toi5tou emphatique. — [a<^t«ios se dit surtout du culte' des idoles dans l'A. T. (Jér. ii, 6; vin, 19; x,, 3),, de même dans Act. xiv, 15.

Le fidèle dont il est question se croit en règle avec Dieu. Il se fait bien illuision. Sa religion peut être bonne, mais elle est rendue vaine par l'indiscipline de la langue; car la langue nous fait pécher de bien des manières (m, 2b-12). Pour être pieux, il faut savoir s© réformer sur ce point; belle pensée d'Amen^-em-opé : bonum est cordi Dei, cunetari antequam. loquaris (trad. Mallon, Biblica, 1927, p. 20).

27) L'application devient plus générale, et surtout plus positive. H ne s'agit pas d'un défaut à combattre, mais de la nature; de la vraie religion.

^^r\csAs.ieu, toujours même transition sémitique par accrochement de mots. — xaôapà x«\ àjjtt'avxoç, forme positive et négative de- la même idée; ces deux adjectifs se retrouvent ensemble chez les auteurs, Hermas [Sim. v, 7, 1), Philon {Leg. ail,, i, 50; M. i, p. 53), Plutarque {Pêriclès, xxxix, 2). — Tzx^i, devant, au sens sémitique de « au jugement de», comme ''J'iî^a.

Dans l'Évangile, Dieu est appelé Dieu ou Père par Notre-Seigneur, mais non Dieu et Père en même temps. L'expression Dieu et Père est un usag«^ des premiers chrétiens (I Cor. xv, 24; Éph. v, 20; cf. infra m, 9) dont on peut retrouver l'origine dans quelques textes de l'A. T. : Kipte ô Oso; 'Iapa7]'X,

TY] SXitpei aÙTÔv, «(ttciXov èauTov TYjpeïv à%o tou x,ôarj/.ou, 27. T<j> ante ©etp (HSV) ef no/i om. (T).

ô naTï)p 7i[x«^''> I Par. xxix, 10; cf. Is. lxiii, 16; Eccli. xxiii,!, 4; Sap. ii, 16. La paternité de Dieu n'est pas envisagée dans ce passage par rapport au Christ, mais par rapport à nous. Il n'y a donc pas ici d'allusion au dogme trinitaire. Dieu est noire Père. L'A. T. a connu la paternité divine (cf. Lagrange, RB., ±908, p. 481 et ss.), mais le Verbe incarné devait en révéler le sens profond.

auTyj IcTiv pour toîSto Isti'v par attraction du pronom avec Qpriay.eix. La même tournure se retrouve chez les classiques (Xén., Oecon., viii, 2). — èmuximBsQai au sens de visiter en vue de rendre service et de soulager, ou! de porter secours, comme Eccli. vu, 35; Mt. xxv, 36, 43, ou Soph., Aj'ax, 854. L'association des deux mots : veuve et orphelin, se trouve seulement ici dans.le N. T., mais elle est fréquente dans l'A. Elle désigne ceux qui dans une société encore rude ont le plus besoin d'aide efc de sympathie. Le code de Hammourabi sauvegarde le bien de l'orphelin et la dot {cheriqtou) de laveuve (art. 1172, 177 : La loi de Hammourabi, trad. Scheil, Paris, 1906). La législation de l'Exode dit de ne pas contrister la veuve et l'orphelin (xxii, 22) ; déjà avant elle, le Papyrus 1116 A de Saint-Pétersbourg, dans une « Instruction » attribuée à Akhtoi (IX® dyn.), dit : Fais ce qui est juste aussi longtemps que tu seras sur terre,... n'importune pas la veuve (Erman, Die Literatur der Aegypier, Leipzig, 1923, p. 111).

Lé Deutéronome maudit celui qui viole le droit de l'orphelin et de la veuve (xxvii, 19), Les lois se placent sur le terrain de la justice. Dans les Livres Sapiéntiaux, il ne s'agit plus seulement de ne pas faire de mal à ces êtres sans défense, mais encore de leur faire du bien. Job donne sa part de pain à l'orphelin (xxxi, 17); il faut être bon comme un père pour les orphelins, comnie un époux pour leur mère, et on est agréable à Dieu (Eccli. iv, 10). Cf. inscription funéraire égyptienne (XII« dyn.) : J'étais un père pour les orphelins, un époux pour la veuve (stèle au Kestner-Museum, Hanovre, citée par Erman, La religion égyptienne, traduction Vidal, Paris, 1907, p. 149); sur les bords du Nil, comme en Israël, « être le mari de la veuve » est une expression qui désigne la bonté envers les faibles : Conte du Paysan volé (Maspero, Les contes populaires de l'Egypte ancienne, Paris, 1889, p. 46), inscinption d'Entef (Sethe, Urkunden der 18 Dynastie, Leipzig, 1906-1909, p. 972, 1. 2-4).

Les Israélites ne suivaient pas tous l'exemple de Job, car les auteurs inspirés croient utile de montrer en Dieu le père, et au besoin le vengeur de la veuve et de l'orphelin (Ps. lxviii, 6; cxlvi, 9; Eccli. xxxv, 11-18). Au temps de N.-S. certains Pharisiens ne se faisaient pas scrupule de dévorer le bien des veuves et aussi celui de leurs enfants (Mt. xxiii, 14; Le. xx, 47). Le Sauveur par ses paroles et ses exemples a donné au précepte de la

[notre] Père est de porter secours aux veuves et aux orphelins dans leurs afflictions, de se garder pur du monde.

charité une vertu persuasive que personne avant lui n'avait su et pu lui donner. La primitive Église a une sollicitude spéciale pour les veuves. A Jérusalem il y a des distributions officielles d'aumônes. Le particularisme des Juifs palestiniens faillit un moment mettre la discorde, mais la charité l'emporta (Act. vi, 1). Les autres chrétientés prirent modèle sur l'église mère et considérèrent le soin des veuves comme un de leurs principaux devoirs (Ignace, Pol., iv, 1 ; Polycarpe, Philipp., iv, 3 ; Barnabée, xx, 2 ; Clément, Hom., I, 8). Jac. a dû être un des principaux propagateurs de cette forme de la charité.

eXfij(£i qui signifie compression, ne se retrouve dans le N. T. qu'au sens moral de vexation, calamité, souffrance. Il s'agit ici de la pauvreté et de tous les maux qui en découlent; ces maux étaient plus nombreux autrefois qu'aujourd'hui chez nous, car les gens étaient plus durs à l'égard des faibles. — L'adjectif adTutXof se trouve pour la première fois dans le N. T. ; il ne concerne pas seulement la vie morale; il est dit encore de l'Agneau divin (I Pet. i, 19), et du commandement du Christ (I Tim. vi, 14). — xoa[jLoç, chez les Grecs, désigne l'ordre et l'univers en tant qu'harmonique et ordonné. L'Athénien admirait le xoap.o;, comme l'Hébreu la DiQUrn i<3Jf durant les nuits étoilées. Chez les

auteurs du N. T., le terme y.6q\j.o(; prend souvent le sens restreint du monde terrestre (Mt. iv, 8; cf. xiii, 38; xxvi, 13 etc.), mais souvent aussi dans une acception toute nouvelle, un sens moral péjoratif qui a passé ensuite. dans l'ascétique chrétienne. Le monde ne désigne plus comme dans le Timée (27=>) l'univers plein d'harmonie et de beauté, mais les hommes considérés sous l'empire du mal, ou bien le règne du péché avec ses doctrines perverses et ses mauvais exemples, opposé au règne de Dieu. Il s'agit d'un ordre constitué en dehors de Dieu et même contre Dieu et cet ordre est un désordre. Ce sens péjoratif est celui de notre texte. Il se retrouve fréquemment chez saint Paul (I Cor. I, 20, 21; ii, 12; m, 19; v, 10; xi, 32; Éph. ii, 2; etc.) et chez saint Jean (xii, 31; xv, 18, 19; xvi, 8, 11, 33; xvii, 9.).

Les Juifs avaient tendance à négliger les devoirs essentiels et à s'attacher trop aux côtés extérieurs de la religion. Les prophètes avaient souvent rappelé à Israël que la piété agréable à Dieu consiste davantage dans les sentiments du cœur et moins dans la multiplicité des rites (ïs. i, 11-17 ; Lviii, 3-7;Jér. vu, 21-23; Os. vi, 6; Am. v, 21-2b; Mi. vi, 6-8). Cette inintelligence des choses religieuses se retrouve chez les Pharisiens à un haut degré. La pureté des coupes et des mains, c'est-à-dire la propreté rituelle^ suppléait souvent chez eux à la pureté du cœur ; l'obéissance ponctuelle aux multiples prescriptions leur donnait facilement l'illusion d'être parfaits, sans qu'ils eussent à se mettre en peine de pratiquer la charité. Jésus avait réagi avec vigueur contre cette piété hypocrite et étroite (Mt. xxiii; Me. vu, 15 et ss.). Jac. continue. La religion n'est pas une pratique de rites, ni un code de propreté, elle consiste à exercer la charité et à se garder pur d'un monde corrompu.

Il jie faut pas chercheridaas ce verset une explication complèfte de la religion pure et sans tache. Jac. insiste .sur les points que ses lecteurs .sont davantag-e exposés à oublier. Lactance dira de même, sans prétendre donner une définition complète de la religion : Omnis {Christianorum) religio est sine scelere ac sine macula Hvere [Insi., V, ix; P. L., VI, 580), afin de répondre à use calomnie des païens.

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