‹ L'épître de Saint Jacques [microform]Chapitre 65 sur 81 · chapitre; III · texte numérisé non relu

chapitre; III

>.v)tj;o'iA£^a. ^7:o>îXà yàp Tvxatojxev «Tcavxeç' eï xiç èv T^o^tO' où TUTatst, outoç'

Introduction (1,, 2^),

Il ne faut pas vouloir s'ériger en maître.

1) 8io«c7xaXot, ce titre est opposé à {xa0ir]TrJç (Mt. x, 24, 25; Le. vi, 40), et est l'équivalent de lai (Jo. i, 38). Il désigne celui qui enseigne les autres. On sait combien les pharisiens l'aimaient (Mt. xxni, 7), et de quelle haute estime il était l'objet chez les Juifs. Le maître avait l'auréole du sage et du scribe (Eccli. xxxviii, 24-xxxix, 11; Sap. viii, 10 et ss.; cf. Test. XII Pair., Lévi xui), il était entouré d'honneurs; contredire son enseignement c'était presque contredire Dieu : L'étudiant qui entré en désaccord avec son maître, c'est comme s'il entrait en désaccord avec la Shékinah ; celui qui parle ou pense mal de son maître, c'est comme s'il agissait de la sorte contre la Shékinah {Sanhédrin, 110^; cf. ïaylor, Sayings of Jewish Fathers, Cambridge, 1897, p. 71). Le titre de StSaaxaXoç convient spécialement à N.-S. qui approuve qu'on l'appelle ainsi (Jo. xiii, 13; cf. Mt. xxvi, 18; Me. xiv, 14). — ytvsdôe à l'impératif, mode indiqué par le contexte et de style chez Jac. — <JSeX«po{ [^ou indique une nouvelle péricope; cf. ii, 14.

L'Église naissante eut ses didascalës. Saint Paul les range parmi ceux qui ont reçu un charisme ; il les place après les apôtres et les prophètes dans I Cor. XII, 28, après les apôtres, les prophètes, les évangélîstes et les pasteurs dans Bph. iv, 11. Parmi ces maîtres ou prédicateurs, les uns étaient sédentaires, les autres itinérants. Tous n'étaient pas membres de la hiérarchie; ils étaient parfois des laïques que l'Esprit ou le zèle poussaient à prendre la parole dans les assemblées et à exhorter les frères. A Corinthe des femmes voulurent même remplir cet office, mais Paul s'y opposa (I Cor. XIV, 34).

Pourquoi Jac. ne veut-il pas qu'il y ait beaucoup de rnaîtres parmi les Juifs devenus chrétiens? Il réagit contre la recherche ambitieuse d'un titre et d'une fonction enviés, sa voix se fait l'écho de celle de Jésus : îifjLaïç 81 [xï] -/cXy)6^t£ pa66t' (Mt. xxiii, 8). Une autre cause, qui n'exclut pas le rappel à la modestie, peut aussi avoir amené l'Apôtre à faire cette recommandation. De bonne heure, il y eut des abus chez les didascalës, surtout chez les didascalës d'origine juive. Certains parmi ceux-ci se mirent à enseigner avant d'être complètement instruits, tel Apollos, ce fameux Juif alexandrin, qui

ÉPITKE^ DE ffAINT JACQUES, HT, 1-2. 75

^Nè soyez pas nombreux [à prendre l'office de] maîtres, mes frères, sachant qne nous recevrons [la- sentence] d'un jugement plus strict. 2 car en beaucoup de choses nous trébuchons tous. Si quelqu'un ne trébuche pas en parole, celui-ci est un homme parfait.

arrivant à Éphèsene connaissait que le baptême de Jean (Act. xviii, 24-xix, 7), D'au;tres,.plusou.moins. brouillons et entêtés dans leurs idées, n'enseignaient pas la doctrine véritable et troublaient les églises, tels ces frères qui un jour vinrent de Jérusalem, à Antioche et dirent aux, convertis de la gentilité qulila dev^aient se faire circoncire po.uj? être sauvés,. (Act. xv, 1). On sait combien- saint Paul eut à, souffrir de lapart de: faux frères judaïsants qui troublaient les consciences- par leurs discours. Il écrit coatre eux l'Épître aux Galates. Yers la fin de sa. vie, à plusieurs reprises, il met ses correspondants en garde contre de. faux docteurs, qui paraissent presque toujours, imbus de doctrines judaïques (Éph. v, 6, 7; Col. ii, 16-23; I Tim. i, 3-7; iv, 1-3, 7; II Tim. IV,. 3, 4; Tite i, 10-14; m, 9; cf. Act. xx„29, 30). Jac.,.sans envisager des erreurs^ spéciales^, peut bien vouloir réagir contre des abus. Dans la lettre écrite lors de l'assemblée de Jérusalem, il blâme avec les autres rédacteurs ceux qui. sont allés, sans mandat,, à Antioche, agiter les consciences (Act. xv,i 24). Il peut donc bien envisager ici un fait de discipline. Il ne vieutpas que, le, zèle s'exerce, indépendammeat, de la modestie, et aussi de la compétence.

EiSoTsç indique le motif pour lequel on doit observer une sage réserve, et ne pas tant chercher à s'ériger en maître. — -/.pJp-a est le plus souvent pris en mauvaise part dans le N. T. et signifie alors jugement défavorable et, par extension, avec >.a[jL6àvsiv, condamnation (Me. xn, 40; Le. xx, 47 ; Rom. xin, 2). Ici le sens de jugement défavorable ou de condamnation est trop fort, car Jac.se range lui-même au nombre des didascales (XYn{'0[j.e9a) et son espérance est bien d'éviter une pareille sentence au dernier jour. Si la fonction de maître est dangereuse;, on peut tout dé même s'en acquitter bien quelquefois et l'auteur s'y applique. Il semble donc que l'expression « [isîÇov xpt'fia » veuille signifier « jugement plus strict ». Le but de Jac-, est de mettre en relief ■ la responsabilité qu^encourt celui qui enseigne les autres. Le maître sera jugé plus sévèrement, car il répondra de l'enseignement qu'il donne et il doit mieux que les autres connaître et accomplir son devoir. A Hre le N. T. on est amené à penser que les docteurs juifs s'appliquaient mieux à enseigner la vertu qu'à la pratiquer : Travxa o5v 8aa làv eVtcwciv ujaiv TvO'.Tfaa-rs -/.oà -cYjpsïis, xairà' Se Ta- 'épya aÙTÔov puï) tcoisÎts- Xs-^-ouaiv yàp xat où TcotoîSatv (Mt. xxili, 3; cf. Rom. n, et supra t, 22-24). Viilg: : sumitis au lieu de sumimus (de même Boh.), peut-être pour exclure la personne de Jac. d'une sentence interprétée au sens défavorable.

2'a) yd'p explique uleîÇov xpiii.» XTjij^dfAEÔa, — 7:-ato[j.£v, usité au mode transitif puis au mode intransitif avec iv comme ii, 10. En disant que tous pèchent, Jac. n'adressepas un blâme à ceux auxquels il s'adresse, il fait une constatation; lui-même se compte au nombre des pécheurs (nxaio\j.v)) , Cette consta-"

3. tSg potias quant si Se (THSV). — si; anfe to irsiÔEO-Oai (THV) e^ noTl npoç (S).

tation invite à être circonspect, à ne pas rechercher inconsidérément un rôle qui par les devoirs qu'il implique, et les dangers qu'il fait courir, expose à pécher davantage et par suite à être jugé plus sévèrement.^

Saint Jacques exprime ici une vérité traditionnelle dans la Sainte Écriture ; personne ne peut dire qu'il est sans péché (I Rois, viii, 46; Prov. xx, 9; Ps. XIX, 13; Eccli. xix, 16; Ecclé. vu, 20; Rom. m, 9-18; I Cor. iv, 4; I Jo. I, 8) ; l'homme n'est pas juste en face de Dieu qui découvre des fautes taêïae dans ses anges (Job iv, 17-19; cf. xv, 14, 15). La doctrine que sans un privilège spécial, il est impossible d'éviter le péché véniel, a été définie par le Concile de Trente : Si quis hominem semel Justificatum dixerit posse in tota cita peccata omnia, etiam venialia; vitare, nisi ex speciali Dei privilégie, quemadmodum de B. Virgine tenet Ecclesia, A. S. [Sess. vi. Canon 23).

Les païens, ceux du moins qui écoutaient la voix de leur conscience, n'ont pas ignoré cette défaillance de la volonté dans l'accomplissement du devoir, quoiqu'ils n'aient pu à la seule lumière de leur raison, en comprendre tout le sens; Sénèque, Clem, i, 6 : peccavimus omhes alii gracia, alii leciora; cf. SoPH. Ajïû. 1023.

Puissance de la langue {2'^-5^).

L'éloge décerné à celui qui ne pèche pas en paroles (2*'), les images tirées du mors du cheval (3), du gouvernail du navire (4), mettent en relief cette idée que la langue qui est petite, est puissante relativement à la conduite morale de la vie (5").

2 ^) Que si tout le monde commet des fautes, celles commises par la langue sont les plus fréquentes. Nouvelle et grave raison de ne pas s'ériger en maître, car celui qui enseigne est plus que tout autre exposé à pécher en paroles. — où-co? est emphatique comme i, 23; TiXeioq, cf. i, 4; <îv»îp, cf. i, 8. Comment peut-on être parfait alors que tout le monde pèche? Perfection et péché sont relatifs, la perfection humaine n'est pas absolue, et le péché peut être minime et vite l'éparé. — Suvato'ç explique xéXetoç ; un tel homme est parfait car il est capable de maîtriser tout son corps. Le corps est considéré comme l'ensemble des membres dont l'homme se sert pour agir bien ou mal. Quoique la langue soit un des plus petits d'entre eux (v. 5), sa maîtrise est si difficile que celui qui l'exerce est capable de dominer sur tous les autres. Qui peut le plus, peut le moins. — YaXivaywyîiaai prépare l'exemple du v. suivant; mais le frein est mis au corps et non à la bouche ou à la langue comme cet exemple le supposerait, ainsi que i, 26.

capable de réfréner aussi tout le corps. ^ Voyez, nous mettons les freins à la bouche des chevaux pour que ceux-ci nous obéissent, et

Dans Mt. xii, 34-37; xv, 11-20, N.-S, considère la parole comme révélatrice du cœur : ix yàp tou 7:ept<Tas;5[ji.aToç t^ç xapStaç lo aT6jj.a XaXeï (xii, 34) ; il se place surtout au point de vue psychologique et intérieur; de même Prov. xv, 7, 26, 28. Jac. considère le péché de parole moins dans sa source que dans son organe, aussi parle-t-il seulement de la domination de la langue par la volonté.

Les Livres sapientiaux parlent souvent des péchés de parole, et Jac. demeure tout à fait dans leur tradition. Le Psalmiste se plaint souvent de la langue de ses adversaires fcf. Introd. p. xlvi) ; lui-même met une garde à sa bouche pour ne pas pécher (Ps. xxxviii, 2; cf. cxli, 3). L'abondance des paroles ne va pas sans faute, remarquent les Proverbes, et attire parfois bien des ennuis (x, 19; cf. Introd. p. xlviii et s.). Le Siracide s'étend longuement sur ce sujet (cf. Introd. p. lhi) et c'est de lui que Jac. se rapproche le plus. Il se demande qui ne pèche pas par la langue, tant ce défaut est général (xix, 16), et proclame heureux celui qui en est exempt (xxv, 8; cf. xiv, 1). Il met en garde contre les dangers de la langue (xii, 25; xx, 17), il dit ses méfaits (xxviii, 13-26), exhorte à la vigilance sur les paroles (xxiii, 7-15). C'est l'homme inconsidéré qui parle beaucoup (xx, 6; cf. Ecclé. v, 1,2). Simon, fils de Gamaliel I, était bien aussi dans la tradition biblique lorsqu'il disait : J'ai grandi parmi les sages, et je n'ai rien trouvé de bon pour l'homme que le silence. Le principal n'est pas de savoir mais de faire. Celui qui multiplie les paroles, occasionne le péché {Pirké Aboth, i, 18). Le sage Ptah-hotep recommandait la circonspection dans les paroles, mais seulement pour se bien faire voir et éviter les ennuis : Si tu es assis à manger chez un personnage plus grand que toi.,, ne lui parle pas plus qu'il ne demande, car on ne sait pas ce qui peut déplaire (Virey, Etudes sur le papyrus Prisse... p. 42). Le sage Ani se préoccupait davantage de la morale : Garde-toi de pécher en paroles; qu'elles ne soient point blessantes ; condamnable est en l'homm.e le malicieux bavardage qui ne se repose jamais ; et plus loin ; que la conversation de la femme prenne son mari (pour objet) et que la conversation de tout homme soit sur sa profession (Jeaiv, Le milieu biblique, II, Paris, 1923, p. 357-358). Cf. la confession de l'âme dans le Livre des Morts : Je n'ai pas outragé, Je n'ai pas dit trop de paroles (Erman, La religion égyptienne, p. 147). A Babylone on connaissait aussi les péchés de la langue (cf. Lagrange, É.R.S. p. 225).

3) Ce V. est lu de diverses façons : A B i<3 ont et U, k* z'M y^P'> WH., Vogels, von S od en gardent la leçon ei SI, que suivent aussi Beyschlag, Knovvling, Meinertz; mais Mayor lit l'Ss ydép, Ropes, Windisch, IM avec C et plusieurs versions anciennes HéracL, Sahid. Arm. La leçon ?Ô£ s'harmonise mieux avec fSo^i des v. 4, 5, et la critique textuelle offre de nombreux exemples de confusion entre ei et t. Le début du v. 4 îSoù'xai semble bien montrer que le V. 3 entre déjà dans la série des exemples, avec les navires, la forêt (4, 5). Pour ces raisons nous préférons la leçon l'Ss. Si on lit et yap, (mieux que li 3=,

78 ÉPITJRE DE SAINT JACQUES, lit, 4-5.

sùQiJVcVTOç jSouXexar ^oiixtoç xal '/) yXSi(ja<x {Xf,xpbv [Ji.éXoç Icxtv xal p-eya^a

4. oTtou Y) oppiïi... pouXstai (TH) pofias quam ouou av yj opfiY)... pouXyjxai (SV).

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