SEPTIÈME INSTRUCTION : LA VRAIE ET LA FAUSSE SAGESSE
Il a déjà été question de la sagesse à propos de la tribulation (i, 5). Jac. consacre maintenant un paragraphe spécial à cette vertu. On estime la
ta ëpya aùrou èv TrpauTvjTt coçiaç. ^^el Se Ç^Xov -lîtîtpbv e'xsxs v-al ipiSsCav ev 14. xara tï]ç aXcÔEta; Jjosi 4'sySsffee (HSV) et non post xaTaxauxotaÔs (T).
sagesse, mais on peut se tromper sur sa nature; il y a de faux sages, des sages selon le monde (Mt. xi, 25; I Cor. i, 20). La sagesse comme la foi doit se manifester par la pratique des vertus et non pas seulement par des paroles. Cet enseignement peut donc être considéré comme un corollaire des deux précédents. Jac. établit d'abord le critère de la vraie sagesse (13), puis à la fausse sagesse (14-16), il oppose la vraie (17-18).
Le critère de la vraie sagesse (13).
Ce critère est une bonne conduite dont la douceur est la vertu caractéristique.
13) Ti'ç interrogatif, suivi d'un impératif, équivaut à une condition, tournure fréquente dans la Bible : Deut. xx, 5-8; Juges vu, 3; Jér. ix, 12; Ps. xxxiii, 13. Jac. s'adresse à tout le monde, mais les chefs de l'assemblée peuvent spécialement faire leur profit de ce qui est dit. Le sage en question n'est point celui qui contemple le monde et, aristocrate de la pensée, sait comment va l'univers; il est celui qui connaît ou croit connaître les défauts à éviter, les vertus à pratiquer. C'est, en effet, de la sagesse morale qu'il s'agit. Cette conception est traditionnelle dans la Bible : Eccli. xix, 20 : îuaaa aoipta odSos Kupîou, xa\ Iv Tzdsri coœia rtoCTjciç vdjj.ou (cf. I, 5). — iTctCTTTjfjLwv hapax dans le N. T., chez les classiques désigne les gens expérimentés, instruits; cet adjectif pourrait signifier ici l'application de la sagesse à la conduite de la vie, alors que aoço's en désignerait la possession. Mais Jac. a-t-il fait cette distinction? Les deux mots se retrouvent associés comme ici dans Deut. r, 13, 15, à propos de juges, et iv, 6, à propos d'Israël. — èv uj^tv équivaut à 1? u,uâ5v de ii, 16. — SetÇccTo cf. n, 18. — xaX^ç dans le sens de bonne; Jac. aime ce mot : ii, 7; IV, 17 ; cf. xaXws ii, 3, 8, 19. — Le mot àvaoxpoœrî signifie d'abord renversement, puis retour, action d'aller et de venir, d'où manière d'être, conduite. Seul le sens de conduite se retrouve dans le N. T. ; il existe aussi chez les classiques, Polybe IV, lxxxii, 1. Vulg. : conversatione « genre de vie ». La construction BeiÇccto èx t^? xaXîîç àvatnrpooîîç -cà 'épya aùxou rappelle celle de II, 18 : SeiÇw 1-/. twv 'ipytov [jiou t»]v Tutaxtv. La pensée fondamentale des deux phrases est aussi la même, il s'agit toujours de la réalisation du bien dans les œuvres. — TupœiÎTrjTc (cf. i, 21) suivi d'un génitif de possession, désigne la douceur qui est le fruit de la sagesse et donc sa marque.
De même que c'est par leurs fruits que les arbres révèlent leur nature (12), de même c'est par la conduite que la vraie sagesse est connue. Cette sagesse est douce, ennemie des brigues et des disputes. Le tempérament sémitique
ÉPITRB DE SAÏNT JACQUES, III, 13-14- 91
iSQui est Sdige et expérimenté parmi vous? Qu'il montre ses <Buvres par une belle conduite avec une sagesse douce. ^^Mais si vous avez un zèle amer et un esprit de brigue dans votre cœur, ne
-est violent et la pratique de la douceur implique plus ou moins celle des autres vertus. Le Siracide avait déjà dit : èv wpauxrj-t xà. ïpya aou BtsÇays (m, 17).
La fausse sagesse (14-16).
A la lumière du critère pratique qu'il vient d'établir, Jac. prémunit ses lecteurs contre la fausse sagesse (14), il la qualifie (15), et prouve le bienfondé de son jugement (16) .
14) Se marque opposition avec ce qui vient d'être dit. — Ç^Xoç a généralement chez les classiques un sens favorable, qu'on retrouve dans la Bible avec l'acception religieuse d'amour et de dévouement envers Dieu et son honneur, nasp (I Rois XIX, 10, 14; Eccli. xlviii, 2; Jo. ii, 17 j Rom. x, 2; cf. Act.
XXI, 20). Mais souvent dans l'A. T., pour la moitié des cas dans le N. T., le sens est péjoratif; Ç^Xo? désigne alors un zèle immodéré, la colère et surtout la jalousie (Rom. xiii, 13; I Cor. m, 3). L'acception en mauvaise part est désignée ici par le contexte. Le sens n'est pas celui de jalousie, mais de zèle. La jalousie est toujours un mal et n'a pas besoin d'être dite amère; il n'en est pas de même du zèle qui peut être bon ou mauvais; il s'agit d'ailleurs de sages qui peuvent parler avec douceur ou au contraire avec amertume. Le zèle amer désigne donc un désir immodéré, une manière pénible de promouvoir sa manière de penser. Ce zèle peut paraître une sagesse (15). — IpiÔEt'av désigne la brigue, l'esprit de parti; ce défaut est bien oriental, favorisé par l'oisiveté et la coutume des longues palabres. Le zèle et l'esprit de brigue vont généralement ensemble, aussi les trouve-t-on réunis comme ici dans II Cor. xii, 20, et Gai. y, 20. — xapSt'a, le cœur et non plus l'âme (cL Btij^u^oç I, 8) est considéré comme le siège des pensées et des sentiments conformément à la psychologie hébraïque. - — \ùi zaTaxa«)(^aa9e cf. ii, 13; quelques auteurs construisent ce verbe comme le suivant avec àXï]Oetaç, i< et Pesch. omettent xaxoc et écrivent tîJç àXr;6eias avant -mù t|'£i5Ssa9e, mais le verbe peut très bien s'entendre au sens absolu. Dans le cas présent la glorification est une jactance. Mentir contre la vérité est un pléonasme qui marque l'emphase, de même I Jo. i, 6 avec la forme du parallélisme antithétique : tJ'euSdaeOa xa\ où Tcotoujxev xï]v dèXïîOetav, cf. Rom. XX, 1, — àXrjOei'as ne désigne pas la vérité divine comme i, 18, mais la vérité par opposition au mensonge.
La jactance est la conséquence du zèle amer et de l'esprit de brigue ; on se répand en paroles, on se glorifie, parce qu'on veut se mettre en avant, parce qu'on se croit plus sage que les auti'es. Et puis pour avoir raison on se laisse entraîner par le fanatisme jusqu'à altérer la vérité, jusqu'à mentir. Jac- met ses fidèles en garde; il reprend un enseignement du pseudo-Salomon : eî? Kay.6irEx,vov ij^yr^'^ oi/. slaëXetSasTai nooia (Sap. l, 4; cf. vi, 23). Qu'on ne se fasse donc pas illusion 1
TYJ Xizpâta ù[;.5)v, [XY] v.aTOiV.auyfiiaBs. xat t}'^'^^^'''^^ /.axa t^ç àXYjSsiaç. ^^oùx f(7Tiv auTYj 1^ croçîa avwSsv xaTep^ofxsvvj, àXXà e-TctYsioç, <]<u%iot"»^, âat[j!.ovt<o- Byjç* ^^ottou yo'P Ç^^oç xal lpt6£ta,'£X£i àjtàTacJTauta y.ai xav (pauXov xpaY^ia..
15) Jac. va qualifier maintenant cette prétendue sagesse. Ici et v. 17 les adjectifs sont presque tous écrits sans liaison; peut-être s'agit-il d'un aramaïsme (cf. Introd. p, xciv-xcv).
Elle ne vient pas d'en haut. La doctrine de l'origine divine de la sagesse est traditionnelle dans la Bible (cf. i, 5) et dans la littérature juive non inspirée; on la retrouve chez Philon {De proem. et poen. 51; M. n, p. 416), dans Hénoch (xlii) et dans plusieurs sentences des Rabbins (Schôttgen, Horae hebraicae, ad loc,). Elle contient en germe toute la doctrine de la grâce sur les dons du Saint-Esprit, en particulier sur ceux de sagesse, de science, d'intelligence et de conseil.
Les trois adjectifs qui suivent font avec la proposition précédente un parallélisme antithétique et forment un cliniax.
snt'Ystoç s'oppose directement à oùx «vwôsv ■/.a-cspx.ojxlvr]. Cette sagesse est terrestre par son origine, elle vient de l'homme. Philon distingue, lui aussi, la sagesse céleste et la sagesse terrestre : tJiv [iètdépaiov y.rù. oùpdviov aoçtav... sTïtYetov (ïoçtav {Leg. ail. i, 43; M. I, p. 51, 52). L'opposition entre ce qui est céleste et ce qui est terrestre est plusieurs fois exprimée dans saint Jean : Imysta... l:roupavia (Jo. iii, 12; cf. iii, 31; viii, 23) et dans saint Paul (Phil. ^11, 10; m, 19, 20; Col. m,- 2).
tfjy^ixTj marque l'opposition de la sagesse terrestre avec la partie la plus élevée de notre nature : l'intelligence, et surtout avec l'Esprit de Dieu. Cet adjectif ajoute à l'idée de terrestre celle de sensible, d'animal. Il ne faut pas voir dans son usage un emprunt à la trichotomie de la philosophie grecque, awjxa, iuy^ïî, -v£îj,aa, d'où les gnostiques tireront leurs trois classes d'hommes, mais une simple opposition entre la vie sensible commune à l'homme et à l'animal et la vie intellectuelle et spirituelle; tout au plus pourrait-on admettre une allusion à des termes philosophiques courants. L'Épître de saint Jude explique très bien tî<ux.ixo( par TCVEî5p.a [xt) sx ov-ces (19). La sagesse animale nommée ici équivaut à la sagesse charnelle (aoçt'a aip7.1y.fi) de II Cor. I, 12.
oaip.ovic&B7)ç, hapax dans la Bible, ne se retrouve que dans Sym. Ps, xc, 6 et Scol. d'ARisTOPH. Ran. 293. Cette sagesse qui ne participe pas à l'Esprit de Dieu, participe au contraire à l'esprit des démons, soit qu'elle vienne d'eux par suite de la tentation, soit qu'elle ressemble à la leur par sa perversité. Sur les démons cf. 11, 19. Il n'y a pas de raison pour voir ici une allusion à la légende juive recueillie dans Hénoch (xvi, 3) et suivie par Clément d'Alex. {Strom. V, i; P. G., IX, 24), d'après laquelle les anges déchus auraient communiqué une sagesse aux ;filles des hommes et par elles a l'humanité (contre Spitta).
16) YO'P introduit la preuve du jugement que Jac. vient de porter. — ûtxairaa-
iÉPITBE DE SAINT JACQUES, III, 15-17. 93
VOUS glorifiez pas et ne mentez pas à l'encontre de la vérité. ^» Cette sagesse n'est pas venue d'en haut, mais [elle est] terrestre, animale, démoniaque; ^^où il y a en effet zèle et esprit de brigue, là il y à trouble et toute espèce de mal. ^'Mais la sagesse d'en haut est d'abord pure, puis pacifique, indulgente, docile, pleine
Taofa, écrit aussi avec Ç^Xoç et £pt6E{à dans II Cor. xii, 20, signifie : instabilité (cf. I, 8), tumulte, et après les difficultés politiques qui suivirent la mort d'Alexandre le Grand, sédition, trouble de l'ordre public- L'idée de désordre convient bien ici. Le zèle amer et l'esprit de brigue amènent naturellement le trouble et la discorde» Ils sont ennemis de la paix (cf. sîpïjvtxTÎ v. 17). Rien ne rappelle spécialement la controverse brûlante entre les chrétiens issus du Judaïsme et ceux de la gentilité. Hillel, Siméon ben Gamaliel recommandaient aussi la paix {Pirkê Aboth i, 13, 19). Les autres conséquences fâcheuses sont désignées d'une manière générique et embrassent tout ce qu'il peut y avoir de mauvais dans la conduite. — L'adj. çaûXoç a le même sens que xaxdç, mais l'expression est plus adoucie.
La vraie sagesse (17-18).
Elle est dans son origine, ses attributs et ses fruits, contradictoire avec la fausse sagesse.
17) Se est adversatif. — rj «vwôev croiyta fait parallélisme antithétique avec oùx 's'artv aSTïi fi «loçta avtoGev fl5). L'origine divine de la vraie sagesse est le principe de ses attributs.
L'attribut de pureté est mis en relief par 7cpô5-çov qui en s'opposant à ïnzi-zce. l'isole de ce qui suit. Cette pureté n'est pas spécia:lement la continence, mais l'absence de tout défaut, surtout de l'erreur.
Les autres attributs sont groupés en trois sections d'après leur morphologie : 1) eîpïivtxTj, èmstxrjç, eùrt£t9rfç; 2) {ledTrj âXéouç xal xapTrSiv &.-^a.^Gi'v ; 3) àStdtxptxoç, àvuîudxpixoç. Il y a dans cette construction une recherche de style.
Le premier groupe s'oppose spécialement au zèle amer et à l'esprit de brigue (v. 14). La Vulg. traduit au sens large et ajoute un mot : paciflca, modesta, suadibilis, bonis consentiens (?). — stpirivtxTÎ deux fois dans N. T. ici et Hébr. xii, 11. La vraie sagesse s'exerce dans la paix et non dans le désordre ni au milieu des intrigues; la pensée est traditionnelle dans la Bible : « Les sentiers de la sagesse sont la paix », disent les Proverbes (in, 17) ; et saint Paul nomme aussi la paix comme le fruit des pensées de l'esprit, c'est-à-dire de la vraie sagesse (Rom. viii, 6). Malachie met la paix en relation avec la droiture (ii, 6); Jac. ne perd pas de vue ce rapport, il l'exprime sous une autre forme quand il dit que la sagesse est à^iiy.pizoç, àvuTOxpiToç. On peut remarquer que dans les béatitudes, telles que les rapporte Mt. v, 8, 9, la pureté et la paix sont nommées dans le même ordre qu'ici, avec cette différence toutefois que la pureté est entendue dans un sens plus spécial. L'adjectif ÈTctstxrJç signifie d'une juste mesure; dans Iliade xxiii,
'^^xapTCOç Se âixaiooruvvjç iv sîpi^VY] azeipzxca xolç Trowïïffiv stp'^v/jv.
246, il est dit d'un tombeau aux proportions mesurées; au point de vue moral il signifie équitable par opposition à strictement juste (St'xatos), Aristote le définit en ce sens : èXaTxwcixbç -cwv 8f/.aiwv twv xatà vojxov, enclin à prendre moins, que son dû selon la loi (Eth. mag., ii, 1). Dans la Bible l:uietxr{ç, èiïtsixeca sont employés plutôt dans le sens de bonté, et encore dans le sens d'indulgence,, quand il s'agit de l'attitude d'un supérieur envers son inférieur. èîcietxiîç est dit de Dieu dans Ps. lxxxv, 5, des maîtres par rapport à leurs esclaves dans I Pet. n, 18 ^cf. I Tim. m, 3; Act. xxiv, 4). D'autre part sùnsiÔTjç, qui est un /^aj^aa; dans le N. T., se rapporte aux relations des inférieurs avec leurs supérieitrs, son opposé ànsiôiiç est plusieurs fois usité dans le N. T., cf. Rom. I, 30; II Tim. m,. 2; Tite i, 16. On peut donc penser que Jac. a. en vue successivement les supérieurs et les subordonnés, ou plutôt qu'il envisage la personne dans le double rapport qu'elle peut avoir avec le prochain..
[Aeor-iTTj èXÉous "/.al xapjiôiv «yaôôjv se rapportent àux œuvres de la vraie sagesse et s'opposent à ix/.a-aCTTaafa -/.dX jcav çauXov T:pay|jLa (16), œuvres de la fausse sagesse. — iXéouç ne désigne pas la miséricorde en tant que sentiment, comme serait la pitié, mais en tant qu'elle agit, la charité active, principalement celle qui s'exerce par les œuvres envers les humbles ; cf. ii, là- Les bons fruits désignent, d'une manière générale, toutes les heureuses conséquences de la vraie sagesse. Parmi eux on peut citer l'intelligence de la tribulatioa (i, 5),: la conformité de^la conduite avec la foi, etc.
Les deux derniers adjectifs qui forment le 3'^ groupe s'opposent toujours à la fausse sagesse, mais sans parallélisme spécial. — àSiaxptTos, Aa^a^ dans le N. T., une seule fois dans LXX (Prov. xxv, 1); chez les classiques,, au sens passif, « mêlé, confus », au sens- actif, « qui ne distingue pas, qui ne fait pas de différence ». Les versions ont compris le mot ici diversement : Pesch. <c sans dissimulation »; Vulg\ « nonfudicans », de même Bok.;. Arm. « sans remords de conscience ». Dans les LXX, où il s'agit des Proverbes de Salomon réunis par les gens d'Ézéchias, le sens qui convient le mieux est le sens passif de «. mêlés », les « mechalim » sont rapportés sans classification; l'équivalent de ôStdétpLtoç n'est pas dans le texte massorétique. Dans l'Épître de Jac. le sens actif est le meilleur « qui ne fait pas de différence », d'où « sans partialité ». Alors que la fausse sagesse, à cause du zèle sectaire et de l'esprit de brigue qui la caractérisent^ pratique un jeu partial et dissimulé, la vraie sagesse agit sans parti pris et ouvertement (ivujcdxpi-cQç) .
18) Maxime sur la justice et la paix.
Six.ouoaivYjs est la vertu de justice au sens moral de conformité à la loi et à la volonté de Dieu. (TJIS); cf. u, 21 et s&. xapKÔç 8t/.ttioauvïi;; équivaut à « justice, fruit qui est la justice » (cf. Hébr. xir, 11 y.apjtor sîpvjvtxov)^. La justice est . considérée comnie un> effet,, sa cause est la sagesse. La proposition : « un fruit de justice dans la paix » signifie donc i a la justice que la sagesse
de miséricorde et de bonis fruits, sans partialité, sans hypocrisie. i^Un fruit de justice dans la paix est semé pour ceux qui répandent la paix.
produit dans la paix ». Cette maxime résume tout ce qui précède (13-17). zotpTcbç St/.atoaiSvï)? peut difficilement signifier ici « le fruit que produit la justice », la justice étant considérée comme cause et non plus comme effet. Ge sens qui est biblique (Prov. m, 9; xi, 30; xiii, 12; Am. vi, 12),^^ convient mal au contexte où il est question de la sagesse et de ses effets. Et puis quel serait le fruit de la justice? Il n'est pas nommé. Enfin dans ce cas il eut fallu écrire à xapraç tîJç 8i/.atoo;Svriç.
Le fruit semé, pour dire produit, est une figure hardie que l'on rencontre ailleurs; Flvt., Morale, 829 : cmetpovTes oùj^ l]jj.spov xapTcév — Apoc. Baruch, xxxil, 1 : si praeparaveritis corda vestra ut seminetis in eis fructus legis. — Toïç TCOioîScriv £tp7)vr}V équivaut à stprjvoroierv de Col. I, 20, ou à sîprivoîtoidç de Mt. V, 9. — Le datif n'est pas celui de l'agent comme x^ «pijae: du verset 7, mais le datif ordinaire d'attribution. Ceux qui répandent la paix sont ceux qui cherchent à apaiser les discordes et à avoir la paix avec le prochain.
Ce verset rappelle le /wac/iaZ hébreu. La pensée est exprimée sous forme de maxime et en des termes concis qui retiennent l'attention. La sagesse produit la justice dans la paix ; au contraire le zèle amer et l'esprit de brigue amènent toute espèce de mauvaises affaires dans lesquelles la justice ne peut qu'être violée. Ce sont donc les âmes pacifiques qui sont justes, c'est-à-dire celles qui possèdent la vraie sagesse (sTisiTa stpïjviKiî, v. 17). La perspective s'agrandit, car la semence de justice s'épanouit en récoihpense; celle-ci sera surtout la couronne de vie (i, 12).