‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 10 sur 132 · DISGRACE DE B I RD I · texte numérisé non relu

DISGRACE DE B I RD I

l'Uni .1 S

nom. I îelui ci était le lils de ce Nicéphore Phocas « au cul tors « qui avail été traîtreusemenl assassiné par Nicéphore Xiphias le l"i aoûl de l'an Wvil, lors de leur commune révolte contre le basileus liasile (1). Sur la dénonciation d'un misérable parasite, le malheureux lui enveloppé avec plusieurs autres fonctionnaires ri officiers auxquels le ba sileus en voulait également . dans une de ces terribles accusations de baute trahison et île prétention à l'Empiré c[ui, à cette époque, valaient un arrêt de mort (2 . Tous, par ordre de Constantin, eurent les yeux crevés :: .

Dans ce m è m e temps, toujours dans cette année 1026, première du règne de Constantin, raconte encore Skylitzès, dans le thème de HoIIade, dans la ville de Naupacte, gouvernait un stratigos du nom de Mavrogeorgios (4). L'instabilité extraordinaire de son caractère agité l'avait fait surnommer « le fou ». 11 avait commis des exactions telles qu'une violente émeute

PLAQUE BYZA WTINE d'ivoire da M < Siècle, de trai "il italien méridional. — /." faite <~n Egypte. — Maseo Civico de Bologne. (Grasven, II. 5.)

I Epopée, II, p. 518.

- Tfabia, op. cil., éd. Rosen, p. 7". semble prendre cette accusation (oui à l'ait an sérieux.

a partir de cet infortuné Bardas, la maison des Phocas semble disparaître de l'histoire. — Voy. Gfrœrer, op. cil.. III, p. 118.

t Autrement dit : « Georges leNoir. i

14 LES PORPHYROGÊNÈTES ZOÉ ET THÉÛDORA

éclata contre lui. Il fut massacré par la population soulevée et ses biens pillés. La colère du basileus fut extrême. Par son ordre les coupables périrent dans les [lires supplices. Le métropolitain de Xaupacte qui semble bien, par ce détail même, avoir été un des principaux instigateurs de ces troubles, eut les yeux crevés. La monotonie de ces affreux supplices ne fait, semble-t-il, qu'en augmenter l'épouvante. A travers ces quelques faits si extraordinairement clairsemés, racontés d'une manière si succincte, hélas, qui constituent à peu près tout ce que les chroniqueurs nous ont dit de ce règne, on devine un gouvernement violent et faible tout à la fois, contrastant singulièrement avec la forte administration du règne précédent, un basileus odieux, des provinces abandonnées abominablement à l'avidité de « stratigoi » cupides, contraintes de renoncer à tout espoir de justice, n'ayant dans leur désespoir d'autre issue que des tentatives de révoltes partielles, aussitôt réprimées avec la plus sauvage cruauté.

Skylitzès raconte encore, toujours dans ces termes si brefs, que vers cette même époque, le patrice Basile Skléros, fils de Romain Skléros, petit-fils de l'autre fameux prétendant Bardas Skléros et marié à la propre sœur de Romain Argyros, le futur basileus, alliance qui faisait de lui un personnage fort considérable, eut un différend violent, nous ignorons pour quel motif, avec le magistros Prusianos, dit «. le Bulgare », parce qu'il était le fils aîné du dernier souverain de cette nation Jean Vladistlav (1). Ce dynaste barbare, amené tout jeune prisonnier de guerre à Constantinople par le vieil empereur Basile, avait grandi au Palais Sacré dans cette demi-captivité dorée si douce aux fils de tant de souverains détrônés par l'impitoyable politique des basileis.

L'ex-prince royal de Bulgarie avait fini par s'identifier si bien avec sa nouvelle patrie d'adoption forcée qu'il avait été trop heureux d'entrer dans la peau d'un haut fonctionnaire impérial. Il était pour lors stratigos ou gouverneur du grand et populeux thème asiatique des Bucellaires, l'antique province de Galatie. La querelle entre ces deux hommes, tous deux très illustres dignitaires, fut si acharnée qu'ils estimèrent que seul

(1) Épopée, II, p. 387.

BASILE SKLÉROS ET PRUSIANOS LE BULGARE 18

un combat régulier pourrai! satisfaire leur honneur singulièrement terni. Ils se battirent en duel, ce qui était pour lors une fort grande nouveauté à Byzance. Ce premier jugement par les armes entre deux sujets grecs semble avoir été un événement véritable. Jusqu'alors, paraît-il, les seuls barbares s'étaient avisés de vider de la sorte leurs débats. Peut-être ce combat aussi impie qu'inusité eut-il lieu presque sous les regards du basileus?

En tout cas, le scandale des dévols fut grand. L'Eglise réclama et Constantin VIII, comme plus lard Richelieu, estimant cette lois avec sagesse, me semble-t-il, que ces deux personnages, dont les noms rappelaient d'une si éclatante façon les grandeurs et les douleurs du règne précédent, avaient ainsi gravement manqué à la majesté royale, résolut de l'aire un exemple et de sévir durement contre les deux patrices. Cette fois cependant le vieux souverain lit preuve d'une clémence relative. En place d'appliquer aussitôt aux coupables son supplice favori de l'aveuglement, il se borna à les condamner tous deux à une déportation certes peu lointaine, malgré cela infiniment pénible. Basile Skléros fut enfermé dans un monastère du minuscule îlot d'Oxya, une des plus petites îles de l'archipel des Princes, distante de quelques milles à peine de la capitale. Par une ironie cruelle le prince bulgare, son adversaire, eut pour prison l'îlot tout voisin, non moins petit, non moins désert, de Plati. Pour être si rapproché de la capitale, ce séjour sur ces âpres îlots n'en était pas moins odieux. Dans un volume sur les Iles des Princes, paru il y a bien des années déjà, j'ai consacré un chapitre à Plati et Oxya, sentinelles détachées de cet archipel délicieux (1). Situés à une assez grande distance vers la haute mer, à l'ouest et un peu au nord de la grande Antigoni et de Proli, ces deux îlots, véritables récifs perdus au milieu des flots bleus de Marmara, sont bien connus des voyageurs et de tous les habitants de la capitale. Leurs silhouettes isolées en pleine mer attirent le regard et constituent un détail caractéristique à l'horizon de tous les points de vue des environs de Constantinople. De tous les sommets des rives du Bos-

(1) G. Schlumberger, Les Iles des Princes, etc., Paris, 1884, pp. 292 sqq. — Le père Pargoire a parlé tout récemment de ces îles charmantes dans un mémoire intitulé : Les monastères de Saint-Ignace et les cinq plus petits ilôts de l'archipel '1rs ['rinces.

1G LES P0RPHYR0GÉNÈTE8 ZOE ET THECWORA

phore, de toutes les hauteurs et de tous les minarets turks de la vieille Byzanee, l'œil qui suit la ligne bleuâtre des flots de la Propontide, aperçoit par-delà Skutari et Kadikeui, se profilant sur l'azur du ciel, le bas rocher de Plàti H la pyramidale Oxya aux immenses falaises perpendiculaires habitées par d'innombrables oiseaux de mer. Ces deux rochers dont le nom grec indique la forme générale si différente, tout petits, tout perdus qu'ils soient dans l'immensité des flots, ont, on le voit, joué un rôle dans l'histoire de Constantinople. Tantôt asile de pieux cénobites, tantôt repaire de pirates dangereux, plus souvent, à l'égal de leurs sœurs aînées, Prinkipo et Halky, séjour de prisonniers d'Etat, Plati et Oxya, simples taches dans la mer, sont fréquemment mentionnées dans les chroniques byzantines.

Dans Oxya, il y avait une église très vénérée, dédiée à l'archange Michel, « l'Archistratège des nuées célestes ». On y avait adjoint un monastère et un de ces « orphanotrophia » ou maisons d'orphelins, desservis par des moines, gloire de Byzanee, note touchante de charité chrétienne, qui étonne parmi tant de cruautés. Quelques ruines de ce pieux édifice subsistent peut-être encore. Mais ce n'est pas là que fut enfermé l'irascible Basile Skléros, car à cette époque le monastère n'existait pas. Il fut probablement emprisonné dans quelque affreuse geôle, taillée dans le roc nu. Son adversaire, le fils du roi bulgare, eut pour demeure l'inhospitalière Plati.

Plati fut longtemps un lieu d'exil et de torture, très à la mode à Byzanee, un carcere duro, particulièrement redouté entre tous les innombrables lieux de déportation voisins de la grande capitale. De vastes chambres souterraines, ménagées dans le roc, constituaient ces horribles prisons. ( )n y jetait, par un orifice à fleur de sol, les malheureux condamnés à cette mort vivante. C'était par là également qu'on leur donnait leur pâture. Ces caveaux, dont l'origine première remonte probablement à l'époque hellénique, existent encore, à demi-comblés par des débris de toutes sortes, et leurs orifices béants se reconnaissent fort bien. Là, furent enfermés maints prétendants, maints personnages gênants. Cet exil sur ce rocher battu des vents en hiver, brûlé par le soleil en été, était considéré comme plus affreux même que la déportation dans les solitudes

RASILE SKLÈROS ET PRUSIANOS LE BULGARE

de l'aride Proconèse. La garde des prisonniers était confiée à de brutals soldats, le plus souvent des mercenaires barbares, et les infortunés riaient littéralement à leur merci. Ce fut dans ces oubliettes que le basileus Constantin exila le bulgare Prusianos.

Les deux rivaux, séparés par un mince bras de mer, purent se con-

''' IFFRET BYZAXTIN d'ivoire des XI ■' on XII"' siècles, conservé an Musée National à Florence. — iGrseven, II, 3S .

templer d'une île à l'autre, savourant chacun cette amère consolation que le sort du voisin n'était pas meilleur que le sien. Cette aventure eut d'ailleurs une issue tragique, comme c'était si souvent le cas à Byzance. Basile Skléros, soit qu'il eût tenté de s'évader, ainsi qu'il en fut accusé sans preuves, soit qu'il eût été, d'autre manière, calomnié en haut lieu, excita davantage la colère de ce lâche basileus, qui lui lit crever les yeux. Fidèle à son système de compensation, Constantin ordonna de faire subir le même traitement au prince bulgare, mais le prisonnier de Plati, plus heureux que son rival, parvint à obtenir sa -race ou à s'évader sans

subir ce supplice. Un fait seul est certain, c'est qu'il finit par recouvrer sa liberté.

Skylitzès, poursuivant son sinistre et bref dénombrement, s'exprime

en ces termes, dans le récit qui constitue à peu près tout ce que nous savons de ce règne médiocre de trois années : « Constantin lit encore crever les yeux à Romain Courcouas, marié à une sœur de Prusianos le Bulgare, une fille royale de Bulgarie par conséquent, toparque, c'est-àdire châtelain, des « kastra » ou châteaux « de l'intérieur » (1), puis au patrice Bogdan, encore un Bulgare, puis aussi à Glavas, à Goudélis (2). De même il fit couper la langue au moine Zacharias, le parent du « vestis » (3) Theudatès, encore un Bulgare certainement. Tous ces malheureux, dont nous ne savons rien d'autre, se trouvaient, comme de coutume, enveloppés dans une accusation de conspiration contre le basileus. Ces noms significatifs n'indiqueraient-ils point, plutôt, que ce complot, si complot il y eût, avait surtout pour but de profiter de la faiblesse du nouveau règne pour arracher la Bulgarie à l'autorité byzantine, si récemment rétablie dans ce pays, et déjà si pesante à ses indociles habitants?

De même que dans l'intérieur de l'Empire, on s'aperçut aussitôt, sur les infinies frontières de cet immense Etat, qu'un basileus débile avait succédé au plus redouté des empereurs. Dès la première année du règne, sur le Danube, les barbares Petchenègues ou Patzinaces, dont on n'avait plus guère entendu parler depuis les temps déjà lointains de Jean Tzimiscès, alors qu'ils avaient massacré Sviatoslav et les débris de ses bandes en retraite (4), firent une soudaine irruption sur la rive méridionale du grand fleuve, en plein territoire bulgare. Nous ne possédons malheureusement, sur cette sauvage agression, que les quelques mots que nous en disent Skylitzès et Zonaras. Ces terribles cavaliers, racontent ces chroniqueurs, surprenant un pays probablement mal gardé, portèrent

(1) C'est-à-dire certainement : gouverneur des grandes forteresses établies par Basile dans l'intérieur de la Bulgarie, pour maintenir les Bulgares encore frémissants. Ce Romain Courcouas était fils du Jean Courcouas tué par les Russes sous Tzimiscès — Voy. Épopée, I, 132.

(2) Voy. dans ma Sigillographie byzantine, p. 667, le Sîeau d'un personnage de ce nom.

(3) Dignitaire palatin.

(4) Voy. Épopée, I, p. 172.

PETCHENÈGVES ET SARRASINS 19

de tous côtés leurs affreux ravages. Ils massacrèrent ou emmenèrent en captivité une foule de gens, même plusieurs hauts officiers ou chefs militaires. Le danger devint tel qu'il fallu! décréter des mesures extraordi naires. Constantin Diogène, gouverneur ou archôn de Sirmium, ou plutôt duc de Bulgarie, depuis le coup «le main sanglant qui avait mis celle forteresse aux mains (les troupes impériales I , fui confirmé par le basileus dans ce titre <le duc (2). Il reçut le Ml ce exceptionnel d1 « hyparchùn » ou chef suprême de toute celle province, avec des pouvoirs illimités. Ce général énergique, après plusieurs petites rencontres, réussit à

acculer au combat ces hordes sans cesse e ouvement. 11 les vainquit

en liai aille rangée et les contraignit à repasser le Danube et à se tenir tranquilles, au moins pour quelque temps (3).

Kn l'an 1027, ce sont toujours Skylitzès et Zonaras qui parlent, une grande Hotte de corsaires sarrasins accourus certainement des ports d'Afrique, probablement des régions de la Tunisie actuelle, ne craignit pas de venir jusque dans les parages de l'Archipel se livrer au pillage des Mes. (les forbans osèrent insulter aux garnison- impériales qui y étaient cantonnées. Jamais pareil scandale ne se serait passé sous le grand Basile. Aucun exemple ne nous prouve mieux à quel point la décadence avait été rapide en ces quelques mois, dépendant l'insulte fut celle fois encore cruellement vengée. Le slraligos du thème insulaire de Samos, Georgios Théodorokanos, et Bériboès, stratigos de Chio, c'est-à-dire probablement stratigos du thème de la Dodécanèse ou des « douze des » de l'Archipel, à la tète de leurs Hottes et de leurs contingents respectifs embarqués en hâte, attaquèrenl vivement ces redoutables corsaires. La victoire sourit

(1) Epopée, II, pp. 415 sqq.

yl) Voy. Iliid., p. 423, ta description des sceaux de plomb de ce haut personnage qui font partie de ma Collection.

(3) Il y eut dans cette première année du règne et dans les suivantes une terrible sécheresse par tout l'Empire. Des sources qui n'avaient encore jamais tari, de véritables rivières furent mises à sec. Par contre, Aboulfaradj raconte, à cette même année 1026, que l'Euphrate elle Tigre gelèrent au point qu'on put les franchir à pied ! L'an d'après, il tomba une grêle effroyable. En lu^s, il parut au ciel des signes effrayants. Un d'entre eux avait la forme d'un serpent. Ce devait être une comète certainement [Chronique dite de Nestpr, éd. Léger, p. 126). — Yahia [op. cit., éd. Rosen, p. 70), mentionne, dans le cours de la seconde année du règne, le 4° jour de kanoun, ou 21e jour du mois de chewal de l'an 417 de l'Hégire, qui correspond au 5 décembre de l'an 1026, un violent tremblement de terre. Beaucoup d'édifices dans la capitale s'écroulèrent.

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à ces vaillants. Douze vaisseaux sarrasins avec tous leurs équipages tombèrent aux mains des Impériaux. Le reste de 1' ï armada » arabe s'enfuit en désordre. Constantin, demeuré constamment au Grand Palais, ne prit personnellement aucune part à ces exploits de ses troupes de terre et de mer.

Le basileus Basile, dit Skylitzès, bien que son avarice et sa dureté fussent, proverbiales, par commisération pour les malheureux, avait coutume d'ordonner qu'on n'exigeât pas trop sévèrement l'impôt annuel à jour fixe. Il accordait facilement des délais. Aussi, au moment de sa mort, le tribut de deux années entières était dû par presque toutes les provinces de l'Empire. Son frère Constantin, à peine sur le trône, non seulement ordonna de réclamer le paiement immédiat de cet énorme arriéré, mais, pour chacune des trois années que dura son règne, exigea avec la dernière rigueur le versement intégral de l'impôt (1). Aussi la population entière en fut-elle littéralement accablée, non seulement les pauvres, mais aussi les riches qui se virent forcés, dans des circonstances climatériques déplorables, à travers cette interminable sécheresse, de solder dans le cours de ces trois années l'impôt régulièrement exigible en cinq! Quant à l'argent disponible, il allait tout entier aux indignes favoris du prince. Personne d'autre n'obtenait rien de lui.

Les « Vies » de saints qui, pour le xe siècle, sont une mine d'informations si précieuse, ne nous fournissent malheureusement presque rien pour l'époque de ce règne et des suivants. Quelques bien rares inscriptions contemporaines, quelques textes plus rares encore, ne suffisent pas

(1) L'écrivain syrien Yahia {op. cit. éd. Rosen, p. 70, dit, du reste, précisément le contraire ! « Constantin, écrit-il, fit remise à tous les habitants de l'Empire des arrérages des impôts. De plus, il fit de même remise de tous impôts sur tous domaines en friche tant qu'on n'aurait pas cultivé à nouveau ceux-ci, c'est-à-dire qu'il ne préleva plu» bur les voisins l'impôt des propriétés dont la culture avait été abandonnée par leurs propriétaires ». Ce serait bien là la véritable abolition de 1' « Allèlengyon » que Skylitzès attribue seulement à Romain Argyros. L'écrivain grec ajoute, il est vrai, que Constantin avait eu l'idée de procéder à cette suppression, mais qu'il en avait été empêché. — M. le professeur Ouspensky, dans l'article qu'il a consacré au livre du baron V. Rosen sur la Chronique de Yahia dans la livraison du 1er avril 1884 du Journal du Ministère de l'Instruction publique russe, se demande avec raison, me semblet-il, si la traduction de cet érudit, presque toujours excellente, ne serait point ici, par exception, quelque peu en défaut, et si le baron Rosen a vraiment bien saisi le sens de la phrase de l'écrivain syrien. (Voy. encore la note 413 de ce même livre du baron Rosen.)

INSCRIPTION DE » LAKÉDAIMION a

à combler ces déplorables lacunes. Pour le règne si court de Constantin, je ne connais une deux inscriptions qu'on puisse attribuer avec certitude à ce prince. Toutes les autres sur lesquelles figure son nom portent également celui de son frère et datent par conséquent de l'époque de leur règne commun, ou bien ne portent que ce seul nom de Constantin sans aucun détail qui permette de les attribuer à lui plutôt qu'à un de ses plus proches homonymes. Une inscription très longue et très incorrecte, retrouvée près d'un pont de la Sparte antique par .M. Fourmont, est datée

milIlE BYZANTIN des XI on XH«» Siècles. — Adam et Eve chassés du Parodia. — Musée Olivieri, à Pesaro. — (Grseven, II, A9./

du 1er mai 1027 (1). Elle nous apprend en un style barbare que ce pont, conduisant au « kastron » de « Lakédaimion » par-dessus le fleuve Ire, l'antique Eurotas, fut construit à grand'peine aux frais du moine Nicodème, qui bâtit également l'église du Rédempteur, située à la gauche du pont. Pour se ménager des droits, sa vie durant, sur ce pontet sur cette église, le dit moine s'adressa à l'empereur Constantin VIII, qui lui octroya un privilège au nom duquel le stratigos du thème du Péloponèse devenait curateur de ces édifices, et défense était faite à l'évêque de « Lakédaimion » et aux autres ecclésiastiques du diocèse de commettre dans l'église aucun acte d'autorité religieuse. De ce fait, cette église devenait

(1) Bœckh, C. I. (•>■.. IV, p. 329, n° S704.

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une de ces propriétés d'exception qu'on avait la coutume île qualifier d' « impériales ». « Après ma mort, ajoutait le moine, le stratigos et l'évêque devront choisir parmi les religieux desservant l'église un nouvel abbé qui donnera tous ses soins à l'entretien de l'église et du pont, comme aussi à celui des desservants, faute de quoi il devra être remplacé par un autre ». La malédiction du fondateur devait poursuivre tous ceux qui mettraient méchamment opposition à ces volontés. « Nous trouvons ici, dit fort bien*;. Hopf {l , un écho du réveil religieux inauguré en ces régions de l'antique Hellade par le fameux saint Nikon Métanoite (2), et je crois bien ne pas me tromper en reconnaissant dans ce moine Nicodème, un des successeurs de ce grand chrétien. Son nom même de Nicodème n'est peut-être qu'un souvenir de celui de son illustre prédécesseur. »

La seconde inscription contemporaine du basileus Constantin VIII se trouvait inscrite sur la base de la fameuse « Pyramide murée », ou plutôt obélisque de pierre, qui s'élève aujourd'hui encore au milieu de l'Hippodrome de Constantinople (3). Elle annonçait en six vers que cet étrange édifice, jadis revêtu de plaques de bronze doré, « cette merveille, rivale du Colosse de Rhodes, ce prodige au quadruple flanc », avait été restauré par le basileus Constantin Porphyrogénète, le fils de Romain. Comme Basile n'est pas mentionné, il est bien probable que cette restauration a eu lieu sous le gouvernement de Constantin VIII, empereur unique. Inscription et plaques de bronze doré ont aujourd'hui disparu. Les pierres même qui composent cet antique monument se disjoignent incessamment. Il est, hélas, menacé d'une ruine imminente.

En dehors de ces quelques mentions si brèves, en dehors de l'irruption des Petchenègues au delà du Danube et des ravages des corsaires sarrasins dans l'Archipel, nous ne savons presque rien, je le répète, sur les relations de l'Empire avec les nations voisines pendant ce règne si court. Je laisse à raconter au règne suivant la rupture avec l'émir d'Alep

(lj Op. cit., p. 145.

(2) Voy. Épopée, I, p. 619.

(3J Boeckh, C. I. Gr., t. IV, n° 8703.

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