‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 11 sur 132 · RÉÉDIFICATION DE L'ÉGLISE DU SAINT-SEPULCRE · texte numérisé non relu

RÉÉDIFICATION DE L'ÉGLISE DU SAINT-SEPULCRE

et les autres dyriastes sarrasins de Syrie el les très fâcheuses conséquences qui en furent la suile pour l'Empire. Pour les relations avec le Khalife d'Egypte, toutefois, nous possédons un renseignement intéressant qui nous es! fourni par Makrizi T. En l'an ils de l'Hégire, «lil cet historien, année «pii correspond à l'an 1027 environ «le l'ère chrétienne, un traité fut conclu «Mitre le basileus Constantin et le Khalife fatimite Al-Zahir. Il fui convenu que le nom de ce dernier serait désormais prononcé dans les prières de toutes les mosquées sises dans toute l'étendue des contrées soumises au pouvoir «lu basileus. Ce fait fort extraordinaire « -Minait déjà par lui-même comme une sorte de reconnaissance formelle du Khalife par le nouvel empereur. Mais, circonstance autrement curieuse, il fut entendu qu'on restaurerait une mosquée sise dans la capitale même de l'Empire, dans la Ville gardée de Dieu, et qu'un prêtre musulman, un « muezzin », y serait installé pour appeler les fidèles à la prière. Quelle preuve plus étonnante de la tolérance religieuse en ces époques barbares, en un tel lieu, tolérance qui contraste si étrangement avec nos fausses notions préconçues sur ce point!

Par une sorte de compensation, le Khalife, toujours par la même convention, autorisait la réédification de l'église de la Résurrection de Jérusalem ou église du Saint-Sépulcre, ce temple fameux si cher à toute la Chrétienté, si universellement vénéré, qui avait été, on se le rappelle, détruit entièrement en septembre de l'an 1000 sur l'ordre du terrible prédécesseur d'Al-Zahir, son père, l'insensé ïlakem (2). Bien plus, le Khalife accordait la permission à tous ceux des chrétiens qui, sous ce dernier souverain, avaient accepté par crainte et seulement du bout des lèvres, la religion musulmane, «le retourner librement à la foi de leurs pères. L'écrivain oriental affirme que beaucoup parmi les sujets chrétiens du Khalife se prévalurent, de cette autorisation si libérale.

Les écrivains nationaux «l'Arménie se montrent, je l'ai dit, favorables à Constantin. Ils racontent entre autres que le frère de ce souverain, le graml Basile, en m mrant, avait, par testament, recommandé leur contrée

I Voy. Wvistenfeld, o/<. cit., p. ±±'>. (2 Epopée, II, p. 442.

24 LES PORPHYROGENETES ZOE ET THEODORA

infortunée à toute sa bienveillance, « voulant, dit Mathieu d'Edesse, qu'il traitât ce pays avec un amour paternel ». « Le vieil empereur moribond appela aussi, continue l'écrivain national, la sollicitude de son frère sur les fils de Sénékhérim, le roi démissionnaire du Vaspouraçan : Davith, Adam, Abou Sahl et Constantin, ainsi que sur tous les grands d'Arménie. 11 lui prescrivit encore de témoigner la plus grande bienveillance aux fidèles du Christ (1). »

« Constantin — poursuit l'écrivain arménien, décidément tout-à-fait favorable à ce souverain — Constantin, devenu empereur, se montra bon, pieux, compatissant, enclin à pardonner les offenses des méchants. Aussi fit-il mettre en liberté tous ceux qui avaient été incarcérés (2). 11 ordonna de brûler la prison des condamnés, que Basile avait fait construire et qu'il avait remplie des grands de l'Empire. Car Basile, craignant pour son trône, avait fait étrangler les personnages les plus considérables, et leurs corps étaient pendus là, recouverts de leurs vêtements et attachés par la gorge à des crochets enfer. Ce spectacle arracha des larmes des yeux de Constantin, et il donna l'ordre de les ensevelir, en même temps qu'il fit détruire cette prison. Accusant la cruauté de son frère : « Eh! quoi, s'écria-t-il, la fin de l'homme est toujours imminente, pourquoi donc cette mort cruelle, dans le but de préserver une vie corporelle et passagère? » Constantin gouverna avec des dispositions pacifiques et se montra plein de douceur envers les fidèles. Après un règne de quatre ans (3), il termina ses jours dans une foi parfaite en Jésus-Christ, et laissant après lui une mémoire vénérée, il alla rejoindre ses pères. Sa mort causa un deuil universel parmi le peuple, privé d'un si bon prince ».

( les éloges, entachés d'une telle partialité, sont certainement sincères. Ils s'expliquent par l'attitude conciliante prise par Constantin vis-à-vis de ces petites monarchies d'Arménie et de Géorgie, si rudement traitées par son frère aîné (4).

(1) Voy. Épopée, II, p. SOO sqq. Sénékhérim mourut en 1027, peu après l'avènement de Constantin, dans sa nouvelle résidence de Sébaste qui lui avait été donnée par le basileus Basile. Davith, son fils aine, lui succéda. On verra plus loin que Kéôrki, le fameux roi des Aphkhases, l'adversaire opiniâtre de Basile, mourut également à cette époque.

(2) Nous voici vraiment bien loin des accusations si graves de Skylitzès.

(3) En réalité, pas tout à fait trois années.

(4) Le témoignage d'Arisdaguès de Lasdiverd est également très favorable au basileus

Page 1