FAVORI HO II. A
son projet à personne, puis, poussé par sa passion qui le pressait d'agir, il parla sottement à torl el à travers. Quelques minutes avant le moment qu'il avait fixé
pour surprendre le
basileus dans son
sommeil el le tuer,
un de ceux auxquels
il avait confié son
secret accourut haletant, demandant
a parler au prince.
« Ton bien-aimé
Boïlas va t'assassi-
ner, lui cria-t-il, tu
n'as que le temps
d'éviter une mort imminente ! » Le
basileus, stupéfait,
se refusait à admettre une telle infamie, mais sur ces entrefaites, Boidas, avisé (pue son crime était découvert, avait jeté son arme et couru dans la chapelle du Palais se jeter aux pieds de la Sainte Table qu'il tenait étroitement embrassée,
avouant tout. Tel était l'aveuglement inouï de Monomaque, que son premier mouvement, au lieu de remercier la Providence, fut d'exhaler sa colère contre le dénonciateur qui l'avait sauvé en perdant Boïlas. Déjà
AIGLE DE BRO.XZE avec inscriptions arabe et byzantine. — Peutêtre un couronnement de sceptre? — Travail siculixirabe des XI"" ou XH"'e Siècles. — (Ma Collection.)
662 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET TIIEODORA
même il cherchait à excuser ce dernier. Comme il était heureusement trop tard pour étouffer ce scandale qui fut aussitôt connu de tous, il fallut bien faire procéder à l'arrestation de ce coquin. Le lendemain, le basileus ayant fait convoquer le tribunal, se fit amener le prisonnier. Quand le pauvre souverain, si triste et penaud qu'il semblait être plutôt l'accusé, vit devant lui son ancien favori enchaîné, il ordonna les larmes aux yeux qu'on lui enlevât ses liens et qu'on le traitât avec ménagement. Ce fut de sa voix la plus douce qu'il l'interrogea, l'excusant d'avance, s'efforçant d'atténuer sa faute, lui faisant mille promesses, exigeant seulement qu'il dénonçât ses complices.
« Quand le basileus eut terminé son larmoyant discours, dit Psellos, Boïlas refusa d'abord de répondre, mais Monomaque l'ayant encore une fois supplié de parler librement et de lui faire part de ses plus secrets désirs, cela lui fut une occasion de jouer une comédie d'une audace prodigieuse qui fut son salut. Couvrant de baisers les mains du basileus, laissant tomber sa tète sur les genoux de ce maître vraiment débonnaire, « Mets-moi seulement sur le trône, s'écriait-il, faisant le jocrisse; couronne-moi d'un diadème de perles ; fais-moi don aussi de ce collier que tu portes. En un mot, fais-moi participer à ta grandeur. Je n'ai jamais désiré autre chose. »
Le basileus ravi accueillit avec la plus vive joie cette déclaration impudente qui transformait en une farce inconvenante la plus criminelle des tentatives, uniquement préoccupé de blanchir l'indigne favori pour lequel il professait une si grande tendresse. « Je te donnerai tout ce que tu désires, lui dit-il, je vais te faire habiller en basileus des pieds à la tête. Seulement quitte cet air de tristesse et montre-moi à nouveau ton cher visage accoutumé. » Les juges, comprenant qu'on se moquait d'eux, s'en allèrent. Monomaque, lui, remerciait Dieu. Pour mieux récompenser son cher Boïlas, il lui offrit en témoignage de réconciliation un banquet somptueux qu'il présida assis en face du drôle (1).
(1) Skylitzès raconte que Boilas eut vraiment des complices parmi les personnages sénatoriaux en disgrâce dont il avait, dans sa soif ardente du pouvoir, habilement excité et cultivé les ressentiments. Eux seuls furent cruellement châtiés, dépouillés de leUFS biens et envoyés en exil. Lui, Boïlas, après une très courte disgrâce, redevint plus en faveur que jamais.