DE LA BASILISS I ZOÉ
Je ne fais que reproduire textuellemenl le récil de Psellos el son admi ration naive pour cette forme si grossière de piété qui nous ferail sourire de pitié : « Lorsque Zoé fut près de 9a fin, poursuil notre chroniqueur, il se lit en elle un grand changemenl physique. Elle perdit l'appétit et toutes ses forces et fut prise d'une fièvre violente. Tout annonçait sa mort très prochaine. Elle s'y prépara pieusement en faisant briser les chaînes de beaucoup de prisonniers, en faisant remettre aux débiteurs leurs dettes, en taisant faire en même temps d'immenses distributions charitables qui, par leur exagération, constituèrent de véritables dilapidations. Après quelques jours de vives souffrances, elle expira à l'âge de plus de soixante-dix ans, dans le courant de l'an 1050. Elle avait occupe le trône, seule ou conjointement avec sa sieur, ses trois époux successifs el son fils adoptif le Kalaphate vingt-deux ans durant, depuis la mort de son père Constantin arrivée le 11 novembre 1028. Elle fut ensevelie par les soins de son époux dans l'église fondée par elle dédiée au Christ « Ântiphonitis » I .
Psellos, après avoir dit un dernier adieu à cette pauvre basilissa, comme s'il ne pouvait se lasser de son sujet favori, en revient à nous parler longuement encore de son cher Monomaque. Il s'excuse une fois de plus en termes infiniment prolixes de devoir par scrupule d'historien dire toute la vérité, le mal comme le bien, sur le compte d'un basileus pour lequel il ne devrait nourrir que les sentiments de la plus vive gratitude. « Si l'historien, s'éerie-t-il, avait le droit de faire grâce à celui qui toujours lui fut favorable, et de cacher ses actions mauvaises, qui pourrait mieux que moi louer uniquement ce prince lequel, ne m' ayant pas connu avant son avènement au trône, une fois qu'il m'eut entendu parler, fut tellement séduit par mes discours qu'il semblait comme suspendu à mes lèvres! Mais \ eut-il jamais un empereur parfait? Quand on voit les plus grands de tous si durement traités par ceux qui ont écrit leur histoire, comment s'étonner que Monomaque ait eu aussi ses défauts! Quand je compare mon basileus à ces souverains qui s'appelaient Alexandre le Macédoniennes deux César, Pyrrhus d'Épire, Épami-
(1) « 'Ev toi icap'aùrTJ; àveyepOlvn vaû -o\> 'Avnfiovi)Toù ». S'jvotj/iî Xpovtxrj dans Satbas,
BibliotU. gr. m. acri, t. VII, p. 163.
eus
PORPIIYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA
nondas le Thébain, Agésilas de Sparte pour ne parler que de ceux-là, je trouve qu'il fut inférieur à ceux-ci en courage physique, mais supérieur en vivacité naturelle, en finesse d'esprit, supérieur encore par sa mémoire puissante, par la faculté qu'il avait de demeurer constamment maître de lui, de contenir sa colère à tel point qu'il semblait toujours le plus doux des hommes. Moi, je m'apercevais de suite quand il faisait ainsi violence à ses sentiments -- tel un cavalier qui retient son coursier — parcequ'alors le sang lui montait subitement au visage, tout son corps tremblait comme s'il ne pouvait plus le porter, son esprit même paraissait
se troubler. Si parfois , poussé à bout, il se
laissait aller à élever une voix menaçante ou semblait prêt à s'emporter, il en rougissait aussitôt. Quand il avait à juger d'un différend, il dissimulait rigoureusement ses préférences pour l'une ou l'autre partie. Ce n'était qu'après le jugement rendu qu'il témoignait publiquement de son approbation à celui des deux auquel il venait de donner gain de cause.
« Beaucoup ont conspiré contre lui, beaucoup même ont comploté de le faire assassiner. Mais lui, totalement dédaigneux de leurs criminelles intentions, leur faisait l'accueil le plus simple, de la plus ouverte franchise, s' entretenant avec eux comme s'il ignorait tout ou comme s'il avait déjà tout oublié. Ceux qui avaient le droit d'exprimer devant lui leur avis, s'efforçaient de le mettre en garde et de lui persuader qu'il Unirait par être tué s'il ne prenait des mesures contre ces audacieux mais lui, au lieu d'envoyer ces gens au supplice, leur donnait des juges, instruisait lui-même leur procès avec son éloquence accoutumée et, après les avoir épouvantés par cette comédie, les renvoyait indemnes sans châtiment aucun.
« Je laisserai à d'autres, dit encore Psellos, le soin d'écrire la vie publique de ce prince. Sa principale vertu, je le répète, fut son âme si clémente, si humaine, sans aucun ressentiment contre ses pires ennemis.
PI MjME DE STEATITE byzantine. — J-< orante. — A7 Siècle. — {British Muséum. Catal. Dation.)
GENEROSl VE DE MONO 1/ IQ< /
Il m' se montrai! impitoyable que pour ceux qui avaient péché m ni ni la religion. Ceux-là, il les condamnai) à la déportation ou à la prison perpétuelle ci se jurait de ne leur faire jamais grâce. Gomme je lui disais un jour qu'il ne saurait tenir un tel serment, il s'ell'orca tic me persuader que c'était là pour lui L'unique moyen de prévenir le retour de tels méfaits, mais en réalité, dès que sa colère était tombée, si tôt qu'on rappelai! devant lui quelque