‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 105 sur 132 · acte tic clémence d'un de ses prédécesseurs, (ont de suite · texte numérisé non relu

acte tic clémence d'un de ses prédécesseurs, (ont de suite

ce souvenir lui taisait monter les larmes aux yeux et il se demandait uniquement quelle issue heureuse il pourrait bien donner à l'affaire qui le préoccupait. J'étais alors son plus intime conseiller. Constamment je le voyais incliner vers la clémence, s'efforçant d'apaiser d'autre manière le juste ressentiment de Dieu. Je n'ai jamais entendu personne s'exprimer avec plus de sensibilité vraie, plus de générosité souveraine sur les infortunes d'au-

Irui. Quand il avait prodigué à ses sujets les preuves de son amour et de sa magnanimité, il ne se souciait aucunement de leur gratitude. »

Psellos passe ensuite une fois de plus à l'examen impartial des défauts de son basileus de prédilection. « Avant tout, répète-t-il, Monomaque consacrait beaucoup trop de temps, il attachait une importance exagérée à tout ce qui était amusements et distractions de toute espèce. Songeaitil à créer une villa impériale ou à l'entourer de murailles, ou encore à agrandir un hippodrome, au lieu de procéder par ordre, il entreprenait simultanément tous les travaux à la fois, déracinant, plantant, construisant, transformant soudain d'arides étendues en pelouses fertiles. 11

PLAQUE DE STÉATITE byzantine de la plus helle époque. — La Vierge et l'Enfant Jésus. — XI Siècle. — (British Muséum, Cotai. Dation.)

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fallait que tout fût fait d'un coup et, ce basileus, grand constructeur de villas et de jardins, eût été désolé qu'il n'y eut pas aussitôt des cigales dans tous les arbres, des rossignols pour chanter dans tou9 les bosquets. 11 entendait que tout marchât très vite. Il voulait jouir immédiatement des plans qu'il avait dressés. D'autres s'efforceront de prouver que Monomaque savait allier le plaisant au sévère. Pour moi, qui ai horreur de ces artifices de langage, je le blâme ici de toute mon âme. »

«. Constantin Monomaque, dit encore notre chroniqueur, faisait tout avec passion. 11 aimait, il haïssait sans mesure. 11 chargeait de tous les défauts, voire de tous les crimes, ceux qu'il exécrait. Il adorait par contre avec la plus partiale frénésie tous ceux qu'il aimait. » Quand la basilissa Zoé mourut, il pleura amèrement comme une sainte cette épouse en somme fort ordinaire. Il lit dire pour le repos de son âme d'innombrables prières et voulut qu'on rendit à sa mémoire des honneurs quasi-divins. Une des colonnettes lamées d'argent qui supportait son tombeau s'étant fendue suus l'action de l'humidité, il s'y développa un petit champignon. A cette nouvelle, ce basileus à la dévotion vraiment imbécile remplit le palais de ses exclamations pieuses et cria au miracle. 11 voyait dans ce fait insignifiant la preuve irrécusable que l'âme de Zoé reposait maintenant au ciel parmi les anges! Personne n'était dupe de telles insanités, mais la peur ou l'intérêt fermaient toutes les bouches.

A la mort de sa sœur, la vieille Théodora redevint basilissa unique, mais de môme qu'elle avait été effacée du temps que vivait Zoé, ainsi elle demeura après le trépas de celle-ci. Il ne semble pas que sa situation ail éprouvé de cet événement le moindre changement. Son beau-frère la tenait constamment éloignée des affaires, ce dont elle ne semble du reste s'être nullement plainte, absorbée qu'elle était par la vie de profonde retraite où elle se complaisait. Tout an plus, par déférence pour elle qui représentait le dernier rejeton de la glorieuse dynastie macédonienne, Constantin avait-il renoncé à remplacer Zoé par la petite favorite alaine. Psellos ne nous dit rien des relations qui pouvaient exister entre ces deux vieillards, l'antique basilissa légitime et ce sénile beau-frère qui n'était en somme qu'un basileus « consort » comme on dit en Angleterre,

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mais qui cependanl gouvernail de fail l'Empire. Théodora, déjà forl âgée, ne semble avoir jamais réclamé une pari quelconque du pouvoir. Tan) que Constantin Likhoudès fui premier ministre, bien qu'elle demeurât éloignée des affaires publiques, elle fui cependanl toujours informée par celui-ci île ce qui se faisail el se décidai! dans le Conseil, mais ceci même semble avoir pris lin 1< >i-s<[ u« ■ l ba cel excellent ministre.

Monomaque qui avail tant pleuré Zoé se montra tout autre pour la mémoire de sa sœur Hélène qui mourul également peu après. Cel événe ment, au dire de l'scllos, sembla passer pour lui presque inaperçu. Quand on lui parlait de cette princesse, il gardait un silence glacial. La seconde de ses sœurs, dont il a été question plus haut il), lui survécut. Certainement il en eut été sans cela de même pour elle.

< Un îles plus grands défauts de Monomaque, dit encore Psellos, le second trait dominant de son caractère dont le premier était ce penchant -i grand à la frivolité, fut une extrême prodigalité. Avant son avènement, il avait déjà la réputation d'un élégant el d'un fastueux. A peine monté sur le trône, il ne vit dans le pouvoir qu'un moyen de satisfaire ses coûteuses fantaisies, el lui qui se trouva plusieurs lois à la veille d'être renversé faute d'avoir une armée pour défendre sa couronne, n'hésita pas à dilapider le trésor amassé par ses prédécesseurs. D'ailleurs les objets de ces dépenses excessives étaient toujours les mêmes; tout l'argent dont il disposait passai! aux bâtisseurs d'églises et de monastères ou à ses nombreux favoris et à ses non moins nombreuses favorite-. Sa manie de constructions pieuses autant mie coûteuses était extraordinaire. La fameuse église de Saint-Georges de Manganes qui fut une des grandes affaires de son règne fut surtout la plus ruineuse des folies. Les débuts de ce superbe édifice, situé non loin du Grand Palais, près du palais de Manganes, construit par Michel Rhangabé et Basile Ier, avaient été fort modestes, au dire de I'sellos. mais bientôt Monomaque se mit dans la tète de dépasser tout ce qui avait été fait jusque-là dans ce genre. Tout ce qui avait été déjà construit fut par son ordre rasé jusqu'aux fondements. On réédifia l'ensemble dans des proportions infi-

I Voj . pp. 504 sqq.

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niment plus considérables. Ce devait devenir un des plus beaux, des plus somptueux monuments religieux de Constantinople dont Psellos nous fait une description enthousiaste, notant à la fois les colonnes splendides, les voûtes à fonds d'or étincelant des feux des mosaïques, les pavés de marbres polychromes, toutes les séductions enfin de l'art religieux byzantin à son apogée. Tout n'était pas terminé qu'on jeta une fois de plus l'édifice à bas pour le recommencer parce que le basileus ne le trouvait pas suffisamment incomparable. On reconstruisit donc une troisième église plus éclatante, plus admirable, encore plus peinte et ornée. Les voûtes dorées semblaient le ciel étoile. Monomaque confia la surintendance de ce monastère d'hommes à son premier ministre, le proèdre et protovestiaire Constantin Likhoudès, puis après la chute de celui-ci, au patriarche Michel Kéroularios. Il lui octroya un « typikon » ou charte de fondation. Un parc superbe, vaste enceinte réservée nommée le Philopation qui entourait à la fois le palais, l'église et le monastère de Manganes, parc aux pelouses fleuries, aux jardins suspendus, aux arbres groupés le long des bassins et des fontaines, complétait ce superbe ensemble. Ce que coûta cette merveille fut, parait-il, presque fabuleux. L'or, nous dit Psellos, coulait à Ilots. Cependant il finit par manquer et ce temple fameux demeura longtemps encore inachevé (1). Aucun basileus plus que Monomaque n'eut le goût de ces constructions coûteuses, surtout dans l'ordre religieux. Nous avons vu déjà qu'il avait employé l'argent destiné à solder les milices nationales, gardiennes de la frontière de Géorgie et d'Arménie, pour réparer et doter plus largement Sainte-Sophie et d'autres églises de la capitale (2). Ces folles et presque criminelles prodigalités eurent au moins ce bon résultat, dit le dévot Skylitzès, que l'office divin put dès lors être célébré chaque

(1) Skylitzès Cédrénus, II, pp. 608-609) qui nous donne co détail, s'étend longuement aussi sur les prodigieuses dépenses occasionnées par la construction de ce monastère favori de Manganes. Le trésor fut mis à sec. Ce fut la cause de beaucoup d'exactions et de taxes iniques qui irritèrent violemment l'opinion publique. Skylitzès se montre à cette occasion très sévère pour Monomaque.

(2) Voy. p. 553. Voy. aussi Murait, op. cit., I, p. IJ2'J, 4 (note). Le manuscrit de la Bibliothèque d'Athènes, n° 1040, contient, entre diverses pièces de vers, un poème en trente et un trimètres qu'on peut attribuer à Jean Mauropos ou à quelqu'un de son entourage et qui célèbre les beautés de l'église de Saint-Georges de Manganes. Ce poème est suivi immédiatement d'une pièce de vers sur Monomaque. Voy. Krumbacher, up. cit., p. 741.

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jour dans la Grande Église et non plus seulement à certains jours de l'année comme cela avail été le cas jusqu'ici par mesure d'économie. Le trésor de Sainte Sophie fui en outre, par les soins decebasileus si ami de la Religion, enrichi de vases liturgiques d'un art admirable el «l'une foule d'autres objets précieux. Monomaque lit encore construire de nom-

ABBAYE BYZANTINE de Stavro-Vouni, le Mont Sainte-Croix des Lusignans. — Côté sud. — (Phot. commun, par M. C. Enkirt.)

breux hospices pour les vieillards, pour les mendiants, pour toutes les catégories de malheureux.

Le long règne agite de ce prince fut un des plus féconds en conspirations. L'élévation extraordinaire de tant de souverains successifs devenus basileis, bien que nés si loin du trône, avait extraordinairement surexcité toutes les ambitions. Beaucoup s'imaginaient qu'avec un peu de bonheur et quelque énergie ils parviendraient à se substituer à un prince qu'aucun lien de légitimité n'attachai! fortement au trône. J'ai, au cours de ce récit, parlé de quelques-unes de ces conspirations, de la plus dangereuse de toutes, celle de Georges .Maniakès, qui fut plutôl une

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véritable guerre civile (1), de celle de Théophile Érotikos de Chypre aussi (2), de plusieurs autres enfin (3). En 1051 encore, tout au déclin du règne, Skylitzès en note brièvement une de plus : « En ce temps, dit-il, plusieurs personnages notables (4) dont les principaux étaient Nicéphore et Michel, les fils d'Euthymios, avec quelques-uns de leurs parents, furent enveloppés dans une accusation de complot contre le basileus. Celui-ci leur fit grâce à tous, sauf à Nicéphore dont la culpabilité était par trop certaine. Le malheureux fut condamné à la déportation avec confiscation de tous ses biens. Nous ne saurions rien de plus sur ces faits obscurs si un document manuscrit contemporain publié récemment n'y faisait une brève et curieuse allusion. Je veux parler de la Vie manuscrite de saint Lazare du Galesion écrite par un contemporain. II nous y est dit que ce saint du xie siècle fut « un des partisans du rebelle Nicéphore ». Pas un mot de plus sur ce sujet. Il nous y est dit encore que le saint avait eu auparavant affaire à un autre conspirateur contre Monomaque, un certain Constantin Barys dont le nom ne figure à ma connaissance que dans ce seul passage de cet unique document. Constantin Barys avait adressé au saint une lettre avec une somme d'argent. Il lui annonçait qu'il était prétendant au trône, mais Lazare lui renvoya lettre et argent. Barys eut bientôt son châtiment. Par ordre de Monomaque, il fut lui aussi déporté après avoir eu la langue coupée. Nous ne savons rien de plus sur cet énigmatique personnage (5).

Tant de convulsions intérieures, tant de guerres terribles sur les frontières, tant de changements et de troubles graves en si peu d'années, la santé aussi du basileus si profondément atteinte, avaient infiniment attristé ce règne dont les débuts avaient été brillants. Môme dans le radieux domaine des lettres et des sciences, la situation s'était bien assombrie.

Nous le savons surtout par le précieux récit de Psellos. Ici je laisse

(1) Pp. 439 sqq.

(3) Pp. 476, 660, 668.

(4) « "Ap-/ovTe; ».

(5) Voy. Byzant. Zeitschr., VII, p. 479.

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