‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 106 sur 132 · MONOMAQVE PROTECTEUR DES LETTRES · texte numérisé non relu

MONOMAQVE PROTECTEUR DES LETTRES

la parole une l'ois de plus à celui qui a su parler si bien de ce plus grand .1rs écrivains du xi"1" siècle doni la vie esl comme un corollaire de celle du basileus smi ami et son disciple (1). On se rappelle 1rs brillants débuts de l'Académie restaurée de Constantinople, l'éclat des leçons de Psellos en particulier, leçons suivies par des élèves accourus de toutes les extrémités du monde civilisé d'alors 2 . Ces débuts, hélas, eurent bientôt de moins beaux lendemains. < Le patriarche Kéroularios, homme autoritaire et emporté, avait approuvé d'abord les hardiesses de Psellos, et ne se scandalisait pas trop de l'alliance entre l'Iliade et l'Evangile : mais le fameux professeur avait les défauts de ses qualités : safacilité d'élocution le rendait querelleur; rompu à l'escrime de l'école, c'était une sorte de duelliste philosophique, friand de disputes, amoureux du cliquetis des discussions. Nous le trouvons presque aussitôt en polémique avec son ami Xiphilin, plus tard avec le patriarche lui-même, qu'il accusait de verser dans les superstitions chaldéennes. Xiphilin mêlait à la philosophie grecque et aux dogmes chrétiens l'astrologie et la magie orientales; Psellos, bien que versé lui-même dans « les lettres chaldéennes », commença la lutte au nom de Platon contre l'école néo-platonicienne ou pseudo-platonicienne. C'était un Athénien qui jetait le déti à un Alexandrin. Cette guerre philosophique coïncidait avec la guerre de pamphlets qu'il soutenait contre le parti des courtisans. On trouva sans doute que, pour un grand-chambellan de l'empereur, Psellos faisait bien du bruit dans la ville. La considération du ministère en fut peut-être atteinte et l'empereur se refroidit à l'égard de ses conseillers. Monomaque ferma de nouveau l'Université.

«. Les ministres, rappelés de l'école dans le palais, s'aperçurent bientôt que la situation était changée. Le prince obéissait à d'autres influences: ses flatteurs l'encourageaient à ce gaspillage du trésor public qui affligeait les réformateurs. La franchise et l'austérité du futur patriarche Likhoudès pesaient surtout à Constantin : vainement Psellos et Xiphilin lui-même l'engageaient à modérer la rudesse de son langage, qui pouvait compromettre la cause même des réformes : « Tant que je

(1) Rambaud, Michel Psellos, philosophe et homme d'Étal byzantin au XI"" siècle. ■i Voy. le commencement du chap. VI.

676 l.Es PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET THÉODORA

serai ministre, répondait Likhoudès, jamais je ne donnerai mon consentement à des actes qui déshonorent la couronne : mon successeur sera libre de les permettre. » Il fut obligé de quitter le Palais et Constantin le remplaça par un homme que Psellos ne nomme pas, mais qu'il traite d'esclave et d'illettré. »

Psellos a raconté en détail ce changement de ministère qui n'eut lieu qu'après la mort de Zoé. Fidèle à ses habitudes de discrète prudence, notre historien ne désigne nominativement ni Likhoudès, ni son indigne successeur. Il trace un beau portrait du premier, de cet homme intègre, d'une probité supérieure à toute corruption. « Le basileus, nous dit-il, qui n'avait accepté le pouvoir que comme un repos, en avait confié l'exercice à un homme très noble, très lettré, d'une éloquence pleine de charme, administrateur expert, politique et légiste éminent, d'une haute intelligence, écrivain du plus grand mérite, à la fois éloquent dans ses discours et limpide dans la rédaction des actes publics. Cet homme avait la taille haute et majestueuse. Sa voix était forte, même retentissante, surtout lorsqu'il parlait à la tribune. Durant que celui-là gouvernait, le basileus se reposait dans les délices. Peu à peu cet homme s'éleva aux plus hauts sommets. Alors le basileus devint jaloux de lui. Toutefois il n'osa d'abord le congédier, mais il souffrait de voir que c'était celui-là qui était le vrai souverain. Quand j'eus reconnu à divers symptômes les premiers débuts de cette impériale jalousie, je crus devoir en prévenir celui qui en était l'objet. Mais cet homme d'une âme si élevée, au lieu de songer à abaisser sa fierté, me répondit en véritable philosophe qu'il était fermement résolu à laisser aller les choses, que si le basileus venait à lui enlever le pouvoir, il se retirerait aussitôt sans en concevoir la moindre amertune. Un jour arriva enfin où Monomaque dans un moment de colère le destitua. C'était en l'an 1050. Ce fut tout profit pour lui. Bientôt après ce fut le tour de Jean Mauropos, le second confident et l'ancien maître du basileus. On éloigna celui-ci à toujours en l'élevant à la dignité d'archevêque d'Eucbaïta dans un lointain thème d'Asie.

« Le basileus, c'est toujours Psellos qui nous renseigne, remplaça donc Likhoudès dans sa charge de premier ministre par le plus vil et le

iiil i /./;/ //,■/■; D'UN EVANGÉLIAIRE conservé à Saint-Marc de Venise. — Emaax cloisonnes sur argent doré. — Très bel ouvrage d'orfèvrerie byzantine da XI ' on XII ' Siècles,

678 LES PORPHYROGÉNÊTES ZOE ET THÉODORA

plus incapable des hommes. Le prudent chroniqueur, je l'ai dit, se arde de prononcer cette fois encore le nom de ce nouveau favori sur le cas duquel il s'étend avec sa prolixité accoutumée. « Monomaque, nous raconte-t-il, s'était épris à tel point de ce coquin, jeune homme imbécile qui de sa vie n'avait tenu une plume, qu'il lui avait conlié de suite un des postes les plus élevés de l'administration. 11 faillit même plus tard, chose inouïe, l'associer à l'Empire. Il l'appelait, lui aussi, des plus doux noms, le nommant son fils. Il le mit au premier rang des membres du Sénat alors qu'il était un parfait incapable. 11 tenait pour divin tout ce que l'autre disait ou faisait. » Psellos qui semble bien avoir accumulé contre ce mignon de vrais trésors de haine raconte longuement les débuts de cette fortune suprême, comment aussi elle finit. C'est l'histoire de tous les favoris, histoire sans grand intérêt. Je n'y insisterai pas davantage. Je dirai seulement que grâce à d'autres sources, nous savons le nom et la condition du triste successeur de Likhoudès. « Excédé, disent celles-ci, du serviteur si fidèle qu'était Likhoudès, le considérant comme un censeur incommode autant qu'insupportable, le basileus s'en défit pour donner sa confiance à un misérable eunuque nommé Jean, né dans la bassesse, d'àme aussi basse que sa naissance, vil flatteur, absolument ignorant de la conduite des affaires, sans autre talent qu'une pédantesque affectation de purisme ce qui ne l'empêchait pas de parler aussi mal qu'il écrivait. Le basileus le combla d'honneurs. Se reposant sur lui de toute la charge du gouvernement, il le créa protoproèdre et grand logothète!

« Ce fut un toile parmi les lettrés en disgrâce : « On nous gouverne avec des misérables que nous avons rachetés de la servitude; les grandes charges sont confiées non à des Périclès et à des Thémistocle, mais aux plus vils Spartacus. » Jean Mauropos, comme je l'ai dit déjà, puis Xiphilin, excédés par les intrigues du parti contraire (1) suivirent Likhoudès dans sa retraite et embrassèrent l'état monacal. L'empereur montra en cette occasion sa facilité et sa bonté d'àme habituelles ; il

(1) Fischer, Sludien, etc., pp. 19 sqq. Voy. les curieux détails de l'intrigue d'Ophrydas, qui ne fut que l'instrument d'un parti résolu à amener la disgrâce de Xiphilin et de son groupe.

Page 1