SAPHIR GRAVE
BYZANTIN Jn
XI! Sié le.
British Muséum.)
682 LES PORPHYROGÉNÈTEH ZOE ET THEODORA
ce règne, passer sous silence ces incidents si considérables. Pour la suite de l'histoire du Schisme, je renvoie aux innombrables ouvrages spéciaux. Pour en exposer les débuts, il me suftira de résumer le plus courtement possible le livre excellent et tout récent de mon ami M. L. Bréhier (1). Toute la portion de ce chapitre VII consacrée à ce grand événement lui est à peu près textuellement empruntée ainsi qu'il m'en a très généreusement accordé l'autorisation.
Commençons par une déclaration fort importante. La rupture entre le patriarche et le pape en 1054, rupture qui se termina par la victoire de ce dernier appuyé par le basileus, ne fut point à ce moment considérée comme un schisme. « Les Orientaux, à cause de leur dédain, dit M. Bréhier, les Occidentaux par suite de leurs illusions ne virent pas la portée de ces événements. Les uns les croyaient trop peu importants pour même les mentionner, les autres les voyaient tourner à leur avantage. Il fallut que les siècles missent entre ces événements et leurs narrateurs la distance nécessaire pour leur faire apercevoir en perspective ce qui leur semblait jusqu'ici placé sur le même plan. Ils ne découvrirent l'importance du Schisme de 1054 qu'après en avoir subi les lointaines conséquences! »
Bien que divers indices très positifs, le si curieux récit de la légation de Luitprand en particulier, nous autorisent à croire que, durant le cours du xme et le début du xime siècle, la vieille haine entre Borne et Byzance du temps de Photius s'était perpétuée d'une façon cachée, mais certaine (2), il est non moins certain qu'à la veille même du Schisme, cette espèce de tension qui avait existé sous Nicéphore Phocas et Basile II, dans les rapports entre l'Occident et l'Orient, avait complètement disparu. Le prédécesseur immédiat de Michel Kéroularios, le patriarche Alexis Stoudite, parait n'avoir jamais eu le moindre conflit avec Rome. Sous son pontificat, Occidentaux et Orientaux semblèrent même entrer alors dans une période de rapprochement. D'excellents rapports existaient entre les deux Empires. Ainsi nous voyons le chroniqueur Adam de Brème se féliciter de l'ambassade envoyée en 1049 à son
(1) L. Bréhier, Le Schisme oriental </« XI"" siècle, Paris, 1899.
(2) Ibirl., pp. 1-16.
maître L'empereur Henri III par le « puissant » empereur Constantin Monomaque, pour le Féliciter îles succès obtenus par lui, sur 1rs conseils d'Adalbert, archevêque de Brème. Duns su réponse, Henri, qui se montrail plein île zèle pour les Grecs, 9e vanlc de descendre îles Césars byzantins. Successeur du lils de l'impératrice Théophano il déclare que son ardeur est telle qu'il entend désormais adopter les modes et les mœurs grecques el « il le lil comme il le dit », ajoute le chroniqueur (I).
« Enfin, poursuit M. Bréhier, un témoignage de la plus liante importance montre que la communion entre les deux Églises était à ce moment pleine et entière, (l'est la lettre, par laquelle Pierre, patriarche élu d'Antioche, annonça sou élection au pape Léon IX, et lui envoya sa profession de foi, deux ans seulement avant le début du Schisme, c'est-à-dire en 1052 2 . 11 eontia celle lettre à l'un des pèlerins qui visitaient alors Jérusalem; elle devait parvenir au pape par l'intermédiaire du « catépano » d'Italie, le fameux Argyros et de Dominique, archevêque de Grado. Dans la lettre qu'il écrivait à ce prélat, vers le mois de juin 1054, le patriarche d'Antioche se plaignait de n'avoir pas encore entendu parler de cette missive et de n'avoir reçu aucune réponse. Il est probable que ce retard fut dû à la rareté des relations qui existaient alors entre Antioche et l'Occident, car la réponse de Léon IX à la lettre du patriarche syrien existe réellement et elle jette un jour curieux sur les rapports entre les deux Églises si peu de temps avant le Schisme.
« Cette réponse 'est datée d'avril 1053; elle a donc été envoyée quelques mois seulement avant le début de la grande querelle (3) et, malgré des insinuations très claires sur l'ambition des patriarches de Constantinople (4), le ton n'a rien d'acrimonieux et ne sent pas encore
(1) Magni Adami Gesta Hammab. Eccl., III, 31 (Pertz, VII, p. 347i. Nous ne savons mallieureusement pas un mot de plus sur cette ambassade et sur ces deux documents si intéressants. Henri III mourut le 5 octobre 1056 à Bodfeld dans le Hartz.
(2) Lettre de Pierre d'Antioche au patriarche de Venise (ou plutôt archevêque de Grado . (Ch. Will, Acta <t scripta, etc., XXVI, pp. 227-22.S). La lettre au patriarche de Grado est écrite en 1054. Voy. encore dans le journal Bratskoje Slovo (la Parole fraternelle', 1894, n° 20, pp. 627-659, l'article intitulé : Un ancien exemple édifiant de patience à l'égard de dérogations au cérémonial ecclésiastique. La lettre de Pierre, patriarche d'Antioche, à Michel Kcroularios, patriarche de Constantinople (en russe).
(3) Jaffé, Reg. Pontif. Roman., I, p. 545.
(4) Will, ibid., p. 169 a (36-38): « Quosdam conari minuere antiquam dignitatem Antiocheme Ecclesix audirimus. »
la polémique. Le pape se montre, au contraire, plein de joie de ce que le patriarche Pierre ait fait « refleurir le zèle de l'Eglise d'Antioche » et adopté la véritable doctrine. 11 semble que cette correspondance ait renoué des rapports depuis longtemps interrompus et cette circonstance montre qu'on se croyait plutôt à la veille d'une détente que d'une nouvelle querelle. Pierre avait, en effet, dans sa lettre, rendu un véritable hommage à la primauté de Rome (1). Après l'avoir félicité et lui avoir rappelé quels titres l'Église romaine a à cette vénération, le pape lui promet l'appui de cette Église dans le cas où les privilèges du patriarche d'Antioche seraient menacés, et s'il perdait la troisième place qu'il doit occuper dans la chrétienté. La lettre se termine par l'approbation de l'élection et de la profession de foi de Pierre d'Antioche. Le pape en loue l'orthodoxie et lui retourne lui-même la sienne. 11 est à remarquer que Léon IX y confesse la double procession du Saint-Esprit et il est pourtant bien peu vraisemblable que le patriarche d'Antioche qui, malgré sa modération, a affirmé plus tard solennellement l'horreur que lui inspirait ce dogme, en ait fait autant dans sa lettre à Léon IX (2 .
« Cette correspondance nous prouve donc que quelques mois avant la querelle il y avait « communion », dans le sens le plus étendu, entre l'Église latine et l'Église grecque. Si quelques expressions du pape font pressentir qu'il éprouvait peut-être des inquiétudes du côté de Gonstantinople, il n'en est pas moins vrai qu'officiellement il « communie » avec les prélats de l'Église grecque, approuve leur profession de foi et que ceux-ci, d'autre part, éprouvent le besoin de notifier leur intronisation au siège de Saint-Pierre et d'abriter sous cette haute autorité leur propre prestige. »
« Ce n'était pas seulement par leurs puissances : papes, empereurs, et patriarches, continue M. Bréhier, que les deux Églises étaient en contact. Sur les frontières des deux mondes, il se faisait un mélange forcé entre les fidèles de chaque culte. Existait-il dans la masse des fidèles une tendance au schisme? Tous les témoignages montrent le
(1) Ibid., p. 169 a (2-5) : « Qtiod tandem per te, carissime frater, videtur refloruisse sanctœ Antiochenœ Ecclesise studium et sentire guod est sentiendum. »
(2) Voir sa lettre à Michel Kéroularios,
contraire. Aotanl les déclarations <l<-s puissances portent la marque de la raideur el de l'intransigeance, autanl les rapports entre les Qdèles sonl remplis d'une douceur, disons le mot, d'une tolérance el d'une charité vraiment chrétiennes. i Parmi le< exemples fournis par M. Bréhier il en est qui rentrenl si complètement dans mon sujet de l'histoire de ces règnes, que je n'hésite pas, malgré leur longueur, à reproduire ces passages si intéressants.
« Et d'abord, dit notre auteur, en parcourant les textes de l'époque, "ii est frappe du respect que chacune des deux Églises témoignai! pour le culte de l'autre. Raoul Glaber, blâmant la coutume qu'avaient les fidèles de cracher dans les églises, vantait à ses compatriotes la conduite toute opposée des Grecs et leur respect pour les règles ecclésiastiques (1). Des églises latines et des monastères latins existaient dans l'empire d'Orient : les empereurs les prenaient sous leur sauvegarde. L'un des monastères du Mont-Athos était peuplé par des habitants d'Anialfi ; les moines latins n'ignoraienl pas sa réputation et l'on vil un moine du Mont Gassin, qui fut plus lard abbé de son monastère sous le nom de Jean 111. s'exiler volontairement pour fuir le gouvernement d'un abbé simoniaque et, après avoir passé six ans dans un couvent du Sinaï, venir se réfugier au milieu de la communauté de la Sainte- Montagne. Son biographe raconte qu'il avait résolu d'y finir ses jours, quand une vision l'engagea à revenir dans son pays (2). Et dans le » tvpikon » de Constantin Monomaque, rédigé en 1045 pour le Mont Athos, il était question du navire que les religieux de ce monastère devaient toujours tenir prêt pour leurs voyages à Byzance (3).
« Dans la Ville Impériale aussi, il existait, depuis fort longtemps, des
1 Raoul Glaber, V, 1, 7 : « apud Gr,vcos ubi semper ténor ecclesiasticus cautissime viyuit. »
2 Mabillon. Acta Ord. S. Ben.. VI saec, p. I, p. 98.
(3) Meyer, Me Haupturkunden der Gesch. des Athos. p. 157, lignes 22-27.
CAMEE BYZANTIN (Héliotrope
de la belle époque. — Le Christ bénissant. — XI»'1 on XII Siècle.
— (British Mnseam, Catal. Dalton.)
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églises latines, dans lesquelles le rite latin était exercé avec la plus entière liberté. Certains monastères avaient même, autrefois, appartenu aux papes en toute propriété, car dans une lettre adressée par le pape Jean VIII à l'empereur Basile Ier à la lin du ixme sièele, ce pape félicitait et remerciait l'empereur d'avoir restitué à l'Eglise romaine une de ses plus anciennes possessions, le monastère Saint-Serge (1). On ne sait si les papes avaient gardé cette possession jusqu'au xime siècle, mais il est certain qu'à cette époque les églises de rite latin étaient devenues assez importantes. On peut conjecturer, d'après des documents d'une époque postérieure (2), que les Amalfitains joignaient à la possession de leur monastère du Mont Athos, au moins celle d'une église urbaine, l'église de Sainte-Marie des Amalfitains. Au commencement du xime siècle, le roi saint Etienne de Hongrie avait fondé à Byzance, avec l'autorisation de Basile II, une église qu'il plaça sous le vocable du saint son patron (3). Cette église était destinée à la « nation hongroise » ; les offices y étaient célébrés d'après le rite latin et son clergé était entretenu aux frais du roi de Hongrie (4). Enfin, la garde impériale des Vœrings, composée d'Anglo-Saxons ou de Northmans très attachés à l'Eglise romaine, avait aussi son église nationale tout près même de Sainte-Sophie, la Panagia Varangiotissa (5). Les cérémonies latines se célébraient donc, pour ainsi dire, chaque jour, sous les yeux des Byzantins. Loin de mettre obstacle à leur exercice, les empereurs accordaient à leurs adeptes la plus complète protection, et la persécution que Michel Kéroularios exerça contre ces églises fut regardée par tous comme une grande nouveauté. « Bien plus, il y avait un monastère latin situé hors de l'Empire, le monastère du Mont-Cassin, que les empereurs grecs se plaisaient à protéger et à combler de leurs libéralités. Les schismes eux-mêmes ne détruisirent pas cette tradition et nous la trouvons vivante au début du xime siècle, au moment même où le prétendu schisme de Sergius aurait
(1) Banduri, Imperium Orientale, I, p. 503.
(2) Du Gange, Constantinopolis christiana, II, 1 ; — lfelin, Hisl. de lu latinité de Constantinople, p. 18 (d'après un chrysobulle d'Alexis Comnène).
(3) Bollandistes, 2 septembre, p. 532 D.
(4) Bollandistes, 2 septembre, p. 534, A. H.
(5) Belin, op. cit., p. 20.
/ i: si HJSME 687
séparé li e de Gonstantinople. Il existe, en effet, une charte de Bojoan-
nès, « catépano » d'Italie, datée de 1028 el inspirée par l'empereur Constantin VIII. Mlle défend aux fonctionnaires d'enlever 1rs biens des monastères ri surtout ceux de Saint-Benoîl (1). Il s'agissail pourtant de la source même où l'Église romaine puisail toujours de nouveaux défenseurs.
» Mais, à côté des causes accidentelles qui mettaient ainsi en relalinii le> liilèles des deux l'élises, il y eul bientôt entre eux un motif permanent de contact : ce l'ut l'affluence de- ( lecidentaux aux Lieux Saints vers le milieu du xf siècle. A celle époque, d'après Raoul Glaber, toule> les classes île la société turent entraînées par la même impulsion vers le Saint-Sépulcre. « D'abord le bas peuple, puis la classe moyenne, ensuite les grands, les rois et les comtes, les marquis et les évèques, el enfin, ce qui ne s'était jamais vu, les femmes les plus nobles ainsi que les plus pauvres s'y dirigèrent (2). » Or, tous ces pèlerins suivaient surtout la voie terrestre, c'est-à-dire la vallée du Danube, et c'élail à Constantinople qu'ils allaient s'embarquer pour la Terre Sainte, à moins que le passage à travers l' Asie-Mineure ne les effrayât pas. Ils traversaient donc l'empire d'Orient et si, à ce moment, il avait existé des sujets de haine religieuse entre eux et les Orientaux, des conflits n'auraient pas manqué de se produire, semblables à ceux qui naquirent plus tard à l'époque des Croisades.
« Que voyons-nous, au contraire? Tous ces évèques occidentaux ne témoignent jamais la moindre défiance envers leurs confrères d'Orient : ceux-ci, loin de les mépriser, les accueillent avec honneur. De part et d'autre, il y a une confiance réciproque, un respect mutuel et une véritable communion au sens où l'entend l'Eglise. Les Occidentaux éprouvaient une grande admiration pour la terre d'Orient, si féconde en églises et en reliques célèbres. Leur ambition était de visiter tous ces lieux saints et de rapporter dans leurs églises quelques-unes de ces reliques, (le furent les motifs qui déterminèrent Richard, abbé de Sainte- Vanne en Lorraine, à s'arrêter plusieurs jours à Constantinople el à
i Tranchera, op. di., \>. 18.
i Raoul Glaber, IV. vi, 18.
Antioche, vers 1026 (1). Le patriarche de Byzance, qui était alors Alexis, lui donna deux morceaux de la Vraie Croix, qu'il fit enfermer dans une châsse d'or, porta à son cou pendant tout son voyage, puis donna à l'église de Sainte-Vanne. De même, en 1028, Odolric, évêque d'Orléans, chargé par le roi de France Robert de remettre à l'empereur Constantin VIII une magnifique épée dont la garde et le fourreau étaient d'or, ornés de pierres précieuses, lui rapporta en échange un morceau important de la même relique et un grand nombre de vêtements de soie (2). Le même évêque, ayant assisté, dans l'église du Saint-Sépulcre, au miracle des lampes, acheta un rie ces instruments merveilleux au patriarche de Jérusalem.
« D'autre part, aucune bienveillance n'était plus grande que celle des Orientaux à l'égard de leurs hôtes de passage. Les réceptions qu'ils faisaient aux pieux voyageurs d'Occident vers le milieu du xime siècle ne ressemblaient guère à celle qui avait tant irrité l'évèque de Crémone. (Il avait dû, d'ailleurs, une partie des déboires qu'il eut à supporter à sa qualité d'ambassadeur). Celait un moine occidental, saint Bononius, qui, établi en Egypte, délivrait par son crédit auprès du sultan de « Babylone » un évêque de Verceil, Pierre, fait prisonnier avec tous ses compagnons au cours d'un pèlerinage (3). Après un séjour à Jérusalem, le saint et ses compagnons arrivèrent à Constantinople par mer. A la vue de ces étrangers qui débarquaient, les gardes du |>ort soupçonnèrent quelque embûche que les habitudes du temps rendaient vraisemblable; aussi ils les enchaînèrent et, après avoir obtenu un ordre du Palais impérial, les firent conduire en prison. .Mais le saint ne demeura pas inactif; il expliqua à des Grecs charitables l'objet de son voyage; l'empereur fut prévenu de l'erreur de ses agents et non seulement tous les prisonniers furent délivrés, mais le trésor impérial subvint aux frais de leur mule et ordre fut donné de leur fournir tout ce qui était nécessaire à leur retour en Occident.
" Richard, abbé de Sainte-Vanne en 102G, et Odolric, évêque d'Or-
!lj Mubillon, Acta Ord. S. Ben., Ssec. VI, p. I. Vie anon. de Richard, pp. 528 (17-18)-529 (19); — ht., par Hugue de Flavigny, p. 532.
(2) Raoul Glabor, IV, vi, 19.
(3) Mabillon, Ibid., Saec. VI. Vie de saint Bononius, VI-VIIJ, p. 268,
BAS-RELIEF BYZASTIN de marbre de la Panagia, da XI"U siècle, conservé dans une des chapelles de Saint-Mur,- de Venise. — L'inscription désigne an basileus du nom de ci Michel ». — f Corpus inscr. graec., t. IV, n° 8706).
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léans en 1033, furent reçus avec plus de magnificence encore. Dès que le premier fut arrivé à Byzance, l'empereur et le patriarche l'invitèrent à venir les voir et prirent un grand plaisir à sa conversation (1). Après avoir été comblé de présents, il partit, accompagné de la bénédiction du patriarche Alexis (2). Il est certain que si l'un des deux avait paru hérétique à l'autre, cet adieu aurait eu un caractère tout différent.
« Les séjours prolongés que faisaient les moines occidentaux dans les monastères basiliens d'Orient sont encore un témoignage irrécusable de cette mutuelle confiance. Sur la colline de Sion ou au pied du mont Sinaï existaient des ermitages et des couvents si vénérés, que d'y habiter quelque temps était, pour un moine occidental, une œuvre méritoire et un sujet de consolation. L'Italien saint Bononius resta ainsi plusieurs années au monastère de Sinaï, et ce qui montre bien qu'aux yeux de ses frères d'Occident il n'était pour cela suspect d'aucune hérésie, c'est que l'évèque do Verceil le rappela en Italie et le chargea de rétablir la règle de saint Benoît dans un des monastères de son évêché (3). Les princes occidentaux regardaient même comme une bonne œuvre de soutenir de leurs deniers ces saints monastères. Bichard II, duc de Normandie, si charitable aux pèlerins et qui prenait à ses frais le voyage de Bichard de Sainte-Vanne, avait donné à l'un des monastères du Sinaï une rente annuelle que les moines orientaux venaient chercher à Bouen (i), et à l'Église du Saint-Sépulcre une rente pareille de cent livres d'or (5).
« Aucune haine n'écartait donc les uns des autres Grecs et Latins : lorsque les Orientaux s'égaraient dans leur pays, les Occidentaux savaient leur rendre l'accueil qu'ils avaient reçu en Orient. Si, en effet, les Latins étaient de grands voyageurs, de nombreux témoignages nous prouvent que les Grecs aimaient aussi à sortir de leur pays et qu'une sorte de
(1) Mabillon, ibid., Vie anon. de Richard : « cumque ad invicem familiariter sermocinerentur, prxdulcem affluentemque viri Dei inirati facundise sapientiam, aetatis ac morum venerati sunt elegantiam. »
(2) Ibid. : « cum benedictione Patriarekx ». Sur Oilolric, voir Raoul Glaber, IV, vi, 19.
(3) Ibid., p. 269.
(4) Kaoul Glaber, I, iv, 21 : « Ab Oriente scilicet monte... Sina, per singulos annos monachi Rotomagum venientes qui n predictis principibus plurima rcdeunles auri et argenti suis déferrent exenia. » — Mabillon, ibid., Vie de saint Simon, p. 37 4.
(5) Raoul Glaber, I, îv, 21.