‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 12 sur 132 · AFFAIRES DE GÉORGIE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE GÉORGIE

On se rappelle qu'à la suite de l'expédition victorieuse dernière de Basile en Arménie et de la défaite du fougueux roi d'Ibérie ou des Aphkhases, Kéôrki, en l'an 1022. le vieux basileus étail rentré en triomphe à Constantinople emmenant avec lui comme otage le petit prince royal Pakarat, lils du dit Kéôrki, alors âgé de trois ans, en s'engageant toutefois par serment à renvoyer au roi son fils au bout de trois années I — « Pakarat, poursuit la Chronique connue sous le nom à' Histoire île la Géorgie à laquelle nous devons ce récit ± , ayant passé

IVOIRE BYZANTIN des XI ou A// Siècles. — Le meurtre d'Abel. La conversation de Caïn avec Dieu symbolisé par une dextre divine. — Musée Olivieri, à Pesaro. — (Grsexen, II, 50. — Voy. la vignette de la p. SI.)

ces trois années dans la cité impériale de Constantinople, fut renvoyé conformément à la parole donnée ». « Ce prince, continue la Chronique. venait d'atteindre le Daik'h — c'est-à-dire les terres de son père — et d'entrer à Bana, dans les domaines royaux. Il avait été escorté jusqu'à la frontière de ses Etats par le <.< catépano » d'Orient (3) qui revint de là sur ses pas, lorsqu'on vit arriver en toute hâte un mandator, c'est-à-dire un messager impérial, apportant au « catépano » une lettre du nouveau

Constantin. Il est curieux de constater que le syrien Vahia, à l'égal des Arméniens, éprouve certaines sympathies pour ce prince que les Byzantins, tout au contraire, nous dépeignent sous un aspect constamment désavantageux.

(1) Voy. Epopée. II, pp. 530 sqq.

(2) Éd. Brosset, I, p. 309.

I rtainement le domestique des Scholes d'Orient, c'est-à-dire le généralissime des forces impériales en Asie.

26 LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET THÊODORA

basileus Constantin ainsi conçue : « Par la providence divine, le bienheureux basileùs Basile, mon frère, est mort et je lui ai succédé sur le trône de toute la Grèce (1). En conséquence, en quelque lieu de mon Empire que mes ordres vous parviennent, laites revenir sans différer Pakarat, fils de Kéôrki, roi «les Aphkhases, afin qu'il nous soit présenté ».

Le « catépano » n'eut pas plus tôt pris connaissance de l'ordre impérial qu'il s'occupa, suivant ses instructions, de faire rétrograder le petit prince. 11 courut en toute hâte après lui, mais sans parvenir à l'atteindre, car il était déjà rentré dans ses domaines et se trouvai! soutenu par une armée considérable à laquelle le « catépano » ne pouvait songer à livrer bataille. Quand ce haut fonctionnaire vit de loin tout ce peuple immense accouru à la rencontre de son prince et la multitude des « didébouls », des « éristhaws », des » aznaours », du Daik'h, de la Meskie et du Khartle, il revint sur ses pas et dit au mandator impérial, porteur de l'ordre du basileus: « Si tu le peux, fais-lé revenir; quant à moi, cela m'est présentement tout-à-fait impossible ».

En terminant son curieux récit, le pieux écrivain national s'écrie dévotement : « 0 grande et admirable bonté du ciel ! Voyez comme ce juste fut inopinément sauvé des mains perfides de ses ennemis qui le voulaient saisir et ramener! Voulez-vous savoir ce que c'est que la protection divine! Voyez et considérez combien de secours en a reçu le grand Pakarat, lui plus qu'aucun autre monarque, ainsi que vous le prouvera, en divers temps, la suite de cet ouvrage! »

« Dès que le prince, poursuit le chroniqueur, fut arrivé auprès de son père, le roi Kéôrki, dans sa résidence royale «le Koutaïs, leur réunion s'opéra sans inquiétude et ils glorifièrent Dieu avec^des actions de grâce. Ses parents, en revoyant leur lils, leur vivante image, embelli de charmes qui ne se peuvent imaginer ni décrire, se livrèrent à d'indicibles transports de joie et offrirent à Dieu l'hommage de leur reconnaissance. » C'était au début de l'an 1026.

Constantin, plus défiant ou moins loyal que son frère Basile, avait certainement dû s'opposer primitivement à ce qu'on s'en tint à la parole

(1) Ainsi Pakarat avait bien été envoyé en otage en Grèce en l'an 1022, ce qui date bien positivement la seconde expédition de Basile contre les Aphkhases.

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