SOU D'OR DU BASILEUS CONSTANTIN MONOMAQUE
PLAQUE D'IVOIRE BYZANTINE des X— on XI rit de coffret. — '<.
</« Soath Kensington a Londri
OTàfiTRE VI
Théodora baailîssa unique. — Son gouvernement antimilitariste. Sédition avortée de Nicé| hore^i \> nnios.
Disgr&ce d'Isaac Comnène. — Le premier ministre I ri Paraspondylos. — Brouille de la basilissa avec
1-- patriarche. — Sa mort, le 'M août L056- Proclamation de Mi.-h. I Srt.itiu'ik,.- - ..ns I.- nom de
Michel VI. — Sédition avortée 'lu proédre Tbéodosios. Caractère du nouveau basileus. — Lui e( Paraspondylos se brouillent avec les -iv in,ls chefs militaires qui. après diverses alternatives, proclament secrètement dans Sainte-Sophie [saac Comnène basileus puis passent en Asie. - Assemblée solennelle de Gounaria. — Marche de l'armée rebelle sur Constantinople. — Bataille vw avant du Nicée. — Négociations.
— Sédition â Constantinople. — Abdication du Stratiotique. - Bntrée d'Isaac Comnène dans la capitale.
— 11 est proclamé basileus dans Sainte-Sophie le lrr sept. ll)5T.
MONNAIE D'AR- OEMT da basileus Isaac Comnène avec la légende carieaee : seigneur prête secours à Isaac Comnène despote orthodoxe.
Théodora, dernier et énergique rejeton de la maison macédonienne, la vieille Porphyrogénète, était donc une fois de plus basilissa unique et incontestée des Romains. Jusqu'ici elle avait été impératrice dans une situation effacée, toujours au second rang, reléguée à l'arrière plan derrière sa sœur Zoé, puis derrière le mari de celle-ci, Constantin Monomaque. Maintenant arrivée à l'extrême limite de la vie, elle régnait seule et sans partage. L'Empire romain, suivant l'expression de Psellos, était île nouveau « féminisé ». Elle seule, cette vieille tille courbée sous le poids des ans, cette vierge septuagénaire, représentait maintenant la « légitimité », tout ce qui subsistai! de cette glorieuse maison île Macédoine qui depuis tantôt deux siècles présidait aux destinées de l'Empire d'Orient. Et tel était dans la
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foule le prestige infini du principe d'hérédité que jamais règne ne fut plus acclamé de tous, plus populaire. 11 devait être infiniment court, hélas !
« Il n'est pas indifférent, dit M. Bréhier, de noter que Théodora avait d'excellents rapports avec le patriarche Michel Kéroularios : c'est Psellos qui l'affirme dans son histoire. « Avant l'époque de son arrivée au pouvoir, dit-il, elle lui témoignait heaucoup de familiarité et de vénération ». Bien qu'aucun texte ne témoigne de la part que prit le patriarche à son avènement, nous pouvons certainement croire que tous ses vœux étaient pour elle et qu'il fut au moins moralement l'allié des conseillers qui la firent proclamer impératrice avant même que l'empereur moribond eût rendu le dernier soupir.
« En cette circonstance, d'ailleurs, la conduite de Michel Kéroularios fut très politique et chez un peuple ami des manifestations extérieures elle ne dut pas peu contribuer à augmenter le prestige qui s'attachait à son nom. <c Bien qu'il eut beaucoup de raisons de garder rancune à l'empereur défunt », dit Psellos, « il se rendit auprès de son cadavre sans même en avoir été prié. Il s'avança vers lui avec respect, comme s'il eût été assis sur son trône, lui prit les mains, les porta à ses lèvres et répandit d'abondantes larmes en faisant presque son éloge dans la mesure du possible. » Il lui fit ensuite de magnifiques funérailles et donna ainsi une leçon aux flatteurs de la nouvelle basilissa qui, dans l'espoir de lui être agréables, avaient pour ainsi dire déserté le cadavre du malheureux Constantin IX, sans se soucier de ce qu'il deviendrait. Cet acte était bien conforme au passé tout entier de Michel Kéroularios. Il montrait ainsi qu'il n'était pas le serviteur, mais le protecteur du nouveau pouvoir et, comme naguère en d'autres circonstances, il affectait de prendre la défense des vaincus.
» Le règne de Théodora ne dura que dix-huit mois. Tout semblait favoriser l'accomplissement des desseins de Michel Kéroularios, puisque le pouvoir appartenait à une femme sur l'esprit de laquelle il avait su prendre un certain empire. Il fit donc une première tentative pour diriger son gouvernement, mais elle ne réussit pas et il trouva des adversaires plus forts que lui. Ce n'était pas, en effet, des conseils que Michel
DISGR [CE /"' P ITRI \RCHE 751
kéroularios entendait porter à sa souveraine, mais bien plutôl des ordres. Il voulut, dit Psellos, lui l'aire la lui ,1;. Théodora sembla d'abord accueillir avec respect toutes ses observations; mais bientôt elle lui opposa de la résistance, puis linil par l'éloigner d'elle (2). Une phrase de Psellos nous renseigne sur la cause de ce brusque changement. Michel Kéroularios étail d'avis que Théodora ne devait pas garder le pouvoir pour elle seule, mais, comme sa sœur Zoé, choisir un époux à qui elle aurait confié la couronne impériale. Que devail être ce futur empereur'.' Sans doute une créature élu patriarche et c'est ce qui explique la répugnance que montra la basilissa pour ce . projet. Très active malgré son âge, elle supportait sans se plaindre toutes les charges du pouvoir, s'occupait d'ambassades, de justice, de lois, et prenait ellemême toutes les décisions importantes. De plus l'avènement d'un nouveau hasileus était contraire à l'intérêt de l'entourage des eunuques qui l'avaient portée au pouvoir 11 leur était facile de gouverner sous son nom, tandis qu'un prince-époux aurait renvoyé Théodora et ses conseillers dans le Gynécée, comme Constantin IX l'avait fait naguère lorsqu'il avait épousé l'impératrice Zoé.
« La direction du gouvernement échappa donc à Michel Kéroularios et Théodora put sans contrainte distribuer à ses eunuques et à ses favoris les grandes charges et les grands commandements militaires de l'Empire. D'excellents généraux comme les Bryenne et les Comnène furent, nous Talions voir, envoyés en disgrâce et remplacés par les Manuel et les .Xicétas. Non seulement les eunuques se maintinrent au pouvoir, mais ils tentèrent même de se venger de Michel Kéroularios qui avait eu un instant l'idée de les supplanter. Son influence occulte qui régnait toujours à côté de la leur les effrayait. Elle rendait le gouvernement difficile et compliqué, car aucune pensée commune n'y présidait. Les conseillers de Théodora essayèrent donc de porter remède à ce désordre en se débarrassant du patriarche qui les gênait. Psellos affirme dans son histoire que si l'impératrice avait eu l'espoir de vivre [dus longtemps, elle aurait cherché à déposer Michel Kéroularios. Cette
(2) Psellos, I. ih-'ais. /un., pp. 337-358; — Théodora, p. 207.
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idée dut venir à ses conseillers, et ce n'est pas là une simple hypothèse, car elle reçut un commencement d'exécution Si on ne put attaquer en l'ace le puissant patriarche, on essaya du moins de le flétrir indirectement.
« Michel Kéroularios avait toujours eu un goût prononcé pour les rêveries mystiques et les sciences occultes. Il avait de fréquents entretiens avec des thaumaturges de toute sorte et il accueillit notamment dans son palais patriarcal deux moines de Chios, Jean et Nicétas, qui lui amenèrent une voyante (1). Dosithée était son nom; sous l'influence de l'inspiration elle était en proie à de véritables attaques d'hystérie. Comme jadis la sibylle de Delphes elle prononçait des mots entrecoupés que les moines recueillaient précieusement comme des oracles. En présence du patriarche et de tout son entourage, elle donna une sorte de séance qui convainquit tous ses auditeurs de la vérité de sa mission. Dès lors la protection de Michel Kéroularios fut assurée à ces trois personnes. Les ennemis du patriarche exploitèrent aussitôt contre lui cette bizarre attitude. Ils n'osèrent s'en prendre à lui mais bien à ses acolytes qui furent jugés et condamnés à l'exil. Du même coup un soupçon d'hérésie fut jeté sur l'orthodoxie si jalouse de Kéroularios, blessure légère pour le moment, mais dont ses adversaires devaient profiler plus lard! »
Quand le pouvoir, à la mort de Constantin Monomaque, revint une fois de plus à la fille des basileis, presque lous avec le patriarche s'étaient crus assurés qu'elle allait, malgré son grand âge, donner à l'Empire un bras viril pour le gouverner, en un mot qu'elle allait prendre époux. Mais trop d'exemples, les infortunes de sa sœur en particulier, avaient démontré à la vieille princesse quel était, dans de pareils cas, l'abîme de l'ingratitude humaine. Elle assuma donc hardiment la plénitude du pouvoir sans partage, et ses conseillers depuis longtemps rompus à l'administration de ce grand empire l'encouragèrent fortement dans ce sens. « On vit, poursuit Psellos, cette princesse si âgée rendant d'une voix grave du haut du trône des arrêts et des sentences, envoyant des
1 Voy. p. "47.
GOl I ERN1 VENT DE THEODOR !
ambassadeurs aux souverains étrangers, exerçant en un mot toutes les Fonctions iln pouvoir suprême » I .
Le premiersoin de ta basilissa en ressaisissant le pouvoir qui venait
d'échapper aux mains défaillantes de Constantin Monomaque m ■.ml.
avait été, cela va de soi, < 1 * - punir les auteurs du complot qui avait failli
la remplacer sur le trône par le « protevôn » Nicéphore. .l'ai dil déjà quel
a\ ail été le sort de celui-ci. Le logo-
thète .Iran, le protonotaire < !ons
tant in, le porteur de l'encriei
impérial Basile et Imis leurs
complices plus obscurs
furent envoyés dans un
lointain exil. Leurs biens
furent confisqués au pro-
lil de la couronne. En
même temps 1 héi idora
récompensait par une foule
de marques de sa munifi
cence le zèle de tous ceux
ses partisans qui lui étaient
demeurés attachés au moment
mi son étoile pâlissait. Fidèle
à de séculaires coutumes de
Gynécée, elle donna à ses fresques byzantines de /■
. . . Cathédrale de Sainte-Sophie de Kiev. —
eunuques favoris qui lavaient v/ Siéck (Soc Imj) rasse d.Arcl ,
portée au pouvoir tous les
grands commandements de l'Empire. Sur la lointaine frontière orientale grossissait un péril menaçant. Monomaque avait transporté en Asie tous les contingents «lits macédoniens, autrement dits européens, c'està-dire tous les régiments tirés des thèmes de Macédoine et de Thrace, presque huiles les troupes d'Européen un mol, et leur avait laissé leurs chefs également macédoniens. On se racontait parmi la foule qu'il
l Voy. encore Zonaras, III. p. 652.
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avait agi de telle manière parcequ'une prophétie disait que les Turks Seldjoukides si redoutés, devenus dès maintenant l'unique effroi de l'Empire, seraient un jour anéantis par un chef originaire de Macédoine comme jadis les Perses l'avaient été par Alexandre! Les véritables mobiles de cette mesure étaient naturellement tout autres et on peut facilement les .deviner.
Un de ces grands chefs originaires de « Macédoine », c'est-à-dire d'Europe, était Mcéphore Bryennios que nous appelons en français « Bryenne ». Celui-ci n'eut pas plus tôt appris au fond de sa province la mort de Monomaque que, réunissant tout son corps d'armée et quittant précipitamment ses cantonnements d'Asie, il marcha sur la capitale. On ne nous dit pas dans quel thème d'Anatolie il avait son commandement. M. Maedler (1) pense avec quelque raison que ce devait être dans le grand thème des Optimates dont les frontières étaient formées au nord par la mer Noire, au nord-ouest par le Bosphore et la mer de Marmara, ou bien encore dans le non moins grand thème des Anatoliques situé au sud du premier. Quoi qu'il en soit, Nicéphore Bryennios se mit en marche sur l'heure. 11 était impatient de jeter son glaive dans la balance pour la lutte qui se préparait pour le pouvoir suprême. Il tenait du reste fort à tort pour quantité négligeable la vieille impératrice Théodora. Malheureusement pour lui il s'était montré trop pressé et ses calculs ambitieux furent promptement déjoués. Comme il venait de parvenir avec ses troupes jusqu'à Chrysopolis en face de la capitale sur la rive sud du Bosphore, d'où si souvent depuis des siècles d'autres prétendants d'Asie avaient contemplé l'admirable panorama de la cité reine, il apprit là avec stupeur que Théodora avait déjà pris d'une main ferme le pouvoir, et qu'il était trop tard pour s'emparer du trône. Nous ignorons les détails. Probablement ses troupes demeurées encore tidèles au sentiment dynastique refusèrent de le soutenir. Bref, comme il était venu si loin de son propos délibéré sans avoir demandé l'autorisation de la basilissa, il fut considéré comme rebelle. Par les ordres de la basilissa, il fut saisi, dépouillé de toutes ses charges et jeté
1 Théod., Mieh. Slrat., etc., p. 2. J'emprunte presque constamment à cet excellent travail le récit de la suite de tous ces événements jusqu'à la proclamation d'Isaac Comnène.
GOI VERNEMENT \NTI MILITARI St
en prison. Tous ses biens furent conûsqués. Un peu plus tard on le tira du cachot pour l'exiler plus loin encore, nous ne savons où. Ses troupes reçurent l'ordre de regagner leurs cantonnements accoutumés. Tout cela est, bêlas, bien obscur. \nus avons si peu de détails! Nous ne saurions même affirmer précisément si Mryennios était accouru en partisan ou en adversaire de la vieille souveraine. Le cbâtimenl -i sévère qu'il reçut d'elle militerait en faveur de la seconde hypothèse. Par contre, le l'ail que Michel Stratiotikos lui rendit (dus tard son comman dément serait en faveur de la première. Certainement dès ce moment il avait tente, par la pression qu'il avail espéré exercer sur les événements, de restituer à l'armée dans l'organisme de l'Etat la situation prépondérante dont elle se trouvait exclue depuis tant d'années déjà mais pour laquelle elle se croyait des droits imprescriptibles.
L'esprit antimilitariste, l'esprit bureaucratique avaient pris sur les basileis précédents, la plupart d'âme pacifique, mesquine, parfois lâche, une influence néfaste pour laquelle tous dans l'armée depuis le [dus haut officier jusqu'au dernier soldat n'avaient que mépris et colère. On ne mettait plus de grandes armées en campagne que dans les circonstances critiques d'absolue nécessité. Surtout sous le règne de Monomaque, c'était devenu, nous le savons si bien par Psellos, un principe trop constant de combattre les agressions des nations barbares ennemies non plus par les armes, mais par des négociations déshonorantes, par de louches subsides, parfois même par de honteux tributs en argent. De même, il n'entrait nullement dans les intérêts des gouvernants de fournir aux généraux, dont l'ambition ardente pouvait leur devenir si périlleuse, un champ d'activité trop considérable. Et la prudence jointe à la défiance et aussi à la peur exerçaient une action si puissante sur les gens au pouvoir que bien des officiers de nom illustre ayant rendu des services signalés, par le seul fait qu'ils avaient conquis de la sorte une position trop en vue, se voyaient exposés à mille injustices, à mille avanies, dépouillés de leurs titres et de leurs dignités, de leurs biens aussi, parfois livres au supplice de l'aveuglement, même mis à mort.
Sous le court règne de Théodora, il n'y eut aucune i lification à
cet état de choses. Bien plus la basilissa mit toute son énergie à défendre
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MINIATURE BYZANTINE d'un rouleau d'Exaltet enluminé à Bênévent sous le régne des princes longobards Pandolfe et Landolfe (1038-1059). — Le prêtre Jean, chapelain de Saint- Pierre-de-Bénévent, à genoux devant le saint patron du monastère. — (Bertaux, l'Art dans l'It. mérid.)
son indépendance contre les empiétements possibles du parti militaire et se montra sans pitié pour tous ceux qui cherchèrent à opposer leur volonté à la sienne. Le premier exemple avait été fourni par Nicéphore Bryennios. Ce fut ensuite le tour du magistros Isaac Gomnène, cet autre
MINIATURE BYZANTINE d'un rouleau d'Exaltet enluminé à Bénévent sous fe règne des princes longobards Pandolfe et Landolfe (1038-1059). — Le diacre, debout sur l'Ambon, tient le cierge pascal tan/lis que le prêtre t'allume. — [Bertaax, l'Art dans l'It. mérid.)
plus illustre chef de l'armée d'Asie. Celui-ci fut, par ordre de l'impératrice, dépossédé de son commandement suprême de domestique dus Scholes d'Anatolie, c'est-à-dire de toutes les forces orientales en Asie. 11 fut, ô honte, remplacé dans ce poste alors si important à cause de la
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lutte presque constante contre les Turks, par l'eunuque Théodore, un de ces plus anciens serviteurs de la nouvelle basilissa qui avaient tant contribué à lui donner le pouvoir. L'armée entière subit vivement le contrecoup de l'injure qui était ainsi faite à ces deux chefs de premier ordre. Un complot fut certainement ourdi dès ce moment entre les principaux chefs militaires pour tenter à la première occasion favorable de remplacer sur le trône la vieille impératrice par un d'entre eux, mais l'exécution de ce plan fut provisoirement remise à plus tard, ou bien parce que les forces du parti adverse semblaient encore trop considérables et que tous les hauts commandements avaient été confiés par Théodora à des hommes auxquels elle pouvait se fier en toute sécurité, ou bien plutôt parce qu'on pouvait dès maintenant escompter comme très prochaine la mort de cette très vieille souveraine en la personne de laquelle le peuple honorait encore passionnément l'ultime rejeton d'un si glorieux passé, mais dont la disparition ferait fatalement éclater aussitôt le conflit désespéré pour la succession à l'Empire.
Dans de telles circonstances, on ne peut s'étonner que Théodora se soit vue contrainte à préférer un état de paix assez honteux à n'importe quelle opération militaire heureuse. Elle ne put durant son court règne que prolonger le système peu honorable inauguré par son prédécesseur Monomaque et s'efforcer de protéger à force d'or et de belles promesses et non plus par les armes les frontières de l'Empire contre les agressions des nations voisines. Elle fut en ceci fort aidée par cette chance qu'elle eut de n'être attaquée durant son règne si court par aucun prince barbare puissant ou audacieux, comme ceux qui si souvent, sous les règnes précédents, avaient fait trembler d'effroi ses prédécesseurs dans le Palais Sacré. Nous savons seulement qu'elle acheta au prix d'un tribut la paix avec le sultan de Bagdad (1). C'était déjà assez honteux comme cela (2).
(1) L. de Mas-Latrie, Trésor de Chronol., p. 180G.
(2) Les sources occidentales racontent qu'à la suite de la mort du pape Léon IX, l'empereur allemand Henri III chercha à négocier avec les Grecs. En mai 1054, il avait reçu à Quedlinbourg les ambassadeurs du patrice Argyros et, aussitôt après son arrivée en Italie, avait envoyé l'évêque Othon de Novare à Constantinople pour négocier un traité d'alliance entre les deux empires. L'évêque trouva en arrivant Constantin Monomaque mort et Théodora régnant à sa place. La vieille impératrice se montra, parait-il, très favorable à cette
LE PREMIER MINISTRl PAR/tSPONDYLO-S
Théodora, la vieille fille donl toute la vie s'était passée dans la retraite, posa donc le diadème sur sa tête avec la résolution bien arrêtée de persister dans le célibat, de ne se donner aucun maître par le mariage, de réduire avant tout au Bilence l'élément militaire, de gouverner seule par elle même son immense empire. C'était certainement un caractère bien trempé que celui de cette vieille princesse, héritière de grands empereurs, héritière surtout, semble-t-il, de tonte la vigueur de -<.n oncle le grand Basile, un caractère qu'il serait intéressant de pouvoir connaître et étudier quelque peu davantage. Dans s;i longue existence, elle avait eu l'occasion de bien connaître la nature humaine. Par ses infortunes et celles de sa sieur Zoé, elle avait été confirmée dan< cette certitude que les plus grands bienfaits sont précisément, ceux qui sont payés de la plus noire ingratitude. Son entourage particulier l'encourageait dans sa résolution, niais la grande majorité de ses sujets eut préféré le contraire.
Trop sage et trop modeste à la fois pour se confier uniquement en ses propres aptitudes, trop fine également pour ne pas mesurer quel tort son incapacité administrative pourrait causer aux choses de l'État, elle s'adressa, pour qu'ils la suppléassent, a des hommes sur les talents et l'honnêteté desquels elle savait pouvoir compter. Elle lit de -es vieux serviteurs de tant d'années les principaux fonctionnaires de son administration. Xicétas fut logothète de la ("ourse. Manuel fut drongaire de la Veille. Les capacités administratives du protosyncelle Léon Paraspondylos (1), l'ancien ministre du basileus Michel IV, valurent à ce personnage d'ordre ecclésiastique le poste de premier ministre, on dirait aujourd'hui de président du conseil. Théodora avait longuement hésité pour ce poste si important. Pour bien des raisons, elle répugnait à y nommer quelqu'un de son entourage immédiat. Elle avait vainement cherché à faire un choix parmi les personnages sénatoriaux. Elle avait songé d'abord à Constantin Likhoudès qui avait servi Constantin Monoalliance et, dès l'an 10.'.;. l'évêque 'le Novare retourna auprès de -"ti maître accompagné par une ambassade byzantine. Certainement un (rail' lut signé à cette occasion. Voy. Giesebrecht, op. cit., II, p. 518, et Heinemann. op. cit., pp. 151 et 155.
ffi Et non « Strabospondylos >' comme le nomment Skylitzès et Cédrénus.Voy. Rhodius, "/». cit., p. 19.
maque avec tant de dévouement et tant de succès, mais elle échoua dans ses démarches auprès de lui. Quant à Michel Psellos, notre précieux chroniqueur, si la pensée delà vieille basilissa s'arrêta un moment sur lui, ainsi qu'il le raconte avec complaisance, ce ne dut être que bien en passant (1). Léon Paraspondylos, sur lequel son choix se fixa définitivement, avait eu toute la confiance du Paphlagonien, mais il avait été tenu dans I'éloignement par Monomaque. Il n'avait pas pardonné à ce basileus celte disgrâce ni durant sa vie, ni même après sa mort. Sous beaucoup de rapports, ce fut un choix fort heureux. Léon Paraspondylos avait la compréhension rapide, une grande fermeté de caractère alliée à un sentiment inébranlable de ce qui était juste et droit et à une insoupçonnable intégrité. 11 conduisait les affaires avec calme, sang-froid, habileté, et ne souffrait que personne se permît d'intervenir. Il exigeait de ses subordonnés l'obéissance absolue, l'ordre et la modération. C'était un homme d'action et nullement un discoureur. 11 était modeste et savait écouler. Ignorant de toute préoccupation avaritieuse, il savait être magnifique à l'occasion. Tant d'avantages se trouvaient bien rarement réunis en une seule personne à Byzance à cette époque. Le nouveau premier ministre faisait preuve d'autre part de qualités qui, aux yeux d'un Psellos, devaient le faire considérer comme totalement impropre à être un homme d'État ou même un simple politicien. Si, chez lui, en société, comme à table, il savait être causeur charmant, affable et gai, tout autre il se montrait dans l'exercice officiel de ses fonctions. Gomme alors il ne parlait que peu ou par phrases abruptes et très courtes, il exigeait aussi de ceux qui avaient affaire à lui qu'ils s'exprimassent avec brièveté et précision. Tout ce qui était convention lui faisait horreur. Sa dureté et sa rudesse, sa gravité ennuyeuse et sa parcimonie éloignaient de lui et le faisaient mal juger. Il était vraiment un bureaucrate dans l'expression la plus sévère et la plus rigide du mot (2). Ce manque de
(1) Voy. ces pages curieuses de Psellos : éd. Bury, pp. 1*4 sqq. Théodora se plaignit amèrement à notre historien de ce qu'elle avait eu à souffrir de la part de son défunt beaufrère.
(2) Psellos, jaloux de s'être vu préférer Léon Paraspondylos par la basilissa Théodora, a été dur pour lui tout en louant ses qualités incontestables. Michel Attaleiates (p. 52) nous donne de cet homme remarquable un portrait bien plus sincère. — Voy. encore Bury, op. cit., p. 275. Les gouvernements de Théodora et de Michel VI présentent tout le caractère d'une