‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 114 sur 132 · SAGE PARCIMONIE DE LA BASILISS,A · texte numérisé non relu

SAGE PARCIMONIE DE LA BASILISS,A

souplesse, cette rudesse voulu.; le rendirenl vite impopulaire malgré ses grandes qualités.

Assistée par cel excellent conseiller, la vieille impératrice remplit ses devoirs de souveraine avec décision el une énergie toute virile. Elle

eut une grave et redoutable détermination à p rendre dès le débul de son règne. Comme jadis à Home, il était depuis des temps immémoriaux la coutume à Byzance à chaque aurore de règne, que

le nouveau souverain, c ie don

joyeux avènement, et pour s'attirer la faveur populaire, procédât au Palais et dans l'armée à d'abondantes distributions de titres et de dignités et flatt.it en même temps le lion populaire par toutes sortes de largesses et de congiaires . Théodora refusa sagement d'imiter ces errements, arguant qu'il ne s'agissail point là d'un règne véritablement nouveau, mais bien d'un simple renouvellement de pouvoirs de l'héritière légitime. On ne pouvait à cette occasion exige d'elle les largesses qui pouvaient avoir une raison d'être lors par exemple de la transmission du pouvoir d'un prince ou d'une dynastie à une autre. Cette théorie de la vieille souveraine étonna quelque peu, mais généralement on lui donna raison, même parmi ceux qui

MEDAILLON-PENDELOQUE, découvert à Riaxan en 18SS.

— Travail russe sons l'influence byzantine, Xl^-XIl"" sié le. — (Kondakow, Trésors russes.)

réaction contre celui de Monomaque, exactement comme celui de ce basileus avait été une réaction contre celui du Paphlagonien, comme aussi celui d'Isaac Comnène devait en être une contre celui des derniers représentants de la dynastie macédonienne.

162 LES PORPHYROGÉNÊTES ZOE ET TBEODORA

avaient médit d'elle au début et les choses se calmèrent petit à petit. Très hostile à toute innovation à grand tapage, comme cela était naturel à son âge si avancé, Théodora avait résolu de suivre les voies de son prédécesseur, bien que dans l'intimité elle se répandit en plaintes amères sur les mauvais traitements qu'elle avait eu à subir de lui. Peu à peu cependant, elle se vit contrainte, surtout par l'influence de son premier ministre Léon de suivre d'autres errements. Grâce à l'humeur si changeante des masses populaires, à l'indiscipline et à l'avidité de l'aristocratie, à la cupidité et à la soif de pouvoir du clergé, ce n'était point une chose facile de gouverner les descendants plus ou moins dégénérés des Romains. Douceur ou faiblesse eussent été ici totalement hors de saison. Théodora ne fut pas longue à le reconnaître; aussi fit-elle violence à sa nature, s'efl'orçant de paraître dure et sans pitié. Alors qu'auparavant elle avait attiré à sa cour des personnages dont elle prisait les services et l'intelligence et réclamé leurs conseils et leur appui, plus tard il fut beaucoup plus malaisé de pénétrer jusqu'à elle. Petit à petit, l'isolement se fit complet autour d'elle.

La faute en fut surtout au patriarche Michel Kéroularios. Cet impérieux prince de l'Église avait, nous l'avons vu, joué un grand rôle à la mort de Monomaque et s'était à ce moment déclaré pour Théodora. Il attendait d'elle en échange son aide toute-puissante pour l'exécution de ses projets ambitieux. Délivré à partir de l'année 1054 des chaînes de la papauté, il s'était donné pour premier but d'abord de rendre l'Eglise entièrement indépendante de l'État et puis de placer l'État sous le joug de l'Eglise. En sa qualité de croyante fervente et de fidèle servante de cette même Église, la vieille souveraine entoura de suite le patriarche d'un pieux respect et d'une déférence presque craintive, obéissant à ses instructions avec sa bonne volonté intelligente et docile. Mais quand Michel Kéroularios, levant le masque, voulut, méprisant d'instinct toute autorité féminine, cesser d'être son conseiller pour devenir uniquement son maître, elle se défendit énergiquement. L'Etat, ayant été appelé à administrer en place du patriarche les biens très riches et très importants de Sainte-Sophie, avait à cet effet obtenu le droit de désigner le curateur desdits biens et le gardien des vases saints.

\iORT DE TllEODORA 763

Très probablemenl c'est Michel Kéroularios lui-même qui avait dû souscrire à ces exigences pour pouvoir obtenir de monter sur le trône patriarcal. Il n'est pas possible île douter qu'i] voulut obtenir ensuite d'être remis par l'Etat en possession de ce privilège. Sa demande ayant été repoussée, il refusa d'accepter cet échec, se rapprocha délibérément des chefs militaires déjà toul disposés à se soulever, chercha à amener par luiis les moyens la chute de Théodora et déclara à maintes reprises que le bien de l'Etat réclamait à la tête de celui-ci non le faible bras d'une femme, mais une direction vraiment virile. Ainsi fut consommée la complète rupture entre le patriarche el la basilissa. Alors Théodora, elle aussi, mil décote toute espèce de ménagement. Elle nomma de son chef aux offices ecclésiastiques et la lutte eut éclaté violente entre elle et le fougueux prélat si sa mort à elle ne l'ut à cet instant brusquement survenue.

Au moment où elle avait commencé à régner seule, elle était encore malgré son grand âge pleine d'une robuste vigueur. Sa taille, bien que -i élevée, était demeurée droite. Son esprit avait conservé toute sa vivacité, sa conversation tout son entrain, toute sa précision juvéniles. On s'accordait à lui prédire de longues années encore, ce qui la flattait doucement, car la mort lui faisait horreur. La secte fallacieuse, remuante et vaticinante des Nazaréens ou Palamites, en particulier, lui avait prophétisé une vieillesse bien au delà des bornes ordinaires de la vie humaine. Aussi ne pouvait-elle se décider à se préoccuper de l'avenir. Tout naturellement aussi ses conseillers évitaient d'attirer son attention de ce côté'. Sur ces entrefaites, elle tomba subitement fort malade d'une obstruction intestinale que les chroniqueurs désignent sous le nom d' « iléus » ou de « miserere » et qui pourrait bien n'avoir été qu'une forme de l'appendicite devenue si commune de nos jours. Presque aussitôt elle sembla perdue, à la veille d'expirer. Naturellement -es fidèles eunuques et ses ministres, le syncelle Léon en tète, ne songèrent qu'à maintenir le pouvoir en leurs mains. Aussi ne voulurent-ils point laisser au hasard le soin de lui désigner un successeur, car elle n'avait, pauvre vieille fdle, dernier rameau de cette dynastie si longtemps florissante, aucun héritier naturel. Après un rapide conseil.

7fi4

auquel Psellos assistait et où il lui sembla qu'on jouait l'Empire à coups de dés, ils résolurent d'offrir au choix de la mourante pour lui succéder sur le trône le patrice Michel Stratiotikos, vieillard déjà très cassé, soldat de mœurs simples qui ne connaissait rien absolument en dehors de l'armée, et qui semblait devoir être de caractère faible et facile à mener.

Les progrès du mal avaient été si rapides, les souffrances de la vieille impératrice étaient telles que lorsque cette proposition lui fut faite, elle avait déjà perdu l'usage de la parole. L'autorité du patriarche était encore si grande que ce successeur désigné ne crut pas pouvoir se dispenser d'y faire appel à ce moment où la vieille souveraine allait

mourir. 11 s'adressa donc à Kéroularios pour qu'il le couronnât de sa main et lui donnât de la sorte la consécration officielle. « Les eunuques de l'impératrice lui avaient fait jurer par des serments terribles monnaie D'argent unique du qu'il ne ferait rien sans les consulter et ils

Cabinet des Médailles de Paris à

l'effigie de la boMUssa Théodora pensaient ainsi perpétuer leur pouvoir sous

avec les titres de « despina „ et de ^ QOm A ..e • Théodora l'adopta p0Ur

« porphyrùrjenete ». *

fils et successeur, mais lorsque vint le moment de sa mort, il fallut bien entrer en pourparlers avec le patriarche qui seul avait qualité pour donner à l'empereur l'onction sans laquelle aucun pouvoir n'était légitime.

« Psellos a retracé, dans l1 'Oraison funèbre de Michel Kéroularios, la scène saisissante qui se passa ce jour-là au Palais. Théodora n'était pas morte encore; Michel Kéroularios se rendit à son chevet et, comme elle était déjà incapable de prononcer une parole, il l'adjura de témoigner par un signe si Michel Stratiotikos était bien celui qu'elle avait choisi pour lui succéder. La moribonde ne put indiquer son adhésion que par un signe de tête. On espérait que le patriarche irait trouver le nouvel empereur pour le couronner. Mais Kéroularios se montra hésitant et demanda à savoir si c'était l'impératrice qui avait eu d'elle-même l'idée de ce choix, s'il avait été pour elle l'objet de mûres réflexions, si même il était bien certain qu'elle l'eût nettement formulé. Il se

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