‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 115 sur 132 · PROCLAMATION DE MICHEL STRATIOTIKOS · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DE MICHEL STRATIOTIKOS

transporta ensuite an Palais Sacré. II y trouva Tbéodora en pleine agonie. Elle ne pul cette fois faire aucune réponse verbale à la demande

qu'il lui fit pour savoir si elle avait d'elle-même désigné le ' veau

basileus. Un léger mouvement de tète prouva seulement qu'elle vivait encore. Cette indication paru) cependant suffisante au patriarche, qui

MEDAILLON-PENDELOQUE, dit g barme de Riaxan ». — C'est l'autre [ace de celai qai est gravé sur la page 7S1.

alla alors trouver Michel Stratiokos et le couronna du diadème conformément aux lois et à la tradition. Puis, dans une harangue, il lui traça ses devoirs et le quitta « en ne lui laissant d'autres gardes que ses conseils ».

(l'était vers midi, le 31 août (1), que les conseillers de Théodora étaient ainsi tombés d'accord pour lui désigner un successeur. Le même soir, une heure avant le Ier septembre, qui marquait àByzance le coin-

(1) « Le trente ». au dire de Murait, de Bury et de Gelzer (Krumbacher, op. cit., |>. 100S).

•766 LES PORPHYROGENÈTES ZOE ET THEODOR I

mencement de l'année, la vieille souveraine expira. Elle était la dernière basilissa de cette illustre dynastie macédonienne qui durant cent quatrevingt-neuf années avait présidé aux destinées de l'immense Empire. Son règne qui mettait un terme à celle longue suite de temps avait été une période de paix, d'ordre et de justice. Aucune guerre ne désolait à ce moment les frontières de l'Empire (1 ). L'abondance et la fertilité dominaient

l Vrisdaguès de Lasdiverd éd. Prudhorome, p. 102) racontant le règne de Théodora, s'exprime en ces termes : « Le sidtan des Dadjigs (ou Turks"! Toghroul lui envoya un ambassadeur avec une lettre contenant ce qui suit : « Rends-moi les villes et districts que tes « ancêtres ont enlevés aux Dadjigs. ou paie-moi un tribut de mille tahégans par jour. » Pour l'apaiser, Théodora lui envoya des chevaux el des mulets blancs, des sommes considérables en argent avec des vêtements de pourpre. Celui-ci accueillit favorablement l'ambassadeur

chargé de lui remettr -s présents, le retint auprès de sa personne et l'emmena avec lui

dans la province de Babylone (c'est-à-dire en Perse). Ceci se passait dans l'année 504 de notre ère (8 mars IOjj-7 mars 1056 .

Dans ce même chapitre pp. 103 sqq.ï et pour cette même année, Arisdaguès mentionne encore : 1° une agression des Perses ic'est-à-dire des Turks , d'autres disent d'Abou'l Sevar, émir de Tovin et Kanlzatr l'Elisabethpol d'aujourd'hui), gendre du roi Aschod d'Arménie, jusqu'aux portes d'Ani : 2° Des combats entre le « vestis » Aaron, gouverneur impérial du Daron (appelé Avan par les Turksï et les Turks auquel ce haut fonctionnaire avait refusé de livrer un groupe nombreux de dissidents qui étaient venus prendre du service auprès de lui; 3° diverses autres incursions des Turks en Arménie, simples expéditions de meurtre et de pillage. En réalité, les Turks et leur sultan, très victorieusement occupés du côté de l'Aderbaidjan et du Diâr-Bekir et jusqu'à Bagdad, laissèrent à peu près en paix durant ce court règne la malheureuse Arménie et les frontières de l'Empire dans cette extrême région de l'Asie. Toutefois Ion el-Athir (IX, p. 410) place à l'année 416 de l'Hégire (avril 1055-avril 1056), durant la rampagne de l'Aderbaidjan, deux nouvelles agressions en territoire grec du sultan jusqu'à Manaskerd et jusqu'à Erzeroum.

A Jérusalem cependant, le joue sons lequel gémissaient les chrétiens s'appesantissait de plus en plus. Le Khalife Mostançer, maitre alors de la Syrie, fit fermer à nouveau l'église du Saint-Sépulcre en 1035 et défendit d'y donnerentrée aux pèlerins, ce qui affligea toute la catholicité. Trois cents chrétiens établis à Jérusalem durent en sortir pour aller chercher asile en Occident; et les peintures qu'ils répandirent de la barbarie musulmane échauffèrent les esprits et préparèrent les premiers germes des guerres saintes. Les pèlerins ne devaient plus à partir de ce moment jusqu'aux Croisades trouver la moindre sécurité en Palestine.

Mathieu d'Édesse éd. Dulaurier, p. 102i dit que Théodora était une sainte femme, vivant dans la virginité et d'une vie exemplaire. Il rappelle son gouvernement juste, charitable et bon. Elle délivra de leurs fers les princes arméniens, fils d'Habel (voy. p. 610), les renvoya chez eux, leur restitua leur ville d'Arghni et remplaça leur vainqueur Péros par un nouveau gouverneur Mélissène Mélissénos . homme de bien, bienfaiteur des populations.

Aboulfaradj [op. cit., p. 2S0) raconte encore qu'après la mort de Constantin, Théodora envoya une ambassade à Bagdad pour confirmer le tribut promis par le basileus défunt. Ce prétendu tribut n'était, du reste, pas autre chose que l'envoi régulier de grains auquel Constantin IX avait consenti pour venir en aide aux populations musulmanes de Syrie et de Mésopotamie décimées par la famine (voy. p. 612). — VHistoire des Khalifes Fatimites (éd. Wustenfeld, p. 2.:)0i confirme ce fait en nous apprenant qu'à la mort de Monomaque, Théodora voulut transformer cette convention commerciale en un véritable traité d'alliance offensive el défensive avec le Khalife d'Egypte Mostançer. Celui-ci répondit à ces avances par un refus formel. Aussi le gouvernement grec mit-il un terme à ses envois de grains et, de son côté, le Khalife se prépara-t-il à rouvrir les hostilités contre les Byzantins en Asie. En même temps, il faisait saisir le trésor accumulé par la piété des fidèles dans l'église de la Résur-

SÉDITION OU PROÈDRE VHÉODOSIOS 761

partout. La postérité n'a poinl refusé à cette vieille princesse le renom

d'une l> 1e sou> eraine. (1)

Jusqu'à ces dernières années on ne connaissail de Théodora que de très rares et très beaux sous d'or sur lesquels elle Ggure tantôl en pied aux côtés de la Vierge Toute Sainte, tantôl seule en buste en grand costume d'apparat avec la légende grecque « Théodora Augonsta ». Toul dernièrement (2), j'ai publié une monnaie d'argenl entièrement inédite acquise par le Cabine! îles Médailles île la Bibliothèque Nationale sur laquelle Théodora est désignée sous le litre curieux et tout a fail exceptionnel île « despina » (3) et aussi smis celui île Porphyrogénète qu'avaient porté son père Constantin VIII, son grand-père Romain II et son arrière grand-père Constantin Vil (4).

hune, dans la nuit ilu :il août île l'an lll.'ili, le jour même île la mort de Théodora, le vieux palrice .Michel Stratiotikos l'ut proclamé et couronné basileus et aulokralur des Humains (5), mais seulement après avoir par un serinent solennel juré de ne jamais rien faire contre la volonté et le désir des premiers ministres et des autres conseillers et eunuques de la souveraine agonisante. Son âge avancé qui l'invitait au repos lui avait rendu cette concession facile. Ceux qui l'avaient créé' ne lui avaient donné que l'ombre de la puissance. Eux gouvernaient en réalité ayant en mains le pouvoir effectif.

Dès le lendemain matin, 1er septembre, une violente sédition éclata. C'était dans l'ordre. Le proèdre Théodosios, neveu (G) ou cousin-germain du défunt basileus Constantin Monomaque, était dès longtemps résolu, à

rection à Jérusalem (Saint-Sépulcre) < iui venait, on le sait, d'être reconstruite. Il voulait surtout, en agissant de la sorte, se venger de ce que le gouvernement byzantin, s'étant convaincu que les Seldjoukides étaient maintenant plus a craindre que les armées d'Égypte.venait, sur la demande de Togbroul Beg, de faire rétablir en place du sien le nom du sultan dans la prière publique proclamée à la mosquée de Constantinople voy. p. 564).

(1) Théodora fut enterrée dans un monastère fondé par elle « 3 xaXgîtai i ''.y.'i-^'i-Jli-.v.-x ■, dit la ïûvo'J/i; Xpovixï-, (Sathas, Biblioth. <jr. m. mvi, t. VII. p. 163 .

i Revue de Numismatique, 1895. Voy. la vignette de la |>. 764 du présent volume.

i Voy. encore sur cette basilissa, Msedler, op. cil., pp., 1 à .'i (résumé de toutes les sources dans lesquelles le nom de Théodora se trouve cité .

'i 11 étail né a Byzance même. Les historiens te désignent parfois sous le nom de Michel l'Ancien.

ii i 'EÇaàeXfo; ». Zonaras. III. 655.

LES l'ORPHYROGENETES ZOE ET THEODORA

la mort Je la vieille impératrice, à faire valoir ses droits à la succession de l'Empire. Mais, à l'exemple de son oncle, ce personnage était plutôt fataliste, aussi, au lieu de préparer le terrain, il semblait attendre que la couronne comme un fruit mûr lui tombât dans les mains. La maladie quasi foudroyante de la basilissa le prit au dépourvu sans qu'il eut pris la moindre disposition pour lui succéder. La déception qu'il éprouva en apprenant en même temps et la mort presque subite de Théodora et la proclamation de Michel Stratiotikos le mit en fureur. N'obéissant qu'aux excitations de la passion froissée, sourd à toute prudence en face d'une entreprise aussi basardeuse, il assembla soudain ses serviteurs et ses

FRAGMENT d' an des côtés d'un coffret byzantin en os conservé au British Muséum. — Scènes de chasse. — .\I"'C Siècle. — (Catal. Dulton. — 1 ~oy. p. 08 1 . 1.

esclaves, ses familiers aussi, et entraînant à sa suite les plus déterminés et les plus ardents parmi ses clients et ses voisins, il sortit tumultueusement de sa demeure sise auprès du « Leomakellion (1) ». Se jetant dans les rues de la capitale à la tète de ce groupe armé, il se dirigea en bâte par la Platea vers le Palais Sacré dont il espérait s'emparer sans coup férir. Toute la ville fut remplie de cette rumeur et des cris de colère de ses partisans, demandant vengeance. Ils proclamaient à voix haute l'injustice abominable faite à leur chef, leur refus de reconnaître le nouveau basileus. Une foule parmi les gens de la rue se joignirent à cette troupe bigarrée. Comme on passait devant la prison d'État, on prit cet édifice d'assaut, on en força les portes et on en fit sortir les prisonniers qui tout naturellement firent cause commune avec l'émeute dont ils

(1) Voy. Du Gange, Constantinop. Christ., éd. Venise, p. 710.

SEDITION DU PROÈDRE rHÈODOSIOS 769

vinrent grossir les rangs. II en lui de même pour une seconde prison, celle de la (lhalcé. Théudosios. dit Skylitzès, comptai! faire i grand « grâce au secours de ces alliés improvisés.

Lorsqu'on eut été informé au Palais de l'approche de ces bandes furibondes, l'agitation fui grande, mais ce i;nuvernemenl d'eunuques ne perdit point la tête et toutes les mesures de résistance furent très promptemenl arrêtées. Personne ne savait, en effet, si on avait affaire à un mouvement organisé dès longtemps et sila sédition ne prendrait pas de développements beaucoup plus grands. L'alarme fut donnée à la garde

/ RESQl ES BYZANTINES de l'églix de Sainte-Sophie de Kiev.

— (Soc. imp. russe cFArchéol.)

palatine composée de mercenaires Scandinaves et aussi de corps purement grecs. En même temps, on faisait venir avec leurs chefs tous les marins de la flotte impériale amarrée dans le port, (l'était un corps d'élite. Ordre fut donné, aussitôt qu'un nombre suffisant de délVnsrurs aurait été assemblé, de marcher en colonne à la rencontre des émeutiers. Mais cela même devint inutile!... Dès que Théodosios eût été informé qu'il lui serait maintenant impossible de s'emparer du Palais par surprise, toute sa belle ardeur s'évanouit en un moment. Il renonça de suite à attaquer avec son groupe d'hommes mal armés les troupes régulières excellentes qu'on lui opposait et mit toutes ses dernières espérances dans le patriarche it le haut clergé de la capitale qu'il peu-ail devoir lui être favorables. ■ D'instinct il s'adressait à celui qui une l'ois déjà s'était

nn

montré le protecteur de l'émeute. Mais ici aussi il fut entièrement déçu. Michel Kéroularios n'était pas homme à se jeter à l'aveuglette dans une pareille aventure. S'il ne dédaignait pas de se servir de l'émeute, il n'avait aucun intérêt à protéger le premier ambitieux venu. 11 y aurait eu de sa part une inconséquence trop grave à renverser le soir même l'empereur qu'il avait sacré dans la journée. 11 n'eut pas un instant d'hésitation et fit fermer Sainte-Sophie. »

Comme Théodosios accourait à la Grande Église dans l'espoir d'y voir la foule citadine se réunir pour l'y acclamer, les portes du saint édifice furent closes précipitamment devant lui par ordre du patriarche. Personne de ceux qu'on était accoutumé de voir apparaître en ces circonstances parmi les familiers de l'émeute urbaine ne se montra. D'autre part, le groupe confus de ceux qui suivaient encore le malheureux Théodosios se désagrégea aussitôt, fuyant dans toutes les directions devant la troupe régulière qui approchait. Il ne resta bientôt plus qu'un malheureux suppliant abandonné de tous, agenouillé avec son jeune fils devant les portes de Sainte-Sophie, attendant son sort avec angoisse. Ce sort fut finalement bien moins dur que Théodosios n'eut osé l'espérer étant donnée la dureté des mœurs de l'époque. On se contenta, après l'avoir arraché des alentours du saint édifice, de l'exiler à Pergamon en Asie en compagnie de ses principaux adhérents. Son infortune n'excita du reste aucune commisération. Il n'y eut que rires et moqueries pour sa folle conduite (1) et la situation du vieux basileus que l'Empire venait de se donner en parut d'autant mieux affermie. Son pouvoir sembla même un moment ne devoir plus rencontrer aucune résistance.

Michel Stratiotikos descendait de la famille très considérée des Bringas (2). Il avait fait sa carrière dans l'armée. Ses cheveux blancs ne le sauvèrent point de la folie d'aspirer à la pourpre pour laquelle il était tout à fait insuffisant. La toute-puissance flattait sa médiocrité. Dans la liste des basileis byzantins, il figure sous le nom de Michel VI. Quand au surnom de Stratiotikos par lequel il est désigné dans l'histoire, nous ne

(1) La foule rhantait cette rantilene à son sujet : « !> |j.wpô; h Movo|xi-/oç, à' ti Ètppéve!, J7to;r,Tî ». Zonaras, III, 656.

(2) On se rappelle qu'un Joseph Bringas avait été premier ministre sous Romain II et Théophano. Voy. Un Empereur byzantin au XIIIC siècle, chap. I.

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