‹ L'épopée byzantine à la fin du dixième siècle (volume 2)Chapitre 116 sur 132 · FAIBLE CARACTÈRE DE MICHEL VI · texte numérisé non relu

FAIBLE CARACTÈRE DE MICHEL VI

savons s'il le dul à sa science de tacticien ou à des hauts laits personnels, ou encore a <li> succès guerriers < |< ut I le souvenir n'es-t { > • > i 1 1 1 parvenu jusqu'à nous. L'unique acte militaire que nous lui connaissions consiste a avoir donné 'les ordres pour qu'on appropriai le bàtimenl connu à Constantinople sous le nom de » Strategion » — caserne ou prison mili (aire, nous ne savons — donl l'étal >le saleté étail extrême. Ce petil événement excita la verve railleuse île- bourgeois de Constantinople. (in se racontai! plaisammenl que Michel Stratiotikos n'avait ordonne ce nettoyage que pour retrouver son jeu d'osselets perdu par lui en ce lieu. Léon Faraspondylos en proposant le Stratiotique pour le trône avait Cl'U taire preuve d'une réelle habileté. Lui et ses collègues ne pouvaient ignorer l'irritation qui régnait parmi les chefs militaires. En choisissant un d'entre ceux-ci pour être basileus, ils crurent avoir enlevé aux mécontents leur argument principal. Michel VI ne pouvait leur être d'aucun danger, du moins tant qu'il demeurerait fidèle à son serment, puisqu'il n'avait point à commander, mais seulement à taire ce qu'on lui commanderait. Et il semble bien douteux que ce vieillard ait jamais eu l'ambition de se rendre tout à fait indépendant ou même le sentiment de l'indignité du rôle qu'on lui faisait jouer. 11 était déjà à un âge où l'énergie faiblit, où il n'y a plus guère place pour l'action, où les résolutions longuement mûries font place aux hésitations et aux caprices. Ses adversaires politiques le désignaient sous le sobriquet du « Vieux », « Géron », aujourd'hui on dirait du ( (làteux ». Il était peut-être un bon soldat, mais il ne -avait pas le premier mot de politique ou d'administration. Ses honnêtes qualités ne pouvaient suppléer à tant de lacunes graves. Bref, de l'aveu unanime des sources contemporaines qui semble très véridique. Michel semble n'avoir jamais été qu'un instrument docile aux mains de ses ministres sans aucune velléité d'indépendance. « Le comparer à d'autres souverains serait plutôt au détriment de ceux-ci qu'au sien propre », a dit un de ses historiens. Il ne faut pas oublier qu'il devint basileus à un moment où, par suite de l'extinction de la glorieuse dynastie macédonienne, le trône était devenu le point de mire de toutes les puissantes familles de l'aristocratie byzantine. Chacune s'efforçait de se pousser en avant au détriment de ses rivales.

LES PORPHYROGENÈTES /.DE ET THEOnOR*

Plus le vieux basileus se sentait mal désigné pour le trône par ses origines ou par les services rendus, plus il s'efforçait de gagner du moins la faveur de tous. Il combla tous les membres du Sénat de marques de sa munificence. Chaque dignitaire fut promu à un rang supérieur. Une foule d'autres mesures furent prises par le souverain que ne commandaient ni l'intérêt de l'État, ni la qualité de ceux qui en bénéficiaient. Le bas peuple obtint pour sa part des distributions d'argent et d'autres libéralités.

Ce pauvre basileus n'était pas du tout de son temps qu'il ne cessait du reste de comparer avec amertune à celui de sa jeunesse. Certainement, depuis les brillantes années du règne du grand Basile, beaucoup de choses

avaient dégénéré. Aussi Michel VI s'efforçaitil un peu puérilement de restituer une foule de vieilles coutumes et de vieux usages dont il entendait imposer la pratique, espérant par ces petits moyens guérir le mal dans sa racine. Ainsi il introduisit quelques changements dans le haut commandement militaire. Ainsi il imagina de décréter que les procurateurs du fisc seraient recrutés non plus parmi les personnages sénatoriaux, mais parmi les scribes attachés aux diverses Archives publiques, et aussi que les hommes porteraient à nouveau le genre de « couvre-chef rouge » à la mode il y avait un demi-siècle (1). Le peuple haussa les épaules et obéit en murmurant, mais ce n'était pas avec de telles futilités qu'on réformait un grand Empire. Toutes ces ordonnances ridicules ne furent que des coups d'épée dans l'eau et la sénile activité du basileus, uniquement préoccupé de ces riens, demeura sans but comme sans résultat.

Il fallait que ce triste souverain complètement isolé dans l'Empire fît front de deux côtés à la fois et se défendit contre l'influence hostile de l'aristocratie aussi bien dans les fonctions civiles que dans les emplois militaires. Pour parer au premier de ces périls, on imagina cette nouveauté que les personnages sénatoriaux se virent de plus en plus écartés

sor D'OR du basileus Michel VI Stratiotihos.

(1) Voy. sur ce passage obscur de Skylitzès, Cédrénus, éd. Bonn, note de la p. 881.

A i / IA MON A /.A IUMENO S

des hauts emplois dans 1rs Gnances, emplois qui donnaienl à leurs titulaires une grande influence. On réserva dorénavant ces situations pour les fonctionnaires partis d'en bas, ayant suivi la Qlière, ne devant rien qu'à leurs capacités el à leur zèle.

Les principaux chefs militaires de l'Empire, donl plusieurs avaient encore fait leurs premières armes à Ternie île la grande guerre bulgare

FRESQUES BYZANTINES de l'église Cathédrale de Sainte-Sophie de Kiev. — XI Sià le. — (Soc. Imp. rosse dTArchéol.)

sous Basile II, avaient été successivement dépossédés des plus hauts commandements de l'Empire d'abord par Monomaque, puis davantage encore sous le court règne de Théodora. Cependant le plus distingué, le plus illustre, le plus populaire de tous à cette époque, le fameux héros Katakalon Kekauménos, qui ne devait sa haute situation ni à sa naissance, ni à ses alliances, mais uniquement à ses hauts faits, avait été jusqu'ici personnellement épargné.

Dès avant le règne de Théodora, sans que nous puissions fixer exactement une date, ce capitaine couvert de gloire avait même été élevé au poste si important de duc d'Antioche, c'est-à-dire de généralissime

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des marches du Sud. Le Stratiotique le révoqua de ce haut commandement pour l'y remplacer par son propre cousin, le magistros Michel Ouranos, descendant probablement du célèbre général de ce nom, Nicéphore Uuranos, vainqueur du tsar Samuel de Bulgarie en l'an !I!)G dans le val du Sperchios (1).

Nous avons vu plus haut comment le nouveau hasileus avait à son avènement répandu les rayons de sa munificence sur le peuple et sur les fonctionnaires. Seule l'armée n'obtint pas la moindre parcelle de cette manne impériale Le Stratiotique persista dans la suite dans son attitude hostile à tout ce qui était militaire. Les demandes les plus légitimes se voyaient repoussées par lui en bloc, aussi l'exaspération des troupes et de leurs chefs prenait-elles des proportions de plus en plus redoutables.

Parmi les grands «. condottieri » d'origine étrangère à la solde de l'Empire à cette époque, se trouvait encore le célèbre chef franc ou plutôt northmann Hervé ou Ilervœus ce le Francopoule », 1' « Herbébios » des chroniqueurs byzantins. A propos du très précieux sceau de ce personnage que j'ai eu le bonheur d'acquérir il y a bien des années à Conslantinople (2), j'ai raconté d'après les sources grecques l'extraordinaire odyssée de ce soldat fameux, né aux brumes de la Manche et devenu un des principaux officiers des armées impériales h Byzance (3). Déjà sous Georges Maniakès en Sicile (4), puis en Bulgarie contre les Petchenègues (5), il s'était brillamment distingué au service du basileus. Partout sa vaillante épée avait accompli des hauts faits signalés. Estimant dès lors qu'il avait depuis longtemps les titres nécessaires pour être élevé au rang de magistros, il s'adressa au basileus à cet effet. Non seulement la demande du brillant soldat fut accueillie par un refus, mais il fut traité si indignement, avec un tel mépris, qu'il sortit du Palais presque fou de colère. Incapable de supporter cette honte et de dissimuler son ressentiment (G), il pria qu'on le laissât se retirer à Dabarama, dans le thème

(1) Épopée, II, pp. 131 sqq.

(2) Voy. la gravure de la p. 580.

(3) Deux chefs normands des armées byzantines au XI' siècle. — Rpv. historique, 1881.

(4) Voy. p. 579. — Voy. p. 5 de mon mémoire. '51 Voy. pp. 579 sqq.

ti Oia JjplKo: xai t/,v opyr,'/ ixarâfr/ïioç ". 'lit Skylitzès Cédr., II. HI7

HERVE LE FRANl OPOl I I 775

des Arméniaques, où il possédait depuis de longues années un importanl domaine, un grand fief militaire. De ce qui Be passai! el se tramail en

ci' munie temps entre les chefs militaires d'origine puremenl grecque, il ne savait absolument rien parce que ceux-ci considéraient tous ces aventuriers étrangers qui vendaient leurs services comme des intrus et ne leur eussent ménagé en cas de rencontre ni leur mépris, ni leur haine, ni leur défiance. La faute commise par le nouveau hasileus en fui d'anlant plus grande d'indisposer définitivement pour des motifs aussi misérables un aussi vaillant guerrier qui eut pu lui être d'un secours immense dans sa lutte contre l'armée soulevée. Dès que Hervé' fut de retour en Arménie, il entama des négociations avec beaucoup de ses compatriotes qui avaient leurs cantonnements d'hiver dans cette région. 11 parvint à en déhancher trois cents du service de l'Empire à la tète desquels, ahandonnant le service du basileus, il passa sur les terres des Infidèles. Il se dirigea d'abord sur l'antique Médie, où il fit cause commune avec le chef turc Samouch qui occupait pour lors ces parages avec ses bandes. A eux deux, ils résolurent d'envahir en commun le territoire de l'Empiré. La suite des aventures de Hervé sort des limites de cet ouvrage (1).

La terreur turque existait, on le sait, pour l'Empire byzantin depuis l'an 1048 que Toghroul-heg, devenu le gendre et le généralissime du Khalife de Bagdad, avait ouvert la campagne contre les Grecs. A la suite d'une seconde invasion dévastatrice, Toghroul avait laissé derrière lui sur la frontière d'Arménie, son vaillant lieutenant Samouch avec trois mille guerriers et celui-ci n'avait cessé depuis par des razzias audacieuses de piller et de dévaster affreusement le territoire limitrophe de l'Empire. C'est lui auprès duquel Hervé' s'était retiré avec ses Normands. On se décida enfin au Palais Sacré à envoyer contre lui dans ces régions une forte armée. Comme on avait composé celle-ci des meilleures troupes de l'Empire, c'est-à-dire des fameux contingents macédoniens, et que la guerre contre des ennemis aussi redoutables que les Turks réclamait la présence d'un chef de premier ordre, .Michel Stratiotikos rappela

I Voy. I'- mémoire de moi signalé plus haut. Hervé, brouillé avec Samouch, tomba par surprise aux mains de l'émir de Chliath, sur le lac Van, qui le 01 mettre aui fers.

LES PORPHYROGÉNÈTES ZOÉ ET THEODOHA

d'exil Nicéphore Bryennios pour le mettre à la tète de ces forces excellentes. Le nouveau généralissime eut pleins pouvoirs avec le titre de stratigos du thème de Cappadoce. Ce qui arriva ensuite demeure inexplicable. Nicéphore Bryennios demanda qu'on lui restituât auparavant ses biens confisqués par Théodora. Le basileus lit d'abord à cette réclamation une réponse dilatoire, et, comme le vaillant chef insistait, il ne sut que lui répéter le dicton populaire :

« montre d'abord ce que tu sais l'aire, nous nous occuperons ensuite de ton salaire ». Ainsi ce basileus imbécile, au lieu de se concilier un si important allié, n'avait réussi qu'à se créer un puissant ennemi de plus !

De tout temps à Byzance les solennités de Ptàques avaient été célébrées comme celles de la première des fêtes de l'Église. Le basileus, à cette occasion, avait coutume de dispenser aussi bien au peuple qu'aux fonctionnaires et à l'armée les témoignages les plus divers de sa munificence et de sa gratitude, des dons de toute espèce. Ainsi s'assemblèrent au Palais Sacré le jour de Pâques de l'an 1057 tous ceux qui n'avaient

PLAQUE D'IVOIRE représentant l'histoire des rois Mayes. — Travail byzantin du XI"" Siècle de l'Italie méridionale. — (Coll. Martin Le Roy.— loi/, la grav. de la p. 233.)

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