SCÈNE DE VIOLENCE AU PALAIS
(1,'ins l'altitude la plus respectueuse. Sun accueil fut gracieux, nous «lit Psellos, qui assistait à cette séance mémorable. Il leur prodigua les épithètes les plus louangeuses, vanta leur bravoure, leurs loyaux services. Le plus loué de tous fut Katakalon Kékauménos.
tt Tout cela en demeura à ces quelques bonnes paroles. Quand Com nène et Katakalon demandèrent au basileus de les élever au rang de proèdres, ils n'obtinrent qu'un relus 1res sec. Pas un de leurs desiderata ne fut exaucé. Puis le basileus, dépouillant soudain son masque de bienveillance, n'eut plus pour eux que îles paroles irritées, témoignant pour l'armée îles sentiments les plus hostiles. Tous, chefs et soldats, eurent leur part dans ce blâme universel. Plus le rang était élevé, plus fort tombaient les coups. Comnène lui-même ne fut point épargné. Ce fut Katakalon cependant qui eut à subir les plus violents reproches. « Par sa faute Antioche avait failli être perdue pour l'Empire. 11 avait affaibli le sentiment militaire dans l'année. Il n'avait su se conduire ni en héros, ni en homme de cœur. Une seule poursuite l'avait occupé : s'enrichir. Son haut commandement ne lui avait nullement servi à augmenter sa gloire militaire, seulement à assouvir sa soif de gain. i> Les camarades du malheureux chef, muet d'indignation, tentèrent de le défendre. Tout fut en vain. On s'efforça aussi inutilement de calmer le vieux souverain. Il imposa silence à tous et continua à déraisonner et à insulter chacun. L'émotion de l'illustre assistance fut portée à son comble. Les chefs militaires bouleversés se regardaient avec stupeur. Tremblants de rage devant ces affronts inouïs, n'ayant [dus soif que de vengeance, ils quittèrent le Palais en désordre après cette scène extraordinaire qui devait avoir îles conséquences si graves.
« Le vieil empereur avait été bien mal conseillé. Ses ministres, cruellement illusionnés sur leur puissance vraie, fermaient les yeux à l'excessive gravité de la situation. La déception des chefs militaires avait été extrême. Il eut été d'une sage politique de s'appliquer à panser leurs blessures d'autant qu'une occasion favorable se présentait pour cela, une seconde audience du basileus ayant été sollicitée. Malheureusement la porte du Palais demeura obstinément fermée.
« Lorsque la colère des grands cbefs se fut quelque peu calmée et qu'ils
LES PORPHYROGÉNÈTES ZOE ET THEODORA
curent considéré froidement leur situation, l'avis général prévalut qu'avant de recourir à la force il fallait essayer de tout autre moyen pour obtenir justice. Les généraux réclamèrent en conséquence l'intervention du premier ministre, le protosyncelle Léon Paraspondylos, et lui exposèrent leurs desiderata et les motifs qui les dictaient (1). Mais comme le ministre dominait entièrement le vieux basileus qui n'avait en somme fait que répéter ce que l'autre lui dictait, cette nouvelle démarche était condamnée d'avance au plus complet insuccès. Le seul fait qu'elle fut néanmoins entreprise témoigne de la sagesse des postulants. Ils étaient ainsi arrivés à mettre complètement dans son tort le gouvernement qui se refusait même à prendre connaissance de leurs réclamations si modérées et si équitables. En même
temps ils avaient tous acquis cette conviction, de même que bien d'autres qui peut-être au début ne partageaient pas leur manière de voir, qu'il n'y avait plus absolument rien de bon à attendre de ce vieux basileus jouet de ministres obstinément hostiles. Bien au contraire, le pis était à redouter et cette conclusion s'imposait que l'unique chose à faire était de renverser à tout prix l'ordre de choses existant, de remplacer ce vieil empereur impossible par le plus distingué des chefs militaires qui saurait restituer à l'armée dans l'Empire la place qu'elle n'eut jamais dû perdre.
« Donc un vaste et redoutable complot se forma qui pouvait compter avec certitude sur la connivence secrète du patriarche Michel Kéroularios. Cette fois, en effet, ce n'était plus d'une aventure qu'il s'agissait, mais d'une résolution solide et définitive appuyée sur des forces réelles, sur
(AMEE BYZANTIN des XI«" n„ XII— Siècles avec monture d'orfèvrerie occidentale portant une formule magique, — Cabinet îles Médailles de Erance. fCatal. Babelon.i
(1) Zonaras, III, 656.
CO X.n i: I / ION l> INS S \INTE-S0PHIE
:si
L'armée impériale toul entière; aussi le patriarche qui avail si dédaigneu-
s eut repoussé les ouvertures de l'infortuné Théodosios ouvrit-il cette
fois aux conjurés les portes de Sainte-Sophie pour leur permettre de complotera leur aise. Ce n'était pas du reste, on le sait, la première fois que l'orgueilleux prélal figurai! sous l'habit d'un conspirateur.
4 La réunion solennelle où le pacte tragique devail être c -lu Fut
donc tenue sous les voûtes splendides de la Grande Église. Les conjurés s'engagèrent par 1rs plus terribles serments à garder le secret jusqu'à ce qu'ils eussent vengé l'af front qui leur avait été l'ait. La que — I ion capitale de savoir qui sérail le chef suprême du mouvement en même temps que le prétendant au trône opposé au vieux basileus condamné à disparaître, suscita un débat aussi violent que prolongé en cette séance mémorable où sous les voûtes antiques de cette Sainte- Sophie qui avait déjà tant
VU de spectacles augustes, MÉDAILLON-PENDELOQUE êmaiUé, trouvé à Riatan. se débattaient les futures ~ Orfèvrerie rosse du XI- Siècle. - (Kondakow,
ira rosses .
destinées d'une moitié du
monde connu. Tous étaient d'avis que Katakalon devait être choisi de préférence à cause de son âge, de son énergie, de son expérience. Et cependant il refusa net d'assumer un tel fardeau. En quelques brèves paroles, il affirma que l'assistance devait faire un autre choix. Puis, se levant soudain, il proclama solennellement aux applaudissements de tous basileus des Romains, le stratigos tsaac Gomnène. Le faible gouvernement du Stratiotique qui, par courte vue ou par sentiment erronné de sa puissance, avait tant froissé' les généraux, ne se douta même pas de ce qui venait de se passer, et lorsque les conjurés lui demandèrent l'autori-
7S2 /.E.S PORPUYROGÉNÊTES ZOÉ ET THÉODOR l
sation de regagner leurs domaines respectifs d'Asie, il la leur accorda aussitôt, sans se douter qu'il signait ainsi sa perte. »
Michel Kéroularios, assez habile pour ne pas compromettre sa dignité trop vite, ne parut pas dans les assemblées des généraux. Mais sa participation au complot dès cette époque ne fit de doute pour aucun de ses contemporains. Michel Attaleiates affirme qu'il était mis au courant de tous les desseins d'Isaac Comnène par Constantin Dukas qui avait épousé sa nièce et faisait partie du complot. Il assista donc en simple spectateur à tous les événements qui s'écoulèrent entre ce mois d'avril et la grande tragédie finale du mois d'août.
« Les conjurés avaient déjà, avant de quitter la capitale, renoué des relations avec Nicéphore Bryennios qui avait, on le sait, été mis à la tête des contingents macédoniens dans les régions de la Cappadoce. Son adhésion à leur mouvement et sa jonction avec eux constituaient pour leur cause un formidable appoint en plus. Katakalon, qui avait émis l'avis d'associer au mouvement les troupes de Macédoine et leur chef, ne fut point déçu dans son attente. Bryennios accepta avec enthousiasme cette occasion de prendre sa revanche sur le nouveau basileus. Et cependant, ce fut lui précisément qui, par son impatience et son indiscipline, faillit amener la ruine complète de toute cette entreprise.
« Brvennios avait quitté Constantinople après les fêtes de Pâques pour gagner son poste lointain. Il emmenait en qualité de payeur général de l'armée le patiïce Jean Opsaras. Lorsque tous deux furent arrivés dans les vastes plaines du thème des Anatoliques à l'occident de celui de Cappadoce, Bryennios fit distribuer la solde à ses troupes et ordonna de leur verser une paye supplémentaire. Mais Jean Opsaras refusa d'obéir sans en avoir reçu l'ordre formel du basileus. Il persista dans sa résistance malgré les objugations impératives de Bryennios. Alors le chef exaspéré, bondissant de son siège, se jeta sur son lieutenant désobéissant, l'accablant de sa fureur. Finalement il lui arracha la barbe et les cheveux, puis, le jetant à terre, il le fit charger de chaînes et garder à vue dans sa propre tente, durant qu'il prenait possession du trésor de l'armée et distribuait de son propre chef aux soldats la solde supplémentaire. Le châtiment d'un acte aussi criminel ne fut pas long à venir. Tout
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près de Bryennios se trouvaient les cantonnements du patrice Lykanthès (jui, en r-a qualité de stratigos de ce thème des Anatoliques, commandai) aux contingents des antiques provinces de l'isidie et de Lykaonie. Ce personnage était demeuré jusqu'ici lidèle au nouveau basileus. Aussitôl qu'il eul reçu la nouvelle de celle arrestation illégale d'un haut fonctionnaire impérial, il partit à la tête de deux bataillons de son thème. Bryennios fut surpris par cette troupe aux cris de * longue vie au bas iléus .Michel ». .letë à son tour dans les fers, il fut livré à Jean Opsaras délivré qui lui lit crever les yeux el l'expédia dans ce piteux état, chargé de fers, à Gonstantinople.
« La faute impardonnable de bryennios avait été d'infliger au représentant du basileus un traitement aussi scandaleux sans s'être préalablement assuré des sentiments des autres chefs militaires cantonnés dans soti voisinage. Lykanthès ne savait absolument rien encore des intentions des conjurés. Telle était à ce moment la rivalité des divers généraux entre eux que Bryennios n'eut jamais dû oublier combien aisément, du moment qu'il se poserait ouvertement en rebelle, il trouverait un collègue pour le combattre qui se créerai! ainsi des litres à la reconnaissance et aux libéralités du basileus.
x. Katakalon, de son côté, n'eut pas plus tôt quitté la capitale et mis le pied sur la terre d'Asie qu'il lit preuve, lui aussi, d'une non moins grande et non moins incroyable imprévoyance qui eut pu également a\nir des conséquences incalculables. A Nicomédie, il avait fait la rencontre d'un basilikos ou messager impérial auquel il remit pour le logothète de la Course, Nicétas Xylinités, le message que voici d'une brièveté toute militaire. « Sachez que votre basileus n'a pour Isaac Comnène et pour moi que dédain. Il se refuse à écouter nos doléances et nous renvoie avec mépris dans nos demeures respectives. Soit, nous nous en allons. Mais si cependant ton maître et toi ne tombez pas d'accord sur les motifs de notre disgrâce et notre éloignemenl, envoyez une armée pour nous faire prendre et nous ramener prisonniers. » Après cela il poursuivit sa fuite précipitée.
« De tout ceci, du ton si insolent de ces missives, on peut conclure à quel point les conjurés se croyaient sûrs de réussir. Us semblent cepen-
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dant n'avoir été guère pressés d'aboutir. Du moins on peut le conjecturer par la suite des événements. On avait tenu des conseils dans la capitale; on était convenu des mesures les plus importantes, mais il semble douteux que le rôle de chacun ait été exactement indiqué, ou qu'on ail décidé à quel moment précis chacun devait se soulever avec ses contingents. Bien plus, on éprouve presque l'impression que les conjurés furent réveillés bien contre leur gré de leur torpeur et qu'ils furent véritablement forcés à une action énergique par la volonté déterminée d'un petit nombre d'entre eux. Vraiment Isaac Comnène ne dut son salut final et ses prodigieux succès qu'à sa fortune extraordinaire et à l'insigne faiblesse du gouvernement du Stratiotique. Ce chef s'était pour lors réfugié
dans sa maison paternelle de Kastamon en Paphlagonie, la Kastamouni actuelle, sur l'Amnios, affluent occidental de nialys, le Gœk Irmak des Turks. 11 s'y tenait tout à fait tranquille, alors qu'il eut été au contraire de son intérêt de profiler de suite des circonstances actuelles si favorables.
« Lorsque Katakalon fut de son côté arrivé dans son pays d'origine, au lointain thème de Colonée sur la frontière d'Arménie, l'attitude mystérieuse d'Isaac Comnène devint aussitôt pour lui une cause d'extrême souci. Il craignit que lui et les autres conjurés n'eussent peut-être changé d'avis. Dans ce cas lui, qui était peut-être le moins compromis, allait être seul à supporter tout le péril! Il chercha de tous côtés quelque sûreté, une planche de salut. Il n'avait à sa disposition aucune force militaire considérable pour engager la lutte. Puis il était si complètement dans l'ignorance de l'accueil que les troupes cantonnées dans les régions voisines de celle qu'il occupait, feraient à ses propositions, qu'il hésitait à les sonder à cette intention. Il prit donc le parti de se tenir coi, lui aussi, faisant à dessein courir le bruit qu'il était demeuré le dévoué partisan du basileus et qu'il n'hésiterait pas à entrer en lutte avec les ennemis de celui-ci. Il réussit ainsi à atteindre son but. Le gouvernement lui témoigna de l'indulgence et les troupes
SOU D'OR du basileus Michel VI Stratiotikos.
/ ' \SSE UBLEE DE GOl Y \ni l
auxiliaires cantonnées dans le petil thème de Colonée, à savoir deux m ^iinenls d'auxiliaires normands el un de Vaerings ou Russes, ne lui Grenl aucun mal. Ainsi il se trouva que la conspiration des généraux avait bien une tête, mais pas encore de bras donl elle avail précisément
a ce ni' ni si grand besoin '
« La capture de Bryennios avail mis |,. feu aux poudres. <'n pouvail
craindre que pour sauver sa vif le malheureux mutilé ni' livrai 1rs n s
des l'un urés dès -mi arrivée dan- la capitale, ou bien encore qu'on ne 1rs lui arrachai par la torture. Pour conjurer ce péril, les principaux parmi 1rs chefs rebelles, qui se trouvaient à ci' momenl réunis dans le thème
PARAPETS de la tribune 'In transept de V église Saint-Marc de Venise. — .1'-; byzantin il- in fin du .Y/»"' Siècle. — (Millet, Il -Étades, C. 767. i
des Anatoliques où Bryennios avail été saisi, le proèdre Romain Skléros, Nicéphore Botaneiates le futur empereur, les tils do Basile Argyros, d'autres encore qui jusqu'ici, dans la crainte que le soulèvement n'éclatât ailleurs, s'étaient prudemment dissimulés, convoquèrent en hâte leurs contingents et s'avancèrent à leur tète jusqu'en Paphlagonie pour y retrouver fsaac qu'ils contraignirent presque par la violence à se déclarer enfin ouvertement. C'était le favori de l'armée. Psellos vante la belle stature de ce chef, son maintien majestueux, son âme noble et ferme. Dans la vaste plaine de Gounaria, dans cette lointaine Paphlagonie, un camp immense fut dressé qui devint comme le centre de ralliement pour tous ceux qui désireraient soutenir de leur épée le soulèvemenl de tous ces vaillants. Le 8 juin 1057, journée infiniment mémorable, Isaac Comnène
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fut solennellement proclamé par ses partisans basileus des Romains! Ceci pouvait être la lin du bon accord. Tout dépendait maintenant de ce qu'allait décider Katakalon. Toutes les nouvelles étaient défavorables et le signalaient comme devant trahir ses anciens alliés au profit du Stratiotique. Impossible de songer à une marche sur la capitale tant qu'on aurait sur ses derrières ce chef si populaire, si habile et si redoutable. Jusqu'à ce qu'il eût parlé, le nouveau prétendant n'eut d'autre alternative que de se tenir enfermé dans son camp soigneusement fortifié. Le mouvement insurrectionnel semblait déjà presque étouffé dans l'œuf. A ce moment même arriva un messager de Katakalon qui chassa les noirs soucis. L'illustre capitaine mandait à Comnène que tout marchait à souhait et qu'il accourait le rejoindre à la tète de forces imposantes !
« Katakalon avait adopté la devise célèbre : la lin justifie les moyens. Dès qu'il se fut convaincu que le gouvernement du basileus avait pleine confiance en sa fidélité, il commença à mettre à exécution ses plans avec une extraordinaire activité. Il embaucha et arma ses serviteurs, ses alliés, ses clients et forma ainsi un premier groupe d'un millier d'hommes. Ensuite il s'occupa de ceux en qui il se fiait moins, personnages en vue et chefs militaires de sa province. Il réussit à les mettre presque tous de son parti. Pour ce qui était du menu peuple, il eut encore plus beau jeu. Puis, ces heureux débuts lui semblant quand même insuffisants, il s'efforça d'y ajouter la sécession des troupes demeurées fidèles au basileus dans ces régions. Il ne craignit pas, à cet effet, de produire un faux ordre du Stratiotique qui lui confiait le soin de marcher contre le Turk Samouch à la tète des trois bataillons d'auxiliaires étrangers, deux de Francs ou Normands, un de Vœrings russes, cantonnés en ces parages, plus les contingents des deux petits thèmes-frontières de Colonée et de Ghaldée. Obéi aussitôt, il concentra ces forces importantes, cinq bataillons en tout, dans la plaine de Nikopolis, aujourd'hui Kara-Hissar, dans le thème de Colonée. Là, il manda auprès de lui chacun des chefs de corps et leur donna audience successivement. Il les recevait à cheval en tenue de combat. Il leur révéla à chacun le secret de la conspiration, leur donnant le choix entre une adhésion immédiate ou la mort. Naturellement tous opinèrent pour le premier parti. Leurs soldats d'origine purement
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byzantine, c'est a dire les contingents des thèmes île Golonée el de Chaldée, les suivirenl aisément. Il lui plus difficile de décider 1rs Franks ri li- s liusscs. ( icpciiclaiii , à force de promesses el de menaces, on vinl à boul de leurs scrupules el Katakalon réussit à les embaucher tons au service de sa grande entreprise. Toul péril avail ainsi disparu pour lui. Aussitôt qu'il eut de plus gagné à sa cause les garnisons des grandes cités de la région, Mélilène, Séliasle, Téplirique, auxquelles se joignirent encore de nombreux pet its dynastes arméniens de ces parages avec leurs contingents, il leva le camp el partit à marches forcées. Il lit dés le milieu de juillet sa jonction avec les troupes de Comnène campées à Gounaria. Tout le long de sa route, de gré ou de force, il avait entraîné à >a suite les contingents impériaux disséminés dans ces lointaines régions d'Arménie avec tous les feudalaires ou barons locaux el leurs vassaux (1). Son arrivée remplit de joie Comnène et les autres chefs et dissipa leurs dernières inquiétudes.
« Une assemblée solennelle décida de prendre immédiatement l'offensive contre le basileus. Isaac confia sa femme la princesse Catherine avec tout ce qu'il avait de précieux à son frère Jean Comnène pour qu'il conduisit celle-ci au i kastron » de Pimolissa, forteresse liàtie sur un rocher, sur le fleuve Halys, où elle devait demeurer renfermée jusqu'à la victoire finale. Puis l'armée rebelle, prenant la grande route militaire du nord par Gangra et Bithynion, marcha droit sur Nicomédie. En arrivant au fleuve Sangarios, on trouva le pont coupé par les Impériaux qui se trouvaient en force aux environs. Leurs avant-postes occupaient les hauteurs de la rive gauche. Force fut d'incliner à gauche jusqu'à ce qu'on eut atteint l'autre route militaire plus méridionale qui conduit à Nicée.
(1) Mathieu d'Édesse, écrivain arménien, raconte avec les idées de sa nation la révolte et le triomphe de Comnène. Je trouve au chap. LXXIX iéd. Dulaurier, p. lui une phrase curieuse. Après avoir raconté que les désordres en Asie durèrent encore quelque temps après le triomphe du prétendant et que celui-ci, une fois maître du pouvoir suprême, combla d'honneurs ceux qui étaient demeurés fidèles jusqu'au bout au Stratiotique, bien plus que ses propres partisans, ajoute ceci : « Avant que la cause de Comnène ne triomphât, plusieurs grands d'Arménie étaient accourus au secours de Michel, entre autres Bizônid ton Bizschônid] et Liparit (le fameux Liparit tant de fois déjà cité dans ce volu Mais lorsque ceux-ci
furent arrivés à Djerdjel'i peut-être (iergis de Troade .', dit M. Dulaurier . ils se sauvèrent
pendant la nuit en se disant h's uns aux autres: « L'erreur retourne de Djerdjéri » ce passage est obscur . Au bout de quelques jours, ils vinrent se présenter au nouvel empereur qui les traita avec h-s plus grands honneurs. »
LES PORPRYROGÉNÈTES ZOE ET THÉODORA
On franchit le fleuve près de l'antique localité de Tattaion. On marchait lentement parmi les acclamations enthousiastes des populations accourant
de toutes paris. La grande cité de Nicée avec ses magnifiques remparts debout encore aujourd'hui n'opposa pas de résistance et ouvrit de suite ses portes. Elle allait devenir pour les rebelles le pivot de leurs futures opérations. Les troupes qui y tenaient garnison eurent le loisir de se retirer si elles préféraient demeurer lidèles au basileus. A la première
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REMPARTS BYZANTINS île Nicée. — [Me des portes. — fPhot. commun. par M. li. Kœchlin. i
nouvelle de l'approche des forces rebelles elles s'étaient du reste en grande partie dispersées, chacun courant protéger les siens. Leurs chefs, Lykanthes, l'énergique stratigos du thème des Anatoliques, Théophylacte Maniakès et l'Ibère Pnyemios, stratigos du thème de Charsian, bien d'autres encore, s'enfuirent jusqu'à Gonstantinople où ils annoncèrent au basileus et à ses conseillers épouvantés la venue imminente du prétendant.
« Toute une moitié orientale de l'Empire, toute l'Asie qui avait déjà reconnu Comnène était désormais perdue pour le Stratiotique. Il n'y eut pas d'interrègne. On continua à percevoir au nom du nouveau basileus