IS II'' ORGANISE LES THÈMES D'ASIE
les impôts pour subvenir aux frais de la guerre. Isaac Comnène considé rait • I * *j ;"» tous ces thèmes d'Asie comme lui appartenant, mais il étail avant tout prudent; surtout il avait besoin de beaucoup d'argent. U évita (Inné avec soin à ses nouveaux sujets 1rs exactions violentes et lit simplemenl lever les ini|iùls réguhers et les taxes accoutumées par ses fonctionnaires éprouvés d'après les registres anciens ou d'après les i velles
lislcs officielles régulièrement établies. Ceci lui permit de ne pas mettre
REMPARTS BYZANTINS de Nicée. - Côté sud-est. par M . /.'. KoBchlin. >
— I I 'h"i . commun.
trop durement en réquisition les biens de quelques-uns de ses principaux partisans, comme par exemple Constantin Ihikas, qui ('(aient prêts à sacrifier tout ce qu'ils avaient pour le succès de son entreprise. Toute communication fut interrompue entre la capitale et les provinces d'Asie. Toutes les routes lurent par ordre de Comnène strictement fermées. Personne ne put sans une autorisation signée de sa main dépasser la ligne des avant-postes de l'armée rebelle.
« La grande réputation de Comnène, immensément grossie par cette marche quasi-triomphale, les qualités de décision dont il venait de donner des preuves si brillantes, ses plans si bien conçus qui lui gagnaient la con-
790 LES PORPHYROGÉNÈTES 7.0E El T11EODORA
liance universelle, lui valaient chaque jour des adhésions plus nombreuses. Chaque jour elles amenaient dans son camp des partisans nouveaux. Ce n'était pas une tâche aisée de contenir et d'organiser ces masses confuses. Une discipline infiniment sévère fut établie. Du reste Isaac Comnène était bien l'homme qui par sa seule présence imposait l'obéissance et le respect. Jamais, disent les chroniqueurs, il n'eut à tirer son épée contre un de ses soldats. Bien rarement il avait recours à un châtiment sévère. Un regard, une contraction des sourcils lui suffisaient pour faire rentrer de suite chacun dans le rang. Les nouveaux venus ne furent point immédiatement enrégimentés. Il leur fallut faire un stage d'instruction. Le prétendant ne tenait aucun compte du nombre des combattants, mais bien de leur valeur propre. On établit la liste des dispensés de toutes catégories, infirmes ou de mauvaise constitution, soldats peureux aussi ou indisciplinés et on les classa dans les services auxiliaires où ils pouvaient encore rendre des services. De tous ceux au contraire que l'on reconnut posséder les qualités voulues de discipline, « obéissants au doigt et à l'œil », on forma compagnies et régiments. Chaque corps eut dans le camp sa place désignée, dans le silence, sans tumulte. 11 n'y eut pas un homme dans l'armée qui ne connût exactement son poste de marche et de combat. Un choisit les officiers parmi les {dus éprouvés. L'élite de l'armée était formée par les troupes de Katakalon et les contingents des autres grands feudataires d'Asie, troupes excellentes, combattants aguerris et déterminés. Isaac Comnène se choisit personnellement parmi ses compatriotes et ses proches de Paphlagonie une garde d'élite. Le paiement de la solde, les dépenses de l'entretien des troupes abondamment pourvues de tout se firent avec une régularité absolue. La cause principale de mécontentement ou de souci en fut supprimée du coup. Isaac Comnène, ne dormant jamais, toujours au premier rang, excitait par son maintien splendide, par son attitude assurée, l'admiration de tous.
« De si excellentes mesures semblaient assurer le succès de celle vaste rébellion militaire. Aussi Isaac Comnène, laissant le trésor de guerre et les bagages dans Nicée, alla établir son camp à deux milles plus au nord de cette ville, dans un emplacement infiniment avantageux,
/ /•; STRATIOTIQUE ORGANISE l i DEh'ENSI 791
appuyé qu'il étail sur ses derrières aux remparts célèbres de cette cité, protégé sur sa gauche par le grand lac • 1 1 ■ même uom ou lac Askania, sur sa droite par le cours du fleuve Sangarios. Le service des éclaireurs, parfaitement organisé, renseignait exactement à chaque moment le prétendant sur les mouvements de l'armée loyaliste campée à environ quatre milles plus au nord.
« Lorsqu'on eut appris au Palais Sacré la proclamation d'Isaac Gomnène dans la plaine de Gounaria, on se rendit compte alors seulemenl de la faute inouïe qu'on avait commise en indisposant si gravement tous ces hommes de guerre. Après cette longue et déplorable inaction, on s'efforça trop tard de sauver ce qui pouvait l'être encore. Psellos affirme qu'il fut lui aussi mandé à ce moment au Palais el que le Stratiotique le reçut avec une grâce humiliée. Il ne paraissait point qu'il convint à la dignité du basileus et de ses conseillers d'entrer en arrangement avec des rebelles et île tenter une réconciliation avant qu'on en eût appelé au sort des armes. Ordre fut donné à tous les contingents disponibles des provinces européennes de l'Empire «l'accourir se concentrer dans la capitale. Des chefs expérimentés furent placés à leur tête. La plupart appartenaient à l'aristocratie du thème de Macédoine, personnages peu sûrs auxquels la dure nécessité des temps forçait d'avoir recours à nouveau. Le Stratiotique mettait tout en œuvre pour se concilier, par d'abondantes distributions de subsides, de titres el d'honneurs, l'attachement des chefs aussi bien que des soldats. Ses générosités sans bornes allaient surtout à ceux des contingents des thèmes asiatiques des Anatoliques et du Charsian qui, demeurés fidèles. étaient allés le rejoindre, on l'a vu, sous le commandement des Lykantb.es, des Théophylacte Maniakès, des Pnyemios, etc. Il réussit ainsi à constituer une armée supérieure en nombre à celle des rebelles, mais certainement très inférieure comme valeur, comme discipline surtout. Le commandement suprême en fut confié à Théodoros, domestique des Scindes d'Orient, un îles anciens eunuques de la basilissa Tbéodora qui en avait fait unproèdre. On lui donna comme lieutenant et conseiller le magistros et duc Âaron, cet officier d'origine bulgare princière, frère de la femme d'Isaac Gomnène, connu déjà, on se le rappelle, pur de nom-
•792 LES PORPHYROGENETES ZOE ET THEO DORA
breux succès militaires (I). Ces nominations sont une preuve de l'extrême difficulté que le gouvernement du Stratiotique éprouvait à trouver dans la capitale des chefs qualifiés pour diriger l'armée loyaliste. ïhéodoros ne devait sa haute situation actuelle qu'a sa parfaite insignifiance qui le rendait nullement dangereux. Quant au bulgare Aaron, il ne combattait certes que bien à regret pour son basileus, puisque la défaite de son beau-frère Isaae ne pouvait qu'amener le malheur de sa propre sœur à lui, épouse du prétendant.
« Le Stratiotique, trop vieux pour reprendre la vie des camps, était demeuré dans la Ville gardée de Dieu. L'armée loyaliste qui avait franchi le Bosphore au commencement d'août, avait marché sur Xicomédie. Elle avait fait détruire par de fortes reconnaissances le pont sur le Sangarios avant qu'Isaac et ses troupes n'eussent pu atteindre ce point. Lorsque Théodoros avait été informé qu'à la suite de cet événement les forces rebelles avaient obliqué sur la gauche dans la direction du sud, il avait occupé avec son armée la chaîne des montagnes de Sophon qui s'élève entre le lac de ce nom et le golfe Astacenus. Il commit à ce moment une faute capitale qui eut pour la cause du Stratiotique des suites funestes. An lieu de ne laisser dans cette région que les fortes indispensables et de filer aussitôt, lui aussi, directement vers le sud avec tout le reste de l'armée pour occuper avant tout Nicée et empêcher que cette place si importante ne tombât aux mains de l'ennemi, il s'éternisa dans la position qu'il avait choisie, abandonnant sans coup férir cette place de guerre de premier ordre à l'ennemi qui, pénétré de l'importance de cette forteresse, s'avançait à marches forcées dans celle direction. Si Nicée fut comme Nicomédie demeurée aux mains des Impériaux, Isaac Comnène eut attendu certainement bien longtemps l'occasion favorable pour marcher sur Gonstantinople. En effet, n'ayant pas de flotte, il ne pouvait s'y rendre que par la route de terre, par Chrysopolis, et cette route se trouvait commandée entièrement par les fortifications de Nicée.
« La position de l'armée de Théodoros en avant de Nicée était 1res
|i Voy. entre autres pp. 548 sqq. du présent volume.